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	<title>Les blogs d'Attac</title>
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	<description>Qui sommes-nous ? Fond&#233;e en 1998, suite &#224; la r&#233;daction d'un &#233;ditorial du Monde diplomatique : &#171; D&#233;sarmer les march&#233;s &#187; (d&#233;cembre 1997), Attac (Association pour la taxation des transactions financi&#232;res et pour l'action citoyenne) promeut et m&#232;ne des actions de tous ordres en vue de la reconqu&#234;te, par les citoyens, du pouvoir que la sph&#232;re financi&#232;re exerce sur tous les aspects de la vie politique, &#233;conomique, sociale et culturelle dans l'ensemble du monde.
Attac se revendique comme un mouvement d'&#233;ducation populaire tourn&#233; vers l'action, consid&#233;rant que le premier outil pour changer le monde est le savoir des citoyens. Attac produit analyses et expertises, organise des conf&#233;rences, des r&#233;unions publiques, participe &#224; des manifestations&#8230;
Fin 2010, Attac est pr&#233;sente dans une cinquantaine de pays, chaque organisation nationale &#233;tant autonome et devant simplement adh&#233;rer &#224; la plateforme internationale ; Attac France compte pr&#232;s de 10 000 membres et plus de 170 comit&#233;s locaux.
L'association est dirig&#233;e par un conseil d'administration de 42 membres &#233;lus par les adh&#233;rents, et dispose de l'expertise d'un conseil scientifique de 110 membres.
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		<title>Les principes de la d&#233;mocratie</title>
		<link>https://blogs.attac.org/commission-democratie/fondamentaux-de-la-democratie/article/les-principes-de-la-democratie</link>
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		<dc:date>2025-02-27T08:12:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Mouetaux, Christian Delarue, &#201;velyne Perrin, Jacques Testart, Jean-Jacques Greiner, Jean-Luc Picard-Bachelerie, Jean-Michel Toulouse, Jean-Yves Sage, Jeanne Parreau, Margaret M&#233;chin, Martine Monier, Monique Demare, Pierre Cours-Salies, Robert Joumard, Wolfgang Wietzke</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;(pdf du texte dans les documents joints en fin de page) &lt;br class='autobr' /&gt; p text-align : justify ; Depuis quelques ann&#233;es le constat du d&#233;p&#233;rissement de la d&#233;mocratie est de plus en plus partag&#233; au sein de la soci&#233;t&#233; civile un peu partout dans le monde, ce qui a largement contribu&#233; &#224; l'&#233;mergence de mouvements de contestation et d'&#233;mancipation depuis le d&#233;but des ann&#233;es 2010 : les r&#233;volutions arabes, les mouvements d&#233;mocratiques en G&#233;orgie et en Ukraine, au Soudan, &#224; Hong Kong, au Chili, les Indign&#233;s (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://blogs.attac.org/commission-democratie/fondamentaux-de-la-democratie/" rel="directory"&gt;Fondamentaux de la d&#233;mocratie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;(pdf du texte dans les documents joints en fin de page)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;style&gt; p { text-align: justify; }&lt;/style&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelques ann&#233;es le constat du d&#233;p&#233;rissement de la d&#233;mocratie est de plus en plus partag&#233; au sein de la soci&#233;t&#233; civile un peu partout dans le monde, ce qui a largement contribu&#233; &#224; l'&#233;mergence de mouvements de contestation et d'&#233;mancipation depuis le d&#233;but des ann&#233;es 2010 : les r&#233;volutions arabes, les mouvements d&#233;mocratiques en G&#233;orgie et en Ukraine, au Soudan, &#224; Hong Kong, au Chili, les Indign&#233;s de la Puerto del Sol, Occupy Wall Street, Nuit debout, ou les Gilets jaunes pour les plus connus d'entre eux.&lt;br class='autobr' /&gt;
En France, Emmanuel Macron a &#233;t&#233; tr&#232;s clair &#224; la veille d'une grande manifestation apr&#232;s le passage en force de la r&#233;forme des retraites en mars 2023 : &#171; &lt;i&gt;La foule n'a pas de l&#233;gitimit&#233; face au peuple qui s'exprime souverain &#224; travers ses &#233;lus [&#8230;] les meutes ne l'emportent pas sur les repr&#233;sentants du peuple.&lt;/i&gt; &#187; Les manifestations contre le recul de l'&#226;ge de d&#233;part &#224; la retraite s'&#233;tant d&#233;roul&#233;es dans un calme relatif, il est clair que Macron ne visait pas les manifestants, mais tous les citoyens. Pour lui, le v&#233;ritable peuple, ce sont les d&#233;put&#233;s, et les citoyens ne sont que la foule, entit&#233; inconsistante incapable de rationalit&#233;, la meute ! Les citoyens peuvent donc dire tout ce qu'ils veulent, ils ne sont pas le peuple, ils ne sont donc pas &#224; &#233;couter, car pas dignes de consid&#233;ration. Comme dans nombre de pr&#233;tendues d&#233;mocraties, c'est un peuple domin&#233;, un peuple spoli&#233; de sa souverainet&#233;, et dont une grande majorit&#233; est domin&#233;e socialement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les atteintes &#224; la d&#233;mocratie peuvent se traduire par l'usage de processus constitutionnels antid&#233;mocratiques ou le rejet de la volont&#233; du peuple comme ce fut le cas avec la signature du trait&#233; de Lisbonne en 2007 emp&#234;chant ou annulant les d&#233;bats parlementaires, la r&#233;pression polici&#232;re, judiciaire ou administrative &#224; l'encontre des mouvements sociaux ou &#233;cologistes, et la mise sous tutelle de pays comme on l'a vu avec la Gr&#232;ce, ou une avalanche de lois au motif de la guerre contre le terrorisme, qui remettent en cause les principes fondamentaux de la libert&#233; et des droits humains. De m&#234;me, il convient d'interroger les organisations intergouvernementales qui ont permis d'&#233;viter nombre de conflits, mais qui ont aussi consacr&#233; des rapports de force mondiaux &#8211; domin&#233;s par des &#201;tats-Unis. Ainsi, les organisations internationales dans lesquelles les peuples ne peuvent intervenir directement, comme l'Organisation des Nations Unies (ONU), le Fonds mon&#233;taire international (FMI), l'Organisation mondiale du commerce (OMC), l'Organisation mondiale de la Sant&#233; (OMS), l'Organisation de coop&#233;ration et de d&#233;veloppement &#233;conomiques (OCDE), la Banque mondiale, usent de leur pouvoir pour soumettre des pays &#224; la loi n&#233;olib&#233;rale&lt;br class='autobr' /&gt;
Le capitalisme d&#233;brid&#233; par le sacro-saint march&#233; libre et non fauss&#233; a &#233;tendu la concurrence &#224; tous les aspects de la vie. Il ne pourrait &#234;tre aussi n&#233;faste s'il n'&#233;tait pas servi par ces d&#233;mocraties hypocrites au service des oligarchies sans consid&#233;ration pour les peuples r&#233;duits &#224; les enrichir ni pour l'&#201;tat social, &#233;cologique et d&#233;mocratique. Les multinationales ont accumul&#233; d&#233;sormais de telles richesses qu'elles poss&#232;dent des pouvoirs tels qu'elles peuvent imposer leurs volont&#233;s &#224; certains pays, ce qui est totalement incompatible avec la d&#233;mocratie internationale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nombre de pays sont encore colonisateurs alors qu'ils revendiquent la d&#233;mocratie : la France (Nouvelle-Cal&#233;donie, Polyn&#233;sie fran&#231;aise), la Grande-Bretagne (Pitcairn, Anguilla, Bermudes, &#238;les vierges britanniques, Ca&#239;ma, Malouines, Gibraltar, Montserrat, Sainte-H&#233;l&#232;ne, &#206;les Turques-et-Ca&#239;ques), les &#201;tats-Unis (Guam, &#206;les Vierges am&#233;ricaines), la Nouvelle-Z&#233;lande (Tokelau), Isra&#235;l (le territoire palestinien).&lt;br class='autobr' /&gt;
Face &#224; une promesse d&#233;mocratique remise en cause par les gouvernements qui se disent d&#233;mocratiques, d&#233;sormais, la mont&#233;e en puissance de forces r&#233;actionnaires x&#233;nophobes menace ou fait r&#233;gresser les avanc&#233;es d&#233;mocratiques des soci&#233;t&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Refonder la d&#233;mocratie au 21e si&#232;cle est donc vital pour que les citoyens puissent reprendre les r&#234;nes de leurs destin&#233;es, et sauver le monde du vivant auquel nous appartenons. Plus imm&#233;diat, la d&#233;mocratie doit stopper l'avanc&#233;e des forces plus promptes &#224; d&#233;signer des boucs &#233;missaires en pr&#233;sentant l'&#233;tranger comme la cause de tous les maux, qu'&#224; r&#233;soudre les probl&#232;mes sociaux, &#233;conomiques et &#233;cologiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Selon les points de vue, la d&#233;mocratie est soit, un id&#233;al, un projet et un objectif en cours, un mod&#232;le de gouvernance, un autogouvernement, un processus permanent de conqu&#234;te de nouveaux droits correspondant &#224; la d&#233;mocratisation ou encore, l'intelligence collective du peuple mise au service de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, une auto-organisation spontan&#233;e des citoyens ou une cogestion des affaires communes. Elle est &#224; m&#234;me de pr&#233;venir beaucoup de conflits et d'injustices ou de les r&#233;soudre d&#232;s qu'ils apparaissent, permettant ainsi d'envisager un avenir paisible. Ces conceptions sans &#234;tre d&#233;finitives se compl&#232;tent et permettent d'affirmer que la d&#233;mocratie est une valeur au m&#234;me titre que la libert&#233;, l'&#233;galit&#233; et la fraternit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La confusion est entretenue quant au sens de la d&#233;mocratie, en qualifiant de d&#233;mocratiques des pays dont les peuples ne sont absolument pas souverains, dont les gouvernements usent de leur autorit&#233; pour imposer des politiques de discrimination, d'injustice fiscale, sociale ou &#233;cologique, n'h&#233;sitant pas, parfois, &#224; mener des actions violentes chez leurs voisins, ou &#224; y implanter des colonies. En France, la d&#233;mocratie est d&#233;sormais r&#233;duite au respect d'une constitution qui permet de faire taire l'Assembl&#233;e nationale ou de nommer un Premier ministre sans tenir compte du r&#233;sultat des urnes. La d&#233;mocratie repr&#233;sentative est un oxymore qui a permis aux gouvernements qui y ont recours &#224; spolier le peuple de sa souverainet&#233;, le r&#233;duisant &#224; la seule assembl&#233;e parlementaire pour participer &#224; la d&#233;lib&#233;ration tout en r&#233;duisant le r&#244;le du citoyen &#224; &#233;lire quelqu'un dont le mandat ne l'oblige pas &#224; respecter ce pour quoi il a &#233;t&#233; &#233;lu. La d&#233;mocratie est ainsi utilis&#233;e &#224; tort et &#224; travers et est d&#233;sormais r&#233;duite &#224; un mot vid&#233; de son sens par les politiciens qui nous gouvernent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, on ne peut pas continuer &#224; faire croire au peuple qu'il exerce un pouvoir &#224; travers l'&#233;lection de repr&#233;sentants qui se servent des institutions supranationales telles que l'UE, les organisations internationales ou les trait&#233;s de libre-&#233;change pour affaiblir l'expression des peuples. La d&#233;mocratie ne peut pas limiter le pouvoir du citoyen &#224; s'enfermer dans un isoloir une fois de temps et temps, et l'inviter &#224; attendre passivement la prochaine &#233;lection. La d&#233;mocratie ne se r&#233;duit pas &#224; un bulletin de vote ! On ne peut laisser la politique aux repr&#233;sentants sans que le peuple ne puisse agir de son propre chef.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pourquoi, &#339;uvrant pour des transformations sociales en vue de l'&#233;mancipation individuelle et collective, nous nous devons de proposer un socle de principes essentiels permettant d'&#233;tablir ou de renforcer les constitutions de nos r&#233;gimes pr&#233;tendument d&#233;mocratiques, y compris dans les situations d'urgence, de crise et de conflits arm&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'objectif &#233;tant de contribuer &#224; la d&#233;mocratisation de la d&#233;mocratie r&#233;ellement existante dans les r&#233;gimes politiques en place pour que la d&#233;mocratie repr&#233;sentative devienne une d&#233;mocratie v&#233;ritablement citoyenne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons tout d'abord diff&#233;rents textes adopt&#233;s par le pass&#233; qui &#233;voquent nombre d'aspects de la d&#233;mocratie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chaque &#201;tat a le droit souverain de choisir et d&#233;terminer librement, conform&#233;ment &#224; la volont&#233; de sa population, ses propres syst&#232;mes politique, social, &#233;cologique, &#233;conomique et culturel, sans ing&#233;rence d'autres &#201;tats dans le strict respect de la Charte des Nations Unies et les textes qui en d&#233;coulent.i&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;termination des peuples des Nations Unies &#224; pr&#233;server les g&#233;n&#233;rations futures du fl&#233;au de la guerre et des cons&#233;quences des d&#233;gradations de l'environnement, &#224; cr&#233;er les conditions n&#233;cessaires au maintien de la justice et du respect des obligations n&#233;es des trait&#233;s et autres sources du droit international, &#224; favoriser le progr&#232;s social et instaurer de meilleures conditions de vie dans une libert&#233; plus grande, &#224; pratiquer la tol&#233;rance et &#224; vivre en bon voisinage et &#224; recourir aux institutions internationales pour favoriser le progr&#232;s &#233;conomique et social de tous les peuples.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'autorit&#233; des pouvoirs publics ne peut &#234;tre fond&#233;e que sur la volont&#233; du peuple exprim&#233;e &#224; la faveur d'&#233;lections sinc&#232;res, libres et r&#233;guli&#232;res, le peuple est souverain et peut intervenir en contre-pouvoir de ces m&#234;mes pouvoirs publics qui restent comptables devant lui. Ainsi, il peut r&#233;voquer les d&#233;l&#233;gu&#233;s qu'il a &#233;lus, il peut avoir l'initiative de la loi. Le syst&#232;me de l'information est parfaitement ind&#233;pendant des puissances politiques ex&#233;cutives et &#233;conomiques, ne d&#233;pendant que des citoyens eux-m&#234;mes. Toutes les structures qu'elles soient professionnelles ou associatives int&#232;grent la logique d&#233;mocratique dans leur fonctionnement.&lt;br class='autobr' /&gt;
La souverainet&#233; du peuple implique que le d&#233;bat public en toutes choses rel&#232;ve de sa comp&#233;tence et que la d&#233;cision lui revient en direct ou &#224; travers ses d&#233;l&#233;gu&#233;s dans un cadre constitutionnel.&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;mocratie repose sur l'intelligence collective qui consiste &#224; faire d'une pluralit&#233; des opinions une d&#233;cision consensuelle et non sur les d&#233;cisions d'experts ou de personnes d&#233;fendant des int&#233;r&#234;ts priv&#233;s ou commerciaux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LES VALEURS ET LES PRINCIPES FONDAMENTAUX DE LA D&#201;MOCRATIE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1. La d&#233;mocratie (de &lt;i&gt;d&#234;mos&lt;/i&gt;, le peuple et &lt;i&gt;kratos&lt;/i&gt;, le pouvoir) est depuis longtemps un id&#233;al, un &#233;tat d'esprit et un objectif fond&#233; sur des valeurs communes &#224; un grand nombre de peuples comme l'&#233;galit&#233;, la solidarit&#233;, la fraternit&#233;, la libert&#233;, la responsabilit&#233;, la justice, l'honn&#234;tet&#233;, ind&#233;pendamment des diff&#233;rences culturelles, politiques, sociales et &#233;conomiques. Elle est aussi une valeur parce qu'elle d&#233;pend de toutes ces valeurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le peuple est une communaut&#233; politique de citoyens libres et &#233;gaux en droits capables de prendre ensemble leur destin en main. Toutefois, un peuple de citoyens ne se d&#233;finit ni par une langue commune ni par une culture ou une histoire commune, ni par le sang &#8211; m&#234;me si ces caract&#233;ristiques favorisent l'existence d'un peuple &#8211; mais par la volont&#233; de l'ensemble des citoyens de prendre leur destin commun en main, de faire peuple.&lt;br class='autobr' /&gt;
Est d&#233;mocratique un r&#233;gime qui poss&#232;de les instruments juridiques et politiques garantissant au peuple la souverainet&#233; et son plein exercice. Ainsi, la d&#233;mocratie est capable de r&#233;pondre &#224; l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral d'une soci&#233;t&#233; qui s'y r&#233;f&#232;re et, &#224; ce titre, devient un droit fondamental de ses citoyens. De ce fait, elle doit pouvoir s'affirmer et se d&#233;fendre, car elle doit constamment faire face aux tentatives d'appropriation du pouvoir par quelques-uns, ou un seul.&lt;br class='autobr' /&gt;
La citoyennet&#233; est un statut d&#233;fini par des crit&#232;res variables selon le pays et la culture dans laquelle elle s'inscrit, mais toujours l&#233;galement institu&#233;s. Toutefois le citoyen d'une d&#233;mocratie d&#233;tient des droits politiques et sociaux qui respectent l'&#233;galit&#233; des droits. En d&#233;mocratie, le citoyen est attach&#233; &#224; une communaut&#233; de destin, le peuple, au sein duquel il exerce sa part de souverainet&#233;, ses libert&#233;s, ses droits civils et politiques et remplit ses devoirs civiques. Ainsi, il contribue pleinement &#224; la puissance souveraine, bien inali&#233;nable du peuple auquel il appartient. Rien n'est au-dessus du peuple.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'action principale du citoyen est celle de s'informer, et informer, de d&#233;battre et de d&#233;lib&#233;rer. Tous les citoyens sont &#233;gaux dans la recherche de l'information, dans les droits &#224; l'information, &#224; la construction du d&#233;bat et &#224; la d&#233;cision.&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;mocratie se r&#233;f&#232;re &#224; un ensemble de citoyens et non forc&#233;ment &#224; un territoire g&#233;ographique. M&#234;me si la notion de d&#233;mocratie est le plus souvent attach&#233;e aux citoyens d'un territoire, un peuple de citoyens peut &#234;tre familial, associatif, entrepreneurial, communal, r&#233;gional, national, supranational, ou mondial. L'important est que le peuple concern&#233; soit souverain pour ce qui le concerne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. L'&#233;galit&#233; entre les humains fait qu'il ne saurait y avoir de d&#233;mocratie sans rejet des discriminations de toutes sortes et sans un v&#233;ritable partenariat entre hommes et femmes dans la conduite des affaires publiques o&#249; les uns et les autres, dans l'&#233;galit&#233; et la compl&#233;mentarit&#233;, s'enrichissent mutuellement de leurs diff&#233;rences.&lt;br class='autobr' /&gt;
