La logique néolibérale à l’œuvre depuis trente ans a trouvé dans le système prostitutionnel un nouveau domaine où se déployer, qui génère d’énormes profits. La prostitution et la traite des êtres humains à des fins de prostitution ont ainsi connu un essor considérable en lien d’une part avec la libéralisation de la circulation des capitaux, d’autre part avec la dégradation des conditions de vie de nombreuses populations au Nord et au Sud, ainsi qu’avec les politiques migratoires de la plupart des pays occidentaux qui visent à criminaliser les migrant-es. La marchandisation des biens et des services ne connaît plus aucune limite, banalisant la marchandisation croissante des corps – essentiellement celui des femmes. La domination masculine, transversale aux différents rapports de domination, s’exprime dans la prostitution d’une manière des plus violentes.

En cohérence avec les valeurs qu’elle défend, Attac se prononce contre la marchandisation des corps et des êtres humains, pour une société tournée vers l’émancipation des personnes et l’égalité entre les femmes et les hommes. Attac considère la prostitution comme une violence faite aux femmes, et plus globalement comme une atteinte à la dignité humaine. Attac est opposée à toute idée qui laisserait croire que la prostitution pourrait être un métier comme un autre et refuse la notion de travailleur/travailleuse du sexe. La domination masculine est au fondement du système prostitutionnel, réduisant potentiellement toutes les femmes à des objets sexuels. Le système prostitutionnel s’oppose donc en tant que tel à tout projet de société basé sur l’égalité entre femmes et hommes.
Un projet de société réellement émancipateur ne peut viser que l’abolition de la prostitution. Celle-ci résultera d’une volonté politique ainsi que des luttes menées par les différentes composantes du mouvement social, y compris celles des personnes prostituées, qui doivent s’emparer de cette question.

  • Attac soutient toutes les mesures visant à protéger les personnes prostituées, à combattre les violences physiques et morales inhérentes à la prostitution, à permettre leur (ré)insertion et à garantir leur accès aux droits fondamentaux de façon inconditionnelle : ces droits doivent en effet être attachés à chacune et chacun en tant que personne. Attac s’oppose à toute politique qui viserait la répression des flux migratoires, le contrôle des populations les plus pauvres et les plus en difficulté. Elle s’oppose à toute politique qui mettrait les personnes prostituées encore plus en difficulté, en particulier par une réglementation du système prostitutionnel qui ouvrirait les portes à l’industrialisation à grande échelle du proxénétisme et de la traite.
  • Attac demande le renforcement des moyens de répression du proxénétisme et de la traite des êtres humains. Cela passe en particulier par la lutte contre les paradis fiscaux, le blanchiment d’argent et la criminalité financière.
  • Elle demande la mise en œuvre de politiques de prévention, en particulier des moyens éducatifs et associatifs pour promouvoir l’éducation à la sexualité et au respect d’autrui dans son corps comme dans son désir. Le corps des femmes mais aussi des hommes et des enfants ne doit pas être une marchandise à la disposition d’autrui.

Ce sont ces principes qui guideront Attac dans ses engagements comme dans son évaluation des politiques publiques menées dans ce domaine.

Cette résolution est proposée par Verveine Angeli, Pierre Aucouturier, Jacqueline Balvet, Isabelle Bourboulon, Jacques Cossart, Daniel Faugeron, Serge Garbay, Jean Marie Harribey, Esther Jeffers, Pierre Khalfa, Marion Lafon, Erwann Le Digarcher, Gérard Jouve, Huayra LLanque, Christiane Marty, Henri Morinières, Béatrice Paul, Rozenn Perrot, Sandra Rigoni, Dominique Plihon, Daniel Rome, Sandrine Roux, Jean Tosti, Françoise Wasservogel.

Soutenue par la Commission Genre

33 Messages

  • Abolir le système prostitutionnel Le 26 avril 2014 à 02:47, par Manon

    Abolir la prostitution, c’est montrer qu’un autre monde est possible !
    Je me souviens du forum en 2003 au Larzac où Attac était présent. J’avais 18 ans à l’époque et je me souviens de ce slogan.
    Cet autre monde, c’est aussi le choix de son désir. Je n’offrirai pas mon corps à n’importe qui. Mon corps n’est pas une marchandise. Mon corps n’est pas à vendre. Je pourrais donner un rein mais je ne le vendrai pas.
    Qui sont les prostituées aujourd’hui ?
    1° A l’échelle mondiale, le mariage est une prostitution en soi. Du point de vue masculin : « J’échange ma force de travail contre ta soumission à mon désir ». Du point de vue féminin : "tu m’apportes la sécurité, je veille sur tes besoins primaires (alimentation, reproduction).
    2°Les prostituées sont, en majorité, des personnes contraintes à exercer cette activité : victimes de réseaux de crimes organisés, arbitraire du coût d’une passe plus rentable qu’un autre métier, toxicomanes, chômage, statut étudiant précaire et j’en passe...
    3° Une minorité qui a choisi son métier.
    Qu’est-ce qu’on fait ?
    On n’arrête déjà de dire que c’est le plus vieux métier du monde ! Et puis on reconnait que la prostitution est un enjeu économique super important. A partir de là, on sait qu’on se frotte à des gros requins ! Et que face à eux, le meilleur remède, c’est l’abolition car, comme je le pensais déjà à l’époque, le sexe, ça relève d’autres sphères que l’économique.
    Et c’est le minimum que de ne pas leur laisser ça !

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