La mobilisation anti-raciste au service d’une démocratie plus égalitaire et inclusive. Quel programme d’action à Attac ?

jeudi 16 janvier 2014, par Adda Bekkouche, Claude Boutin, François Mareschal, Gérard Lerondeau, Jean-Paul Vanhoove, Joseph Raharijezy, Martine Boudet, Nils Andersson, Serge Seninsky, Vincent Bruyère.

Célébration du trentième anniversaire de la marche pour l’égalité et contre le racisme, pétitions pour parer aux vagues négrophobe, islamophobe, anti-Roms, manifestations lycéennes solidaires de jeunes migrants expulsés, plaintes en justice, notamment du MRAP, en défense de Christiane Taubira ministre de la Justice, commémoration de l’œuvre de Nelson Mandela, rapport sur « la refondation de la politique d’intégration »... Cette mobilisation multilatérale est à la mesure du danger que fait courir la xénophobie au « vivre ensemble » et au système démocratique.

La xénophobie est instrumentalisée en France et en Europe, utilisée comme stratégie de diversion et de division pour masquer les crises socio-économique et politique qui sont les véritables causes de l’insécurité et que subissent les plus faibles. Le délitement social que provoquent les plans d’austérité menés au nom de la résorption des déficits publics et de la dette publique dans les pays du Nord, comme le font les plans d’ajustement structurel dans les pays du Sud depuis les années 80, attise la montée de l’extrême droite et du racisme au Nord, de l’islamisme et d’un bellicisme destructeur au Sud. L’interventionnisme militaire franco-occidental s’amplifie au fur et à mesure de la crise des Etats post-coloniaux, en Côte d’Ivoire, en Libye, au Mali, en République centrafricaine…, crise renforcée par les stratégies de division des mafias de toutes natures (d’origine criminelle, financière, religieuse, ....) aux commandes. Comme l’écrit Survie, « la loi de programmation militaire pour la période 2014-2019 (…) réaffirme dangereusement les visées néocoloniales de la politique étrangère française, qui s’exercera prioritairement, selon le Livre Blanc, à l’encontre des pays d’Afrique subsaharienne ». Dans le même temps, l’UE avec le soutien de la France a lancé un ultimatum aux pays ACP (Afrique-Caraïbes-Pacifique), pour la signature des nouveaux accords de partenariat économique (APE) qui renforcent ses diktats commerciaux. A cela s’ajoute une politique d’impunité vis-à-vis de l’Etat d’Israël, largement responsable du blocage de la situation du peuple palestinien et dans la région.

Ce qui est à l’ordre du jour, c’est le développement d’une culture démocratique et de paix qui remobilise les peuples du Nord comme du Sud. Non au racisme d’Etat, qui nuit aux citoyens d’origine non européenne et aux peuples du Sud. La progression de l’extrême-droite et de ses idées, y compris dans une partie de la gauche de gouvernement, n’est pas une fatalité. L’affaire Dieudonné, dont la dérive antisémite est par ailleurs inacceptable, témoigne de l’exaspération d’une partie du monde de l’immigration laissée pour compte. La rupture avec les diktats des marchés financiers et des oligarchies passe par la mise en place d’une politique de coopération, de migration et d’intégration plus respectueuse des droits des peuples. Un développement endogène, écologique, solidaire et équitable, le rééquilibrage des termes de l’échange, du prix des matières premières, en particulier dans le cadre des accords ACP, la sanction politique et judiciaire des oligarchies parasites sont des nécessités pour remédier aux migrations de la misère. Pour échapper à la guerre de tous contre tous, à laquelle conduisent inéluctablement les politiques néolibérales et sécuritaires, c’est cet horizon décolonisé et altermondialiste que nous sommes invités à construire.

Pour ce faire, un objectif d’éducation populaire s’impose progressivement à la société civile, celui de forger les conditions d’une société interculturelle : il s’agit, sur la base du refus de l’assimilationnisme et du communautarisme, de respecter l’attachement légitime des groupes spécifiques à leurs cultures d’origine et, par la mise en dialogue de ces forces vives, de favoriser l’enrichissement du pays d’accueil, en termes de développement humain.

C’est à ces conditions notamment que la mobilisation anti-raciste
contribuera à faire refluer la démagogie nationaliste en France et à ouvrir la porte d’une démocratie effective, avec un système institutionnel plus égalitaire et inclusif. Dans cette perspective, il serait intéressant à Attac de contribuer à fédérer les forces en action et à apporter une perspective politique. En particulier au travers des démarches suivantes, en externe :

  • le développement des échanges avec les représentants des diasporas et de l’immigration en France :
  • la participation aux activités des coordinations antifascistes et anti-coloniales : VISA (Vigilance et Initiatives Syndicales Antifascistes) qui regroupe le CGT, la FSU et Solidaires, CONEX (COordination Nationale contre l’EXtrême droite), Sortir du colonialisme

Et en interne :

  • la publication dans un numéro de la revue du CS, Les Possibles, d’un dossier inter-associatif et à caractère d’éducation populaire : "Avec quel programme contribuer à faire converger les démarches anti-racistes vers une mobilisation durable et d’ampleur nationale et transnationale 
  • le renforcement des collaborations avec les Attac d’Afrique et les membres fondateurs et partenaires spécialisés dans les questions Nord-Sud, sur les perspectives de démocratisation des relations internationales, notamment dans le cadre de la lettre électronique de la Commission internationale ;
  • la promotion de ces démarches lors du débat avec les Attac du monde sur l’actualisation des objectifs altermondialistes (Université d’été de Paris, 2014).

Cette motion est proposée par Nils Andersson, Adda Bekkouche, Martine Boudet, Vincent Bruyère, Claude Boutin, Gérard Lerondeau, François Mareschal, Joseph Raharijezy, Serge Seninsky, Jean-Paul Vanhoove.

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