Est d&#233;mocratique un r&#233;gime qui s'appuie sur toutes ses composantes culturelles, religieuses, philosophiques ou politiques dans le respect et l'esprit de conciliation par lequel l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral peut &#234;tre trouv&#233; et d&#233;fendu.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'expression des opinions plurielles doit &#234;tre respect&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. L'&#233;tat de d&#233;mocratie garantit que les processus d&#233;mocratiques, et toutes les fonctions politiques sont accessibles &#224; tous les citoyens.&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;mocratie s'appuie sur des collectifs et non sur un dirigeant. Les citoyens peuvent contribuer &#224; toutes les structures de d&#233;lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. La d&#233;mocratie est fond&#233;e sur la primaut&#233; de l'exercice des droits humains. Par exemple, dans un &#201;tat d&#233;mocratique, nul n'est au-dessus de la loi et tous les citoyens sont &#233;gaux devant elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Le bien-&#234;tre &#233;conomique, social et culturel du peuple d&#233;pend du respect de la nature et des droits humains. La condition pour qu'il advienne et soit maintenu est d'&#233;lever les citoyens &#224; exercer pleinement leur part de souverainet&#233; en s'investissant dans l'exercice civique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. La libert&#233; de pens&#233;e, de conscience, d'opinion, de religion et d'option philosophique est un gage de la d&#233;mocratie. Toutefois, cette libert&#233; ne saurait &#234;tre pr&#233;texte &#224; la remise en question des principes qui fondent la d&#233;mocratie. C'est pourquoi la la&#239;cit&#233; est le principe qui encadre la libert&#233; de religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. La d&#233;mocratie est un type de relation sociale qui consid&#232;re l'autre comme son &#233;gal avec lequel coop&#233;ration et empathie peuvent ouvrir &#224; l'intelligence collective et au bien commun. La d&#233;mocratie suppose que les citoyens s'approprient ces valeurs pour les v&#233;hiculer dans un savoir-&#234;tre et un savoir-faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique doit subvenir aux besoins de l'ensemble de la population sans laisser les int&#233;r&#234;ts particuliers s'emparer de ce qui rel&#232;ve du bien commun et du bien public qui ont &#233;t&#233; d&#233;finis par le peuple. Elle prot&#232;ge ces biens et garantit leur libre acc&#232;s en les pr&#233;servant de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, celle-ci &#233;tant contr&#244;l&#233;e dans ses exc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. L'&#234;tre humain fait partie des organismes vivants sur la Terre, et sa vie en d&#233;pend. Depuis plus d'un si&#232;cle, l'esp&#232;ce humaine a d&#233;velopp&#233; l'utilisation sans frein de toutes les possibilit&#233;s disponibles sur la Terre - organismes vivants et autres composantes, ce que l'on r&#233;sume par &#171; la nature &#187; - et commence &#224; mesurer pour elle-m&#234;me l'effet n&#233;faste de cette absence de frein.&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;mocratie ne saurait se priver de la majeure partie du monde vivant qui garantit l'existence de toute l'humanit&#233;. La nature est un objet de droit permettant aux citoyens et aux organisations de faire valoir ses droits. La d&#233;fense des droits de la nature est une responsabilit&#233; qui incombe &#224; chaque citoyen, ainsi qu'&#224; toutes les organisations ou institutions d&#233;mocratiques, qu'elles soient locales, nationales, internationales ou supranationales.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'ORGANISATION ET L'EXERCICE DE LA D&#201;MOCRATIE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;10. Le peuple organise collectivement la d&#233;mocratie par l'interm&#233;diaire de dispositifs qui garantissent l'information fiable, le d&#233;bat &#233;quilibr&#233; et la d&#233;lib&#233;ration juste. Pour qu'elle soit juste et bonne, cette organisation n&#233;cessite et respecte les valeurs d'&#233;galit&#233;, de solidarit&#233; et de libert&#233; en toutes choses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il revient aux citoyens de r&#233;diger la Constitution qui conf&#232;re au peuple les pouvoirs d'exercer sa souverainet&#233; comme il le souhaite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. Il exerce directement sa souverainet&#233; : il l&#233;gif&#232;re, gouverne, rend la justice, informe autant qu'il s'informe, contr&#244;le l'&#233;conomie et toutes les institutions. En prenant l'initiative d'exercer sa souverainet&#233;, il peut d&#233;l&#233;guer ses pouvoirs l&#233;gislatifs, ex&#233;cutifs, judiciaires et m&#233;diatiques tout en les contr&#244;lant et en se r&#233;servant les moyens d'intervenir &#224; tout moment. C'est pourquoi les puissances d'argent doivent &#234;tre &#233;cart&#233;es des processus d&#233;mocratiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tous les m&#233;canismes de pouvoir sont institu&#233;s, d&#233;finis de mani&#232;re compr&#233;hensible par tous et publics. Ces institutions sont s&#233;par&#233;es et leurs liens sont strictement r&#233;glement&#233;s et contr&#244;l&#233;s par le peuple, de fa&#231;on que d'une institution n'&#233;merge aucune concentration excessive du pouvoir. Elles fonctionnent en toute transparence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. Les institutions d&#233;mocratiques ont pour r&#244;le d'arbitrer les tensions et de maintenir l'&#233;quilibre entre ces aspirations concurrentes que sont la diversit&#233; et l'uniformit&#233;, l'individuel et le collectif, dans le but de renforcer la coh&#233;sion et la solidarit&#233; sociales. Cette coh&#233;sion est favoris&#233;e par :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8226; la participation citoyenne au d&#233;bat et aux d&#233;cisions politiques ;&lt;br class='autobr' /&gt; &#8226; la pr&#233;sence de commissions (ou comit&#233;s), d'organismes de consultation pour une d&#233;mocratie en continu ;&lt;br class='autobr' /&gt; &#8226; une justice dont les juges sont ind&#233;pendants dans l'exercice de leurs fonctions, et ne devant subir aucune ing&#233;rence ext&#233;rieure. Le peuple doit participer &#224; la justice avec les juges, dans la mesure du possible ;&lt;br class='autobr' /&gt; &#8226; la lutte implacable contre la corruption par des actions de pr&#233;vention et organisation du contr&#244;le r&#233;gulier de l'ex&#233;cution des d&#233;cisions prises ;&lt;br class='autobr' /&gt; &#8226; l'&#233;ducation, adapt&#233;e d&#232;s le jeune &#226;ge, aux valeurs de la d&#233;mocratie, puis rapidement &#224; leur pratique sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. Fond&#233;e sur le droit de chacun de participer &#224; la gestion des affaires publiques, la d&#233;mocratie implique l'existence de processus de d&#233;mocratie directe et d'institutions repr&#233;sentatives dans toutes les r&#233;alit&#233;s de la soci&#233;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;l&#233;ment cl&#233; de l'exercice de la d&#233;mocratie est l'expression de la volont&#233; populaire. Celle-ci n&#233;cessite l'implication de chacun des citoyens dans les d&#233;cisions locales, d&#233;partementales, r&#233;gionales, nationales et supranationales de l'&#233;tat. Cette implication doit aussi se manifester dans toutes les activit&#233;s collectives d'une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique telles que les entreprises et les associations diverses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les modes d'expression et de d&#233;cision possibles sont nombreux, diversifi&#233;s et adapt&#233;s aux situations : r&#233;f&#233;rendums, d&#233;lib&#233;ration au sein des assembl&#233;es ou des jurys judiciaires, conventions citoyennes, entreprises ou associations d&#233;mocratiques, etc. &#192; chacune de ces activit&#233;s citoyennes peut correspondre un syst&#232;me &#233;lectif, soit par le suffrage universel, soit par le tirage au sort, soit par le volontariat ou le mixage des trois.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'implication des citoyens et la qualit&#233; de leurs d&#233;lib&#233;rations et de leurs d&#233;cisions ne sont possibles que s'ils sont bien inform&#233;s sur les sujets &#224; traiter collectivement. Le d&#233;veloppement des moyens de diffusion d'informations est tel que, en elle-m&#234;me, l'information puisse &#234;tre prise en compte par tous les citoyens : les citoyens eux-m&#234;mes participant &#224; des discussions et prises de d&#233;cisions doivent partager les sujets dont ils traitent avec les autres citoyens. L'information du peuple doit &#234;tre organis&#233;e par le peuple.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces actions doivent suivre des processus qui garantissent leur transparence et pr&#233;venir toute ing&#233;rence d'int&#233;r&#234;ts perfides de telle sorte que tous les citoyens aient la garantie d'&#234;tre respect&#233;s dans leur expression. C'est pourquoi les droits civils et politiques sont essentiels, et plus particuli&#232;rement, le droit de s'exprimer &#224; travers le d&#233;bat ou le vote, le droit d'&#234;tre &#233;lu ou tir&#233; au sort, le droit &#224; la libert&#233; d'expression et de r&#233;union, l'acc&#232;s &#224; l'information, le droit de constituer des partis politiques et de mener des activit&#233;s politiques. Afin de garantir la r&#233;gularit&#233; des processus d&#233;mocratiques, l'organisation, les activit&#233;s, la gestion financi&#232;re, le financement et l'&#233;thique des partis politiques doivent &#234;tre d&#251;ment r&#233;glement&#233;s de fa&#231;on impartiale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;trangers r&#233;sidant depuis un certain temps sur le sol national et en situation r&#233;guli&#232;re doivent pouvoir participer &#224; la vie d&#233;mocratique du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. L'une des fonctions essentielles d'un syst&#232;me d&#233;mocratique est de garantir &#224; ses citoyens la jouissance des droits civils, culturels, &#233;conomiques, politiques et sociaux. La d&#233;mocratie va d&#232;s lors de pair avec des pouvoirs ex&#233;cutifs efficaces, int&#232;gres, transparents, librement choisis et comptables de leur gestion. Ces conditions ne sauraient suffire, au risque d'un syst&#232;me dit d&#233;mocratique, mais omnipotent et incontr&#244;l&#233;, sans une gestion d&#233;mocratique qui pr&#233;voit le dialogue constant avec les citoyens concern&#233;s, tels les repr&#233;sentants syndicaux, et associatifs ou autres, de la population.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tous les &#233;ventuels sous-syst&#232;mes&#8211;comme les divisions territoriales d'un &#201;tat &#8211;s'organisent de telle mani&#232;re que les institutions soient proches de la population par une subsidiarit&#233; ascendante de telle mani&#232;re que ce soit l'&#233;chelon local qui d&#233;termine lui-m&#234;me ses comp&#233;tences et qu'ainsi soient cr&#233;&#233;s les &#233;chelons sup&#233;rieurs capables de comp&#233;tences territoriales plus larges, lesquels s'organisent par d&#233;centralisation afin que la prise de d&#233;cision publique reste proche de ceux qui devront la respecter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'approfondissement de la d&#233;mocratie s'effectue par le renforcement des droits qu'il convient de distinguer :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8226; Les &#034;droits-libert&#233;s&#034; issus, pour la plupart, de la D&#233;claration des droits de l'homme et du citoyen (1789) consacrent des libert&#233;s individuelles ou collectives (libert&#233; d'expression, d'opinion, de r&#233;union, d'association, etc.). Ils offrent aux citoyens la possibilit&#233; d'agir sans &#234;tre soumis &#224; un pouvoir arbitraire (qu'il vienne du pouvoir politique ou d'autres citoyens). Parmi eux, les droits politiques (droit de d&#233;lib&#233;rer, droit de vote et d'&#233;ligibilit&#233;) permettent de participer aux d&#233;cisions de la vie publique.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8226; Les &#034;droits-cr&#233;ances&#034; correspondent &#224; ceux qui n&#233;cessitent l'intervention de l'&#201;tat dans leur mise en &#339;uvre et leur protection. Il s'agit de droits &#233;conomiques et sociaux, tels que le droit &#224; l'instruction, le droit &#224; la sant&#233;, le droit au travail, le droit d'acc&#232;s aux services publics et aux biens communs ou le droit d'appartenance &#224; une association ou un syndicat, le droit &#224; une justice impartiale, le droit d'informer et &#224; l'information.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8226; Les droits de troisi&#232;me g&#233;n&#233;ration s'&#233;tendent &#224; l'ensemble de la communaut&#233; internationale afin, notamment, de garantir une vie d&#233;cente aux g&#233;n&#233;rations futures. Ils concernent non seulement les citoyens d'un m&#234;me &#201;tat, mais impliquent plus largement l'ensemble de la communaut&#233; internationale (droit &#224; un environnement sain, droit des g&#233;n&#233;rations futures, droit d'ing&#233;rence humanitaire).&lt;br class='autobr' /&gt;
Toutefois, il convient de maintenir un &#233;quilibre entre ces deux exigences que sont le collectif et les droits de l'individu qui peuvent soit cr&#233;er un effet de dictature de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, en ne laissant aucune marge d'initiative priv&#233;e, soit d&#233;velopper &#224; outrance l'individualisme pouvant conduire &#224; des divisions au sein de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14.1. &#202;tre comptable devant les citoyens, &#233;l&#233;ment essentiel de la d&#233;mocratie, s'applique &#224; tous les d&#233;l&#233;gu&#233;s du peuple et &#224; toutes les institutions sans exception. Cela se traduit par le droit du peuple d'&#234;tre inform&#233; des activit&#233;s des institutions, de leur adresser des requ&#234;tes et de demander r&#233;paration par le biais de m&#233;canismes administratifs et judiciaires impartiaux. Un d&#233;l&#233;gu&#233; peut aussi &#234;tre d&#233;mis par un processus citoyen.&lt;br class='autobr' /&gt;
