Violences policières et droit de désobéir à des ordres illicites

Evelyne Perrin membre du CS d’ATTAC

dimanche 5 juin 2016, par Groupe Société-Cultures.

Violences policières sur les manifestants contre la loi Travail en mars, avril et mai 2016 et droit de désobéir à des ordres illicites- Eléments de débat

I - Des témoignages accablants de violences sur les manifestants

Les témoignages, les dépôts de plaintes avec des jours d’I.T.T., les blessures subies par des manifestants y compris âgées ou fragiles de la part des forces de l’ordre au cours des mobilisations contre la Loi Travail et les reportages ou vidéos tournés en situation sont accablants : un niveau de violence rarement atteint précédemment lors de mouvements sociaux ; des stratégies policières nouvelles d’encerclement de diverses parties des manifestations pourtant dûment autorisées et d’affrontement provoqué par la police ; stratégies de division, de fragmentation des parcours de manifestation, et d’effroi ou de panique pour décourager la population d’y prendre part ; discours orchestré par la grande majorité des médias pour ne parler que d’incidents et perturbations attribués à des casseurs et passer sous silence les blessures causées aux manifestants.
La répression des manifestations étudiantes et lycéennes du mois de mars, les 17 et 24 notamment, avec l’envahissement par la police de l’amphi de l’université de Tolbiac où se tenait une assemblée générale pacifique sur la suite de la mobilisation le 17 mars, ainsi que les blessures infligées à des lycéens de Bergson lors du blocage de leur lycée le 24 mars, ont choqué l’opinion, et donné lieu à un premier communiqué de la Ligue des droits de l’homme
Il en est de même des attaques policières gratuites contre des manifestants en majorité pacifiques et même venus en famille lors des deux manifestations du 28 avril et du 1er mai. Nombreux cas d’agression policière et de coups portés sur des personnes âgées, des femmes, des enfants.
« Les manifestations contre la loi travail se poursuivent, donnant lieu à des incidents souvent violents impliquant les forces de police. Olivier Fillieule, professeur à l’université de Lausanne et auteur de Police et manifestants (Presses de Sciences Po, 2006), déclare au Monde.fr que « la recherche délibérée d’un pourrissement de la situation est très difficilement contestable », et semble être « une stratégie délibérée de l’autorité civile » [1].
Un syndicat de policiers dénonce cette politique en publiant une affiche montrant une flaque de sang dans laquelle marchent des policiers.
Dans un communiqué repris ci-dessous, la LDH demande la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire le 3 mai 2016 :

Violences policières : la LDH demande la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire
Depuis plusieurs semaines, un peu partout en France, les manifestations contre la loi travail ou les initiatives prises dans le cadre du mouvement « Nuit debout » donnent lieu à des incidents souvent violents impliquant les forces de police, dans une escalade de la violence.
Quel que soit le contexte, quelquefois marqué par la présence de groupes cherchant l’affrontement, rien ne saurait justifier les débordements auxquels se livrent régulièrement les forces de l’ordre en faisant un usage disproportionné de la force vis-à-vis de citoyens, souvent jeunes, qui manifestent pacifiquement leur opposition au projet de loi travail ou qui se réunissent pour échanger, discuter, imaginer d’autres façons de préparer l’avenir.
De nombreux témoignages, de multiples vidéos qui montrent de façon répétée des coups portés à des personnes déjà entravées interrogent sur les objectifs des stratégies mises en place par les instances de commandement de fonctionnaires de police qui n’hésitent pas, par ailleurs, à utiliser des balles de défense, arme qui a fait perdre un ?il à un jeune manifestant de Rennes.
La LDH rappelle aux responsables de police et aux fonctionnaires sur le terrain que l’article R.434-17 du Code de la sécurité intérieure dispose que « Toute personne appréhendée est placée sous la protection des policiers ou des gendarmes et préservée de toute forme de violence ou de tout traitement inhumain ou dégradant ». Face à la gravité avérée des faits, elle demande la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire afin que toute la lumière soit faite sur des événements qui, y compris chez les policiers et les gendarmes, ont déjà fait plusieurs victimes et qui ont entraîné par ailleurs des peines de prison ferme.
Dans un contexte de montées de tensions sociales aussi fortes que préoccupantes, le droit de manifester pacifiquement et contester collectivement ce qu’on estime injuste, le droit de se réunir dans l’espace public constituent des libertés fondamentales. Les exercer est un acte de citoyenneté.
Il appartient aux pouvoirs publics de les garantir. Il nous appartient de les défendre : nous n’y manquerons pas.

http://www.ldh-france.org/violences-policieres-ldh-demande-mise-en-place-dune-commission-denquete-parlementaire/
Dès 2006, la LDH avait édité un Guide « Que faire face aux violences policières ? », rédigé par Evelyne Sire-Marin et Chantal Tanguy, auquel nous renvoyons (site de la LDH, taper « violences policières »)

Rappelons également la parution du Rapport de l’ACAT « L’ordre et la force. Enquête sur l’usage de la force par les représentants de la loi en France », rédigé par Aline Daillère à la suite d’une enquête menée par Aline Daillère et Salomé Linglet.

La doctrine de maintien de l’ordre a changé. L’objectif est maintenant de frapper les corps  » 18 mai 2016 / Entretien avec Pierre Douillard-Lefèvre
Le « maintien de l’ordre à la française » connaît une nouvelle phase dans son évolution depuis 1995 avec la généralisation de l’usage des lanceurs de balle de défense et la multiplication des mutilations. Rarement condamnés, les policiers responsables des tirs évoluent dans une relative impunité, allant de pair avec la dureté de la répression des mouvements contestataires.
Pierre Douillard-Lefèvre a été mutilé par un tir de lanceur de balle de défense (LBD) en 2007 quand il était lycéen. Aujourd’hui étudiant en sciences sociales, il vient de publier un essai édifiant sur l’armement répressif du maintien de l’ordre : L’Arme à l’oeil, aux éditions Le Bord de l’eau. Il a été "interdit de séjour" le 17 mai à Nantes.

