Colonisation et interventions : une constante de la doctrine militaire de la France

Nils Anderson Conseil scientifique d’Attac

dimanche 2 octobre 2022, par Groupe Afrique.

« La doctrine militaire est une construction intellectuelle qui formule le savoir jugé nécessaire et suffisant pour guider les personnels militaires dans leur action. » (1)

Elle donne un cadre à ce qui est militairement possible selon les politiques de défense et les objectifs géopolitiques du gouvernement, les projections des armées de terre, de mer et de l’air et les armements proposés par le complexe militaro-industriel. Une doctrine évolutive selon la situation intérieure et internationale, le degré d’intensité des guerres engagées ou potentielles et les développements technologiques et scientifiques. Ainsi, c’est en 2019 que la France s’est dotée d’une doctrine militaire dans le domaine du cyberespace et de l’intelligence artificielle, concrétisée en 2021 par le L21 : doctrine militaire de lutte informatique et d’influence. Cela apparaît comme un sujet très éloigné de la Françafrique, sauf que cela dicte la présence militaire de la France sur le continent africain de la colonisation à la situation de crise actuelle.

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L’Afrique ne fut pas la terre de conquête initiale,
lutte d’influence avec les conquistadors espagnols et portugais dans la recherche de la route des Indes, dès le XVe siècle, mais principalement au XVIe siècle, la France établit des comptoirs-colonies dans les Amériques, « premier empire colonial français. » La doctrine militaire se fonde alors sur une flotte de guerre, la capacité maritime de la Compagnie ordinaire de la mer va permettre une mainmise coloniale sur les Antilles, la Nouvelle-France au Canada et Pondichéry aux Indes. Trois motifs à ces premières conquêtes, les mirages de la route des Indes coupée par l’Empire ottoman, la christianisation par l’élimination du sauvage et les profits du pillage des sols et sous-sols. C’est l’âge d’or des Compagnies coloniales (Compagnies de Rouen, de la Nouvelle-France, des Indes). Les armées royales sont alors résiduelles, au temps de Charles VII, la première armée permanente compte 9 000 homme, celle de Louis XIV en comptera 400 000.

En Afrique, est créée en 1656 la Compagnie du Cap-Vert et du Sénégal qui détient le monopole du commerce du Sénégal, dont l’un des principaux revenus est la traite des esclaves. La seule autre possession française en Afrique, l’île Bourbon (future île de la Réunion), depuis 1642 sert d’escale sur la route des Indes en contournant l’Afrique.

Mais, ce premier empire colonial, l’empire royal, va se dissoudre : le Traité de Paris, en 1763, affirme la suprématie anglaise, la France perd l’essentiel de ses colonies dans les Amériques, en Acadie, au Québec et en Louisiane. Mais, si la Révolution abolit l’esclavage que Napoléon rétablira, la colonisation de l’île de Gorée au Sénégal, de l’île Bourbon, des Antilles, de la Guyane et de Saint-Domingue (Haïti), n’est pas mise en question. Mais, en 1804, Haïti proclame son indépendance, la France perd sa principale colonie. Sur le plan militaire, en 1798 est adopté le service militaire obligatoire, l’armée compte alors près d’un million d’hommes, ouvrant la voie aux guerres napoléoniennes et à la seconde colonisation.

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La mission de rétablir un empire colonial
se manifeste sous la monarchie de Juillet par la conquête de l’Algérie. Prenant prétexte de l’affaire de l’éventail entre le dey d’Alger et l’ambassadeur de France, il est procédé au blocus du port d’Alger puis, le 14 juin 1830, malgré une forte opposition aux deux chambres et dans la presse, au débarquement de Sidi-Ferruch. Cette opération militaire engage des moyens considérables, partent de Toulon 453 navires, dont 102 navires de guerre, transportant 27 000 marins et 37 500 soldats d’infanterie, artillerie, cavalerie et génie. Les Algériens opposent une forte résistance, pour la briser on pratique l’extermination, doctrine militaire dont les généraux se font gloire, insoutenable liste de massacres, d’exécutions, d’enfumades ; doctrine qui sera appliquée lors de l’écrasement de la Commune de Paris. La résistance armée des Algériens, commencée à Sidi-Ferruch, ne cessera qu’en 1902 dans le Hoggar.

La conquête de l’Algérie marque le passage au stade industriel de la colonisation qui s’appuie sur une militarisation de l’État nécessaire au développement du capitalisme. Le complexe métallurgique qui se constitue annonce le complexe militaro-industriel dotant les armées des moyens de guerres et de répression pour réaliser la conquête du second empire colonial français et décimer les forces populaires qui s’opposent au capitalisme.