La vie publique, dans son ensemble, doit &#234;tre marqu&#233;e du sceau de la morale civique et de la transparence, raison pour laquelle il faut &#233;laborer et appliquer des normes et r&#232;gles propres &#224; les assurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14.2. La participation individuelle aux processus d&#233;mocratiques et &#224; la vie publique &#224; tous les niveaux doit &#234;tre r&#233;glement&#233;e de mani&#232;re &#233;quitable et impartiale et doit pr&#233;venir toute discrimination et tout risque d'intimidation de la part des acteurs &#233;tatiques, &#233;conomiques ou m&#233;diatiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les institutions et les processus d&#233;mocratiques doivent favoriser la participation citoyenne pour sauvegarder la diversit&#233;, le pluralisme, en respectant le principe de la&#239;cit&#233; et de droit &#224; la diff&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14.3. Des institutions judiciaires et des m&#233;canismes de contr&#244;le ind&#233;pendants, impartiaux et efficaces sont les garants de l'&#201;tat de droit, fondement de la d&#233;mocratie. Pour que ces institutions et m&#233;canismes puissent pleinement veiller au respect des r&#232;gles, am&#233;liorer la r&#233;gularit&#233; des proc&#233;dures et r&#233;parer les injustices, il faut que soit assur&#233; l'acc&#232;s de tous, sur une base de stricte &#233;galit&#233;, aux recours administratifs et judiciaires ainsi que le respect des d&#233;cisions administratives et judiciaires, tant par les organes de l'&#201;tat et les repr&#233;sentants de la puissance publique que par chacun des citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. L'existence d'une soci&#233;t&#233; active est un &#233;l&#233;ment crucial de la d&#233;mocratie, mais la participation des individus aux processus d&#233;mocratiques n'est pas acquise. Il est donc essentiel de cr&#233;er les conditions favorables &#224; l'exercice effectif des droits participatifs et d&#233;lib&#233;ratifs (information, transparence, tirage au sort, travailleurs majoritaires...), aux m&#233;canismes d&#233;mocratiques (assembl&#233;es et conventions citoyennes, jury, r&#233;f&#233;rendums, syndicats&#8230;), d'&#233;liminer les freins qui les entravent.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'o&#249; l'importance de prendre des mesures visant &#224; corriger les d&#233;s&#233;quilibres et discriminations sociales, culturelles, religieuses, raciales ou bas&#233;es sur le genre, de promouvoir en permanence des valeurs telles que l'&#233;galit&#233;, la solidarit&#233;, la transparence et l'&#233;ducation, tout en levant ainsi les obstacles tels que l'ignorance, l'intol&#233;rance, l'apathie, le manque de v&#233;ritables choix et alternatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. Pour que l'&#233;tat de d&#233;mocratie soit durable, il faut un climat et une culture d&#233;mocratiques constamment nourris et enrichis par l'&#233;ducation et d'autres moyens culturels et d'information. Une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique doit d&#232;s lors s'attacher &#224; promouvoir l'&#233;ducation, au sens le plus large du terme, incluant, en particulier, les connaissances fondamentales et techniques et l'esprit critique, mais aussi une formation &#224; la responsabilit&#233; citoyenne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, la vie culturelle doit participer &#224; l'&#233;mancipation des individus par la valorisation de la cr&#233;ativit&#233; de chacun, la rencontre des diff&#233;rentes cultures, et l'acc&#232;s aux &#339;uvres. Elle doit &#234;tre accessible et pr&#233;sente en continu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17. L'exercice de la d&#233;mocratie demande du temps. Il convient que le monde du travail int&#232;gre cette donn&#233;e pour am&#233;nager les horaires de travail afin que nul ne puisse &#234;tre emp&#234;ch&#233; de participer &#224; ses devoirs citoyens &#224; cause de sa vie professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18. L'&#233;tat de d&#233;mocratie suppose la libert&#233; d'opinion, la libert&#233; d'expression, la libert&#233; de r&#233;union et d'association, la libert&#233; acad&#233;mique et la libert&#233; artistique, ce qui implique le droit de n'&#234;tre pas inqui&#233;t&#233; pour ses opinions et celui de chercher, recevoir et r&#233;pandre les informations et les id&#233;es, sans consid&#233;ration de fronti&#232;res, par quelque moyen d'expression que ce soit. C'est pourquoi les m&#233;dias d'information politique doivent &#234;tre libres et ind&#233;pendants des pouvoirs en place et des puissances de l'argent.&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;sinformation ou les informations fausses constituent une menace pour la d&#233;mocratie et la paix ; elles doivent &#234;tre combattues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19. Une d&#233;mocratie a besoin d'une police. Celle-ci est du peuple et non hors du peuple, son autorit&#233; ne vient pas &#171; d'en haut &#187;, mais du peuple lui-m&#234;me. Les forces de police doivent favoriser par leur action la coh&#233;sion sociale. La soci&#233;t&#233; doit &#234;tre associ&#233;e aux actions de la police que ce soit dans les quartiers, ou dans les manifestations et dans une certaine mesure dans les enqu&#234;tes.&lt;br class='autobr' /&gt; Un organe de contr&#244;le ind&#233;pendant doit pouvoir enqu&#234;ter sur les affaires polici&#232;res.&lt;br class='autobr' /&gt;
La formation des policiers doit prioritairement faire appel &#224; la psychologie, &#224; la communication, &#224; la p&#233;dagogie. La police doit &#234;tre aussi form&#233;e &#224; la violence l&#233;gale, mais la communication non violente doit &#234;tre sa priorit&#233;. Seules des forces comp&#233;tentes gr&#226;ce &#224; leur formation en maintien de l'ordre peuvent assurer celui-ci.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des psychologues et des sociologues doivent int&#233;grer la police pour : &#233;couter les agents, accueillir les victimes ; r&#233;fl&#233;chir sur les pratiques, et les rapports entretenus avec la population.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un Observatoire des pratiques polici&#232;res, compos&#233; de citoyens tir&#233;s au sort, de professionnels du droit, et de policiers de terrain, doit contr&#244;ler les conditions d'application des lois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20. Sans justice, pas de paix, pas d'&#233;galit&#233;, pas de libert&#233;, pas de fraternit&#233;, pas de coh&#233;sion sociale, pas de garantie d'un &#201;tat de droit. C'est pourquoi la justice doit &#234;tre dot&#233;e de moyens importants pour qu'elle puisse travailler efficacement et sans retard.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si la justice d&#233;mocratique est r&#233;tributive, elle est avant tout restauratrice pour traiter non seulement des cons&#233;quences des crimes et d&#233;lits, mais encore des r&#233;percussions qu'il provoque pour toutes les personnes impact&#233;es. Il s'agit donc de punir les coupables dans l'objectif, non seulement, d'&#233;viter la r&#233;cidive, mais aussi de permettre leur r&#233;insertion par des mesures restauratives. La justice est ind&#233;pendante des autres institutions afin de garantir une &#233;gale justice pour tous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si les magistrats doivent &#234;tre professionnels, et si tous les accus&#233;s ont le droit de se d&#233;fendre sans que l'argent permette d'&#234;tre mieux d&#233;fendu, c'est le peuple qui juge &#224; travers les magistrats et des jurys de citoyens tir&#233;s au sort. Aucune peine ne peut &#234;tre automatique.&lt;br class='autobr' /&gt;
La prison doit garantir toutes les conditions d'humanit&#233; en dehors de la condamnation &#224; la privation de libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21. En cas de guerre ou de situations d'urgence, un gouvernement d'une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique peut prendre des dispositions qui vont &#224; l'encontre de certains droits, mais seulement dans les strictes limites n&#233;cessaires explicit&#233;es quant aux m&#233;thodes et &#224; la dur&#233;e. M&#234;me dans ce cas, un gouvernement n'a pas le droit, par exemple, de torturer ou de tuer arbitrairement. La prorogation d'une restriction des droits des citoyens doit faire l'objet d'un vote parlementaire ou populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22. La pr&#233;vention des risques est le meilleur moyen de garantir la stabilit&#233; d'un &#201;tat. C'est pourquoi celui-ci s'appliquera &#224; mettre en place les principes de pr&#233;vention &#224; tous les niveaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quel que soit le syst&#232;me &#233;conomique d'un pays, celui-ci doit &#234;tre en capacit&#233; d'&#234;tre autosuffisant &#224; tout moment, en tous lieux, pour subvenir aux besoins strictement essentiels : eau, nourriture, logement, sant&#233;, &#233;nergie, communication.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA DIMENSION INTERNATIONALE DE LA D&#201;MOCRATIE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;23. La d&#233;mocratie doit &#234;tre un principe international applicable aux organisations internationales et aux &#201;tats. Ce principe ne signifie pas seulement repr&#233;sentation &#233;gale ou &#233;quitable des &#201;tats ; il s'&#233;tend aussi &#224; leurs droits et devoirs &#233;conomiques. Cela implique l'engagement &#224; respecter des principes communs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est incompatible avec l'imp&#233;rialisme, et tout absolutisme &#233;conomique qui favorise la financiarisation du monde &#224; outrance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24. Une d&#233;mocratie doit d&#233;fendre les principes d&#233;mocratiques dans les relations internationales. &#192; cet &#233;gard, une d&#233;mocratie doit exprimer sa solidarit&#233; avec les gouvernements similaires, mais aussi avec les acteurs non &#233;tatiques comme les ONG qui &#339;uvrent pour la d&#233;mocratie et les droits de l'homme tout en &#233;tant solidaires des peuples qui sont victimes de leurs violations perp&#233;tr&#233;es par des r&#233;gimes non d&#233;mocratiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les organisations intergouvernementales et internationales doivent permettre une meilleure solidarit&#233; entre &#201;tats, pr&#233;venir les guerres, et contrecarrer les rapports de force internationaux. Elles doivent pouvoir garantir la paix par le droit d'ing&#233;rence et la lev&#233;e d'une force d'interposition si elle est indispensable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elles doivent aussi&lt;br class='autobr' /&gt; &#8226; pr&#233;venir les multiples crises &#233;conomiques et humanitaires&lt;br class='autobr' /&gt; &#8226; favoriser la coop&#233;ration &#233;cologique plan&#233;taire&lt;br class='autobr' /&gt; &#8226; favoriser l'autod&#233;termination des peuples&lt;br class='autobr' /&gt; &#8226; promouvoir la d&#233;mocratie et favoriser la d&#233;mocratisation dans les autres r&#233;gimes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25. Tout trait&#233; international doit faire l'objet d'un r&#233;f&#233;rendum national avant d'&#234;tre adopt&#233;, les citoyens devant &#234;tre partie prenante de la construction de tels accords. De m&#234;me, tout r&#233;f&#233;rendum national est au-dessus de tout trait&#233; international et aucune proc&#233;dure ne peut condamner un peuple de vouloir s'en retirer. Seuls les trait&#233;s fond&#233;s sur la D&#233;claration universelle des droits de l'homme peuvent &#234;tre en haut de la hi&#233;rarchie des normes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un accord international ne peut affaiblir un droit garanti au sein d'un &#201;tat signataire sauf si celui-ci constitue un danger pour la paix ou l'&#233;cologie plan&#233;taire. Un tel accord ne pourrait &#234;tre adopt&#233; par un &#201;tat d&#233;mocratique.&lt;br class='autobr' /&gt;
De m&#234;me, le droit des Nations &#224; l'autod&#233;termination ne saurait permettre qu'elles soient assujetties &#224; des puissances financi&#232;res. Ainsi les entreprises d'ampleur mondiale devraient &#234;tre soumises &#224; des commissions de l'ONU et si n&#233;cessaire &#224; l'autorit&#233; de l'Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale de l'ONU.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26. Dans l'int&#233;r&#234;t de la d&#233;mocratie internationale, les &#201;tats doivent veiller &#224; ce que leur conduite soit conforme au droit international, s'abstenir de recourir &#224; la menace, l'emploi de la force, ou la colonisation et de toute conduite qui met en p&#233;ril ou viole la souverainet&#233; et l'int&#233;grit&#233; politiques et territoriales d'autres &#201;tats, Peuples ou Nations, et s'employer &#224; r&#233;gler leurs diff&#233;rends par des moyens pacifiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toutefois, l'histoire nous a appris que tout &#201;tat doit savoir se d&#233;fendre. C'est ainsi que la d&#233;mocratie peut int&#233;grer une arm&#233;e de d&#233;fense. La communaut&#233; internationale doit mettre en place des m&#233;canismes de contr&#244;le afin que les forces ne soient pas excessives. Ainsi, les armes nucl&#233;aires et de longue port&#233;e devraient &#234;tre interdites et d&#233;truites. Tous les &#201;tats devraient adh&#233;rer au Trait&#233; de diminution et de destruction des armes nucl&#233;aires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27. Afin de renforcer la justice p&#233;nale internationale, les d&#233;mocraties doivent rejeter l'impunit&#233; pour les crimes internationaux et les violations graves des droits fondamentaux, soutenir le r&#244;le de la Cour Internationale de Justice, et appuyer la cr&#233;ation d'une Cour criminelle internationale permanente. C'est dans cette solidarit&#233; intergouvernementale que la d&#233;mocratisation du monde progressera.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La d&#233;mocratie comme agir et comme situation</title>
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		<dc:date>2015-04-20T17:46:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Patrick Braibant</dc:creator>



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&lt;p&gt;Le texte qui suit est la plus grande partie d'une contribution &#224; un d&#233;bat, sur une liste de discussion d'Attac, consacr&#233; &#224; la &#171; d&#233;finition &#187; de la d&#233;mocratie. Il interroge la formule de Lincoln datant de 1863 et souvent invoqu&#233;e comme d&#233;finition canonique : &#171; gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
En quoi, dans quelle mesure et jusqu'&#224; quel point pouvons-nous, de notre point de vue d'altermondialistes et de partisans de la transformation sociale, nous r&#233;f&#233;rer l&#233;gitimement (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://blogs.attac.org/commission-democratie/fondamentaux-de-la-democratie/" rel="directory"&gt;Fondamentaux de la d&#233;mocratie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le texte qui suit est la plus grande partie d'une contribution &#224; un d&#233;bat, sur une liste de discussion d'Attac, consacr&#233; &#224; la &#171; d&#233;finition &#187; de la d&#233;mocratie. Il interroge la formule de Lincoln datant de 1863 et souvent invoqu&#233;e comme d&#233;finition canonique : &#171; gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi, dans quelle mesure et jusqu'&#224; quel point pouvons-nous, de notre point de vue d'altermondialistes et de partisans de la transformation sociale, nous r&#233;f&#233;rer l&#233;gitimement &#224; la &#171; d&#233;finition &#187; de Lincoln ? Cette d&#233;finition est- elle acceptable en totalit&#233; ? Est-elle &#224; rejeter compl&#232;tement ? Certains de ses &#233;l&#233;ments sont-ils recevables &#224; condition de les reformuler dans notre sens, &#224; condition, si j'ose dire, de les &#171; altermondialiser &#187;. Ce qui passe par le rejet d'autres &#233;l&#233;ments. Ce sera la position que je vais d&#233;velopper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est &#224; mon sens recevable la mani&#232;re dont Lincoln d&#233;finit la nature de la d&#233;mocratie &#224; travers le terme de &#171; gouvernement &#187; dans ses deux (principaux) sens : &#171; action de gouverner &#187; et ensemble des institutions permettant de gouverner. Par contre, il me semble que nous ne pouvons nous rallier ni au &#171; sujet &#187; de la d&#233;mocratie qu'il retient : &#171; le peuple &#187; ; ni &#224; la finalit&#233; du &#171; gouvernement &#187; d&#233;mocratique qu'il propose : le &#171; gouverner pour le peuple &#187; qui cl&#244;t sa formule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour finir, je me lancerai &#224; mon tour dans un essai (provisoire ?) de &#171; d&#233;finition &#187;, &#224; partir de ce que j'aurai retenu de Lincoln et de ce que j'en aurai rejet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1) La nature de la d&#233;mocratie selon Lincoln : &#224; mes yeux, ce dernier d&#233;finit explicitement la d&#233;mocratie comme un agir. &#171; Gouvernement &#187; doit ici &#234;tre compris dans le sens d' &#171; action de gouverner &#187;. &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; gouvernement du peuple, par le peuple &#187; c'est le peuple se gouvernant lui-m&#234;me, s'auto- gouvernant. Ce caract&#232;re d'agir est d'ailleurs enti&#232;rement confirm&#233; et renforc&#233; par la mention finale, &#171; pour le peuple &#187; (m&#234;me si celle-ci est plus que probl&#233;matique), laquelle introduit en effet un &#233;l&#233;ment constitutif de tout agir : une intention, une finalit&#233;. La d&#233;mocratie lincolnienne serait donc le peuple se gouvernant lui-m&#234;me dans (en vue de) l'int&#233;r&#234;t du peuple (je ne vois pas d'autre mani&#232;re d'interpr&#233;ter le &#171; pour le peuple &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la formule de Lincoln contient aussi son implicite : le gouvernement comme &#171; action de gouverner &#187; n'est rien sans un gouvernement comme institution. &#171; Le peuple &#187; ne peut s'auto-gouverner que moyennant une multitude d'institutions : organes et proc&#233;dures de prises de d&#233;cision, de contre-pouvoir, de contr&#244;le ; proc&#233;dures de d&#233;signation diverses et vari&#233;es (&#233;lections, nominations, tirage au sort...), formes d'organisation de l'espace public de d&#233;bat et d'information, multiplicit&#233; de droits garantissant la possibilit&#233; effective pour chaque membre du &#171; peuple &#187; de participer &#224; l'auto- gouvernement populaire etc. Ce &#171; gouvernement &#187; comme ensemble d'institutions est &#171; l'outil &#187;, le moyen du gouvernement comme &#171; action de gouverner &#187;, lui permettant se faire le vecteur de la finalit&#233; poursuivie (l'int&#233;r&#234;t du peuple chez Lincoln).