Reporterre — À Rennes, le 28 avril dernier, un étudiant de 20 ans a perdu l’usage de l’oeil gauche, atteint par le tir d’un lanceur de balle de défense (LBD) [1]. La presse parle de « nouvelle arme ». Pourtant ce fusil à balles de plastique dur n’a rien de nouveau.
Pierre Douillard-Lefèvre — J’ai moi même perdu un oeil suite à un tir de cette arme dans une manifestation lycéenne, en 2007. Il y a presque dix ans... Il y a des journalistes mal informés, mais il y a aussi une stratégie d’enfumage savamment orchestrée par la police. Dans un premier temps, comme dans d’autres affaires de blessures par LBD, les autorités utilisent le conditionnel, disent qu’on n’est pas sûr, que la blessure pourrait provenir d’une pierre lancée par les manifestants eux-mêmes... Lors de la manifestation contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes à Nantes le 22 février 2014, trois personnes ont été visées à l’ ?il et éborgnées. La justice a classé sans suite leurs plaintes, avançant que les faits n’étaient pas clairement établis, ajoutant : « la nature exacte du projectile n’a pu être déterminée, ou nous n’avons pas d’auteur identifié »...
Il y a aussi un paramètre de classe sociale : ces balles en caoutchouc existent depuis plus de vingt ans dans l’armement de la police mais n’ont d’abord servi que dans les quartiers populaires, ne s’attaquant aux manifestants qu’à partir de 2007. Dès 1998, un père de famille de Villiers-sur-Marne, Alexis Ali, perd un ?il, touché par un tir de Flash-Ball, la première génération de ces armes, moins précise et moins puissante que le LBD. Mais on entretient la confusion, on parle toujours de Flash-Ball alors que la version améliorée, le Flash-Ball « Super Pro », n’est plus utilisée. Le déficit d’information est organisé.

Avec l’usage massif de gaz lacrymogènes contre le mouvement opposé à la loi travail, les tirs de LBD, les grenades de désencerclement lançant des nuées de petits projectiles, assiste-t-on à un tournant de l’armement du maintien de l’ordre, ou est-ce une continuité ?
Le « maintien de l’ordre à la française » s’inscrit dans une séquence qui suit le traumatisme de Mai-68 et de la mort de Malik Oussekine, en 1986. Jusqu’alors, la doctrine était de refouler la foule, de la maintenir à distance. Le tournant a été pris par Claude Guéant, alors directeur général de la Police nationale, qui a équipé en 1995 les policiers de Flash-Ball. Le nouvel objectif est de frapper les corps. Cela a redonné aux policiers l’habitude de tirer, d’ouvrir le feu. On retrouve la logique à l’ ?uvre pour la répression de Fourmies, en 1891, où la troupe avait tué huit ouvriers par balles, ou contre la grèves des mineurs en 1948 quand le ministre socialiste Jules Moch a donné l’ordre aux Compagnies républicaines de sécurité (CRS), récemment créées, de tirer sur les ouvriers, faisant deux morts dans la Loire, un dans le Gard.
Aujourd’hui, il ne s’agit plus de balles réelles contre la foule, mais après les attentats du 13 novembre dernier, l’État a réarmé une unité aussi peu fiable que la BAC (Brigade anti-criminalité) avec des armes à feu létales superpuissantes [le fusil-mitrailleur HKG36, utilisé par les militaires en Afghanistan]. On voit aussi des policiers sortir leur arme de service et mettre en joue pour de simples contrôles. Un « geste décomplexé » impensable il y a quelques années.


Policiers en civil lors de la manifestation contre la loi travail le 9 avril, à Nantes.

La manifestation nantaise du 22 février 2014, où trois jeunes gens ont perdu un oeil suite à des tirs de LBD, constitue-t-elle un tournant ?
Trois mutilés par la police en une seule après-midi, c’est du jamais vu. Les grenades lacrymogènes ont été envoyées par milliers dans une logique de saturation. On en avait rarement vu autant, mais il faudrait comparer avec les mouvements antinucléaires des années 1970, qui ont été largement réprimés à Chooz, Creys-Malville, Golfech ou Plogoff. La manifestation du 22 février 2014 à Nantes s’inscrit dans une suite de l’opération César à Notre-Dame-des-Landes et de manifs qui ont suivi à Nantes. Ces luttes sont clairement des laboratoires du maintien de l’ordre. Les hélicoptères en vol stationnaire au dessus de la ZAD ou des rues de Nantes, de Rennes, de Grenoble, de Paris lors du mouvement contre la loi travail… observent le sol comme une bataille. Chaque manifestation donne lieu à des « retours d’expérience » du « savoir-faire français », comme l’explique un lieutenant-colonel de gendarmerie auditionné le 5 mars 2015 par la commission parlementaire sur le maintien de l’ordre après la mort de Rémi Fraisse à Sivens.

À Rennes, l’étudiant éborgné a porté plainte pour « violences aggravées ayant entraîné une infirmité permanente ». Pourtant, les condamnations des auteurs de ces mutilations sont rarissimes. Comment expliquer l’impunité des policiers après toutes les blessures et décès dont vous faites un inventaire effrayant dans votre étude ?
Michel Foucault expliquait déjà en 1977 que la justice est au service de la police. L’équilibre entre les pouvoirs de police et de justice est rompu depuis longtemps. Mais depuis trente ans, la primauté de la police s’accentue. Sarkozy, Valls, sont d’anciens ministres de l’Intérieur. C’est le poste important, celui qui permet d’accéder au pouvoir. Bien plus que garde des Sceaux. L’hégémonie policière en a fait un corps sanctifié, que célèbrent abondamment les émissions de télévision et les politiques.

Comment analyser la manifestation de policiers « contre la haine antiflics » de ce mercredi 18 mai ?

Dans des moments où ils se trouvent mis en cause dans leurs pratiques, les policiers reprennent l’initiative. En ce moment, leurs actions sont contestées. Mais on retrouve une situation similaire en 2013, quand Manuel Valls a porté plainte, sous la pression des syndicats policiers, contre Amal Bentounsi, dont le frère avait été tué d’une balle dans le dos par un policier, sous prétexte qu’elle avait mis en ligne une vidéo parodique dénonçant l’impunité policière. Un an plus tôt, juste après ce drame et en pleine campagne présidentielle, les policiers avaient défilé sur les Champs-Élysées sirènes hurlantes pour réclamer la « présomption de légitime défense ». Dans ces cas-là, les policiers font bloc.

Les gendarmes mobiles, le 9 avril, à Nantes.

En parallèle à l’escalade de l’armement, il y a une guerre des mots qui masque les potentiels de violence...
Lors de la guerre d’Algérie, et plus généralement lors des guerres coloniales, on parlait de « pacification ». Pour le maintien de l’ordre, une grenade devient un « dispositif manuel de protection ». La police parle de « cibles », d’« objectifs à neutraliser », un terme qui, en jargon militaire, signifie donner la mort. Ce lexique illustre la disparition de la différence entre opérations de guerre extérieure et maintien de l’ordre intérieur.
Cette « guerre sociale » semble avoir ciblé au moins trois types de populations, les jeunes des quartiers populaires, les militants dans les manifs et les supporters de football, dont on parle peu. Y en a t-il d’autres ?
On constate déjà la généralisation : un cégétiste perd un ?il à Paris en juin 2015, un pompier à Grenoble, en janvier 2014... Mais, généralement, ce ne sont pas les manifestants ou les militants qui sont visés en tant que tels, mais plutôt les mouvements incontrôlables, dont font partie les ZAD ou le mouvement contre la loi travail. Le récit médiatique utilise la formule « en marge de la manifestation », mais c’est faux, le mouvement est jeune, en avant du cortège, pas forcément pour être violent, mais pour être là, pour tenir la rue. Et ça, ça dérange profondément.

