Ecole-Université : un recours nécessaire face à la dérive autoritaire de l’Etat

Tribune collective (L’humanité- Invités de Mediapart)

vendredi 10 septembre 2021, par Commission Enseignement-Recherche.

Une surenchère sécuritaire, alimentée par les pouvoirs publics et des médias complaisants, consacre la dérive autoritaire de l’appareil d’Etat.

En attestent des lettres ouvertes de gradés de l’armée, comme le soutien par le ministre de l’Intérieur de l’intersyndicale des policiers, majoritairement d’extrême droite. Ceci sur la base d’amalgames entre différents fauteurs de troubles, réels ou supposés. A l’Université, une enquête est commandée pour éradiquer les ferments « séparatistes » des études post-coloniales et de l’ « islamogauchisme ».
Un arsenal législatif s’est constitué au fil des derniers mandats présidentiels, qui occulte les responsabilités de l’Etat dans les causes des violences incriminées. Cet engrenage du conflit systématique n’épargne pas les policiers dont l’exercice est souvent à risques, ni la justice, institution critiquée par leurs syndicats.
Dans les faits, en matière d’insécurité, au motif de la « lutte contre le terrorisme », la politique internationale française a de lourdes responsabilités, tant en Afrique qu’au Proche-Orient. Tant par des interventions militaires sans bilan ni perspectives, que par une politique tous azimuts de ventes d’armes.

Endiguer les violences : le recours de l’Ecole et des sciences humaines et sociales

Le système éducatif est un grand absent du débat actuel. La loi sur « l’Ecole de la confiance » institue « le devoir d’exemplarité » des enseignant.es ; la loi sur la Fonction publique a mis fin aux commissions paritaires qui permettaient le contrôle de la gestion des carrières par les représentant.es des personnels.
Au nom d’une idéologie pseudo-scientifique et d’une gestion managériale, les libertés pédagogique et d’expression se restreignent, tandis qu’augmentent pressions, répressions et stress, chez les publics également. L’Université pâtit de sa pseudo autonomie et d’un manque de moyens criant. Les lycéen.nes et étudiant.es souffrent de modes de sélection, qui contreviennent au principe démocratique d’accueil de l’Université. De telles involutions ne peuvent que bénéficier à des établissements privés à but lucratif et sans ambition éthique.
Face à cette déferlante réactionnaire sur fond néo-libéral, le service public a légitimité à réaffirmer l’autorité morale et intellectuelle de ses agents, dont une majorité est constituée de femmes. C’est sur les bancs de l’Ecole et de l’Université que doit se forger l’avenir du pays, à partir de valeurs authentiquement émancipatrices. Le fort abstentionnisme électoral, et parfois le désengagement militant, d’une jeunesse de plus en plus précarisée oblige à renforcer ces missions.

Pour une campagne unitaire en faveur de l’Ecole et de l’Université

Il est urgent qu’une campagne, notamment intersyndicale, en appelle à l’arrêt des méthodes managériales issues du privé et à la promotion des garanties d’indépendance des personnels et d’éthique politique, qu’apporte encore le statut de la Fonction Publique. C’est l’une des conditions d’une authentique refondation, sur des principes de libre pensée, de solidarité et d’humanisme.
Dans le débat pré-électoral qui tourne en boucle, devraient être médiatisés les programmes qui concernent Ecole et Université, sur lesquels les états-majors politiques sont invités à se prononcer publiquement.

2 septembre 2021

Sources (Version longue)

https://www.humanite.fr/ecole-et-universite-un-recours-necessaire-face-la-derive-autoritaire-de-letat-718955

https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/020921/ecole-et-universite-un-recours-necessaire-face-la-derive-autoritaire-de-l-etat

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/09/06/ecole-et-universite-un-recours-necessaire-face-a-la-derive-autoritaire-de-letat/

Premier.es signataires :

Adda Bekkouche juriste
Amit Bellicha, enseignant en mathématiques et en cinéma à Lunel (SNES-FSU)
Philippe Blanchet universitaire, élu au CNESER et au Conseil supérieur de l’éducation
Martine Boudet didacticienne, essayiste
Claude Calame historien EHESS, membre du Conseil scientifique d’ATTAC
Gérard Collet, professeur de physique et linguiste
Pierre Cours-Salies, sociologue
Alexis Cukier, philosophe, syndiqué CGT Ferc Sup
Laurence de Cock historienne
Christian de Montlibert sociologue. Professeur émérite
Tosse Ekue éducateur-animateur culturel
Didier Epsztajn animateur du blog « Entre les lignes entre les mots »
Yann Fiévet socio-économiste
Isabelle Garo, enseignante, philosophe, syndiquée CGT Educ’action
Franck Gaudichaud, politiste (université Toulouse Jean Jaurès)
Jean-Luc Gautero maître de conférences, HDR philosophie, Université Côte d’Azur (Nice)
Charlotte Géhin enseignante en éco gestion (Lunel). Syndiquée au SNES-FSU
Dominique Glaymann, professeur émérite de sociologie, université d’Evry, Paris-Saclay
Samy Johsua universitaire en sciences de l’éducation
Olivier Long universitaire en arts plastiques-Peintre
Pascal Maillard, universitaire, responsable syndical du SNESUP-FSU
Gus Massiah économiste membre du Conseil scientifique d’Attac France
Ugo Palheta, sociologue, université de Lille
Evelyne Perrin économiste
Emmanuelle Posse, professeur de philosophie dans le secondaire (93800 Épinay-sur-Seine)
Yves Quintal enseignant et associatif
Alain Refalo professeur des écoles
Arnaud Saint-Martin sociologue, syndiqué SNCS-FSU
Robert Simon militant pour les droits humains
Gérard Tautil, auteur occitaniste
José Tovar professeur de Lettres retraité, syndicaliste
Patrick Vassort MCF HDR sociologue, université de Caen Normandie
Christiane Vollaire philosophe
Louis Weber ancien président de l’Institut de recherches de la FSU

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