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;finissant la d&#233;mocratie comme agir, Lincoln en d&#233;signe la finalit&#233; ainsi que les moyens de l'atteindre. Il faut encore qu'il r&#233;ponde &#224; trois questions : qui agit ? A qui ou &#224; quoi (&#224; quelle &#171; mati&#232;re &#187;) cet agir s'applique-t-il ? Qui est de destinataire (ou b&#233;n&#233;ficiaire) de la finalit&#233; ? On le sait, trois fois Lincoln r&#233;pond par un seul et m&#234;me terme : &#171; peuple &#187;. La d&#233;mocratie lincolnienne c'est &#171; le peuple &#187; gouvernant &#171; le peuple &#187; dans l'int&#233;r&#234;t du &#171; peuple &#187; Le &#171; gouvernement &#187; d&#233;mocratique serait donc un auto-gouvernement n'ayant d'autre finalit&#233; que l'int&#233;r&#234;t de l'entit&#233; qui s'autogouverne. Il y aurait une circularit&#233; de la d&#233;mocratie : tout part du &#171; peuple &#187;, passe par le &#171; peuple &#187; et y revient. &#171; Le peuple &#187; est &#224; la fois l'acteur de l'agir (il est le gouvernant), sa &#171; mati&#232;re &#187; (il est le gouvern&#233;), sa finalit&#233; (il est ce dont il faut r&#233;aliser l'int&#233;r&#234;t)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sont donc ici rassembl&#233;s explicitement ou implicitement tous les &#233;l&#233;ments qui permettent de constituer la d&#233;mocratie comme un agir. Un agir est un ensemble d'actions, engag&#233;es par un certain type d'acteurs et orient&#233;es par une m&#234;me finalit&#233; et qui, pour la r&#233;aliser, recourent &#224; des &#171; outils &#187; et moyens appropri&#233;s &#224; cette finalit&#233;. &#171; Appropri&#233;s &#187; devant se comprendre selon deux sens qui me semblent incontestablement pr&#233;sents dans la d&#233;finition lincolnienne. D'une part, &#171; appropri&#233;s &#187; dans le sens de l'efficacit&#233; : ces moyens et &#171; outils &#187; doivent &#234;tre les plus aptes possibles &#224; atteindre la fin poursuivie (en termes lincolniens : &#171; le gouvernement du peuple par le peuple &#187; est le plus propre et le plus efficace &#224; r&#233;aliser l'int&#233;r&#234;t du peuple, &#224; gouverner &#171; pour le peuple &#187;). D'autre part, &#171; appropri&#233;s &#187; dans le sens de la conformit&#233; : les &#171; outils &#187; et moyens doivent &#234;tre de la m&#234;me nature que la finalit&#233; : &#224; ce titre, ils en sont eux-m&#234;mes une r&#233;alisation, selon le principe que la fin doit d&#233;j&#224; &#234;tre dans les moyens (en termes lincolniens : le &#171; gouvernement du peuple par le peuple &#187; est d&#233;j&#224; une mani&#232;re de r&#233;aliser l'int&#233;r&#234;t du peuple, le &#171; pour le peuple &#187; se r&#233;alise d&#233;j&#224; dans le &#171; par le peuple &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La maxime qui oriente la d&#233;mocratie lincolnienne comme agir serait donc la suivante : r&#233;aliser l'int&#233;r&#234;t du peuple (gouverner &#171; pour le peuple &#187;) exige que le peuple s'auto-gouverne moyennant des institutions appropri&#233;es &#224; cette fin. Mais elle doit se formuler tout autant par sa r&#233;ciproque : le gouvernement (comme acte de gouverner et comme institution) ne vaut comme d&#233;mocratie que pour autant qu'il poursuit l'int&#233;r&#234;t du peuple, que pour autant que le gouvernement &#171; du peuple, par le peuple &#187; est simultan&#233;ment et ins&#233;parablement gouvernement &#171; pour le peuple &#187;. L'effectivit&#233; de la d&#233;mocratie consisterait donc en ce tenir ensemble d'une finalit&#233; et des &#171; outils &#187; appropri&#233;s &#224; r&#233;aliser cette finalit&#233;. Si les &#171; outils &#187; manquent, si la finalit&#233; est r&#233;alis&#233;e &#224; l'aide de moyens et &#171; outils &#187; qui ne lui sont pas conformes (dans l'optique lincolnienne : si l'int&#233;r&#234;t du peuple &#233;tait r&#233;alis&#233; par des moyens dictatoriaux), il n'y a pas d&#233;mocratie. De m&#234;me, si la finalit&#233; manque, si ces &#171; outils &#187; servent &#224; une autre finalit&#233; (dans l'optique lincolnienne : si les institutions et proc&#233;dures d&#233;mocratiques sont d&#233;tourn&#233;es de la poursuite de l'int&#233;r&#234;t du peuple et sont mises au service de l'int&#233;r&#234;t de quelques-uns), il n'y a pas d&#233;mocratie. La d&#233;mocratie n'est elle-m&#234;me, n'est pleinement la d&#233;mocratie, que dans et par l'indissociabilit&#233; de ces &#171; outils &#187; et de cette finalit&#233;, elle-m&#234;me indissociable d'un certain &#171; sujet &#187; (acteur et b&#233;n&#233;ficiaire)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conception de la d&#233;mocratie comme agir rendant (devant rendre) ins&#233;parable une fin donn&#233;e et des moyens appropri&#233;s &#224; cette fin, me semble &#234;tre le fond de la d&#233;finition lincolnienne. Conception dont je pense qu'en tant qu'altermondialistes nous pouvons la faire n&#244;tre : dire que la d&#233;mocratie est un &#171; gouvernement &#187; anim&#233; d'une finalit&#233; et exigeant des &#171; outils &#187; appropri&#233;s &#224; cette finalit&#233;, c'est ipso facto dire qu'elle un agir sur la soci&#233;t&#233; dans une certaine direction, donc toujours, de quelque mani&#232;re, un agir transformateur. Cela consonne &#233;videmment avec la nature m&#234;me de l'altermondialisme : un agir sur le monde dans une certaine direction. Mais s'en tenir l&#224; est &#233;videmment tr&#232;s insuffisant. Il faut aussi examiner le contenu de chacun des termes de la d&#233;finition lincolnienne : l'agir , le sujet de cet agir, la finalit&#233; que d&#233;signe Lincoln (respectivement &#171; gouvernement &#187;, &#171; peuple &#187;, int&#233;r&#234;t du &#171; peuple &#187;) sont-ils pertinents de notre point de vue ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2) L'agir : le &#171; gouvernement &#187;, l'action de gouverner, moyennant un &#171; gouvernement &#187; comme institution, semble tout-&#224;-fait exploitable par nous altermondialistes. &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Notamment en ce que cette notion se pr&#234;te &#224; extension de son champ, au del&#224; de ce que Lincoln vise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Lincoln parle de &#171; gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple &#187;, il est &#224; peu pr&#232;s certain qu'il pense uniquement au gouvernement des &#171; pouvoirs publics &#187;. Il se r&#233;f&#232;re &#224; la seule sph&#232;re politique telle qu'on l'entend habituellement et o&#249; les membres (ou certains membres) de la soci&#233;t&#233; agissent comme &#171; citoyens &#187;. Mais comme il ne le dit pas explicitement, et qu'il invoque un auto-gouvernement du peuple &#171; en g&#233;n&#233;ral &#187;, rien n'emp&#234;che d'en &#233;tendre la port&#233;e et d'affirmer que &#171; le peuple &#187; doive &#171; gouverner &#187; non seulement les pouvoirs publics, gouverner la sph&#232;re politique stricto sensu, mais aussi &#171; gouverner &#187; les autres (ou d'autres) composantes de son existence/activit&#233; sociale : travailler, consommer, &#234;tre usager de services publics, &#233;pargner, se cultiver, s'informer, &#234;tre partie prenante d'un &#233;cosyst&#232;me gravement fragilis&#233; etc. Et, pour ce faire, l'on peut argumenter que non seulement l'existence/activit&#233; sociale du &#171; peuple &#187; ne se limite pas &#224; &#234;tre citoyen, que &#171; le peuple &#187; est aussi travailleur, consommateur, usager, &#233;pargnant etc., mais, encore et mieux, que dans le travail, la consommation, l'usage des services publics, l'&#233;pargne, dans son rapport &#224; l'&#233;co-syst&#232;me etc. il est aussi citoyen parce que, l&#224; aussi, il y a de la politique et donc que, l&#224; aussi, il y a mati&#232;re &#224; auto-gouvernement, &#224; &#171; gouvernement du peuple, par le peuple &#187;. D&#232;s lors, toujours en termes lincolniens, la d&#233;mocratie pourrait se d&#233;finir comme le &#171; gouvernement par le peuple, pour le peuple des diff&#233;rentes composantes de son existence/activit&#233; sociale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3) Le sujet de la d&#233;mocratie selon Lincoln : qu'en est-il du &#171; peuple &#187; ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pouvons-nous faire n&#244;tre cette cat&#233;gorie ? Qui est ce &#171; peuple &#187; qui revient &#224; trois reprises dans sa tr&#232;s courte d&#233;finition ? Ce triplement du terme en constitue une des difficult&#233;s majeures. D'abord en raison de la polys&#233;mie du mot &#171; peuple &#187; : peuple &#171; ethnique &#187; d&#233;fini par des caract&#232;res culturels voire biologiques ? Peuple-nation d&#233;fini par la possession de la nationalit&#233; d'un Etat ? Peuple politique d&#233;fini par la citoyennet&#233; et l'appartenance &#224; un corps politique ? Peuple sociologique : &#171; classes populaires &#187; par opposition aux classes &#171; sup&#233;rieures &#187; ou &#171; dominantes &#187; ?. Selon que l'on choisit l'une ou l'autre de ces acceptions la d&#233;finition change totalement de signification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout : la coh&#233;rence et la force de la d&#233;finition lincolnienne sont suspendues &#224; la condition expresse que les trois occurrences du mot &#171; peuple &#187; d&#233;signent bien &#224; chaque fois la m&#234;me r&#233;alit&#233;. Il faut que le peuple de &#171; gouvernement du peuple &#187; (le peuple gouvern&#233;), le peuple de &#171; gouvernement par le peuple &#187; (le peuple gouvernant), le peuple de &#171; gouvernement pour le peuple &#187; (le peuple dont la satisfaction des int&#233;r&#234;ts est la finalit&#233; du gouvernement d&#233;mocratique), soient tous trois le m&#234;me peuple. Il faut qu'il y ait identit&#233; de ces trois peuples. Sinon, la d&#233;finition de Lincoln n'a plus aucun sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, qui peut bien &#234;tre ce m&#234;me peuple cens&#233; &#234;tre pr&#233;sent dans trois positions diff&#233;rentes ? Quel est son p&#233;rim&#232;tre ? Parmi les trois occurrences, deux sont facilement identifiables : le peuple gouvern&#233; et le peuple gouvernant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le peuple gouvern&#233; c'est l'ensemble des personnes vivant sous la juridiction d'un &#171; gouvernement &#187; donn&#233;. Par exemple l'ensemble des habitants d'un Etat : les &#171; nationaux &#187; (hommes, femmes, enfants) et les &#233;trangers r&#233;sidents, toutes classes et cat&#233;gories confondues. Le peuple gouvernant c'est l'ensemble des membres de la soci&#233;t&#233; qui sont admissibles au corps politique cens&#233; s'auto-gouverner, c'est-&#224;-dire l'ensemble de ceux qui sont reconnus aptes au titre de citoyen. La d&#233;finition lincolnienne pose incontestablement l'identit&#233; de ces deux peuples. Or, jamais ils n'ont co&#239;ncid&#233;. Une partie du premier a toujours &#233;t&#233; exclue du second. Outre l'exclusion universelle de ceux qui sont consid&#233;r&#233;s comme &#171; mineurs &#187;, une partie des adultes &#171; gouvern&#233;s &#187; a toujours &#233;t&#233; &#233;cart&#233;e du peuple gouvernant (en fait de la citoyennet&#233;). Si la composition du peuple gouvern&#233; est facilement rep&#233;rable et reste toujours d&#233;finie de la m&#234;me mani&#232;re, celle du peuple gouvernant n'est nullement donn&#233;e. Elle est parfaitement contingente, c'est-&#224;-dire d&#233;termin&#233;e par les al&#233;as de l'histoire de la soci&#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e, des luttes qui s'y d&#233;roulent, des rapports de force qui s'y succ&#232;dent etc. Contrairement &#224; ce que laisse croire la d&#233;finition lincolnienne il ne va aucunement de soi que peuple gouvern&#233; et peuple gouvernant co&#239;ncident. Au moment o&#249; Lincoln proposait sa d&#233;finition (1863), on peut supposer qu'il consid&#233;rait les &#201;tats- Unis comme une d&#233;mocratie, comme &#171; un gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple &#187; et pourtant ni les femmes, ni les &#233;trangers r&#233;sidents, ni les esclaves (au total, la majorit&#233; des gouvern&#233;s) n'appartenaient au peuple gouvernant. De m&#234;me, beaucoup d'entre nous consid&#232;rent l'Ath&#232;nes du Ve si&#232;cle avant notre &#232;re comme une d&#233;mocratie et vont m&#234;me y puiser une inspiration pour le pr&#233;sent (tirage au sort, proc&#233;dures de contr&#244;le par l'Assembl&#233;e du peuple des magistrats &#233;lus ou tir&#233;s ou sort ). Or, le gouvernement d'Ath&#232;nes &#233;tait tout sauf un &#171; gouvernement du peuple, par le peuple &#187;. L&#224; aussi, bien moins de la moiti&#233; du peuple gouvern&#233; &#233;tait admis au peuple gouvernant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui encore, et partout, demeure discut&#233;e la question de l'int&#233;gration des &#233;trangers r&#233;sidents dans la citoyennet&#233;, sous quelles formes et jusqu'&#224; quel point. Peu nombreux, y compris parmi les progressistes, sont ceux qui sont pr&#234;ts &#224; leur accorder la totalit&#233; des droits de citoyen. Jusques et y compris notre &#233;poque, peuple gouvern&#233; et peuple gouvernant ne co&#239;ncident pas et la formule de Lincoln qui pr&#233;sente comme une &#233;vidence un auto- gouvernement o&#249; tous les gouvern&#233;s seraient admis &#224; prendre part est trompeuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette non-co&#239;ncidence entre le peuple gouvern&#233; et le peuple gouvernant rend plus que probl&#233;matique l'identification du troisi&#232;me &#171; peuple &#187;, celui du &#171; gouvernement pour le peuple &#187;, celui dont le &#171; gouvernement &#187; aurait pour obligation de satisfaire les int&#233;r&#234;ts. Est-ce le peuple gouvern&#233; ? Est-ce seulement le peuple gouvernant ? A moins que le peuple gouvernant soit consid&#233;r&#233; comme seul juge de l'int&#233;r&#234;t de tous, gouvernants et gouvern&#233;s...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;finition de Lincoln n'est recevable et donc op&#233;rationnelle qu'&#224; condition d'&#234;tre capable de pr&#233;senter une figure du &#171; peuple &#187; en laquelle puisse co&#239;ncider peuple gouvern&#233; (toute la population sans distinction), peuple gouvernant et peuple comme comme collectivit&#233; rattachable &#224; un ou des int&#233;r&#234;ts commun(s). Or, il n'y a pas trente six mille mani&#232;res de construire un telle figure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est certain c'est que cette figure Lincoln ne la voit certainement pas dans le peuple au sens sociologique (les &#171; classes populaires &#187;, distinctes des classes &#171; sup&#233;rieures &#187;). Le peuple lincolnien ne peut &#234;tre la co&#239;ncidence des trois &#171; peuples &#187; qu'&#224; condition d'ignorer les classes, c'est-&#224;-dire de les englober toutes. Aussi, en est-il de m&#234;me, ipso facto, pour la d&#233;mocratie. En ne connaissant que &#171; le peuple &#187; (les trois &#171; peuples &#187; pos&#233;s comme le m&#234;me peuple) la d&#233;mocratie lincolnienne, se veut le &#171; gouvernement &#187; de toutes les classes par toutes les classes, pour (les int&#233;r&#234;ts de) toutes les classes. Telle est, je pense, la signification profonde de la formule dans l'esprit de son auteur. C'est ici qu'il va falloir se s&#233;parer de Lincoln.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4) La finalit&#233; de la d&#233;mocratie lincolnienne : le &#171; gouvernement &#187; d&#233;mocratique se distinguerait par le fait qu'il agit &#171; pour le peuple &#187;. &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#202;tre &#171; gouvernement pour le peuple &#187; serait la seule vis&#233;e l&#233;gitime du &#171; gouvernement par le peuple &#187; et, r&#233;ciproquement, le &#171; gouvernement par le peuple &#187; serait le seul moyen, le seul &#171; outil &#187; pouvant assurer un &#171; gouvernement pour le peuple &#187;. Ainsi, la formule de Lincoln voudrait nous convaincre que la d&#233;lib&#233;ration de tous conduit n&#233;cessairement &#224; d&#233;gager un int&#233;r&#234;t de tous et r&#233;ciproquement que pour d&#233;gager un int&#233;r&#234;t de tous il faut la d&#233;lib&#233;ration de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans et par la d&#233;lib&#233;ration commune sur un pied d'&#233;galit&#233; (dans la sph&#232;re du &#171; gouvernement &#187; d&#233;mocratique chacun ne compte que pour un et un seul, une personne = une voix) soit se ferait reconna&#238;tre soit se construirait, n&#233;cessairement, un int&#233;r&#234;t commun. La formule lincolnienne suppose (ou plut&#244;t pose) soit qu'il existerait d'embl&#233;e un int&#233;r&#234;t discernable du peuple entier et qui devrait &#234;tre la boussole guidant l'auto- gouvernement du peuple, soit, plus probablement, qu'il existerait une pluralit&#233; d'int&#233;r&#234;ts au sein du peuple, tous l&#233;gitimes (sous condition de conformit&#233; ou, au moins, de non contradiction, aux lois en vigueur), mais qu'il serait toujours possible de concilier (ou de fondre), via les m&#233;canismes d&#233;mocratiques, en un int&#233;r&#234;t commun dans lequel tous pourraient se reconna&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie n'&#233;tant alors rien d'autre que l'ensemble des proc&#233;dures de cette conciliation pacifique des int&#233;r&#234;ts (c'est aujourd'hui la d&#233;finition de la d&#233;mocratie par la doxa dominante). Cette conciliation, qui est le sens profond du &#171; pour le peuple &#187;, serait &#224; la fois la finalit&#233; de la d&#233;mocratie comme &#171; gouvernement &#187; (action de gouverner) et la raison d'&#234;tre de ses institutions&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne crois pas qu'ici &#224; Attac nous puissions nous rallier &#224; une telle conception. Pour nous, tous les int&#233;r&#234;ts ne sont pas l&#233;gitimes au sein du &#171; peuple &#187; et tous les int&#233;r&#234;ts n'y sont pas conciliables. Pourquoi cela ? Parce que, pour nous, dans notre monde tel qu'il est, les soci&#233;t&#233;s et les relations entre soci&#233;t&#233;s sont travers&#233;es de multiples rapports structurels de domination, d'in&#233;galit&#233;s et d'asym&#233;tries qui rendent impossible (ou trompeuse) cette conciliation et qui excluent que l'on puisse reconna&#238;tre comme l&#233;gitimes les int&#233;r&#234;ts des dominants (reconnaissance qui reviendrait &#224; admettre la l&#233;gitimit&#233; de la domination elle-m&#234;me)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus encore : nous voyons justement dans la d&#233;mocratie ce qui vient mettre fin &#224; de tels rapports de domination, &#224; de telles asym&#233;tries et in&#233;galit&#233;s, et nous voyons dans le combat d&#233;mocratique ce qui vient d&#233;l&#233;gitimer les int&#233;r&#234;ts des dominants. Nous voyons la d&#233;mocratie comme &#171; outil &#187; de la sortie de la domination, des in&#233;galit&#233;s et des asym&#233;tries et comme alternative &#224; elles. Sortie et alternative qui ne peuvent advenir que contre certains int&#233;r&#234;ts. En d'autres termes, nous postulons de fait que tout le monde n'a pas int&#233;r&#234;t &#224; la d&#233;mocratie. N'ont int&#233;r&#234;t &#224; la d&#233;mocratie que ceux qui subissent telle ou telle forme de domination et souhaitent s'en extraire. Cela n'a rien d'une opinion, c'est une r&#233;alit&#233; historique : il n'y a eu d&#233;mocratie que parce qu'il y avait de la domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus exactement il n'y a eu de d&#233;mocratie (et il ne continuera d'y avoir de d&#233;mocratie) que pour autant que des domin&#233;s ont voulu (et voudront) s'extraire de telle(s) ou telle(s) forme(s) de domination pour lui (leur) substituer des rapports fond&#233;s sur l'&#233;galit&#233;, l'universalit&#233;, l'autonomie individuelle et collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'a jamais vu les dominants &#234;tre les initiateurs des luttes d&#233;mocratiques, lesquelles ont toujours eu, et par d&#233;finition, telle ou telle forme de domination dans leur viseur. On n' a jamais vu telle ou telle cat&#233;gorie de dominants prendre la t&#234;te du combat contre leur propre forme de domination ! L'initiative est toujours venue &#171; d'en bas &#187;, de ceux qui subissaient dominations, in&#233;galit&#233;s, asym&#233;tries.