L’armement policier procède-t-il par expérimentations, s’étendant ensuite à toutes les situations ?
C’est un peu comme le fichage ADN, au départ annoncé comme dédié uniquement aux violeurs récidivistes. En moins de 10 ans, il est devenu appliqué à tout le monde. Le Flash-Ball équipe au départ les troupes de choc contre le banditisme. Désormais, toutes les voitures de la BAC en ont un à bord. Des unités comme le Raid ou le GIPN (Groupe d’intervention de la police nationale) interviennent contre des squats avant la COP21. L’arsenal extra-judiciaire offert par l’État d’urgence – assignations à résidence, interdiction de manifestation – est utilisé pour une répression qui n’a rien à voir avec l’anti-terrorisme.
Outre l’armement accru de la police, son anonymisation se généralise...
C’est une curiosité esthétique. Les policiers du maintien de l’ordre se cagoulent de plus en plus et pas seulement la BAC. Quasiment tous les policiers du maintien de l’ordre ont un foulard noir sous leur casque. À mesure qu’on veut décagouler les manifestants, on protège par un mouvement inverse l’anonymat des policiers qui sont de plus en plus surarmés...

En civil ou en uniforme, des policiers masqués (Nantes, novembre 2014)
Vous reprenez l’expression d’armement « rhéostatique ». Qu’est-ce que ça veut dire ?
C’est un concept anglo-saxon qui dépasse l’opposition binaire entre létal et non létal. Un rhéostat, c’est ce qui permet de moduler le courant électrique, de la même manière, une arme peut désormais blesser plus ou moins lourdement, offrant un gradation de la douleur à la blessure, et de la blessure à la mort. Selon la distance, la partie du corps qui est ciblée, le policier peut blesser légèrement, mutiler ou tuer. C’est ça, le maintien de l’ordre du XXIe siècle. Dans les rues de Nantes, depuis le début du mouvement contre la loi travail, il y a énormément de blessures aux jambes. Quand la police veut faire mal, elle vise la tête. Les grenades lacrymogènes ont aussi cette modulation possible, dosage plus ou moins concentré et agressif, de la gêne à la suffocation. Le lanceur de grenades lacrymogènes, le Cougar, est doté d’une crosse courbée qui est conçue pour empêcher les tirs tendus. Les policiers l’utilisent en retournant l’arme, crosse vers le haut, pour pouvoir justement réaliser des tirs tendus...

Est-ce que vous ne pensez pas que la lecture de cet ouvrage pourrait paraître démoralisante, jusqu’à décourager d’aller manifester...

Justement, j’ai essayé d’éviter le fatalisme en montrant qu’il y a des pistes pour résister. Bloquer les usines d’armement, comme ça s’est fait à Pont-de-Buis, en novembre 2015. Les rencontres entre blessés par la police donnent de la force. Même s’il est très réprimé, le mouvement actuel montre que les jeunes n’ont pas peur. Le LBD, c’est fait pour faire peur, atomiser. On voit que ça ne marche pas du tout.
Propos recueillis par Nicolas de La Casinière
L’Arme à l’oeil. Violences d’État et militarisation de la police, par Pierre Douillard-Lefèvre, éditions Le Bord de l’eau, 90 p., 8,80 €.
Lire aussi : Les violences en manifestation ? Cherchez les policiers en civil

