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Résolution sur le travail, l’emploi et le revenu

26 avril 2014, 13:21, par Pierre Chastang

Nous sommes au pied d’un double mur qui grandit et se rapproche de plus en plus vite : le mur du réchauffement climatique et celui du fascisme.
Franchir ce double mur suppose d’abandonner le récit capitaliste du monde et de partir dans l’inconnu vers cet autre monde que nous pensons possible, que nous disons vouloir mais que nous ne connaissons pas encore, dont nous n’avons pas le récit.
La peur de l’inconnu fait que nous opposons toutes les résistances possibles au changement nécessaire, à l’avènement que pourtant nous souhaitons et c’est ‘’normal’’. Et en usant de cette peur, il est facile de nous faire penser qu’il n’y a pas d’alternative (au capitalisme).
ATTAC se trouve depuis quelques années dans une position flottante. La couverture du document de présentation de la dernière université d’été en était une parfaite illustration avec une grosse flèche vers la « transition » et une très petite vers la « rupture ». Il n’y a toujours pas de rupture et si on en propose une, ‘’ça coince’’ !
Le travail d’explication du fonctionnement du capitalisme mondialisé réalisé par ATTAC depuis sa fondation est un succès obtenu grâce aux économistes qui ont donné à l’organisation sa force en attaquant l’adversaire sur son propre terrain. Mais cette force est aussi sa faiblesse car sortir du capitalisme, c’est aussi sortir de l’économisme.
Le capitalisme se confond avec l’économie et l’économie avec le capitalisme. Sortir de l’imaginaire, du récit du monde et du catéchisme capitalistes, c’est sortir de la fable économiste (car il s’agit bien d’une fable et surtout pas d’une science).
Croire qu’il est possible d’inventer un monde nouveau en restant dans le récit capitaliste et économiste du monde est un fantasme.
On ne peut pas en effet à la fois combattre le capital et le justifier. Or on le justifie dès le début et définitivement si on accepte (en faisant semblant de croire que TINA) qu’il est normal que sur les 2000 milliards d’euros créés chaque année en France par le travail et par lui seul 700 nous soient volés. Car on accepte ensuite de faire semblant de croire que le capital (les 700 milliards qui nous ont été volés) soit nécessaire pour créer des usines et ‘’donner’’ ( !) de l’emploi. Puis on continue dans le fantasme en prétendant apporter des solutions supposées contrôler le capital (notre propre argent qui nous a été volé), supposées taxer le capital, supposées imposer les riches et détruire les paradis fiscaux, etc. Et tout au bout de la chaîne (sans jeu de mot !) en justifiant l’injustifiable ‘’marché du travail’’ et en défendant l’indéfendable notion totalement irréaliste du plein emploi. Irréaliste en effet puisque par son fonctionnement même le capital ne peut faire que supprimer massivement l’emploi.
Notre civilisation se trouve ainsi devant un choix fondamental : soit se cramponner à un fonctionnement devenu obsolète, soit en inventer un nouveau largement inconnu. Le premier correspond à un fonctionnement en régime de pénurie (qui était le lot de l’humanité depuis la nuit des temps) et est fondé sur la domination, la hiérarchie, la concurrence, la loi du plus fort…. Nous le connaissons si bien qu’il nous constitue et constitue notre propre prison, de laquelle nous refusons de sortir. L’autre correspondrait à un fonctionnement en régime d’abondance (oui d’abondance, il faut insister très fort car malgré les 10 ou 15% de pauvres en souffrance extrême, nous produisons aujourd’hui en PIB 3300 euros par adulte présent et par mois, 3300 euros qui nous appartiennent en totalité !).
Reste à démontrer en l’expérimentant que nous sommes capables de fonctionner durablement en régime d’abondance ce qui à première vue n’est pas acquis puisque dans la nature tous les écosystèmes qui parviennent à cet état (l’eutrophisation) disparaissent. Rien n’empêche cependant que ce soit possible car notre conscience (et une tendance bien réelle à la bonté toute aussi naturelle pour nous que notre tendance à la domination) devrait nous permettre de passer au-delà.
Passer au-delà (du double mur donc) suppose de se créer un imaginaire à l’opposé de l’imaginaire capitaliste et donc d’abandonner ce dernier.
Abandonner ce dernier et considérer comme une évidence que la richesse qui nous appartient en totalité doit être partagée pour satisfaire à cette autre évidence que toute personne a droit à la sécurité absolue de sa personne, de son existence.
C’est pour cela que nous proposons que 2/3 du PIB soit 2200 euros (largement ‘’démonétarisés’’ sous forme de services publics gratuits, d’usage des ressources fondamentales comme l’eau, etc) soient distribués sous forme d’un ‘’salaire à vie suffisant démonétarisé’’ (et pas d’un revenu de base insuffisant, comble de l’aliénation) qui permettrait de sortir de la prison du marché de l’emploi et permettrait enfin à chacun d’enrichir la société en exerçant une activité librement choisie.
Comme tous, ATTAC est au pied du mur et majoritairement résiste au changement. La tendance majoritaire (je crois me souvenir symbolisée par la flèche à droite !) préfère consacrer son énergie à la transition. La transition n’est pour moi que la forme actuelle de l’éternel réformisme, c’est-à-dire de la meilleure béquille que possède le capitalisme pour parfaire son système d’exploitation en récupérant et retournant à son avantage chacune de nos propositions. Ce n’est pas la voie qui nous permettra de sortir du capitalisme mais celle par laquelle nous continuerons de participer à notre propre aliénation.
La tendance minoritaire espère la rupture et la destruction pure et simple du capitalisme en imposant enfin que la totalité de la richesse issue de notre travail nous soit confiée afin de nous la partager au sein du système que nous mettrons en place et gérerons nous-mêmes.

Alors, choisis ton camp, camarade !

Je remercie ceux qui ont apporté leur soutien à la proposition d’ATTAC19, à celle de Frédérique Perrin et à la mienne.

Je comprends qu’on nous ait demandé de fusionner ces 3 propositions. Je ne comprends pas qu’on ait censuré cette quatrième mouture qui aurait pu utilement lancer le débat.
La motion imposée par ATTAC et présentée en notre nom au vote des adhérents contredit notre propos et je m’en désolidarise donc.

Pourtant le temps presse et ceux qui sont crispés sur le frein à main nous jouent un bien mauvais tour !