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Constater ce lien constitutif entre d&#233;mocratie et lutte contre les dominations c'est, par l&#224;-m&#234;me, sortir de la d&#233;finition de Lincoln sur deux points essentiels et indissociables : la finalit&#233; de la d&#233;mocratie et son &#171; sujet &#187;. En d'autres termes, &#171; le peuple &#187; comme masse socialement indiff&#233;renci&#233;e ne peut plus &#234;tre ni l'acteur de la d&#233;mocratie ni son b&#233;n&#233;ficiaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais avant de traiter ces ceux points, il faut dire quelques mots de la signification historique de la &#171; d&#233;finition &#187; lincolnienne. Bien que couramment pos&#233;e comme une formule &#224; validit&#233; universelle et intemporelle elle est en r&#233;alit&#233; non seulement ins&#233;parable de l'histoire des soci&#233;t&#233;s occidentales du XIXe si&#232;cle mais encore une prise de position visant &#224; infl&#233;chir cette histoire dans un certain sens&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;5) La formule de Lincoln t&#233;moigne en r&#233;alit&#233; de la base sur laquelle s'est effectu&#233; le ralliement tardif (il faudrait mieux parler de captation) des classes dominantes, et en premier lieu de la bourgeoisie, au mot &#171; d&#233;mocratie &#187; dans la seconde moiti&#233; du XIXe si&#232;cle &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(sur ce ralliement en g&#233;n&#233;ral lire ou relire le livre de F. Dupuis-D&#233;ry D&#233;mocratie. Histoire politique d'un mot). Ce ralliement/captation s'est r&#233;alis&#233; sur l'id&#233;e que la d&#233;mocratie pouvait concilier et servir tous les int&#233;r&#234;ts y compris ceux de la bourgeoisie et autres &#171; classes dirigeantes &#187; et qu'elle constituait le type de gouvernement le plus apte &#224; satisfaire &#171; le peuple &#187; (tel qu'il est) dans son entier et donc en conservant, pour l'essentiel, la soci&#233;t&#233; dans son &#233;tat actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, pendant des d&#233;cennies cette m&#234;me bourgeoisie s'&#233;tait acharn&#233;e &#224; d&#233;fendre l'id&#233;e exactement inverse et &#224; d&#233;noncer dans la d&#233;mocratie l'instrument des classes populaires (dans sa bouche : &#171; la populace &#187;, &#171; la pl&#232;be &#187;, &#171; les basses classes &#187;) leur permettant d'assouvir leurs &#171; instincts &#187; (parler d'int&#233;r&#234;ts aurait &#233;t&#233; leur faire trop d'honneur !) : la d&#233;mocratie, si elle devait triompher, serait la &#171; tyrannie des pauvres &#187; et, &#233;tant donn&#233;es les &#171; tares &#187; dont sont nativement affect&#233;s ces derniers, elle conduirait purement et simplement &#224; la ruine de la civilisation et au retour de la barbarie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais certains repr&#233;sentants de cette bourgeoisie avaient, &#224; cette &#233;poque, reconnu le sens profond de la d&#233;mocratie, lequel n'avait rien &#224; voir avec celui que lui attribueront ses repr&#233;sentants des g&#233;n&#233;rations suivantes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il suffit de comparer &#224; la formule de Lincoln cette d&#233;finition de la d&#233;mocratie propos&#233;e en 1830 par Guizot, &#233;minent repr&#233;sentant de la bourgeoisie fran&#231;aise de la Monarchie de Juillet : &#171; La d&#233;mocratie nous appara&#238;t partout dans l'histoire comme une classe nombreuse, r&#233;duite &#224; une condition diff&#233;rente de celle des autres citoyens, qui lutte contre une aristocratie ou contre une tyrannie, pour conqu&#233;rir les droits qui lui manquent. C'est l&#224; le sens qui a &#233;t&#233; partout attach&#233; au mot d&#233;mocratie. &#187; [Guizot, discours &#224; la chambre des d&#233;put&#233;s 29 d&#233;cembre 1830]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On mesure la distance &#233;norme qui s&#233;pare d'un c&#244;t&#233; l'id&#233;e d'une d&#233;mocratie comme agir conflictuel (&#171; lutte &#187;) d'une &#171; classe &#187;, celle r&#233;duite &#224; une &#171; condition diff&#233;rente &#187; (bel euph&#233;misme !), contre la domination d'autres classes (par exemple une &#171; aristocratie &#187;) et pour la conqu&#234;te de ses &#171; droits &#187;, et de l'autre c&#244;t&#233; la d&#233;finition de la d&#233;mocratie comme gouvernement dans l'int&#233;r&#234;t du peuple entier, sans distinction de classes. S'il faut choisir entre Guizot et Lincoln, je choisis Guizot...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tocqueville appara&#238;t comme un des initiateurs de la transition de Guizot &#224; Lincoln, en ce qu'il appelle les &#171; hautes classes &#187; &#224; faire de la captation de la d&#233;mocratie le c&#339;ur m&#234;me de leur programme politique. Tout en voyant tr&#232;s bien dans la d&#233;mocratie un mouvement de fond traversant les soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes et nord-am&#233;ricaines, dirig&#233; contre les dominations et pour l'&#233;galit&#233;, il pense que ce mouvement est r&#233;cup&#233;rable. Aussi, pr&#233;sente-t-il dans l'introduction de son c&#233;l&#232;bre &#171; De la d&#233;mocratie en Am&#233;rique &#187; ce qui lui appara&#238;t comme le &#171; premier des devoirs &#187; des &#171; classes les plus puissantes, les plus intelligentes et les plus morales de la nation &#187; : non pas chercher &#224; &#171; d&#233;truire &#187; la d&#233;mocratie, &#224; &#171; vouloir [l'] arr&#234;ter [ &#187;le mouvement, dit-il, est d&#233;j&#224; assez fort pour qu'on ne puisse le suspendre&#171; ], mais &#224; &#187;l'instruire et [...] la corriger&#171; , &#224; &#187;r&#233;gler ses mouvements&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, &#224; la &#171; diriger &#187;. [La d&#233;mocratie en Am&#233;rique&#171; , t. 1, Garnier-Flammarion, 1981, p. 61-62]. Cet intense effort de r&#233;cup&#233;ration/captation s'accompagna de (et se traduisit par) un travail de red&#233;finition dont la formule de Lincoln peut appara&#238;tre comme un des aboutissements et dont le noyau fut la transformation compl&#232;te du &#187;sujet&#171; (&#224; la fois acteur et b&#233;n&#233;ficiaire) de la d&#233;mocratie : &#224; la &#187;classe nombreuse r&#233;duite &#224; une condition diff&#233;rente&#171; de Guizot on substitua &#187;le peuple&#171; , comme entit&#233; au-del&#224; des classes, les englobant toutes, et au sein duquel, bien s&#251;r, les &#187;classes les plus puissantes, les plus intelligentes et les plus morales de la nation&#171; , du fait m&#234;me de leur &#187;puissance&#171; , de leur &#187;intelligence&#171; et de leur &#187;moralit&#233;&#171; , auraient un r&#244;le &#187;d'orientation&#034; pr&#233;pond&#233;rant. Un si&#232;cle et demi plus tard, je crois que nous y sommes toujours...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;6) Si l'on admet ce que j'ai propos&#233; au point 4, la finalit&#233; de la d&#233;mocratie ne peut plus r&#233;sider dans le &#171; pour le peuple &#187; de Lincoln. &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette finalit&#233; doit consister dans ce que nous, altermondialistes, reconnaissons comme l'&#339;uvre (le &#171; travail &#187;) de la d&#233;mocratie : sortir des dominations par la construction de logiques et rapports sociaux alternatifs. Or, sortir de la domination, cela s'exprime par un mot : &#233;mancipation. S'&#233;manciper c'est s'extraire des dominations, des suj&#233;tions, des soumissions qui maintiennent dans &#171; l'&#233;tat de minorit&#233; &#187; (comme disait le p&#232;re Kant) et parvenir &#224; l'auto-gouvernement de soi-m&#234;me. &#201;tablir ce lien constitutif entre d&#233;mocratie et &#233;mancipation c'est poser le caract&#232;re nativement conflictuel de la d&#233;mocratie : elle est toujours promotion en acte de certains &#171; int&#233;r&#234;ts &#187; (ceux de qui cherche &#224; s'&#233;manciper de telle ou telle forme de domination) contre d'autres (ceux des dominants). Nous ne pouvons pas reconna&#238;tre la finalit&#233; de la d&#233;mocratie l&#224; o&#249; Lincoln la voyait : dans la d&#233;couverte ou la construction d'un &#171; int&#233;r&#234;t &#187; de tout le peuple (&#171; gouverner pour le peuple &#187;), dominants et domin&#233;s confondus. Le &#171; gouvernement &#187; d&#233;mocratique (comme agir et comme institution), c'est celui qui, comme agir, vise &#224; organise telle(s) ou telle(s) composante(s) de l'existence sociale hors rapports de domination et qui, comme institution, cherche &#224; s'organiser lui-m&#234;me, autant qu'il est possible, hors de tels rapports.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;7) Le &#171; sujet &#187; de la d&#233;mocratie est ins&#233;parable de la finalit&#233; : si cette derni&#232;re est l'&#233;mancipation, il est n&#233;cessairement l'ensemble de ceux qui cherchent &#224; s'&#233;manciper et &#224; faire reculer ou dispara&#238;tre les logiques et rapports sociaux qui y font obstacle. &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ceux-l&#224;, je propose de les rassembler sous le nom de &#171; sans pouvoir(s) &#187; en ce qu'ils sont priv&#233;s ou faiblement pourvus des leviers leur permettant de d&#233;terminer les conditions r&#233;gissant leur existence/activit&#233; sociale. Ces leviers prenant la forme, dans les soci&#233;t&#233;s actuelles, de divers types de pouvoirs sociaux concentr&#233;s entre les mains de groupes le souvent tr&#232;s minoritaires (mais pas toujours). Pouvoirs sociaux ayant pour noms (entres autres) : richesse, propri&#233;t&#233;, naissance, capital, savoir, droits r&#233;serv&#233;s (privil&#232;ges), monopoles de fait ou de droit etc. Leur d&#233;tenteurs peuvent ou ont pu s'appeler (ou &#234;tre appel&#233;s) capitalistes, hommes (humains de genre masculin), apparatchiks, politiciens, m&#233;diacrates, 1%, oligarques, bureaucrates, mandarins, technocrates, &#171; Blancs &#187;, Occidentaux, colonisateurs...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux &#171; sans-pouvoir(s) &#187; luttant pour leur &#233;mancipation ils ont (et ont eu) des visages et appellations divers : ouvriers, salari&#233;s , prol&#233;taires, femmes, &#171; exclus &#187;, immigr&#233;s, &#171; Noirs &#187;, peuple (classes populaires), peuple (par opposition &#224; &#171; &#233;lites &#187; ou &#224; gouvernants), peuples colonis&#233;s, 99%, indig&#232;nes, post-colonis&#233;s...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;8) Alors, au bout du compte, quelle d&#233;finition ?
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je pars de ce que j'ai retenu et de ce que j'ai rejet&#233; de la formule de Lincoln :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je reprends le caract&#232;re d'agir de la d&#233;mocratie tr&#232;s bien rendu par le terme de &#171; gouvernement &#187; (au sens d'action de gouverner).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je le reprends avec les deux composantes de tout agir : une finalit&#233; (l'&#233;mancipation) et des &#171; outils &#187; appropri&#233;s &#224; la finalit&#233; (en l'occurrence des institution et proc&#233;dures de &#171; gouvernement &#187; qui soient &#224; la fois des instruments et des r&#233;alisations de l'&#233;mancipation).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je le reprends en en &#233;tendant le champ d'action mot &#171; gouvernement &#187; &#224; toutes les composantes de l'existence/activit&#233; sociale, pas seulement &#224; celui des &#171; pouvoirs publics &#187; (voir le point 2 ci-dessus).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je d&#233;signe un &#171; sujet &#187; : les &#171; sans-pouvoir(s) &#187; qui conqui&#232;rent, organisent, exercent leur auto-&#233;mancipation au moyen du &#171; gouvernement &#187; (ou mieux de l'auto-gouvernement) de leur existence/activit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de ces &#233;l&#233;ments on pourrait b&#226;tir une &#171; d&#233;finition &#187; du genre de celle- ci : &#171; la d&#233;mocratie est la conqu&#234;te, l'organisation, l'exercice par les &#187;sans- pouvoirs&#171; de leur &#233;mancipation &#224; travers la conqu&#234;te, l'organisation, l'exercice de leur auto-gouvernement des diff&#233;rentes composantes de leur existence/activit&#233; sociale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ou, plus simplement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; La d&#233;mocratie est l'&#233;mancipation des &#187;sans pouvoir(s)&#171; dans et par leur auto-gouvernement des diff&#233;rentes composantes de leur existence/activit&#233; sociale &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans et par &#187; signifiant que cet auto-gouvernement est (doit &#234;tre) en lui- m&#234;me, par son organisation et ses institutions, une r&#233;alisation de l'&#233;mancipation et que, par les possibilit&#233;s et les moyens qu'il offre, par les d&#233;cisions qu'il permet de prendre, il est &#171; l'outil &#187; de cette &#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suivre l'inspiration lincolnienne contenue dans le terme &#171; gouvernement &#187; entendu comme &#171; action de gouverner &#187;, cela permet de d&#233;finir la d&#233;mocratie comme un agir et non pas comme une &#171; forme &#187; : une certaine &#171; forme &#187; de soci&#233;t&#233; ou une certaine &#171; forme &#187; de r&#233;gime politique. Toute d&#233;finition en termes de &#171; forme &#187; ayant l'inconv&#233;nient majeur, &#224; mon sens, de renvoyer la notion de d&#233;mocratie uniquement &#224; des institutions (&#224; de l'institu&#233;) sans r&#233;f&#233;rence &#224; une finalit&#233; (qui renvoie, elle, &#224; de l'instituant).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;finir la d&#233;mocratie par un agir c'est la d&#233;finir par ce qu'elle fait et comment elle le fait, c'est la d&#233;finir par le tenir ensemble d'une finalit&#233; et des &#171; outils &#187; et moyens appropri&#233;s &#224; l'atteindre (voir ci-dessus le point 1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, les deux propositions de d&#233;finition que je viens de pr&#233;senter (surtout la deuxi&#232;me) ne sont pas encore satisfaisantes. Elles pr&#233;sentent un grave d&#233;faut, qu'elles partagent d'ailleurs avec toutes les d&#233;finitions en termes de &#171; forme &#187; (forme de soci&#233;t&#233; ou de r&#233;gime politique) : elle d&#233;finissent la d&#233;mocratie comme r&#233;alit&#233; possiblement auto-suffisante, ind&#233;pendante de tout le reste, comme d&#233;gag&#233;e de tout environnement et tout contexte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme si la d&#233;mocratie pouvait un jour devenir la seule force structurante de la soci&#233;t&#233;. Dans les deux variantes de &#171; d&#233;finition &#187; que je viens de proposer, la d&#233;mocratie est pos&#233;e comme possiblement seule au monde, de m&#234;me que ses acteurs et sa finalit&#233;. Comme s'il pouvait arriver que les &#171; sans pouvoir(s) &#187; soient et demeurent seuls int&#233;ress&#233;s au &#171; gouvernement &#187; de la soci&#233;t&#233;, comme si l'&#233;mancipation des &#171; sans pouvoir(s) &#187; pouvaient &#234;tre et demeurer la seule finalit&#233; possible du &#171; gouvernement &#187; de telle ou telle sph&#232;re de la soci&#233;t&#233; ou de la soci&#233;t&#233; enti&#232;re. Comme si les logiques et rapports d&#233;mocratiques pouvaient devenir et demeurer les seuls &#224; pr&#233;tendre r&#233;gir les institutions du &#171; gouvernement &#187;. Elles laissent &#233;galement croire que la finalit&#233; de la d&#233;mocratie, les &#171; outils &#187; destin&#233;s &#224; la r&#233;aliser et son &#171; sujet &#187; marchent toujours et n&#233;cessairement de concert, que leur &#171; tenir ensemble &#187; est non probl&#233;matique et acquis une fois pout toutes. Comme si, par exemple, les proc&#233;dures et institutions d&#233;mocratiques ne pouvaient jamais &#234;tre &#171; arraisonn&#233;es &#187;, capt&#233;es, d&#233;tourn&#233;es, par des forces politiques et sociales dont l'&#233;mancipation des &#171; sans-pouvoir(s) &#187; n'est pas vraiment la vis&#233;e. Comme si du non ou de l'anti-d&#233;mocratique ne pouvait jamais venir s'immiscer dans le d&#233;mocratique. Ou comme si les &#171; sans pouvoir(s) &#187; demeuraient, dans leurs choix et attitudes politiques, partout et toujours m&#251;s par la