La grenade de désencerclement fait un blessé grave ce jeudi 26 mai
Publié le 28 mai 2016 sur paris-luttes-infos
Chaque journée de manifestations contre "la Loi Travail et son monde" voit son lot de violences policières. La mobilisation du 26 mai n’y a donc pas échappé et la police a blessé très grièvement une personne à Paris ce jeudi.
Partout en France, la Police réprime durement les manifestations actuelles. À Caen, Toulouse ou Paris, des enquêtes administratives de l’IGPN (la « police des polices ») ont été lancées après la diffusion sur les réseaux sociaux de vidéos compromettantes pour les forces de l’ordre.
À Paris, la répression était encore au rendez-vous ce 26 mai. Il y a d’abord eu cette nasse rue Chaligny durant laquelle la Police a abondamment et dangereusement fait usage de grenades lacrymogène et de grenades de désencerclements. L’air était irrespirable, les gens étaient pris en étau entre deux rangées de forces de l’ordre. Certaines personnes ont fait des malaises, d’autres se sont allongées par terre tandis que certaines ont réussi à trouver un peu de répit dans quelques halls d’immeubles.
Avant Nation, deux flics en civil sont dégagés au niveau de la Cour Saint-Eloi. Un des flics brandit alors son pistolet et met en joue les manifestant-e-s. Est-on (encore) passé près d’un drame ? Que faisaient ces deux flics en plein cortège ?
Arrivé-e-s à Nation, la place est coupée en deux par les gendarmes mobiles. S’ensuivent des salves de grenades « habituelles » ainsi que diverses charges ultraviolentes par différentes unités. Bousculades, tabassages, arrestations. Tout le monde est potentiellement une cible pour les pandores.
Dégagés bon gré mal gré de la place de la Nation, les gens se regroupent alors derrière le cordon de CRS au niveau de l’Avenue du Trône. La Police fait encore une fois usage de gaz lacrymo et les manifestants s’enfuient direction porte de Vincennes. Une manifestation « sauvage » bon enfant a lieu mais ne va pas très loin, à peine quelques centaines de mètres. La Police intervient au niveau du métro « Porte de Vincennes » (ligne 1), matraque à tout-va et descend même sur le quai du métro chercher un jeune qui s’y était réfugié...
L’arrestation d’un autre jeune à l’angle de la Cours de Vincennes et de la rue du Général Niessel (près des rails de tramway) provoque des huées. La CSI (compagnie de sécurisation et d’intervention) exfiltre l’individu à l’entrée de la cour d’immeuble du 2 rue Général Niessel. Ils sont au moins cinq policiers autour de l’adolescent assis dans la cour de l’immeuble, passif et menotté. Une autre unité arrive alors en renforts. Là aussi, elle se déplace sous les sifflets. Ils sont cinq hommes et avancent en file indienne le long du muret de la résidence. Soudain, l’homme de tête balance une grenade de désencerclement en plein milieu de la foule.
Il n’y avait pourtant là aucun danger caractéristique. Et quand bien même il y en aurait eu, le groupe aurait pu se replier en une poignée de secondes dans la cour d’immeuble (déjà protégée par d’autres policiers présents !). Rien ne justifiait l’usage d’une grenade de désencerclement selon "leurs règles". Aucun point de contrôle sensible n’était à protéger et la foule n’était pas menaçante. A moins que les huées soient perçues comme des menaces suffisamment sérieuses...
Une fois l’explosion de la grenade, un homme s’effondre au sol. Directement sur le bitume et non sur un « poteau de protection » comme tente honteusement de nous le faire croire une « source proche de l’enquête ». Les images choquantes l’attestent sans difficulté.
Très vite, les gens pratiquent les premiers secours sur l’individu touché à la tempe gauche dont l’hémorragie est criante. Des gens aident le blessé mais ça n’a pas l’air de plaire à la Police. Alors que fait-elle ? Et bèh elle rebalance une grenade sur la foule mais cette fois-ci elle est lacrymogène. Heureusement que le blessé allongé au sol n’a pas besoin d’un peu d’oxygène...
Une fois transporté par les pompiers (et non le SAMU !), on apprend par voie de presse que la situation est suffisamment grave pour que des communiqués officiels sur cet épisode spécifique du jeudi 26 mai soient publiés.
Hospitalisé à la Pitié-Salpêtrière, le jeune souffre d’un enfoncement de la boîte crânienne et d’un ?dème cérébral. Aux dernières nouvelles (samedi 28 dans l’après-midi, soit deux jours après les faits), la vie du jeune homme n’est plus en jeu mais il est plongé dans le coma (ou « sédation profonde »). À son réveil, les séquelles sont potentiellement graves.
Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve a indiqué que « s’il y a eu un manquement à la déontologie […] comme toujours, il en tirera les conséquences  ». Vous y croyez vous ?
Alors dans ce cas là monsieur Cazeneuve, désarmez la police qui nous mutile, qui nous éborgne et qui provoque des blessures irrémédiables (LBD40, Flashball, grenade de désencerclement...).On se chargera de supprimer par nous-même le Travail et la Police.
Notons également que depuis plusieurs semaines, les forces de l’ordre subtilisent aux abords des manifestations de simples objets à caractère défensif. Lunettes de piscine, sérum physiologique, casques de protection et même bouchons anti-bruit ! Tout y passe. Mais que peut bien craindre le gouvernement d’un produit pour nourrisson ? À ces confiscations de matériel, les policiers baragouinent avec un sourire narquois « ce sont les ordres ! »
Est-ce que l’ordre c’est aussi faire des « tentatives d’homicides » avec des grenades policières ? On a connu le Pouvoir plus réactif !
Au passage, ce lundi 30 mai, le secrétaire général de la CGT Info’Com est convoqué dans des locaux de la Préfecture de Police pour s’expliquer sur les affiches « honteuses » dénonçant les violences policières. Ne riez pas...
Après ces manifestations du 26 mai, une chose est certaine : tout le monde déteste encore plus la police !

Un CRS a tiré une grenade sur un réalisateur - et l’a blessé - pour l’empêcher de filmer. Vidéo du 26 mai 2016 / Émilie Massemin (Reporterre)
Le réalisateur Joël Labat a été sévèrement touché à la cuisse par une grenade lacrymogène lancée par un CRS. Celui-ci l’a visé dans son tir tendu, lors de la manifestation du 17 mai. Mais M. Labat et son épouse ont filmé la scène.
On voit d’abord un jeune homme se faire embarquer par des policiers en civil casqués et masqués. Puis un groupe de CRS se décale vers la gauche et l’un d’eux, s’accroupissant, vise soigneusement en direction du cameraman et tire. « Les tirs tendus sont interdits ! Les tirs tendus sont interdits ! » hurle un manifestant situé hors champ. Le cameraman recule, un jeune s’interpose, les tirs se poursuivent. Ces images, prises lors de la manifestation du 17 mai contre le projet de loi travail, sont édifiantes. Et le petit film, de près de trois minutes, s’achève sur la photo de l’énorme hématome du preneur d’images, touché à la cuisse.
Le cameraman c’est Joël Labat, 57 ans, qui travaille avec son épouse Nathalie Loubeyre, réalisatrice de documentaires dont No Comment tourné à Calais en 2008, et plus récemment La Mécanique des Flux, sur la violence de la politique migratoire européenne.
Ils ont décidé de documenter le mouvement social autour de la loi El Khomri et Nuit debout.
« Naïvement, muni de ma petite caméra, je ne pensais pas que les forces de l’ordre allaient me tirer dessus avant de sentir le coup », raconte-t-il à Reporterre.
D’après les images et les déductions du médecin de l’unité médico-judiciaire qui l’a examiné, le projectile serait une grenade lacrymogène de type CM6 ou MP7, « qui devrait normalement être tirée soit au sol, soit en l’air », précise le réalisateur, à qui ont été prescrits cinq jours d’incapacité totale de travail (ITT). Pour Me Raphaël Kempf, son avocat, il pourrait bien s’agir de « violences en réunion avec une arme par personne dépositaire de l’autorité publique ».