Dans les années 1850, la fièvre coloniale se libère,
en vingt ans la France va tripler la superficie de ses possessions. En raison de l’éloignement des lieux de conquêtes, le rôle de la marine de guerre dotées maintenant de bateaux à vapeur (gains de rapidité et de capacité de charge) est essentiel. Première opération, la Nouvelle-Calédonie, mais l’objectif principal est l’Afrique subsaharienne, la colonisation jusque-là côtière va pénétrer l’intérieur du continent.

Ce qui motive alors l’esprit de conquête :
l’évangélisation qui devient mission civilisatrice, les profits de l’exploitation coloniale, mais aussi le besoin de répondre à l’ouverture de nouveaux marchés pour compenser un rétrécissement des marchés européens ; l’objectif militaire est l’installation de bases navales pour assurer la protection des routes maritimes, l’objectif impérialiste, la possession de colonies comme marque de puissance.

L’enrôlement de forces indigènes
s’inscrit alors dans la doctrine militaire. Dès la fin du XVIIIe siècle, en Afrique, une donnée essentielle pour la défense des comptoirs de la colonisation française (et anglaise) est l’enrôlement d’indigènes par les Compagnies. Enrôlement pour le rachat de leur liberté s’il s’agit d’esclaves ou, comme il en sera jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, pour la solde permettant de faire vivre sa famille. En 1857, un mercenariat déjà présent dans les armées de Napoléon lors des campagnes d’Italie et de Russie s’institutionnalise : un décret intègre les tirailleurs sénégalais dans les troupes coloniales. Ils deviennent une composante de la doctrine militaire de la France, la Force noire. Qu’ils soient : tirailleurs du Sénégal, du Cameroun, des Somalis, de Guinée, du Niger, du Soudan, du Tchad, du Dahomey ou de Madagascar, des spahis zouaves et goumiers algériens, marocains et tunisiens, des tirailleurs indochinois et canaques, le racisme colonial en fait des « soldats issus des peuples soumis luttant pour imposer la soumission à d’autres peuples, et même au leur propre. »
Recrutés essentiellement dans les campagnes ou en opposant les ethnies, prisés pour leur force physique, petite solde et absence de promotion, de très rares enrôlés accèdent au grade de capitaine et un caporal ou un capitaine africain n’est pas l’égal d’un caporal ou d’un capitaine français. Les troupes coloniales, chair à canon lors des deux guerres impérialistes, furent dissoutes lors de la guerre d’Algérie.

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En 1880, seulement 10% de l’Afrique subsaharienne est colonisée ;
en 1885, les puissances européennes réunies à la conférence de Berlin décident que là où elles mettent le pied : sol, sous-sol et populations leur appartiennent. En 1900, sur le continent africain, seuls le Maroc (occupé en 1912), l’Éthiopie et le Libéria ne sont pas sous domination coloniale. L’arme du goupillon pour les « bonnes consciences », le télégraphe et les progrès en armement, du fusil à la mitrailleuse au canon à répétition, pour les « réalistes », la colonisation tourne au carnage et au génocide. Seuls lieux de replis pour les populations africaines, les forêts primaires impénétrables aux « armées modernes. »