vis&#233;e d'auto-&#233;mancipation. Bref, elles ignorent les conditions r&#233;elles dans lesquelles vit et &#233;volue la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est une chose que nous ont appris les deux derniers si&#232;cles de luttes et conqu&#234;tes d&#233;mocratiques et de tentatives de transformation sociale c'est qu'il n'existera jamais de soci&#233;t&#233; o&#249; la d&#233;mocratie demeurera seule en lice pour donner forme aux rapports sociaux. Le mode d'existence inh&#233;rent &#224; la d&#233;mocratie, c'est la conflictualit&#233;. La d&#233;mocratie, par ses logiques &#233;galitaires/universalistes, s'attaque n&#233;cessairement &#224; des int&#233;r&#234;ts, des positions, des privil&#232;ges, des monopoles etc. Elle est cens&#233;e y mettre fin et rendre impossible leur r&#233;apparition ou bien la constitution de nouvelles formes de domination. Mais, tout aussi n&#233;cessairement, cela lui vaut en retour d'&#234;tre constamment attaqu&#233;e de mille et mille mani&#232;res, sous mille et mille formes, &#224; visage d&#233;couvert ou, plus souvent, subrepticement. Le mode d'existence de la d&#233;mocratie c'est d'&#234;tre toujours mise en question, d'&#234;tre en permanence confront&#233;e &#224; ce qui la nie, &#224; ce qui cherche &#224; la travestir ou &#224; l'amoindrir ou &#224; la d&#233;tourner vers des fins autres que les siennes. Partout et toujours des formes de domination, d'in&#233;galit&#233;, d'asym&#233;trie non seulement sont susceptibles de na&#238;tre ou rena&#238;tre mais naissent et renaissent effectivement. La d&#233;mocratie vit et vivra toujours au milieu de son d&#233;ni, au milieu de ce qui la contredit et elle doit et devra toujours composer avec son (ses) contraire(s), est et sera toujours, de quelque mani&#232;re, contrainte, d'en &#171; accueillir &#187; certains &#233;l&#233;ments, certaines manifestations y compris dans les champs sociaux o&#249; ses propres logiques ont ou auront le plus gagn&#233; en intensit&#233;. Bref, elle est et sera toujours contest&#233;e, incompl&#232;te et &#171; impure &#187;. Aussi, la condition de son effectivit&#233;, &#224; savoir la co&#239;ncidence, le &#171; marcher ensemble &#187; de sa finalit&#233;, de ses moyens, de son (ses) sujet(s) appara&#238;t-elle toujours probl&#233;matique, fragile et susceptible de remise en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors qu'il semble impossible de concevoir la d&#233;mocratie comme une r&#233;alit&#233; solidement, clairement, d&#233;finitivement &#233;tablie, totalement isolable d'autres r&#233;alit&#233;s qu'elle conteste et qui la contestent, et encore moins comme une r&#233;alit&#233; capable de couvrir &#224; elle seule, et une fois pour toutes, la totalit&#233; du champ du social, on ne peut plus en donner une d&#233;finition du type : &#171; la d&#233;mocratie est ceci ou cela &#187;, une d&#233;finition qui en fasse une r&#233;alit&#233; en soi, ind&#233;pendante et stable. Si l'on admet que le mode d'existence &#171; normal &#187; de la d&#233;mocratie est la confrontation avec ce qui la nie, la cohabitation conflictuelle avec (et le risque permanent de colonisation par) ses contraires, je pense qu'il faut se ranger &#224; l'id&#233;e d'une &#171; d&#233;finition &#187; du type &#171; il y a d&#233;mocratie &#224; chaque fois que telles conditions sont r&#233;unies &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, il faut se rallier &#224; l'id&#233;e d'une &#171; d&#233;finition &#187; consid&#233;rant la d&#233;mocratie comme une situation. Comme une certaine configuration o&#249; la concordance (le &#171; tenir ensemble &#187;) de la finalit&#233;, des moyens, du sujet qui assure l'effectivit&#233; de la d&#233;mocratie est, sinon parfaitement r&#233;alis&#233;e, du moins nettement mieux &#233;tablie qu'en d'autres conjonctures. Mais configuration dont, d'une part, il n'est aucunement certain qu'elle puisse se produire simultan&#233;ment dans l'ensemble des sph&#232;res de la soci&#233;t&#233; et dont, d'autre part, la p&#233;rennit&#233; n'est nullement assur&#233;e, tant les rapports entre le nouveau (toujours fragile) et l'ancien (jamais d&#233;finitivement mort) sont toujours mouvants dans une soci&#233;t&#233; (ou un secteur de soci&#233;t&#233;) en transformation et tant l'ancien est toujours susceptible de se reconstituer sous des formes in&#233;dites au sein m&#234;me du nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; d&#233;finition &#187; de la d&#233;mocratie en termes de situation, je la formule ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a d&#233;mocratie &#224; chaque fois que les/des &#171; sans-pouvoir(s) &#187;r&#233;ussissent &#224; faire pr&#233;valoir leur vis&#233;e d'&#233;mancipation dans et par le gouvernement de telle(s) ou telle(s) composante(s) de leur existence/activit&#233; sociale : travailler, &#234;tre membre d'un corps politique local, national, supranational, &#234;tre usager de services publics, consommer, &#233;pargner, &#234;tre partie prenante d'un &#233;co- syst&#232;me gravement fragilis&#233;, informer/s'informer, se cultiver etc.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ernesto Laclau (1935-2014), arpenteur passionn&#233; du politique</title>
		<link>https://blogs.attac.org/commission-democratie/fondamentaux-de-la-democratie/article/ernesto-laclau-1935-2014-arpenteur-passionne-du-politique</link>
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		<dc:date>2014-06-30T18:03:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fabrice Flipo</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Engag&#233; dans les d&#233;bats de son temps, E. Laclau aura marqu&#233; la pens&#233;e politique au XXe si&#232;cle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sa mort soudaine &#224; S&#233;ville en avril nous prive d'une intelligence claire et d&#233;vou&#233;e &#224; la cause des plus d&#233;munis. Argentin de naissance, E. Laclau a relev&#233; le d&#233;fi de penser une politique pour le temps pr&#233;sent &#224; partir de Marx, des ma&#238;tres de la French theory, Althusser, Lacan, Foucault et Derrida, de l'histoire de la politique latino-am&#233;ricaine et des injonctions de l'actualit&#233;. Auteur d'une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://blogs.attac.org/commission-democratie/fondamentaux-de-la-democratie/" rel="directory"&gt;Fondamentaux de la d&#233;mocratie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Engag&#233; dans les d&#233;bats de son temps, E. Laclau aura marqu&#233; la pens&#233;e politique au XXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa mort soudaine &#224; S&#233;ville en avril nous prive d'une intelligence claire et d&#233;vou&#233;e &#224; la cause des plus d&#233;munis. Argentin de naissance, E. Laclau a relev&#233; le d&#233;fi de penser une politique pour le temps pr&#233;sent &#224; partir de Marx, des ma&#238;tres de la &lt;i&gt;French theory&lt;/i&gt;, Althusser, Lacan, Foucault et Derrida, de l'histoire de la politique latino-am&#233;ricaine et des injonctions de l'actualit&#233;. Auteur d'une analyse remarquable de la politique latino-am&#233;ricaine &#224; l'aide du concept gramscien d'h&#233;g&#233;monie, E. Laclau a propos&#233; une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale des identit&#233;s et des subjectivit&#233;s politiques, avec l'ambition de refonder la question de l'&#233;mancipation. &#192; cheval entre philosophie, linguistique, psychanalyse et sciences sociales, cette th&#233;orie g&#233;n&#233;rale &#233;tait charg&#233;e de r&#233;pondre &#224; une interpellation pressante de l'actualit&#233; : quels m&#233;canismes de formation d'une subjectivit&#233; politique peut-on identifier &#224; une &#233;poque de fragmentation des identit&#233;s sociales, de d&#233;placement des id&#233;ologies, de dislocation du sujet ouvrier, porteur du conflit de classes ? L'&#233;mancipation &#233;tait la perspective directrice de ce questionnement. Repens&#233;e &#224; partir du programme progressiste des populismes latino-am&#233;ricains &#171; classiques &#187; (en particulier le p&#233;ronisme) et contemporains (&#224; partir de la &#171; r&#233;volution bolivarienne &#187; au Venezuela), elle irriguait le projet d'une d&#233;mocratie radicale oppos&#233;e au n&#233;olib&#233;ralisme triomphant des ann&#233;es 1980. C'est &#224; ce programme de recherche, entre th&#233;orie et engagement, qu'Ernesto Laclau a initi&#233; avec Chantal Mouffe plusieurs g&#233;n&#233;rations de chercheurs au &lt;i&gt;Centre for Theoretical Studies in the Humanities and Social Sciences&lt;/i&gt; de l'Universit&#233; d'Essex (UK).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Programme doublement f&#233;cond : d'abord pour la philosophie critique, ensuite pour les sciences sociales en qu&#234;te de nouveaux prismes d'analyse pour probl&#233;matiser le politique. Le projet de Laclau rejoint le programme de la philosophie politique apr&#232;s Marx, mais essaie d'en d&#233;passer les apories. La principale difficult&#233; du mat&#233;rialisme dialectique de Marx demeure de pouvoir identifier le moment de la subjectivit&#233;, en tant qu'il est le moteur de l'action politique : casse-t&#234;te th&#233;orique souvent r&#233;duit abusivement au probl&#232;me de la &#171; conscience de classe &#187; auquel Laclau a r&#233;pondu brillamment en proposant une analyse de la mani&#232;re dont des subjectivit&#233;s h&#233;t&#233;rog&#232;nes peuvent s'unir et faire peuple, de mani&#232;re radicalement contingente, au travers notamment de ce qu'il a appel&#233; des &#171; cha&#238;nes d'&#233;quivalence &#187;, qui agr&#232;gent les revendications entre elles. Dans cette approche l'&#233;conomique n'est pas gomm&#233; mais il se trouve articul&#233; &#224; d'autres dimensions de la domination, telles que la racialisation ou le genre. Le marxisme peut trouver ici un nouvel &#233;lan, all&#233;g&#233; de son &#233;conomisme, sans que pour autant la dimension &#233;conomique ne soit &#233;vacu&#233;e de l'analyse. Il redevient une machine de guerre pour questionner la philosophie politique et ouvrir des alternatives politiques &#224; l'aune des m&#233;canismes sociaux observables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce double apport, pour la philosophie et les sciences sociales, qu'il faudra retenir pour P&lt;i&gt;olitics and Ideology in Marxist Theory&lt;/i&gt; (1977), &lt;i&gt;Hegemony and Socialist Strategy&lt;/i&gt; (co-&#233;crit avec C. Mouffe en 1985, traduit en fran&#231;ais en 2009) et &lt;i&gt;On Populist Reason&lt;/i&gt; (&#233;crit en 2005, traduit en fran&#231;ais en 2008).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soulignons encore que Laclau, avec Chantal Mouffe, a notamment contribu&#233; &#224; refonder les notions de &#171; populisme &#187; et &#171; d'h&#233;g&#233;monie &#187;. Alors que le premier est souvent utilis&#233; comme anath&#232;me, d&#233;signant l'attitude d'hommes ou de femmes politiques instrumentalisant le soutien populaire pour parvenir &#224; leurs propres fins, Laclau a soulign&#233; que cette condamnation faisait aussi le jeu de politiques qui se d&#233;sint&#233;ressent du peuple, estimant en creux qu'il n'a pas les comp&#233;tences n&#233;cessaires pour &#233;mettre des opinions pertinentes sur son propre destin. La d&#233;nonciation du populisme devient ainsi un outil permettant de vider la politique de son contenu conflictuel, nourrissant une &lt;i&gt;haine de la d&#233;mocratie&lt;/i&gt; : &#224; savoir l'id&#233;al d'un gouvernement des &#233;lites. Le peuple, et ses manifestations (revendications etc.), se retrouve alors consid&#233;r&#233; comme &#233;tant en &#233;tat de minorit&#233;, ayant besoin de la tutelle des autorit&#233;s pour pouvoir s'organiser. Laclau a soutenu au contraire qu'une politique d&#233;mocratique ne peut pas se passer d'une forme de &#171; populisme &#187; qui consiste &#224; articuler les &#171; demandes sociales &#187; et m&#234;me plus g&#233;n&#233;ralement que le peuple en tant qu'entit&#233; politique instituante n'existe que dans ces moments de reconfiguration des institutions, ce que ces derni&#232;res sont incapables d'accomplir de leur propre fait, &#233;tant prises dans leur propre inertie. L'acte de nomination en particulier fait &#233;merger de nouvelles totalisations et par la suite de nouveaux arrangements institutionnels. Un tel mouvement n'est pas seulement rh&#233;torique, il reconfigure l'espace symbolique et social. Si Laclau reprend &#224; Gramsci son concept &#171; d'h&#233;g&#233;monie &#187;, qui d&#233;signe la capacit&#233; qu'ont les groupes dominants d'obtenir des masses qu'elles agissent conform&#233;ment &#224; leur volont&#233;, par toutes sortes de moyens (contr&#244;le du cadre symbolique etc.), il l'extrait du cadre strict de la lutte des classes, dans laquelle s'affrontent deux identit&#233;s, pour le g&#233;n&#233;raliser &#224; tout type d'articulation entre le tout et la partie. L'h&#233;g&#233;monie devient ainsi le moment au cours duquel une particularit&#233; sociale ou symbolique prend une dimension universelle et politique (&lt;i&gt;La raison populiste&lt;/i&gt;, p. 89). Pour qu'une relation h&#233;g&#233;monique devienne possible, il faut qu'une &#171; force sociale particuli&#232;re assume la repr&#233;sentation d'une totalit&#233; qui lui est radicalement incommensurable &#187; (&lt;i&gt;H&#233;g&#233;monie et strat&#233;gie socialiste&lt;/i&gt;, p. 22). Les r&#233;f&#233;rences &#224; Sartre, Serge Moscovici (&lt;i&gt;Psychologie des minorit&#233;s actives&lt;/i&gt;, 1979) et Jacques Lacan permettent de situer ce passage. Un r&#244;le privil&#233;gi&#233; est d&#233;volu, dans le processus de construction d'une nouvelle h&#233;g&#233;monie, aux &#171; signifiants flottants &#187; (comme le &#171; peuple &#187; ou la &#171; nation &#187;) : ceux-ci h&#233;bergent des investissements affectifs dont l'irruption contingente cherche &#224; instituer de nouvelles formes d'organisation sociale, en scindant temporairement le champ social en deux camps oppos&#233;s et antagoniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apport de Laclau &#224; la pens&#233;e politique est riche, par ailleurs, de qualit&#233;s intellectuelles et &#233;thiques auxquelles la philosophie et les sciences sociales auraient tout int&#233;r&#234;t &#224; se mesurer : le courage de construire des th&#233;ories politiques d'ensemble, o&#249; les th&#233;ories &#224; &#171; moyenne port&#233;e &#187; et la &#171; grande th&#233;orie &#187;, la microphysique et la macrophysique de la politique, sont toujours embo&#238;t&#233;es contre le consensus dominant ; le mariage d'un geste d&#233;constructif et d'une intention constructive dans une perspective rigoureusement dialectique ; l'articulation exigeante entre th&#233;orisation et recherche empirique, dans une vis&#233;e interdisciplinaire o&#249; la philosophie c&#244;toie les &lt;i&gt;cultural&lt;/i&gt;, les &lt;i&gt;postcolonial&lt;/i&gt;, les &lt;i&gt;gender&lt;/i&gt; et les &lt;i&gt;subaltern studies&lt;/i&gt;, o&#249; Foucault, Marx et Derrida sont mesur&#233;s &#224; la politique contemporaine, en Am&#233;rique latine ou ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici autant de raisons pour lesquelles la philosophie et les sciences sociales doivent se souvenir d'Ernesto Laclau.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#192; propos de la conf&#233;rence d'&#201;tienne Chouard annul&#233;e et de l'antifascisme</title>
		<link>https://blogs.attac.org/commission-democratie/fondamentaux-de-la-democratie/article/a-propos-de-la-conference-d-etienne-chouard-annulee-et-de-l-antifascisme</link>
		<guid isPermaLink="true">https://blogs.attac.org/commission-democratie/fondamentaux-de-la-democratie/article/a-propos-de-la-conference-d-etienne-chouard-annulee-et-de-l-antifascisme</guid>
		<dc:date>2012-10-29T16:56:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Attac Besan&#231;on</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#192; partir d'une situation pr&#233;cise, dont la r&#233;solution est laiss&#233;e volontairement en suspens, une analyse tr&#232;s pouss&#233;e de pratiques intellectuelles et politiquement inacceptables (pens&#233;e par amalgame, etc.) ; l'utilit&#233; du d&#233;bat avec les adversaires politiques (entente partielle, etc.) est &#233;galement abord&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt; Par manque de temps et par prudence, nous avons annul&#233; la venue d'Etienne Chouard. &lt;br class='autobr' /&gt;