Lundi 23 mai, Joël Labat s’est rendu à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) pour déposer plainte contre le policier qui l’a visé. «  J’ai été reçu dans un bureau par une femme, debout, et un homme, assis, qui ont visionné le film. Au moment où un manifestant a crié : “Les tirs tendus sont interdits !” ils ont réagi : “Ce n’était pas un tir tendu” ; “Comment savez-vous que les tirs tendus sont interdits ?” Ensuite, ils m’ont conduit dans la salle d’attente. »
Là, il fait une rencontre inattendue : « J’ai vu une femme arriver, accompagnée d’un adolescent arborant un impressionnant ?il au beurre noir. La dame a déclaré à l’accueil qu’ils venaient déposer plainte pour l’agression de son fils devant la boutique Monceau Fleurs, lors de la manifestation du 17 mai. C’était le jeune homme de la vidéo, celui qu’on voyait se faire embarquer par les policiers ! » Le réalisateur apprend que l’adolescent s’est fait « matraquer la tête avant de prendre 48 heures de garde à vue ».
« Ah, c’est un beau montage, mais vous ne pouvez pas porter plainte avec ça »
Après une heure et demie d’attente, une inspectrice vient à la rencontre de Joël Labat. « Elle me rend mon CD en me disant : “Ah, c’est un beau montage, mais vous ne pouvez pas porter plainte avec ça, juste déposer une main courante.”  » Étonné, Joël Labat appelle son avocat. « Il m’a dit OK pour la main courante, à condition de signifier à la fin de ma déclaration que c’est une main courante parce qu’on n’a pas voulu recueillir ma plainte. » Le réalisateur s’exécute, et se heurte à une réaction inattendue : «  On m’a soutenu que je ne pouvais pas déclarer que l’IGPN avait refusé mon dépôt de plainte. » Nouveau coup de fil à l’avocat, qui finit par parler à l’inspectrice. « Au bout de vingt minutes et après que le ton soit un peu monté, ils ont finalement accepté que je dépose plainte. »
Contactée par Reporterre, l’IGPN a indiqué qu’elle ne « donnait pas d’informations aux journalistes ».
Juste après que le réalisateur a encaissé le tir qui l’a touché à la cuisse, un autre tir (en rouge sur la photo) est effectué par les CRS : clairement tendu et à hauteur d’homme.
Désormais, la plainte doit être transmise au procureur, qui doit diligenter une enquête. « J’ai fait mon devoir de citoyen, j’ai demandé à l’inspectrice de l’IGPN de faire le sien », conclut Joël Labat, qui ne se fait guère d’illusions. Depuis, le réalisateur s’interroge sur le geste de filmer en manifestation. « C’est devenu compliqué dans les deux sens, observe-t-il. Je comprends aussi les manifestants qui se méfient des caméras. L’inspectrice de l’IGPN m’a quand même invité à lui fournir d’autres images si j’en avais ! »
Joël Labat analyse les violences dont il a été victime et témoin comme «  une volonté politique évidente d’effrayer les manifestants et les gens qui filment. Tout est fait pour criminaliser le mouvement et pour que les mobilisations se passent mal. J’étais à la manifestation du 1er mai avec ma femme, nous nous sommes retrouvés pris dans la nasse, c’était très angoissant. Nous sommes en train de sombrer dans une époque qui bafoue les droits ».

A l’occasion de la manifestation de ce jeudi contre la Loi travail El Khomri, les forces de l’ordre sont intervenues violemment contre des manifestants. Plusieurs journalistes en ont également été victimes.La Rédaction Web Publié le 02 juin 2016
Depuis plusieurs mois à Rennes, les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre se multiplient à l’occasion du mouvement contre la loi travail El Khomri. La répétition incessante de ces manifestations, provoque une montée en puissance des réactions de part et d’autres, avec des dérapages et des scènes de violence de plus en plus marquées. Ce jeudi encore la manifestation n’a pas échappé à la règle et a été le théâtre d’échauffourées.

Une charge dangereuse
Vers 15h30 alors que des manifestants contre la loi travail tentaient d’accéder à la rocade de Rennes, les policiers ont chargé la foule avec leurs véhicules. Ils ont ouvert les vitres pour vaporiser au passage de grandes quantités de gaz lacrymogène et asséner des coups de matraque sur les manifestants. Les véhicules ne se sont arrêtés qu’après avoir traversé la foule. Puis plusieurs dizaines de membres des forces de l’ordre ont pourchassé les manifestants pour achever la dispersion, à coups de matraque. La charge a fait au moins trois blessés qui ont dû être pris en charge par les pompiers, dont l’un a été emmené directement par les manifestants aux urgences.

Le témoignage de notre journaliste
Notre reporter cameraman, Bruno Van Wassenhove, qui était sur place raconte : "Ils ont couru sur les voies en criant "la rocade est à nous". Les véhicules de police ont alors serrés les journalistes et les manifestants sur le bas côté de la route. Les forces de l’ordre se sont dirigés vers les jeunes, qui se sont égayés dans les fossés et les talus. Dans l’action, j’ai vu un confrère photographe se faire matraquer, puis quelques instants plus tard se retrouver à terre. La police a cherché à disperser les manifestants à coups de matraque. Lorsque nous journalistes, nous sommes insurgés auprès des forces de l’ordre de la violence de leur intervention, les policiers très énervés, ont brutalement écarté plusieurs d’entre nous. Une journaliste, qui filmait, s’est vu attrapée vigoureusement et éjectée, j’ai moi-même essuyé un coup de matraque."

Rennes : des journalistes agressés
Dès le 22 avril, dans un communiqué le club de la presse de Rennes avait alerté manifestants et forces de l’ordre, qu’il était primordial que les journalistes ne soient pas pris à partie, pour exercer pleinement et dans des conditions acceptables leur mission d’information. Une nouvelle fois, le club de la presse monte au créneau pour condamner les violences policières de ce jeudi.

II – Des prises de position de syndicats de police et également de la CGT
«  Tout est mis en place pour que ça dégénère »
Violences policières Entretien réalisé par Maud Vergnol, Mercredi, 4 Mai, 2016, L’Humanité
Gardien de la paix au renseignement territorial, secrétaire général de la CGT police, Alexandre Langlois dénonce une volonté délibérée de « dégoûter les manifestants ». Il raconte les coulisses des violences.
Comment analysez-vous les violences policières qui ont marqué les dernières manifestations contre la loi El Khomri ?
Alexandre Langlois : Tout est mis en place pour que les manifestations dégénèrent. Côté renseignement, on constate depuis une dizaine d’années une double évolution, avec des manifestants beaucoup plus pacifiques qu’avant, mais des casseurs toujours plus violents, organisés de manière quasi paramilitaire. Certains de ces groupes sont identifiés avant qu’ils intègrent les manifestations. Mais aucune consigne n’est donnée pour les interpeller en amont.

Vous parlez d’une « volonté délibérée » que les manifestations dégénèrent. Comment cela se traduit-il pour vous, sur le terrain ?
Alexandre Langlois : Prenons l’exemple du 9 avril. En fin de journée, nous savons qu’un groupe de casseurs dangereux vient d’arriver gare du Nord pour aller perturber Nuit debout, à République. Une compagnie de CRS se trouve sur leur passage, prête à intervenir. Mais l’ordre leur est donné par la préfecture de se pousser dans une rue adjacente ! Les collègues leur signalent l’imminence de l’arrivée du groupe de casseurs. Mais ordre leur est confirmé de les laisser gagner place de la République, avec les conséquences que l’on connaît ! Par contre, quand il s’est agi d’aller protéger le domicile privé de Manuel Valls, ce soir-là, cette fois les ordres ont été clairs…

Au-delà des casseurs, comment expliquez-vous les ruptures de cortèges, l’usage systématique de gaz lacrymogènes, voire les brutalités policières gratuites ?
Alexandre Langlois : C’est important de rappeler que, dans les manifestations, tous les collègues sur le terrain n’interviennent que sur ordre. Si certaines, comme le 1er Mai, se terminent en « souricière » place de la Nation, c’est que l’ordre en a été donné. Le message qui est passé, c’est « casseurs venez, vous pourrez agir en toute impunité, et manifestants ne venez plus avec vos enfants, car c’est dangereux pour vous ». Et à la fin de la journée, les médias ne parlent que des violences, et surtout plus des raisons pour lesquelles les citoyens manifestent. Le pouvoir politique instrumentalise la police, qui sert de bouc émissaire. Cela permet au gouvernement de faire diversion.

