La déforestation en Afrique (Françoise Hoffet)

Cofondatrice de Verts français de l’étranger

samedi 22 août 2015, par Groupe Afrique.

Il y a 4 siècles, les forêts recouvraient les 2 tiers du territoire de la planète. Aujourd’hui, elles n’en recouvrent plus qu’un tiers, soit 3,7 milliards d’hectares. L’Afrique est, après l’Amazonie, le continent qui contient le plus de forêts. Ces dernières années, sur tous les continents, la destruction de la forêt n’a cessé de progresser.

En Afrique, 30 millions de personnes vivent dans la forêt. Cette forêt est pour eux, et pour d’autres Africains aussi, un refuge, une source de nourriture, de vêtements, de médicaments.

Détruire la forêt. Pourquoi ?

Il a toujours existé des paysans dont la terre ne suffisait plus pour satisfaire les besoins essentiels et lorsque la forêt n’était pas loin, certains ont détruit un petit bout de forêt pour agrandir leur champ. Ces pratiques n’ont jamais eu de très grandes conséquences.

Pour certaines populations pauvres, faire paître les animaux dans les forêts peut représenter un moyen de subsistance qui a, parfois, été encouragé par les pouvoirs publics et qui a causé des dégâts dans les forêts..

La surexploitation illégale du bois provenant de la forêt , provoque de la déforestation. Ce bois se négocie souvent à un prix élevé qui en fait un élément du commerce international.

Des grandes compagnies souvent transnationales ont créé de très grandes exploitations orientées vers l’exportation. Souvent des palmiers à huile pour produire des agrocarburants. Ces phénomènes provoquent de très larges déforestations.

Lorsqu’une société, souvent originaire d’un pays riche, veut installer une exploitation minière, elle détruit ou endommage gravement toutes les forêts situées dans l’espace qui lui est nécessaire.

Les conséquences

Les arbres, où qu’ils se trouvent, absorbent le CO2 et le conservent plus de 100 ans. Toutes les forêts sont donc des réservoirs de carbone. En détruisant une forêt, on obtient une émission très importante de CO2, le gaz à effet de serre reconnu par le GIEC comme l’un des principaux acteurs.du réchauffement climatique. On estime, aujourd’hui, à 18 % la part des émissions de CO2 qui provient de la déforestation. Une forêt en bon état joue donc un rôle très important pour la préservation du climat.

.La déforestation provoque l’érosion du sol, la perte du couvert végétal, l’envasement des cours d’eau et, par conséquent, la réduction à l’accès à l’eau potable. Le sol dénudé n’apporte plus la protection contre les pluies violentes, les cyclones. Des phénomènes qui touchent toute la population.

Partout où la forêt est détruite, les conséquences pour les populations qui vivent dans la forêt ou à proximité sont nombreuses. Même si les sociétés qui pratiquent la déforestation embauchent parfois quelques uns de ses habitants, la disparition de la forêt aura sur la vie de la plupart d’entre eux, qui auront perdu leur cadre de vie et, de ce fait, les moyens dont ils disposaient pour vivre des conséquences catastrophiques.

Un sage Pygmée de Centrafrique nous dit :
« La forêt est notre foyer. Quand nous quitterons la forêt ou quand elle mourra, nous mourrons aussi. »

La forêt préserve une grande biodiversité tant dans le domaine végétal que dans le domaine animal. Détruire la forêt amène la disparition de beaucoup de végétaux et d’animaux et cela a un effet sur sur la santé humaine.

Les médicaments produits par les plantes de la forêt sont utilisés dans le monde entier. C’est le cas de plus d’un quart des médicaments modernes qui sont de plus en plus difficiles à obtenir.
Le risque d’attraper le paludisme est 300 fois plus élevé dans les zones déboisées.

Tous les pays africains qui possèdent des forêts ont subi les conséquences de la déforestation. Trois exemples.

Madagascar a perdu plus des 4/5es de sa surface forestière depuis un siècle notamment à cause du commerce illégal du bois de rose et du bois d’ébène. Dans les années 1990, le gouvernement de Madagascar a changé sa législation sur les mines et les investissements étrangers pour faciliter les projets d’extraction minières comme ceux des sociétés Ambatovy et Sherritt. Ces projets ont eu un effet désastreux sur ce qu’il restait de forêts. Le gouvernement suivant a fait évoluer la législation.