Attac Besan&#231;on a d&#233;cid&#233; de mani&#232;re consensuelle, courant octobre, de ne pas inviter Etienne Chouard (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://blogs.attac.org/commission-democratie/fondamentaux-de-la-democratie/" rel="directory"&gt;Fondamentaux de la d&#233;mocratie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; partir d'une situation pr&#233;cise, dont la r&#233;solution est laiss&#233;e volontairement en suspens, une analyse tr&#232;s pouss&#233;e de pratiques intellectuelles et politiquement inacceptables (pens&#233;e par amalgame, etc.) ; l'utilit&#233; du d&#233;bat avec les adversaires politiques (entente partielle, etc.) est &#233;galement abord&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par manque de temps et par prudence, nous avons annul&#233; la venue d'Etienne Chouard. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attac Besan&#231;on a d&#233;cid&#233; de mani&#232;re consensuelle, courant octobre, de ne pas inviter Etienne Chouard lors d'une conf&#233;rence sur la d&#233;mocratie organis&#233;e dans le cadre du Festiv'Attac des 27 et 28 Octobre 2012 &#224; Besan&#231;on. En effet, une pol&#233;mique importante s'&#233;tait d&#233;velopp&#233;e au sein du collectif antifasciste de Besan&#231;on (CAB) et certains groupes anarchistes, concernant le fait qu'Etienne Chouard d&#233;fendrait des id&#233;es d'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons rien lu actuellement qui permettraient d'affirmer de telles all&#233;gations, mais nous ne pouvons non plus affirmer avec certitude le contraire. Le temps s'av&#232;re trop court, pour nous permettre &#224; la fois de v&#233;rifier, si ces affirmations sont des faits ou des rumeurs avant le Festiv-attac et dans le cas o&#249; ces all&#233;gations s'av&#233;reraient exactes, d'organiser ensuite la conf&#233;rence avec un autre intervenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, afin de ne pas entra&#238;ner des divisions inutiles, au sein du mouvement social de la gauche bisontine, nous pr&#233;f&#233;rons ne pas inviter Chouard, tant que nous ne serons pas certains de son positionnement politique. Nous d&#233;cidons donc de prendre le temps d'examiner, plus profond&#233;ment le positionnement politique global d'Etienne Chouard, au-del&#224; de ses prises de position connues contre le TCE (trait&#233; constitutionnel Europ&#233;en) en 2005, contre les d&#233;rives des banques en mati&#232;re de privatisation de la cr&#233;ation mon&#233;taire et pour la d&#233;mocratie par le tirage au sort. Il se d&#233;clare par ailleurs libertaire et antifasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attac Besan&#231;on est une association anti-capitaliste et anti-fasciste et d&#233;nonce aussi toutes chasses aux sorci&#232;res, amalgames et rumeurs. Enfin Attac d&#233;fend le droit de la libert&#233; d'expression et de manifester, l'opposant &#224; toute culture de la violence par la police, les fascistes, mais aussi lorsqu'elle est le fait de certains mouvements de gauche qui revendiquent l'usage r&#233;gulier de cette violence. Plusieurs individus et groupes ont menac&#233; de commettre des actions violentes contre la venue d'Etienne Chouard par mails ou sur des sites Internet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combattre l'extr&#234;me droite et le fascisme des militants de base ou des &#233;lites est non seulement honorable, mais n&#233;cessaire pour les partisans de la libert&#233;, de l'anticapitalisme et de la d&#233;mocratie r&#233;elle. Cependant, pour &#234;tre efficace, cr&#233;dible et juste nos actions doivent &#234;tre fond&#233;es sur une analyse faisant preuve de discernement et utiliser des actions non violentes en ad&#233;quation avec nos buts. Sinon nous sombrerons dans ce que nous d&#233;non&#231;ons : la fin justifiant les moyens pareils &#224; ces r&#233;gimes totalitaires fascistes et sovi&#233;tiques pour qui la fin justifiait les moyens par l'usage institutionnalis&#233; de la violence de la rumeur et de la terreur comme arme politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne voulons pas diviser le mouvement social bisontin et cette situation d'opposition, contre la venue d'un conf&#233;rencier invit&#233; par Attac Besan&#231;on est une premi&#232;re, qui survient d'ailleurs suite &#224; la cr&#233;ation du collectif antifasciste en juin 2012. Compte tenu que c'est la premi&#232;re fois nous pr&#233;f&#233;rons botter en touche. Cependant, compte tenu, que nous n'estimons que les analyses de ses opposants &#224; la venue de Chouard sont excessives et que nous n'appr&#233;cions pas non plus les m&#233;thodes utilis&#233;es, nous pr&#233;cisons que si ce type de situation se reproduisait, nous ne d&#233;programmerions pas une nouvelle fois un conf&#233;rencier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous souhaitons &#224; pr&#233;sent utiliser cette situation de tension, afin de tenter d'en tirer quelques le&#231;ons. En effet, des attaques contre la r&#233;putation de certains leaders et intellectuels de gauche en France et dans le monde sont r&#233;guli&#232;res. C'est pourquoi nous allons &#224; pr&#233;sent d&#233;velopper quelques analyses sur les dangers du manque de discernement, du mode de r&#233;flexion par amalgame, des rumeurs et de la culture de la violence.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Etienne Chouard d&#233;fend la d&#233;mocratie, mais est-il d'extr&#234;me droite ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons pas pu trouver nous-m&#234;mes, ni personne parmi les membres du CAB (Collectif antifascite Bisontin) qui aient pu nous soumettre des d&#233;clarations &#233;crites ou des textes r&#233;dig&#233;s par Chouard lui m&#234;me, &lt;br class='autobr' /&gt;
permettant d'affirmer qu'il d&#233;fende des id&#233;es d'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'inverse, sur son site, il affirme &#234;tre libertaire et antifasciste et d&#233;clare : &#171; La vision que j'ai de la soci&#233;t&#233;, qui est radicalement d&#233;mocratique (au sens strict et honn&#234;te du terme, et pas au sens &#034;moderne&#034; d&#233;voy&#233; par les &#233;lus) est diam&#233;tralement oppos&#233;e &#224; celle de l'extr&#234;me droite : JE NE VEUX PAS DE CHEF (c'est d'extr&#234;me droite, &#231;a ? &#187;, &#171; je d&#233;fends l'is&#233;goria, droit de parole publique pour tous, &#224; tout moment et &#224; tout propos&#8230; &#171; je suis &#233;videmment pour l'&#233;galit&#233; politique et sociale entre les hommes et les femmes ; mais je ne consid&#232;re pas ceux qui pensent le contraire comme des ennemis &#187; [1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voila donc, ce que nous savons du positionnement de Chouard par lui-m&#234;me. Il y a des milliers de ses textes sur diff&#233;rents sites d'extr&#234;me droite, jusqu'&#224; l'extr&#234;me gauche. Ce qui conduit certains de ses d&#233;tracteurs &#224; affirmer qu'il est fasciste, car certains de ses textes sont sur des sites d'extr&#234;me droite. Or, ils ont &#233;t&#233; copi&#233;s par ces derniers sur le site de Chouard. Mais il est &#233;vident, que compte tenu du nombre de ces textes, qui sont r&#233;pliqu&#233;s par centaines, ce n'est pas lui qui &#224; demander et donner son accord pour qu'ils soient publi&#233;s. De plus, ceux qui &#233;crivent sur Internet, savent bien qu'il ne suffit pas de demander qu'on retire un texte d'un site pour que ce soit fait. D'ailleurs les &#233;crits de Marx, de Proudhon, d'auteurs &#233;cologistes de gauche, sont parfois aussi utilis&#233;s par l'extr&#234;me droite et publi&#233; sur le site. Par cons&#233;quent, affirmer qu'il est d'extr&#234;me droite, &#224; partir de ses &#233;crits se retrouvant sur des sites d'extr&#234;me droite, ne suffit pas et rel&#232;ve de la pens&#233;e par amalgame.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Etienne Chouard est-il un id&#233;aliste, un na&#239;f ou un manipulateur en politique ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Chouard prend une posture id&#233;aliste, il estime que la parole, la v&#233;rit&#233;, doit pouvoir &#234;tre diffus&#233;e partout, sans entrave, que le dialogue doit se faire avec tous, pour parvenir &#224; transformer les consciences, m&#234;me de ces opposants. Il accepte donc les invitations &#224; d&#233;battre faites par des individus et des groupes de toutes les tendances politiques, de gauche comme de droite, voir d'extr&#234;me droite et d'extr&#234;me gauche. En ce sens on pourrait affirmer qu'il est un d&#233;mocrate id&#233;aliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne, son mode d'argumentation intellectuelle, il affirme que la v&#233;rit&#233; suppose d'oser tout lire, afin de conna&#238;tre les id&#233;es de ses adversaires, puis de les trier, d'oser encore reconna&#238;tre que certaines sont bonnes. Aussi, ose-t-il, citer un auteur d'un camp oppos&#233; au sien, par honn&#234;tet&#233; intellectuelle, dont il a tir&#233; une id&#233;e qu'il estime bonne, m&#234;me s'il consid&#232;re que l'ensemble des autres id&#233;es de cet auteur s'oppose &#224; ses propres valeurs. Il estime donc qu'une approche scientifique, doit pouvoir faire preuve de discernement et non refuser des arguments par obscurantisme et esprit de chapelle, d'interdits dogmatiques ou partisans que ce soit au plan id&#233;ologique, politique, religieux. Ainsi, lorsqu'Etienne Chouard d&#233;fend le tirage au sort de la d&#233;mocratie Ath&#233;nienne et d&#233;nonce l'esclavagisme qui s&#233;vissait chez ces derniers. De nombreux auteurs de droite et de gauche, proc&#232;dent ainsi, avec certains grands intellectuels, tels Nietzsche, Marx&#8230; L'art de la rh&#233;torique, consiste pour ses auteurs, &#224; savoir, si ce droit d'inventaire, sera accept&#233; par leurs auditeurs et leurs lecteurs ou s'il entra&#238;nera au contraire leur r&#233;probation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue, faire preuve de dialogue avec tous, peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme la preuve d'un grand id&#233;alisme d&#233;mocratique, s'appuyant sur les principes de libert&#233; d'expression et le discernement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La politique doit-elle &#234;tre fond&#233;e sur la v&#233;rit&#233; ou sur la communication ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais finalement, est-ce une preuve d'ouverture d'esprit, de na&#239;vet&#233; politique, ou encore de manipulation, de la part d'Etienne Chouard, lorsque l'on sait que la pens&#233;e par amalgame, est la base de la r&#233;flexion politique en g&#233;n&#233;rale. L'amalgame, prend notamment la forme de : &#171; tu parles avec, donc tu penses comme lui, &#187;, &#171; on t'a vu avec lui, donc tu penses comme &#187;, ou encore &#171; tu cites untel, donc tu es d'accord avec toutes ces id&#233;es &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, la politique et la d&#233;mocratie, ne sont pas seulement une affaire de v&#233;rit&#233;, de dialogue socratique, mais aussi une capacit&#233; de communication. Or, la pens&#233;e, par amalgame, est une pratique encore majoritaire chez les humains. Par, cons&#233;quent, c'est &#234;tre tr&#232;s audacieux et id&#233;aliste, ou alors tr&#232;s na&#239;f, de penser que d'oser d&#233;battre avec n'importe qui, n'aura pas de cons&#233;quence sur la r&#233;ception des ses messages et de ses id&#233;es. Pendant, les &#233;lections pr&#233;sidentielles de 2012, S&#233;gol&#232;ne Royale et Pierre Moscovici du parti socialiste, se sont empress&#233;s, de fuir, lorsqu'ils ont su, que l'ex-directeur du FMI, Dominique Strauss Khan inculp&#233; par la justice pour des affaires d'agression sexuels et d&#233;cr&#233;dibilis&#233; dans l'opinion publique, arrivait &#224; l'anniversaire de leur coll&#232;gue du PS, Julien Dray. On voit bien &#224; travers cet exemple, que les vieux briscards de la politique, connaissent les principes de la communication politique et de la pens&#233;e par amalgame. Ce qu'Etienne Chouard semble vouloir ignorer. En effet, non seulement, il semble qu'il accepte les invitations &#224; d&#233;battre des organisations, des radios ou des journalistes de tous les bords politiques pour d&#233;battre et d&#233;fendre ses id&#233;es, mais sur son site, il n'h&#233;site pas &#224; rapporter qu'il a rencontr&#233;, discut&#233; ou d&#233;battus avec, certaines personnalit&#233;s connues et controvers&#233;s, comme Jacques Cheminade, ou Thierry Meyssan. Mais comme il ne les attaque pas directement, ses d&#233;tracteurs en concluent abusivement qu'Etienne Chouard adopte toutes leurs id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre hypoth&#232;se, moins probable selon nous, mais possible consiste &#224; penser qu'il est un grand manipulateur, qu'en fait il joue du droit de la libert&#233; d'expression et qu'il d&#233;fend le principe du dialogue, pour cacher ses v&#233;ritables id&#233;es d'extr&#234;me-droite. C'est possible, c'est d'ailleurs un peu l'opinion des sites qui luttent contre les th&#233;oriciens du complot et de certains membres du CAB, mais du coup, ils adoptent ainsi, l'attitude conspirationniste qu'ils d&#233;noncent. D'ailleurs il y a certains sites qui luttent contre les th&#233;oriciens du complot qui sont instrumentalis&#233;s par les &#233;lites, pour se prot&#233;ger des attaques des th&#233;oriciens du complot [2].&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dans la lutte contre le fascisme, le discernement et la rigueur intellectuelle sont indispensables &#224; une action militante efficace et juste &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a la d&#233;finition du fascisme qui rel&#232;ve du clich&#233;, du sens commun de la pr&#233;notion et une d&#233;finition plus scientifique qui s'appuie notamment sur l'observation du fascisme nazi, en Allemagne durant la 2e guerre mondiale et qui peut &#234;tre caract&#233;ris&#233; par 5 caract&#233;ristiques simultan&#233;es :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Un r&#233;gime dictatorial totalitaire. (Mais plus g&#233;n&#233;ralement le fait de pr&#244;ner l'ordre par l'autorit&#233; et d'avoir mis en &#339;uvre un r&#233;gime autoritaire de nature dictatoriale et totalitaire. Le totalitarisme, peut &#234;tre d&#233;fini comme un dictature, et ce dernier est une des formes des r&#233;gime autoritaire. Une dictature devient totalitaire, lorsqu'elle recouvre l'id&#233;ologie collective et l'intimit&#233; priv&#233;e, donc la dictature n'est plus seulement r&#233;pressive par la force polici&#232;re ou militaire).&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La violence&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Le capitalisme (et non le socialisme comme c'&#233;tait d&#233;clar&#233; dans sa propagande)&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La revendication identitaire (nationaliste, r&#233;gionaliste, ethnique (indo-europ&#233;enne), raciale (arienne))&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Le racisme (le nazisme a pour caract&#233;ristique distinctive qu'il est particuli&#232;rement antis&#233;mite (anti-juif) mais pas seulement, alors que les autres fascismes expriment un racisme qui n'est pas centr&#233; principalement sur les juifs).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;finition concerne donc le fascisme au plan historique, mais il convient de la diff&#233;rencier de l'extr&#234;me droite contemporaine, qui ne recoupe g&#233;n&#233;ralement qu'un partie de la d&#233;finition du fascisme historique. Sans cette pr&#233;caution, cette rigueur dans la m&#233;thode, le risque consiste ensuite &#224; d&#233;noncer des fascistes qui n'en sont pas vraiment et de qualifier comme &#233;tant d'extr&#234;mes droites, des groupes qui n'ont en fait rien a voir avec eux, tel certains ind&#233;pendantistes, ou r&#233;gionalistes par exemple. De m&#234;me, on qualifie tr&#232;s souvent certains individus et les marginaux politiques de fasciste, alors qu'ils ne sont que nationalistes, ou racistes, ou encore violents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, il existe des nationalistes de gauche (le parti de gauche) qui ne sont pas fascistes, il y a exist&#233; des dictatures socialistes (URSS) qui n'&#233;taient pas fasciste, qui ne sont pas fasciste. Il existe des antisionistes comme l'AFPS (Association fran&#231;aise Palestine Solidarit&#233;), qui ne sont pas anti-s&#233;mites et qui ne sont pas fascistes. Il existe aussi des personnes politiquement &#224; gauche qui sont antis&#233;mites, mais qui ne sont pas non plus fascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, la rumeur s'alimente de la pens&#233;e par amalgame. Donc prenons garde dans notre lutte contre le fascisme, de ne pas sombrer dans les m&#234;mes d&#233;rives que nous d&#233;non&#231;ons et de nous mettre ainsi &#224; condamner abusivement, toutes les personnes qui ne sont pas dans la droite ligne de ce qui nous appara&#238;t comme juste. En effet, comme nous l'avons vu, si la pens&#233;e fasciste a un centre unifi&#233; (mais difficile &#224; d&#233;finir scientifiquement sans pol&#233;mique), l'extr&#234;me droite a de multiples ramifications, qui recoupent certaines valeurs partag&#233;es par certains mouvements de gauche, tel que l'&#233;cologie, la nation, le local, le r&#233;gionalisme, la relocalisation et les luttes contre le mondialisme, le socialisme, le capitalisme, la sp&#233;culation financi&#232;re&#8230; Or, ce n'est pas parce qu'il existe des &#233;cologistes d'extr&#234;me droite, que tous les &#233;cologistes sont des fascistes. Or, c'est trop souvent ce m&#233;canisme de raisonnement qui est d'usage dans la mouvance antifascistes. Ce n'est pas parce qu'il y a des groupes qui se revendiquent du national socialisme, que les socialistes libertaires, tel Proudhon ou Chomsky, sont des fascistes. Ce n'est pas parce que le FN national d&#233;fend le protectionnisme, la lutte contre les d&#233;localisations, donc la relocalisation, que les partis de gauche (Verts, PS, Parti de gauche, D&#233;croissants&#8230;) qui d&#233;fendent ces id&#233;es, de m&#234;me que les circuits courts, les AMAP, la d&#233;mondialisation sont d'extr&#234;mes droites. Il existe des complots, m&#234;me si tout le syst&#232;me capitaliste n'est pas dirig&#233; par des complots. Ceux qui les d&#233;noncent peuvent &#234;tre aux extr&#234;mes de droite ou de gauche. Mais ce n'est pas parce que certains complots sont d&#233;nonc&#233;s par l'extr&#234;me droite que tous les th&#233;oriciens du complot sont d'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La pens&#233;e par amalgame permet d'attaquer la r&#233;putation d'un opposant &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;flexion fond&#233;e sur le discernement s&#233;pare au llieu d'amalgamer, dans une confusion irrationnelle. Ainsi, un lecteur sachant faire preuve de discernement, lorsqu'il lit de la litt&#233;rature dite communiste, sait diff&#233;rencier l'analyse marxiste qui critique scientifiquement le syst&#232;me capitaliste, avec les propositions id&#233;alistes de Marx pour une soci&#233;t&#233; communiste future et les pratiques de L&#233;nine, mais surtout de Staline, qui ont aboutit &#224; une dictature totalitaire sanguinaire. Il serait pr&#233;f&#233;rable d'un point de vue de la connaissance, de ne pas s'attaquer &#224; la r&#233;putation par la m&#233;thode de l'amalgame et de se limiter &#224; des critiques sur le texte lui m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;flexion par amalgame prend plusieurs formes qui conduisent &#224; fausser la dimension rationnelle de l'analyse, le bon sens et la capacit&#233; de discernement. Il existe diff&#233;rentes formes de pens&#233;e par amalgame. Celle-ci d&#233;bute lorsqu'une personne de r&#233;putation correcte est mise en relation plus ou moins distante avec une autre de mauvaise r&#233;putation, de mani&#232;re consciente et volontaire, mais m&#234;me de mani&#232;re inconsciente ou involontaire. Ainsi, si cette personne :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; A &#233;t&#233; vu au c&#244;t&#233; de cet autre de mauvaise r&#233;putation,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; A parl&#233; avec cet autre,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; A particip&#233; &#224; un groupe, un repas, un colloque, un journal, un livre, un site, auquel a particip&#233; un jour, m&#234;me dans une temps tr&#232;s lointain, cet autre,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Lorsque cette personne a vu un de ses &#233;crits repris par cet autre repris malgr&#233; lui, sans son accord.