L’alterdémocratie inclusive s’insère dans la géopolitique mondiale

dimanche 6 janvier 2019, par Christian Delarue.

L’alterdémocratie, c’est l’autre démocratie que celle réellement existante, celle qui érige une classe dirigeante en lien avec des catégories dominantes surplombant le peuple-classe, les 99% d’en-bas.

Cette autre démocratie que nous voulons est à inclusivité multiple. Elle a non seulement une dimension nationale, mais aussi une dimension internationale.

Elle porte un projet d’inclusivité économico-sociale des classes sociales populaires, exclues du pouvoir de changer la vie, soit, au temps des Gilets jaunes, les couches sociales modestes (« ayant des fins de mois difficiles » du fait de la vie chère et des bas revenus) et moyennes, celles qui sont juste au-dessus (à capacité d’épargne limitée). Cela vaut autant pour les habitants des quartiers populaires que pour les employés et ouvriers des campagnes.

Inclusivité multiple : elle a aussi une dimension mondialisée, sous deux aspects, écologique et géo-culturel (avec un axe interne-externe).

Néo-campisme

Un rappel historique paraît nécessaire pour expliciter ce cadre géopolitique.
Un affrontement entre deux grands « camps » - d’où le terme de « campisme » (d’origine trotskiste et dans le sens du refus pour partie de soutenir un camp contre l’autre) - a remplacé un autre type d’affrontements campistes à la fin des années 80 (1989-1991). Au vieux campisme Est-Ouest du « court XX ème siècle », qui se termine par la chute du système collectiviste-bureaucratique et celle du mur de Berlin, s’est substitué un autre campisme.

Le néo-campisme est de type Nord-Sud, si l’on met l’accent sur les aspects économiques, politiques et militaires constitutifs de l’impérialisme ou de type « Occident-monde arabo-musulman » si on met l’accent sur les aspects culturels et religieux avec notamment deux questions importantes : celle d’un racisme spécifique (islamophobie et antisémitisme) et celle des intégrismes religieux et du terrorisme djihadiste.

Peuple-classe : diversité des 99%

Pour combiner les aspects économiques, sociaux et culturels, nous avons mis en avant la notion de « peuple-classe multicolore » (Université d’été de Marseille, 2015) . Le concept de peuple-classe se veut porteur d’une émancipation politique et sociale qui va à l’encontre du classisme des classes dominantes (cf la classe dominante bi-polaire de Jacques Bidet). Mais il n’y a pas qu’une émancipation, elles sont de plusieurs ordres, d’où cet ajout de « multicolore » .

Par ailleurs, le peuple-classe n’est pas en soi une catégorie politique de type « populiste » . Dans une perspective de pluri-émancipation (que ne reconnaît pas le populisme, fût-il de gauche), nous avons donc posé un peuple-classe multicolore qui soit en capacité de prendre en charge les différentes émancipations : contre le classisme, contre le racisme, contre le sexisme, contre les intégrismes religieux. Avec le classisme d’en-haut, le clivage « eux-nous » n’est pas effacé, et ce même si l’on recherche une alliance incertaine avec un « eux » progressiste. Les acteurs du peuple-classe multicolore peuvent rechercher une élite de construction de la société par les services publics et la production de services collectifs non marchands. Ils doivent surtout favoriser l’empowerment (l’auto-mobilisation) et la convergence des luttes sociales.

Evoquer la pluri-émancipation du peuple-classe multicolore (diversité culturelle) ou des peuples-classe multicolores renvoie (ou peut renvoyer) à la « démocratie inclusive » qui, pour Martine Boudet, « se préoccupe autant du destin des périphéries que des éléments centraux, des minorités que des majorités ethniques » (in 1).