Au Gabon, un pays dont 87 % du territoire est occupé par la forêt, la société Olam a obtenu en concession de 300 000 ha et elle a annoncé qu’elle en affecterait 100 000 à des plantations d’hévéas. Ces plantations provoqueront la destruction d’une portion importante de forêts. Des opposants se sont manifestés contre cette décision.

Au Cameroun, il existe un très important commerce du bois à l’intérieur du pays mais aussi avec des pays étrangers. Ce commerce se fait en dehors de toutes les règles établies tant par la loi camerounaise que par des accords avec des instances internationales
Le commerce du bois tel qu’il se pratique au Cameroun provoque une importante déforestation.

Que faire ?

Les populations.

D’abord, nous devons tous, tant Africains que non-Africains, prendre connaissance du problème de la conservation des forêts. Jusqu’à présent, nous avons à peine été informés du sujet et de sa gravité et du rapport de ce sujet avec la préservation du climat.
Ce sont, évidemment, les agriculteurs qui sont à la fois les mieux placés pour agir mais aussi les premières victimes.
Certains ont voulu replanter des arbres mais recréer une forêt est presque impossible car une forêt, c’est plus que quelques arbres .
Il faut refuser de participer au commerce illégal du bois.

L’Etat.
Il doit surveiller de près la façon dont les sociétés minières, le plus souvent multinationales, utilisent l’espace qui leur est attribué.
Il doit, sauf accord préalable très clair, empêcher la conversion de terres forestières en grandes plantations de soja, de palmiers à huile ou autre.
Il doit créer une législation sur le commerce des bois précieux et la faire respecter dans le pays lui-même et à l’étranger, tant par les particuliers que par des grandes sociétés.
Il faut que les entreprises elles-mêmes deviennent responsables sur le plan international.

Les instances internationales
L’Union européenne
L’Union a conclu en 2010 avec le Cameroun un accord de partenariat volontaire, l’APV . En signant l’APV en 2010, le Cameroun s’est engagé à ne vendre sur le marché européen que du bois légal. Un tout récent rapport européen souligne qu’aucune entreprise camerounaise, européenne ou africaine, n’applique cet accord.
L’ONU
Un nouvel accord sur la REDD ( Réduction des Emissions issues de la Déforestation et de la dégradation) devrait être discuté prochainement . Cet accord devrait permettre la gestion durable des forêts et la reforestation.

Il est indispensable que les instances internationales respectent les décisions qu’elles prennent et qu’elles les fassent respecter par ceux qui les ont signées.

Pour la COP21, chaque pays doit apporter une déclaration dans laquelle il définit la façon dont il va lutter contre le réchauffement climatique. Le Gabon a été le premier pays africain à déposer sa déclaration le 31 mars. Espérons que tous les pays africains ont, depuis cette date, déposé leurs déclarations et informé leurs populations.

Unissons-nous tous pour aider les Africains à protéger leurs forêts et à préserver le climat dans le monde entier. Le Fonds Vert peut les aider sur le plan financier et des aides sur le plan technologique peuvent leur être apportées.

1 Message

  • La déforestation en Afrique (Françoise Hoffet) Le 25 août 2015 à 12:19, par Daniel Hofnung

    Merci de soulever cette question essentielle de la déforestation en Afrique. Outre les cas que vous avez mentionnés, il existe actuellement une très importante déforestation illégale au Mozambique, pour le commerce du bois vers la Chine (voir article dans le Monde Diplo)
    Le rôle de la forêt n’est pas que de stocker du CO2 (dans les arbres et autant dans le sol) ou stabiliser les sols. C’est essentiellement l’évapo-transpiration des feuilles, qui produit de l’humidité et rafraîchi l’air (un grand arbre = un climatiseur de 50 kw) et a ainsi un effet direct sur le climat. Au Brésil, c’est des « fleuves aériens de vapeur d’eau » qui partent de la forêt amazonienne, que la cordillière des Andes renvoie ensuite vers le sud, et qui contribuent ainsi directement au climat de l’Amérique du sud. Ces dernières années, le processus se grippe suite à la déforestation en Amazonie, et la sécheresse catastrophique à Sao Paulo est à relier à cette baisse d’humidité.
    Ces questions seront évoquées à l’atelier sur les alternatives systémiques sur l’eau pour le climat, demain à l’université d’été d’attac, puis dans une expo de la coordination eau Ile de France et dans une petite brochure de France Libertés, toutes deux préparées pour Alternatiba, fin septembre.

    Répondre à ce message

Répondre à cet article

Crédits et mentions légales . Propulsé par SPIP . Conception : ATTAC France . Design & Réalisation : LEKTUM .