La République étend l’emprise coloniale à tous les continents, mais l’Afrique est la principale zone d’expansion. L’AOF , l’Afrique occidentale française, (2) représente 5 millions de km² et l’AEF , l’Afrique équatoriale française, (3) 2,5 millions de km², soit au total, quatorze fois la superficie de la métropole ! Colonisation étendue sur le continent à la Réunion, Madagascar, les Comores, Djibouti, à la Tunisie, puis au Maroc et, durant la Première Guerre mondiale, au Cameroun, colonie allemande (4).
Pillage des richesses minières, conversion de l’agriculture existante à la monoculture avec les conséquences dramatiques qui en résultent pour l’alimentation des populations, exploitation de la force de travail des hommes, des femmes et des enfants, recours à l’armée et aux supplétifs pour réprimer tout mouvement de révolte, c’est le temps de la « prospérité coloniale » dans l’indifférence, racisme blanc et discours civilisateurs des pouvoirs et du lobby colonial, dissimulant aux populations en France et en Europe la violence de l’exploitation, de l’administration et de la répression coloniales.
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La Seconde Guerre mondiale signifie le grand tournant, les puissances coloniales européennes en sortent très affaiblies et la défaite de la France révèle aux colonisés qu’elle est vulnérable, la revendication à l’indépendance s’en trouve activée. Ce droit est ressenti d’autant plus fortement que les colonisés ont participé à libérer la France et l’Europe de l’occupation nazie. En 1940, les troupes coloniales offrent une forte résistance à l’avancée des troupes allemandes, 17 000 enrôlés africains sont tués et quand ils sont faits prisonniers considérés par les nazis comme des sous-hommes, ils sont fusillés. En 1944 de Gaulle dans le discours de Brazzaville déclare : « Dans l’extrémité où une défaite provisoire l’avait refoulée, c’est dans ses terres d’outre-mer… que (la France) a trouvé son recours et la base de départ pour sa libération… » La France vaincue, occupée, c’est partant d’Afrique qu’une armée française va se reconstituer, la contribution des colonisés est essentielle. La première victoire de la colonne Leclerc, embryon de cette armée, composée de 396 hommes dont 295 Africains, sera la bataille de Koufra, en Libye.
L’Armée française qui participera à la bataille de Tunisie, libérera l’île d’Elbe, débarquera en Provence et mènera la campagne d’Italie est composée essentiellement d’Africains et Nord-Africains. Sur les 260 000 hommes engagés lors du débarquement de Provence, plus de 130 000 sont Nord-africains et plus de 25 000 viennent d’Afrique subsaharienne. Sur les 112 000 hommes du corps expéditionnaire français qui participent à la campagne d’Italie et qui ont vaincu l’armée allemande à Monte Cassino, 60% étaient maghrébins. Ces colonisés participeront à la libération de la France jusqu’à Strasbourg. De Koufra à Strasbourg, 8 000 « indigènes » sont morts et 35 000 blessés, morts et blessés non pour libérer leur sol, mais celui de la France et de l’Europe de la peste brune. La guerre finie, les différents corps d’armée français et les résistants de l’intérieur sont rassemblés dans la 1re Armée française. Sur un total de 550.000 hommes, on compte 134.000 Algériens, 73.000 Marocains, 26.000 Tunisiens et 92.000 ressortissants d’Afrique noire, ils composent donc près de 60% de la 1re Armée française ! De Gaulle demandera à de Lattre de Tassigny, son commandant, de la « blanchir. »

Pour les soldats démobilisés, pour les populations soumises, l’ordre colonial n’est plus acceptable, le droit à l’autodétermination est revendiqué par les peuples d’Asie puis d’Afrique. Politique de puissance, intérêts économiques, idéologie raciste, défense des privilèges coloniaux, la réponse politique est le recours à la force armée, ce sont les massacres de Sétif et Guelma, le bombardement de Haiphong et la sauvage répression des Malgaches.
Même la promesse à minima de la Conférence de Brazzaville  : « une représentation des territoires d’Outre-Mer à la Constituante » n’est pas tenue (5). La guerre de libération devient la seule voie pour les vietnamiens puis pour les algériens, pour s’y opposer, le gouvernement français engage toute sa puissance militaire et va envoyer une génération faire une sale guerre. Le discours du gouvernement :« Ni trêve ni pitié pour ceux qui sont insurgés » (6) va justifier la théorisation de la « doctrine de la guerre révolutionnaire » autorisant le recours à tous les moyens pour terroriser et réprimer la population. Cette doctrine sera enseignée à l’École des Amériques, à Fort Benning, aux militaires latino-américains pour la répression des luttes armées en Amérique du Sud, l’armée des États-Unis y aura recours en Afghanistan et en Irak.
C’est le crépuscule de l’ordre colonial, l’Algérie devient indépendante après huit années de guerre, le Cameroun et le Niger malgré une impitoyable répression, l’Afrique est décolonisée au prix de centaines de milliers de morts. Pour les peuples, l’indépendance signifie la fin de la colonisation, mais pas du colonialisme.
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Dans les années 1960 se manifeste l’influence, au sein du système onusien, du mouvement des Non-alignés né à Bandoeng qui a été un levier précieux pour les luttes de libération nationales et qui revendique des rapports Nord-Sud équitables. Au plan national, les indépendances des pays africains restent souvent formelles, dans les faits, la pieuvre néocoloniale étend ses tentacules. Pierre Dabezies, universitaire, mais aussi militaire, écrit « L’histoire coloniale et néocoloniale est, à cet égard, comme la mer : opaque et toujours recommencée. » (7) Dans un climat de guerre froide et de concurrence économique et géopolitique entre puissances occidentales, sous le vocable « Françafrique », l’Afrique subsaharienne est mise sous tutelle.