Comment les policiers vivent-ils cette situation ?
Alexandre Langlois : Nous sommes épuisés. Les collègues souffrent d’une perte de sens de leur métier. Aujourd’hui, on leur demande du rendement statistique et d’exécuter des ordres qu’ils jugent incompréhensibles ou injustes. La police est déshumanisée. On compte un suicide en moyenne par semaine dans notre profession. À la CGT police, nous défendons l’idée d’une force publique à l’usage du peuple, celle de la déclaration des droits de l’homme de 1789, une « force pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée ».

Malheureusement, le secrétaire général de Force Ouvrière n’a pas le courage, comme celui de la CGT Police, de dire la vérité sur les violences policières... Sans doute pour garder ses adhérents policiers. Dommage ! Car s’il peut évoquer leur « burn-out », pourquoi ne pas leur rappeler leur droit de désobéir à des ordres iniques ?

Le secrétaire général de Force ouvrière Jean-Claude Mailly le 9 avril 2016 à Paris
AFP, publié le lundi 16 mai 2016
Loi travail : Mailly (FO) n’"incrimine pas" les policiers pour les violences en marge des manifestations, les estimant en "burn-out"
Le secrétaire général de Force ouvrière, Jean-Claude Mailly, a souligné lundi qu’il n’"incriminait" pas les policiers pour les violences survenues en marge des manifestations contre le projet de loi travail, appelant à comprendre une profession "un peu en burn-out".
"Moi je ne remets pas en cause les policiers", a-t-il déclaré sur RTL, rappelant qu’il avait "condamné" l’affiche controversée d’un syndicat CGT qui entendait dénoncer les violences policières en montrant une matraque, une flaque de sang et un insigne de CRS.
"S’il y a des dérapages", les policiers "doivent être sanctionnés, bien entendu, ça c’est logique. Mais ils font un métier pas facile avec parfois ordres, contre-ordres pas faciles à suivre sur le terrain", a expliqué le leader de FO.
"Ils sont un peu en burn-out, faut bien comprendre aussi, entre l’état d’urgence, les manifs aujourd’hui, l’Euro 2016 demain", a-t-il ajouté, rappelant les "18 millions d’heures supplémentaires dans la police nationale qui aujourd’hui ne sont pas payées", les policiers ne pouvant "pas prendre tous leurs congés de récupération".
"Donc je n’incrimine pas les policiers", a insisté M. Mailly, assurant que des membres de FO participeraient à la manifestation prévue mercredi à l’appel notamment d’Alliance (syndicat majoritaire) contre "la haine anti-flic".
"On est bien représentés dans la police nationale que je qualifie, en tous les cas pour ceux qui sont adhérents à FO, de +police républicaine+", a-t-il ajouté.
"On a toujours dénoncé" les casseurs, a-t-il fait valoir. "Lors de la dernière manifestation à Paris, les casseurs ont voulu entrer dans le cortège syndical et c’est notre rôle de protéger le cortège, et on a eu des camarades du service d’ordre qui ont été blessés", a-t-il rappelé.

Dimanche, le syndicat Unsa Police avait mis en cause dans un communiqué la CGT et FO, les accusant d’avoir "donné une légitimité morale et un sentiment d’impunité à ces casseurs".
Depuis plus de deux mois, les manifestations contre le projet de loi travail, adopté en première lecture à l’Assemblée grâce à l’article 49-3 de la Constitution, sont parfois émaillées de violences, faisant des blessés chez les manifestants comme chez les forces de l’ordre.
Pour la première fois le 12 mai, les casseurs s’en sont pris aux services d’ordre syndicaux.
De nouvelles manifestations sont prévues mardi 16 mai et jeudi 18 à l’appel de sept syndicats, dont la CGT, FO et l’Unef.

l Violences policières : "On ne peut pas tout mettre sur le dos des casseurs",
dénonce la CGT
par Marie-Pierre Haddad, rtl.fr, publié le 3 mai 2016
Une mare de sang et des policiers en rang. La CGT a publié, dimanche 1er mai, une nouvelle affiche afin de dénoncer les violences policières et la répression faite par les forces de l’ordre lors des manifestations contre la loi Travail. Cette affiche est dans la continuité d’une autre publiée en avril dernier. Sur des pavés en sang, une matraque était posée par terre avec un insigne de policier. Le message suivant y était écrit : "La police doit protéger les citoyens et non les frapper ! Stop à la violence". Dans une lettre ouverte adressée à Philippe Martinez, Bernard Cazeneuve estimait que l’affiche mettait "gravement en cause la police nationale".
Cette seconde affiche n’échappe pas à la polémique. Mais cette fois-ci le message est différent, se défend l’association. Le but n’est pas de "dénoncer des actes de brutalité, comme la première affiche, mais la répression. Il s’agit d’une situation surréaliste où les forces de l’ordre agissent sur des consignes politiques, en empêchant les manifestants d’aller au bout de leur parcours", explique Romain Altmann, secrétaire général d’Info’com CGT, contacté par RTL.fr.

Une répression "généralisée" des manifestants
Les violences et les affrontements provoqués lors des rassemblements à la place de la République ou à Nation à Paris par des casseurs ne sont pas dans le même registre que ce que dénonce le syndicat. "Que les policiers agissent pour le maintien de l’ordre, c’est une chose mais gazer et taper des manifestants, ce n’est pas pareil. Les casseurs restent des actes isolés, contrairement à la répression généralisée. Les moyens employés par la police sont disproportionnés et il faut se poser la question de savoir en quoi la menace est telle, qu’elle nécessite d’avoir recours à des armes (…) On ne peut pas tout mettre sur le dos des casseurs", explique-t-il.
L’affiche est mal perçue par le syndicat de police Synergie¬Officiers qui se dit "scandalisé" : "Il est désormais clair que la CGT rejoint les camps de casseurs et du totalitarisme de la rue". À l’antenne de RTL, le préfet de police de Paris, Michel Cadot, rappelle que lors des manifestations, "l’objectif de la préfecture de police est de permettre le déroulement normal de ces rassemblements, dans des conditions de sécurité". Si ces casseurs sont à nouveau présents, "notre responsabilité est de les isoler et les encercler, afin qu’ils ne perturbent pas la progression d’un cortège", ajoute-t-il.