La « démocratie inclusive » (ou démocratie générale ou pleine démocratie) relève de l’alter-démocratie et non de la "démocratie réellement existante" qui est de plus en plus réduite à une gouvernance néolibérale. « L’alterdémocratie inclusive » - terme plus explicite - ne renvoie pas seulement au débordement-élargissement de la démocratie politique actuelle avec son sens restreint (conception classique du système électoral dit représentatif politique) vers l’intégration du champ économique et social (laissé à l’oligarchie et au patronat) et du champ écologique (ce qui définit une démocratie élargie, dite écosocialiste) ; elle renvoie aussi, dit Martine Boudet, au "conflit/dialogue interculturel" .

L’interculturel de la démocratie inclusive

Cet interculturel ne s’accommode ni des intégrismes religieux (C Delarue), ni du centralisme autoritaire étatique (M Boudet) ni de façon générale du relativisme culturel avec ses oppressions ainsi que je l’ai entendu : « Le dialogue interculturel n’est pas une expression du relativisme culturel, pas plus qu’il n’y conduit. Le dialogue doit se fonder sur des valeurs d’universalité et d’indivisibilité des droits de l’homme, de la démocratie et de la primauté du droit. Le Conseil de l’Europe rejette l’idée d’un conflit des civilisations et affirme qu’une participation accrue à la coopération culturelle – au sens large du terme – et au dialogue interculturel contribuera au contraire à la paix et la stabilité internationales à long terme. » (2).

On a donc comme perspective une alterdémocratie triplement élargie : le social large, l’écologie, l’interculturel sous l’angle national (les quartiers populaires avec l’installation des migrants dans ce milieu) et l’angle mondial (soutien solidaire des peuples-classe en lutte et des secteurs progressistes, avec critique des intégrismes religieux).

Christian DELARUE
CS ATTAC

1) La démocratie inclusive, fondée sur la méthodologie de l’intersectionnalité - Martine Boudet - blog attac
https://blogs.attac.org/commission-democratie/experimentations-d-alternatives/article/la-democratie-inclusive-fondee-sur-la-methodologie-de-l-intersectionnalite

2) Conseil de l’Europe, « Livre blanc sur le dialogue interculturel" (2007) étudié dans la commission Migrations (Attac France)
http://www.coe.int/t/dg4/intercultural/whitepaper_interculturaldialogue_2_FR.asp

Nb : L’intersectionnalité, un mot à la mode. Ce qui fait le succès d’une théorie féministe par Kathy Davis
https://journals.openedition.org/cedref/827

Source : http://amitie-entre-les-peuples.org/L-alterdemocratie-inclusive-s-insere-dans-la-geopolitique-mondiale-Christian?var_mode=calcul

1 Message

  • L’alterdémocratie inclusive s’insère dans la géopolitique mondiale Le 20 février à 14:28, par Raymond BONOMO

    « Le dialogue doit se fonder sur des valeurs d’universalité et d’indivisibilité des droits de l’homme, de la démocratie et de la primauté du droit ».
    Un problème c’est que ces valeurs d’universalité, à connotation occidentales, ne font pas consensus.
    La déclaration des Droits de l’Homme de 1948 n’ a pas été adoptée à l’unanimité.
    Les Etats islamistes ont une conception différente de l’égalité des Droits Humains.
    Alors ?
    Le nivellement doit se faire par le haut sans aucune concession sachant que l’on atteint pas, nous mêmes, un optimum. Nous avons encore une marge de progression.
    Alors ?
    Nous devons faire la promotion de nos valeurs à l’extérieur, ne pas faire de compromis, concession, corruption avec les dirigeants qui annihilent nos valeurs humaines.
    Nous pouvons encore faire entendre notre voix et nous avons les moyens culturels et économiques pour convaincre.

    Le problème est Politique d’abord chez nous, soyons exemplaires.
    Notre objectif premier doit être l’Humain au cœur du débat et des décisions.
    Une Laïcité et une égalité entre les sexes absolues.
    De par le monde, les femmes, les hommes en situation de soumission nous regardent et espèrent en nous.
    Ne les décevons pas.
    Le combat pour l’Etre Humain est planétaire, soyons exemplaire.
    Notre réaction sociale doit être en fer de lance pour défendre l’universalité.

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