L’idée de puissance reste le socle de la doctrine militaire de la France,
on passe de la guerre totale à l’ingérence armée avec barbouzes et mercenaires pour les basses œuvres, garde rapprochée des pantins mis en place, installation de bases militaires et interventions militaires sous couvert « d’humanitaire » et de droit de l’homme (8). Sous la dénomination de « coopération » sont passés des accords économiques : le prêcheur des premiers temps de la colonisation après avoir été porteur de civilisation devient « expert en développement. » Un pilier de cette politique sont les accords de coopération militaires (9). De 1978 à 1990, des opérations extérieures (OPEX), sont menées sur le continent africain à Djibouti, au Zaïre, en Mauritanie, au Tchad, en Centrafrique, en Libye, au Sénégal, aux Comores et au Gabon. « La Françafrique, c’est comme un iceberg. Vous avez la face du dessus, la partie émergée de l’iceberg : la France meilleure amie de l’Afrique, patrie des droits de l’homme, etc. Et puis ensuite, vous avez 90% de la relation qui est immergée : l’ensemble des mécanismes de maintien de la domination française en Afrique avec des alliés africains… » (10)

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La chute du Mur signifie le passage dans le Nouvel Ordre Mondial, les États-Unis sont hégémoniques. Pour imposer, avec leurs alliés, dans et hors l’OTAN, l’économie de marché et la mondialisation capitaliste, répandre l’idéologie néo-libérale, configurer les sociétés selon leur mode de penser et de gouverner, conforter plus encore leur domination, sous couvert de « droit d’ingérence humanitaire », de « devoir de protéger », de « Nation-building » ils vont avoir recours à la guerre en Irak et en Bosnie, au Kosovo et en Somalie, en Afghanistan et en Libye. Sauf que, alors que l’Occident n’a jamais été aussi puissant, que ses moyens économiques sont sans égal, que sa domination militaire est écrasante, les États-Unis et leurs alliés vont connaître une succession d’échecs. Vainqueurs absolus sur le terrain de la guerre, nulle part ils ne sont en mesure d’établir la paix, il n’est que désordre et anarchie, souffrances et exil que symbolise l’échec afghan. Pour les puissances impérialistes, le temps où il suffisait de mettre le pied quelque part pour disposer des gens et du sol n’est plus.

Dans ce contexte, comme puissance occidentale et pour la défense de ses intérêts, la doctrine militaire de la France définie dans les Livres blancs de la défense de 2008 et de 2013 réaffirme que « la dissuasion nucléaire est l’ultime garantie de notre souveraineté » et que « L’Alliance atlantique est un pilier de la politique de défense française », liens avec l’OTAN renforcés en réintégrant le commandement unifié. Les engagements de la France dans le nouveau paysage stratégique sont ainsi définis : « la France entend disposer des capacités militaires lui permettant de s’engager dans les zones prioritaires pour sa défense et sa sécurité : la périphérie européenne, le bassin méditerranéen, une partie de l’Afrique - du Sahel à l’Afrique équatoriale -, le golfe Arabo-Persique et l’océan Indien. Ces capacités lui permettent d’apporter sa contribution à la paix et à la sécurité internationales dans d’autres parties du monde. »

Engagements qui ont amené la France, avec les conséquences humaines que l’on sait à participer sous l’égide de l’ONU, de l’OTAN ou au sein de coalitions militaires à la guerre du Golfe, de Bosnie, du Kosovo, d’Afghanistan et de Libye, à s’engager dans l’impasse syrienne et, sur le sol africain, à assumer seule le commandement de la tragédie rwandaise avec les responsabilités que l’on sait, puis l’intervention pour sauver le pouvoir malien avec comme conséquence l’enlisement dans le bourbier sahélien. Une impasse annoncée dès les débuts de l’opération : « La quadrature du cercle sera de mener à son terme une opération qui ne se limite pas au Mali, ni même au Sahel, mais a des ramifications en Afrique du Nord, dans l’Afrique subsaharienne et au-delà̀ de l’Afrique. » Un bourbier qui souligne la grande solitude de la France, ses alliés européens refusant de s’y impliquer directement et suscitant une hostilité grandissante dans les populations, d’où le dilemme : rester, mais comment, partir, mais comment ? (11)