Les organisateurs ont également la responsabilité de structurer un service d’ordre et de consulter la préfecture de police", pour que tout puisse bien s’articuler. Il poursuit en expliquant que "les policiers sont fatigués", face à ces actes de violence répétés chaque jour. Ces derniers "fatiguent et consomment inutilement les forces de police".

Des forces de l’ordre omniprésentes ?
Mais selon [Romain Altmann], secrétaire général d’Info’com CGT, "on n’est pas anti¬policiers. Notre affiche dit ’Stop à la répression’. En aucun cas, nous incitons à la haine. Cependant, on incite les syndicats à avoir une autocritique de leur profession et à remettre en cause les abus". Et le syndicat assure que cette nouvelle affiche est le reflet de "commentaires qui ne sont pas déconnectés de la réalité que l’on voit. Romain Altmann collecte de nombreux témoignages envoyés "par des parents qui décrivent les violences dont ont été victimes leurs enfants".
La CGT a d’ailleurs lancé une pétition pour dénoncer ces violences qui a recueilli environ 5.000 signatures. Et si la tension entre les policiers et les manifestants est à son paroxysme c’est à cause de "l’omniprésence des forces de l’ordre qui ne fait qu’attiser les tensions. Il y a une volonté d’aller au contact. En règle générale, les policiers sont présents mais à distance", indique Romain Altman.
l Notes
[1] Référence « Images de violences policières en ligne : le vrai du faux », LeMonde.fr le 3 mal 2016.

III - Déontologie de la police et de la gendarmerie et droit de désobéir
La police nationale, qui disposait d’un code de déontologie depuis le décret n°86-592 du 18 mars 1986, partage depuis le premier janvier 2014 un nouveau code avec la gendarmerie. Celui-ci est intégré au code de la sécurité intérieure (livre IV, titre 3, chapitre 4 de la partie réglementaire).
Ce code subordonne l’exercice des missions de police au strict respect de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen, de la Constitution, des conventions internationales et des lois.
Il a pour ambition de contribuer au renforcement du lien entre les forces de sécurité intérieure et la population, en plaçant explicitement celle-ci au c ?ur des préoccupations des policiers et des gendarmes.
Il donne aux agents des repères essentiels et incontournables sur le cadre de leur action ou de leurs missions et sur les obligations inhérentes à l’état de policier ou de gendarme : loyauté envers les institutions républicaines, intégrité, impartialité, aide et assistance aux personnes même en dehors de leur temps de service, devoir de réserve, secret professionnel, etc. Tout manquement à ces principes et règles expose son auteur à des sanctions disciplinaires, non exclusives de poursuites pénales en cas d’infraction avérée.
Il souligne les devoirs de l’État et de la hiérarchie, particulièrement celui de protéger les agents et leurs proches. Les policiers et leurs familles bénéficient d’une protection juridique contre les actes dont ils sont victimes dans l’exercice ou du fait de leurs fonctions et en cas de poursuites judiciaires du fait de leurs fonctions.
Il rappelle l’ensemble des sources de contrôle de l’exercice de ces missions régaliennes. Le contrôle de l’activité des services de police relève notamment de :
• la hiérarchie policière ;
• l’inspection générale de la police nationale, qui effectue des audits, des enquêtes disciplinaires mais aussi judiciaires sur saisine des magistrats.
• l’inspection générale de l’administration, qui peut effectuer des audits concernant l’activité des services de police et émettre des suggestions.
• la justice, qui contrôle les procédures diligentées par les services de police et exerce des poursuites pénales en présence d’infractions pénales commises par des policiers.
• la commission nationale informatique et libertés, qui autorise la création des fichiers, en suit l’utilisation et peut en autoriser l’accès aux particuliers.
(pour en savoir plus : http://www.cnil.fr/ )
• la commission nationale des interceptions de sécurité, qui vérifie la conformité de la mise en ?uvre et de l’exploitation des interceptions de communications telles que les écoutes téléphoniques.
• le Contrôleur général des lieux de privation de liberté, qui veille à ce que les personnes privées de liberté soient traitées avec humanité et dignité.
(pour en savoir plus : http://www.cglpl.fr/ )
• le défenseur des droits qui veille au respect des règles de déontologie ; (pour en savoir plus : Le Défenseur des Droits
Défenseur des Droits 7 rue Saint-Florentin, 75008-PARIS


Code de Déontologie de la police nationale et de la gendarmerie nationale entré en vigueur le 1er janvier 2014.Extraits.

Article R. 434-2 : Cadre général de l’action de la police nationale et de la gendarmerie nationale
[…] la police nationale et la gendarmerie nationale ont pour mission d’assurer la défense des institutions et des intérêts nationaux , le respect des lois, le maintien de la paix et de l’ordre publics, la protection des personnes et des biens.
Au service des institutions républicaines et de la population, policiers et gendarmes exercent leurs fonctions avec loyauté, sens de l’honneur et dévouement. […]

Art. R. 434-3 : Nature du code de déontologie et champ d’application
1. Les règles déontologiques énoncées par le présent code procèdent de la Constitution, des traités internationaux, notamment de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, des principes généraux du droit, et des lois et réglements de la République.[...]

Art. R. 434-5 :Obéissance
1. Le policier ou le gendarme exécute loyalement et fidèlement les instructions et obéit de même aux ordres qu’il reçoit de l’autorité investie du pouvoir hiérarchique, sauf dans le cas où l’ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public.
2. S’il pense être confronté à un tel ordre, il fait part de ses objections à l’autorité qui le lui a donné, ou, à défaut, à la première autorité qu’il a la possibilité de joindre, en mentionnant expressément le caractère d’illégalité manifeste qu’il lui attribue. Si, malgré ses objections, l’ordre est maintenu, il peut en demander la confirmation écrite lorsque les circonstances le permettent. Il a droit à ce qu’il soit pris acte de son opposition. Même si le policier ou le gendrale reçoit la confirmation écrite demandée et s’il exécute l’ordre, l’ordre écrit ne l’exonère pas de sa responsabilité. […] Dans l’exécution d’un ordre, la responsabilité du subordonné n’exonère pas l’auteur de l’ordre de sa propre responsabilité. […]

Art. R. 434-6 : Obligations incombant à l’autorité hiérarchique
[…] II- L’autorité investie du pouvoir hiérarchique conçoit et met en oeuvre au profit des personnels une formation adaptée, en particulier dans les domaines touchant au respect de l’intégrité physique et de la dignité des personnes ainsi qu’aux libertés publiques.[...]

