Pour briser un mouvement social au Sud, l’entreprise Latelec retransfère au Nord.

mardi 2 avril 2013, par Françoise Kiéfé, Huayra Llanque, Jacqueline Pénit.

Sea Latelec, filiale de Latécoère, qui produit des câbles aéronautiques pour Airbus, a délocalisé une partie de sa production en Tunisie où elle espérait trouver une main d’œuvre qualifiée, payée à bon marché et docile.

Mais, les 400 employées du site de Fouchana, à 90 % des femmes, ont décidé fin 2010, de s’organiser et de porter leurs revendications à la direction de l’entreprise.

Peu après, en février 2011, elles créent un syndicat UGTT pour défendre leurs droits. L’irruption de la révolution tunisienne va donner une force considérable à leur mobilisation.

Très rapidement, elles obtiennent des augmentations de salaire et la prise en compte des années d’intérim pour la titularisation. Contre les heures supplémentaires non payées qui leur sont imposées, elles revendiquent l’embauche de personnel supplémentaire.

Pour sortir des humiliations et du mépris quotidien qu’elles subissent, elles exigent de travailler dans des conditions de respect et de dignité. Elles arrachent à la direction, la mise en place d’une classification des métiers.

A partir de là, le conflit se durcit et les responsables syndicales reçoivent des menaces de mort, de la part de la direction. Venus discuter avec les grévistes, le secrétaire général de l’UGTT du secteur de Ben Arous, mais aussi le gouverneur du secteur de Ben Arous sont…. séquestrés par la direction de l’entreprise. Les pratiques néocoloniales des entreprises françaises n’ont pas vraiment disparues !!

Aujourd’hui, la stratégie de l’entreprise consiste a se débarrasser des 200 contractuelles , pour casser la mobilisation.

Pour la première fois dans l’histoire des luttes au Sud, la direction de l ‘entreprise a retransformé au Nord l’outil de travail. Le matériel qui sert à fabriquer des câbles est aujourd’hui reparti en France. Ainsi, il ne s’agit pas aujourd’hui de délocaliser ailleurs au Sud pour continuer d’engranger des profits mais avant tout de casser un mouvement social très dynamique.

Les travailleuses de Latelec ont fait preuve d’une détermination collective inébranlable, rendue possible par la dynamique de la révolution tunisienne. La direction de Latelec ne s’attendait pas a une telles résistance de la part de ces femmes tunisiennes, travailleuses qualifiées du Sud. Elle tente aujourd’hui de briser ce mouvement social exemplaire

F. Kiefe, Huayra Llanque et Jacqueline Penit

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