Ce cadre stratégique fait de la France la première armée européenne, la principale puissance militaire non africaine sur le continent africain, la deuxième puissance militaire dans le Moyen-Orient après les États-Unis, une puissance souveraine et un acteur de la sécurité dans l’océan Indien et dans le Pacifique, la seconde puissance maritime dans le monde, l’armée la plus engagée dans des opérations extérieures, là aussi après les États-Unis. Le rappel de ce cadre, qui détermine la doctrine militaire de la France fait apparaître clairement son surdimensionnement par rapport à ses possibilités financières, à l’état des équipements des armées et à ses moyens humains.
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En raison des nouveaux rapports géostratégiques
, de la tension Chine-États-Unis, de celle à la frontière de la Russie, du chaos moyen-oriental, des crises qui traversent l’Afrique et des ambitions impérialistes qui s’y confrontent, le nouveau chef d’État-Major des armées, le général Burkhard, préconise une nouvelle vision stratégique : « Avant, les conflits s’inscrivaient dans un schéma ‘paix / crise / guerre’. Désormais, c’est plutôt un triptyque ‘compétition / contestation / affrontement’ » et de préciser : « Il n’y a plus de phases de paix, mais des phases de compétition. » Dans ce triptyque, calqué sur la pensée néolibérale, exit la gestion des crises et le multilatéralisme dans les relations internationales, exit les luttes des peuples pour la paix. Dans une situation où les tensions entre grandes puissances et entre puissances régionales sont fortes, ou le monde se surarme, c’est inscrire la France dans une logique de guerres hybrides et de haute intensité interétatique.

Une politique qui a pour conséquences une forte augmentation du budget de la défense (41 milliards € en 2022), la projection de la France dans la guerre dans l’espace, la militarisation de la société (le service national universel en est un exemple) et la désignation d’ennemis pour conditionner les Français à des interventions extérieures dans une logique confrontationnelle conduisant au risque majeur : une guerre de haute intensité.

Une doctrine militaire qui a changé de nature, de cadre, de moyens, de monde, mais pas, depuis les premières colonisations, d’idéologie interventionniste, de conquête et de guerre. L’engrenage actuel exige de s’y opposer.

Nils ANDERSON


(1) Le Chantier stratégique. Entretiens avec Gérard Chaliand, Hachette-Pluriel, 1997.
(2) Mauritanie, Sénégal, Soudan français (Mali), Guinée, Côte-d’Ivoire, Niger, Haute-Volta (Burkina-Faso), Togo, Dahomey (Bénin)
(3) Gabon, Moyen Congo (Gabon/Rép. du Congo), Tchad, Oubangui-Chari (Centrafrique)
(4) Principales colonies françaises sur les autres continents. Amériques : Guadeloupe, Martinique, Guyane ; Asie : Établissements français de l’Inde, Indochine, concessions en Chine ; Océanie : Établissements français de l’Océanie, Wallis-et-Futuna, Nouvelle Calédonie
(5) Il a fallu attendre la Loi-cadre de 1956, après la défaite de Dien-Bien-Phu et le déclenchement de la lutte de libération algérienne, pour que soit reconnu la capacité des populations d’Outre-Mer de s’administrer elles-mêmes.
(6) Maurice Bourgès-Maunoury, ministre de l’Intérieur.
(7) L’Afrique enjeu international : géopolitique et stratégie, Projet, 1979.
(8) Trois bases revêtent une importance particulière : Dakar au Sénégal, Fort Lamy eu Tchad et Pointe-Noire au Congo B.
(9) Pays africains avec lesquels ont été signés de 1960 à 1985 des accords militaires : Centrafrique, Gabon, Tchad, Côte d’Ivoire, Burkina-Faso, Mauritanie, Togo, Madagascar, Bénin, Cameroun, Burundi, Tunisie, Congo, Sénégal, Zaïre, Rwanda, Niger, Comores, Djibouti, Maurice, Seychelles, Malawi, Mali, Guinée, la Guinée Équatoriale.
(10) François-Xavier Vershave, Survie
NA. Intervention faite à l’IREMO, le 25 janvier 2013.
Sur un effectif de 30 000 hommes et femmes, 17 000 sont engagés dans des opérations extérieures ou des missions d’intervention.
« Le conflit hybride est avant tout une combinaison entre des moyens conventionnels, irréguliers et asymétriques, jouant sur les champs idéologiques et politiques comme informationnels pour manipuler en permanence les perceptions, et combinant forces spéciales et forces conventionnelles, agents de renseignement et provocateurs politiques, médias et acteurs économiques, cyberactivistes et criminels, paramilitaires et terroristes. » Site de l’ANORAA
(11) Martine Boudet, Résistances africaines à la domination néo-coloniale (coord, Le Croquant, 2021)
https://editions-croquant.org/actualite-politique-et-sociale/710-resistances-africaines.html
(12) Jean-Félix Ongouya, "La présence militaire de la France en Afrique"
https://www.jstor.org/stable/24349994?read-now=1&seq=21#page_scan_tab_contents

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