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Bilan de Jacques Chirac : vraiment le consensus ?

vendredi 4 octobre 2019

A écouter de nombreux médias et décideurs politiques français, le consensus serait de mise : Jacques Chirac aurait droit à la reconnaissance de la nation et serait même un grand homme….

Il est vrai que son règne sans partage à la mairie de Paris puis à l’Elysée a laissé place à quelques lueurs progressistes, qu’il est bon de rappeler à nos oligarques, étroitement inféodés désormais aux intérêts géopolitiques et financiers dominants : reconnaissance de la part de l’Etat français dans le génocide juif (rafle du Vel d’Hiv du 16 juillet 1942), refus d’entrainer le pays dans la désastreuse guerre en Irak en 2003 ( refus justifié en fait par les accords déjà établis entre ce pays et les pétroliers français et allemands), décristallisation des pensions des anciens combattants d’Outre-mer, création du musée des arts premiers. Encore faudrait-il que les pièces volées par les générations antérieures de colons, soient restituées à leurs propriétaires.
Dans ces panégyriques émus, il ne faudrait pas oublier les pages très sombres, qui sont toujours inscrites dans la chair et la conscience des peuples néo-colonisés :

  le 5 mai 1988, gestion criminelle, en tant que premier ministre sous la présidence de Mitterrand, de la crise néo-calédonienne qui conduisit à la mort de 19 Kanaks indépendantistes et de 2 gendarmes, dans la grotte d’Ouvéa (1).
  Le 13 juin 1995, à peine élu président, reprise des essais nucléaires en Polynésie française, en dépit de la volonté de nombreux territoriaux et de la communauté écologiste mondiale. Avec des effets sanitaires dramatiques pour les populations et les militaires (2).
  En début de 2e mandat, refus d’honorer les accords de coopération militaire avec la Côte d’Ivoire, Jacques Chirac ayant été en fait le commanditaire principal du coup de force du 19 septembre 2002, préparé à partir du Burkina-Faso, et du sinistre bilan de l’opération Licorne : destruction de l’aviation ivoirienne à Bouaké en 2004, suivi du massacre de l’hôtel Ivoire à Abidjan (3) . Alors que le premier ministre de la cohabitation, Lionel Jospin, parlait de « devoir de non ingérence ». Laurent Gbagbo, traîné à la CPI par Sarkozy, a été acquitté en 2018 des charges qui pesaient sur lui, après 7 ans de prison.
  Le même Chirac expliquait que les pays africains « n’étaient pas encore mûrs pour la démocratie et le multipartisme » et parlait du « bruit et des odeurs » des quartiers populaires multi-ethniques.
  Si la justice a réussi à le condamner pour corruption en tant que maire de Paris (2 ans de prison avec sursis, une première pour un président français qui fait suite à la condamnation de son fidèle lieutenant Alain Juppé) (4) , le mystère des valises d’argent françafricain apportées régulièrement par Michel Roussin, ancien directeur du SDECE devenu DGSE, un temps ministre obscur de la « Coopération », restera non élucidé (5).
  Sa part très probable de responsabilités, et celle du SAC (Service d’action civique) dirigé par Charles Pasqua et Jacques Foccart, exécuteur des basses œuvres pour les affaires africaines, dans l’assassinat du ministre du Travail Robert Boulin (6)
  En dépit de discours électoraux sur « la fracture sociale », un bilan social finalement maigre pour le peuple français qui l’avait élu à 83% en 2002, pour faire barrage à l’extrême droite. Quant à sa défense du monde rural, elle était sous l’influx productiviste style FNSEA.

Bref, un tableau de chasse qui traduit d’abord le mépris profond des peuples, et notamment du Sud, en dépit du refus de frayer avec l’extrême-droite en France et du logo « Dialogue des cultures » affiché par sa fondation. Un tableau de chasse bien digne des dictateurs françafricains, que Chirac a cotoyés sans état d’âme pendant des décennies. A rappeler fermement pour que ces crimes d’Etat ne soient pas reproduits banalement, comme l’écrit Hannah Arendt, de par l’amnésie collective cultivée autour du « roman national ». Mais aussi pour que de son côté, le peuple français ne fasse plus les frais de la corruption et de l’impunité de certains de ses responsables, qui défraient encore régulièrement la chronique.
"L’Etat c’est moi » : la gestion du pouvoir ne doit plus s’apparenter à cette devise. Le quasi-consensus nécrologique, pourtant démenti par le petit nombre de représentations étrangères aux obsèques, démontre la difficulté de se défaire de cette République autoritaire et inégalitaire, la 5e en titre, née dans les affres de la guerre d’Algérie et de décolonisations bâclées. La répression qui sévit actuellement à l’encontre du mouvement social et des Gilets jaunes en est une résultante.

La démocratisation de la vie socio-politique est conditionnée, entre autres éléments, à la médiatisation d’un authentique débat contradictoire concernant les bilans électifs, ainsi qu’à un contrôle effectif de la gestion des forces de l’ordre et de leurs officines et activités (services secrets, opérations extérieures…).

Des membres de la commission Démocratie (Attac France)

(1) https://la1ere.francetvinfo.fr/nouvelle-caledonie-1988-jacques-chirac-gestion-crise-ouvea-399363.html
(2) https://www.sortirdunucleaire.org/Il-y-a-20-ans-Chirac-lachait-une-bombe
(3) https://www.youtube.com/watch?v=Tz0MxI6GAuI
https://www.mediapart.fr/journal/international/070617/laurent-gbagbo-ex-president-ivoirien-jaccuse-la-france-de-chirac-et-de-sarkozy?onglet=full
(4) https://www.ouest-france.fr/politique/jacques-chirac/jacques-chirac-des-affaires-des-soupcons-une-condamnation-5677950
(5) https://www.liberation.fr/societe/2002/04/18/sous-chirac-les-valises-encombraient-la-mairie_400680
(6) https://www.linternaute.com/actualite/faits-divers/1246252-robert-boulin-pourquoi-chirac-est-indirectement-implique/