Titre II. Chapitre Ier. Relation avec la population et respect des libertés

Art. R. 434-14 : Relation avec la population
« Le policier ou le gendarme est au service de la population.
Sa relation avec celle-ci est empreinte de courtoisie et requiert l’usage du vouvoiement.
Respectueux de la dignité des personnes, il veille à se comporter en toute circonstance d’une manière exemplaire, propore à inspirer en retour respect et considération. »

Art. R. 434-18 : Emploi de la force
« Le policier ou le gendarme emploie la force dans le cadre fixé par la loi, seulement lorsque c’est nécessaire, et de façon proportionnée au but à atteindre ou à la gravité de la menace, selon le cas.
In ne fait usage des armes qu’en cas d’absolue nécessité et dans le cadre des dispositions législatives applicables à son propre statut. »

Art. R. 434-19 : Assistance aux personnes
« Lorsque les circonstances le requièrent, le policier ou le gendarme, même lorsu’il n’est pas en service, intervient de sa propre initiative, avec les moyens dont il dispose, notamment pour porter assistance aux personnes en danger. »

Commentaire officiel :
« Ce Code subordonne l’exercice des missions de police au strict respect de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen, de la Constitution, des conventions internationales et des lois. Il a pour ambition de contribuer au renforcement du lien entre les forces de sécurité intérieure et la population, en la plaçant explicitement au c ?ur des préoccupations des policiers et des gendarmes  »...

Quelques remarques complémentaires
(Evelyne Perrin, membre de la LDH et d’ATTAC, née sous le fascisme, au sein d’une famille cachant des Juifs, qui ont survécu car des gendarmes désobéissants nous alertaient de la venue de la gendarmerie pour les livrer à la Gestapo) :

Toute l’histoire de la Résistance qui est née et s’est déroulée dans la France occupée par l’Allemagne de 1940 à 1945 jusqu’à la Libération – tant honorée aujourd’hui - est celle de désobéissance aux ordres officiels et donc à la loi en vigueur sous Pétain de la part de citoyens mais aussi, parmi eux, de gendarmes et policiers ou de membres des « forces de l’ordre ».
Mais « quel ordre ? »
Un parallèle – toutes proportions gardées, car nous ne sommes actuellement qu’au début d’un processus de restriction sans précédent des libertés, de chasse au bouc émissaire et de droitisation des représentants de la Nation au pouvoir - peut être tenté entre cette période
de la Résistance à l’Occupation allemande pendant la deuxième guerre mondiale, d’une part, et la période actuelle de domination d’un capitalisme mondialisé et financiarisé reposant notamment sur la multiplication des conflits locaux ou régionaux et sur l’explosion des ventes d’armes, mais également de collusion entre le pouvoir économique et financier devenu insaisissable et des pouvoirs locaux encore dits nationaux qui en sont complices et les opérateurs par leur monopole sur le recours à la force armée contre toutes les formes d’opposition.
Le bel ouvrage réuni par Olivier Wieviorka , « Histoire de la Résistance 1940-1945 » a pour sous-titre : « Obéir c’est trahir. Désobéir, c’est servir. »
Il comporte des chapitres très éclairants sur la place indéniable que prirent les militaires et gendarmes dans la Résistance, mais il révèle aussi le trouble ressenti par les militaires et la crise que provoqua chez eux le refus du Maréchal Pétain de se battre contre les Allemands. Ainsi, l’invasion de la zone libre n’entraîna pratiquement aucune résistance de la part des forces militaires françaises loyalistes – environ 50 à 60 000 hommes avec un très médiocre armement et .. pas de chars, ou très peu. Certains officiers avaient constitué des dépôts d’armes clandestins dans l’espoir de voir venir l’heure de la revanche, mais ils obéirent massivement au gouvernement de Vichy quand celui-ci leur ordonna de les livrer, et ils refusèrent souvent d’en donner aux résistants qui les réclamaient, quand ils ne les livrèrent pas à l’ennemi, par exemple à des Italiens, se réfugiant derrière le devoir d’obéissance aux ordres reçus.... C’est ainsi que un tiers des dépôts d’armes furent saisis en zone libre par la Wehrmacht et l’Abwehr, un tiers fut détruit, le dernier tiers étant seul ércupéré par les organisations de résistance ou par l’ORA (Organisation de Résistance armée).
Pourquoi de telles réticences ? « Les militaires, même ceux hostiles à l’occupant, ne parvenaient ni à s’émanciper des schémas de la guerre classique ni à rompre totalement les ponts avec la légalité vichyiste », écrit Olivier Wieviorka, qui poursuit – analyse transposable parfaitement aujourd’hui dans la résistance aux dégâts sociaux et environnementaux du néo-libéralisme et dans l’opposition à la prolongation ininterrompue de l’état d’urgence sécuritaire - ; « Dans leur esprit, les armes devaient équiper des unités en uniforme dûment appelées par un pouvoir légitime – de préférence le maréchal Pétain ; elles ne devaient n aucun cas servir à des formations se livrant à des sabotages ou à une action de guerilla. En outre, les professionnels de la guerre n’éprouvaient que mépris pour des mouvements supposés politisés et, circonstance aggarvante, composés d’amateurs. Ils refusaient de les armer, a fortiori quand ils les suspectaient d’être animés par des sentiments révolutionnaires. […] Il était assurément plus facile de prétendre préparer la revanche en alléguant la volonté secrète du Maréchal que de basculer dans la lutte clandestine, au risque de briser sa carrière ».

En conclusion, il me semble que la question de la désobéissance de la police et de la gendarmerie à des ordres iniques ou manifestement illégaux, ou encore de nature à compromettre gravement un intérêt public, si elle se pose aujourd’hui en raison des violences disproportionnées et injustifiées auxquelles se sont livrées ces deux services publics républicains au cours des derniers mois dans les mobilisations contre le projet de loi Travail et Nuit Debout !, peut être éclairée par le retour sur l’expérience de la Résistance.

1 Message

  • Violences policières et droit de désobéir à des ordres illicites Le 9 juin 2016 à 10:34, par jojolespiedsnickelés

    Ce gouvernement qui sait réprimer (48 enquêtes judiciaires sur les agissements de la police suite aux manifs. qui ont lieu depuis le mois de mars)mais ne sait pas négocier est irresponsable.Il serait temps,pour le gouvernement,d’éteindre l’incendie qu’il a provoqué.Retirer la loi « précarité du travail » serait sage.Il est urgent d’OUVRIR des négociations sérieuses sur le marché du travail (compte pénibilité,formation professionnelle,médecine et inspection du travail...etc)et de renoncer à l’autoritarisme.Le gouvernement veut enfumer les salariés :la « crise sociale » ne fait que commencer.

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