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Lorsque qu'une part des id&#233;es ou de la personnalit&#233;, d'un individu, ne plait pas &#224; certains, ils consid&#232;rent que l'ensemble des id&#233;es de cet individu sont erron&#233;es, ou &#224; rejeter.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Lorsqu'une personne cite une phrase d'un auteur de mauvaise r&#233;putation, alors, il peut &#234;tre assimil&#233; &#224; souscrire &#224; toutes ces autres id&#233;es, aux id&#233;es des amis de ses amis, etc.).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;D'amalgame en amalgame on peut accuser quelqu'un aussi bien d'&#234;tre pro-nazie, comme pro-stalinien, d'&#234;tre sectaire comme anti-cl&#233;ricale, d'&#234;tre antis&#233;mite juif comme antis&#233;mite, comme islamiste. Voici, quelques exemples de ce mode de raisonnement, qui aboutissent, &#224; des conclusions compl&#232;tement aberrantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, l'association Attac, de nombreux intellectuels et partis de gauche et m&#234;me Bakounine, se revendiquaient parfois des id&#233;es de Marx, m&#234;me si ils se sont aussi beaucoup combattus. Or, Marx a &#233;t&#233; li&#233; un temps &#224; Trotski, li&#233; un temps &#224; L&#233;nine, li&#233; un temps &#224; Staline.... Donc avec la r&#233;flexion par amalgame, Attac et les anarchistes (dont nombreux se revendiquent des id&#233;es de Bakounine), seraient des Staliniens, pour les n&#233;olib&#233;raux pratiquant l'amalgame. Aberrant&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais avec ce mode de pens&#233;e, on peut aboutir, &#224; des id&#233;es strictement inverse en fonction de ses besoins strat&#233;giques. Compte tenu qu'une majorit&#233; d'anarchistes se revendiquent de Proudhon, et que certaines des id&#233;es de Proudhon, sur la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, ont &#233;t&#233; reprises par les fascistes, par cons&#233;quent, avec la pens&#233;e par amalgame, les anarchistes sont des fascistes ! Nouvelle aberration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me &#224; gauche de nombreux auteurs de gauche, ou des anarchistes, citent Nietzsche, pour certaines de ses id&#233;es libertaires. Mais l'amalgame consisteraient &#224; leur r&#233;torquer qu'ils sont fascistes, car certains &#233;l&#233;ments des th&#233;ories de Nietzsche, tel que on &#233;t&#233; utilis&#233;es pour fonder la doctrine nazie. Il faut donc savoir faire la part des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;canisme de la rumeur, de la pens&#233;e par amalgame et le transfert de r&#233;putation, se renforcent mutuellement. Le fait de lancer une rumeur, sur une personne, va renforcer les &#233;l&#233;ments nourrissant la pens&#233;e par amalgame, et le transfert n&#233;gatif de notori&#233;t&#233;. Ainsi, Monsanto, &#224; fait courir la rumeur qu'un scientifique qui l'attaquait &#233;tait un mauvais scientifique. Elle est parvenu &#224; le discr&#233;diter peu &#224; peu et &#224; ainsi, sauv&#233;e sa propre r&#233;putation et ruin&#233;e celle de son d&#233;tracteur.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le transfert de r&#233;putation transforme la notori&#233;t&#233; d'un individu ou d'un groupe en sa faveur ou sa d&#233;faveur &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'un individu ou une organisation (une ONG, par exemple) rencontre, dialogue, collabore avec une autre organisation (une ETN), il s'effectue un transfert de r&#233;putation. Celle qui dispose de la moins bonne notori&#233;t&#233; se voit tir&#233;e vers le haut, tandis que la notori&#233;t&#233; de l'autre tend &#224; baisser. C'est le cas de Max Havelaar qui a labellis&#233; certains produits de grandes entreprises transnationales tels Nestl&#233;, Dagris, ou qui vend du caf&#233; &#233;quitable, dans les Mac Donald Suisse, chez Accor, ou Starbucks. Les ETN r&#233;mun&#232;rent des experts en communication et en relations publiques d'entreprise, qui connaissent parfaitement ce type de techniques de transfert de r&#233;putation, ce qui n'est pas toujours le cas des associations.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La culture de la violence est elle compatible avec la libert&#233; d'expression et la d&#233;mocratie ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les mouvements et les violences fascistes s'accroissent chaque fois qu'il y a des situations de crise &#233;conomique (comme dans les ann&#233;es 30) et que la pauvret&#233; s'accro&#238;t. La Gr&#232;ce n'&#233;chappe pas &#224; la r&#232;gle avec la mont&#233;e du mouvement de l'aube dor&#233;e, les violences et les meurtres perp&#233;tr&#233;s par ses n&#233;onazis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La violence est une des composantes du fascisme et elle repr&#233;sente une arme pour les militants fascistes, mais aussi pour les d&#233;tenteurs, &#171; du monopole de la violence l&#233;gitime &#187;, que sont les repr&#233;sentants de l'Etat qui dirigent l'arm&#233;e et la police, comme l'expliquait le sociologue Weber.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La violence ne peut se justifier qu'en situation de l&#233;gitime d&#233;fense, pour sauver son int&#233;grit&#233; physique, dans le cas d'une attaque arm&#233;e contre un groupe ou un pays, ou encore dans des p&#233;riodes contre r&#233;volutionnaire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il ne s'agit la que de situations extr&#234;mes, en dehors de ces situations, la violence contre l'int&#233;grit&#233; physique n'est pas autoris&#233;e l&#233;galement et ne devrait pas l'&#234;tre &#233;thiquement. Cependant, chaque fois que ce type de situation violente perdure, comme ce fut le cas durant les mois qui ont suivi la r&#233;volution fran&#231;aise (la terreur), ou la r&#233;volution russe, cela &#224; g&#233;n&#233;rer une culture de la violence. Ainsi, ceux qui &#233;taient les alli&#233;s d'avant, se trucidaient entre eux, suite &#224; des proc&#232;s ou la v&#233;rit&#233; n'avait plus aucun int&#233;r&#234;t, mais seul commandait, l'imp&#233;ratif de d&#233;fense de la cause r&#233;volutionnaire. Parfois aussi, les proc&#232;s n'&#233;taient m&#234;me pas consid&#233;r&#233;s comme n&#233;cessaires, pour assassiner l'alli&#233; d'hier. Ainsi, il suffisait d'une rumeur lanc&#233;e envers une personne, pour que quelques jours plus tard, celle-ci soit emprisonn&#233;e, d&#233;port&#233;e dans les camps d'extermination, au goulag, ou ex&#233;cut&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mouvements sociaux d&#233;noncent r&#233;guli&#232;rement la r&#233;pression polici&#232;re, bras arm&#233;e du capitalisme d'Etat, lorsqu'elle refuse le droit de manifester (pourtant une des r&#232;gles fond&#233;e sur la valeur de la libert&#233; d'expression), lorsqu'elle r&#233;prime violemment &#224; coup de matraque les manifestants, lorsqu'elle s'introduit dans la vie priv&#233;e des citoyens, de mani&#232;re secr&#232;te avec les RG, ou avec les tests g&#233;n&#233;tiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me mani&#232;re, cette culture de la violence dans un esprit d'autod&#233;fense, transforme et limite peu &#224; peu le dialogue entre les forces de gauche &#224; des menaces, plut&#244;t qu'&#224; un v&#233;ritable dialogue. Dans la p&#233;riode de pr&#233;paration de la venue d'Etienne Chouard, les membres d'Attac-Besan&#231;on ont ainsi entendu des propos de cette nature, &#171; nous emp&#234;cherons par la force &#187;, &#171; cela ne nous pose pas de probl&#232;me car nous revendiquons le droit &#224; la violence &#187;, &#171; c'est un nuisible, donc on ne discute pas &#187;. On le voit, les pratiques violentes au service de la bonne cause, se transforme peu &#224; peu contre les mouvements sociaux de gauche. Si nous avions persist&#233; dans notre choix de faire venir Chouard, nous avons &#233;t&#233; averti que cela aurait entra&#238;n&#233; une division du mouvement social bisontin.C'est-&#224;-dire sans doute, des contre-manifestations, des actions de blocages, des violences verbales, des d&#233;gradations de mat&#233;riels, mais peut-&#234;tre m&#234;me des actions violentes contre des personnes [3]&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, nous affirmons, qu'il existe des situations rares et extr&#234;mes, qui supposent d'user de la violence physique pour d&#233;fendre sa libert&#233; et son int&#233;grit&#233;. Cependant, elles restent rares en France. Adopter d&#232;s &#224; pr&#233;sent des m&#233;thodes violentes de mani&#232;re trop syst&#233;matiques, risque de nous entra&#238;ner dans une culture de la violence nuisible &#224; notre cause. C'est pourquoi, la lutte pour la libert&#233; et l'&#233;galit&#233;, ne doit pas s'appuyer sur des m&#233;thodes et violentes, pour &#234;tre coh&#233;rente, car la fin ne justifie pas les moyens. Les m&#233;thodes militantes, consistant &#224; s'opposer &#224; des manifestations ou des conf&#233;rences, la recherche d'informations sur la vie priv&#233;e, sont des m&#233;thodes que nous consid&#233;rerons comme liberticides et qui ne favorisent pas le d&#233;veloppement d'une d&#233;mocratie r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon nous, il ne devrait y avoir que deux limites &#224; la libert&#233; d'expression, les propos racistes et les incitations &#224; la violence. Les partis politiques ne devraient jamais &#234;tre interdits, sauf ceux qui affirment qu'ils supprimeront la d&#233;mocratie (mais en fait ils le disent rarement, cependant, ils le font une fois au pouvoir) et ceux qui incitent au racisme et &#224; la violence.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Afin, de ne pas diviser inutilement et d'apaiser cette situation de tension au sein du mouvement social de la gauche bisontine, g&#233;n&#233;r&#233;e par la venue d'Etienne Chouard, Attac Besan&#231;on a donc d&#233;cid&#233; de ne pas l'inviter &#224; venir s'exprimer sur la d&#233;mocratie. Cette situation est une premi&#232;re et reste exceptionnel, cependant, nous ne serons pas aussi conciliant si cela se reproduisait &#224; l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, nous devons nous interroger sur nos pratiques afin de faire preuve de plus de discernement, de prudence intellectuelle, en particulier sur la d&#233;finition de l'extr&#234;me droite et sur ses limites. Mais aussi sur les id&#233;es de la gauche qui ont &#233;t&#233; reprises par l'extr&#234;me droite et qui ne transforment pas pour autant en fascistes les militants de gauche, tels que le socialisme, les AMAP, les circuits courts, le local, la nation...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient donc de d&#233;battre entre nous de nos m&#233;thodes d'actions autour de la violence et de la nonviolence, afin que mettre en coh&#233;rence nos id&#233;es et nos actions. Avec la crise &#233;conomique qui se d&#233;veloppe en Europe, la mont&#233;e de l'extr&#234;me droite va s'accro&#238;tre, donc ce type de probl&#232;mes risquent de se reproduire, aussi soyons tous vigilants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le CA d'Attac Besan&#231;on&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] Le positionnement politique de Chouard, par lui-m&#234;me : &lt;a href=&#034;http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2011/09/12/141-qui-est-d-extreme-droite&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2011/09/12/141-qui-est-d-extreme-droite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] A ce sujet, lire l'article de Fr&#233;d&#233;ric Lordon &lt;a href=&#034;http://blog.mondediplo.net/2012-08-24-Conspirationnisme-la-paille-etla-poutre&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://blog.mondediplo.net/2012-08-24-Conspirationnisme-la-paille-etla-poutre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] &#171; Les antifascistes radicaux qui m'entourent sont pr&#234;ts &#224; s'opposer physiquement s'il le faut &#224; la tenue de la conf&#233;rence de rentr&#233;e organis&#233;e par Attac ayant invit&#233; Chouard pour parler &#8220;d'alternatives d&#233;mocratiques&#8221;. (&#8230;) Nous ne fermons pas la porte aux militants d'Attac Besan&#231;on, ceci est une mise en garde. Posted on 9 septembre 2012 by juralib sur &lt;a href=&#034;http://juralib.noblogs.org/2012/09/09/besancon-antifascisme/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://juralib.noblogs.org/2012/09/09/besancon-antifascisme/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Droits constitutionnels, lois, contrats </title>
		<link>https://blogs.attac.org/commission-democratie/fondamentaux-de-la-democratie/article/droits-constitutionnels-lois-contrats</link>
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		<dc:date>2010-03-11T19:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Ruscassie</dc:creator>



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&lt;p&gt;La hantise des fanatiques lib&#233;raux est d'&#234;tre confront&#233;s &#224; une hausse des salaires semblable &#224; celle qui a suivi Mai 68 ; ils ne veulent pas de compromis. Leur outil fut la croissance du ch&#244;mage : ils l'ont obtenue en d&#233;mantelant les droits acquis et le statut salarial construit au XX&#232;me si&#232;cle. &lt;br class='autobr' /&gt; L'offensive n&#233;olib&#233;rale mondiale, conduite depuis le d&#233;but des ann&#233;es quatre-vingts, a donc abouti &#224; une crise &#233;conomique mondiale. Sans en tirer les le&#231;ons, les fanatiques lib&#233;raux continuent (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://blogs.attac.org/commission-democratie/fondamentaux-de-la-democratie/" rel="directory"&gt;Fondamentaux de la d&#233;mocratie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La hantise des fanatiques lib&#233;raux est d'&#234;tre confront&#233;s &#224; une hausse des salaires semblable &#224; celle qui a suivi Mai 68 ; ils ne veulent pas de compromis. Leur outil fut la croissance du ch&#244;mage : ils l'ont obtenue en d&#233;mantelant les droits acquis et le statut salarial construit au XX&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'offensive n&#233;olib&#233;rale mondiale, conduite depuis le d&#233;but des ann&#233;es quatre-vingts, a donc abouti &#224; une crise &#233;conomique mondiale. Sans en tirer les le&#231;ons, les fanatiques lib&#233;raux continuent dans la m&#234;me voie. Leur hantise est d'&#234;tre confront&#233;s &#224; une hausse de la part des salaires semblable &#224; celle qui a suivi Mai 68 et qui, en France par exemple, a culmin&#233; &#224; 72 % en 1982, r&#233;duisant la part des profits &#224; 28 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur offensive a fait baisser cette part des salaires &#224; 63 % alors que, de 1949 &#224; 1973, elle oscillait autour de 67 &#224; 68 % (Pierre-Alain Pionnier, Economie et statistique n&#176; 422, page 6 &amp; 7 : &lt;a href=&#034;http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ES422A.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ES422A.pdf&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ne veulent pas de compromis. Au cours des ann&#233;es quatre-vingts, dans tous les grands pays capitalistes, les profits et les tr&#232;s hauts revenus ont pris &#224; la masse des salaires, environ 10 % de la valeur ajout&#233;e par le travail. Ils veulent garder cet avantage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur outil fut la croissance du ch&#244;mage. Ils l'ont obtenue en d&#233;mantelant les droits acquis, c'est-&#224;-dire le statut salarial construit au cours du XXe si&#232;cle : l'indexation des salaires sur les prix et la garantie de l'emploi dans le secteur public, l'extension du statut de fonctionnaire, le code du travail pour le secteur priv&#233;&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment ont-ils attaqu&#233; les droits acquis ?
En privatisant le secteur public &#8230;
et en permettant au contrat de faire exception &#224; la loi !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un march&#233; ou un contrat entre deux parties &#233;tablit un rapport social qui repose sur le consentement des deux. La n&#233;cessit&#233; d'obtenir le consentement des parties pour aboutir &#224; une d&#233;cision est certainement un progr&#232;s vers l'&#233;galit&#233; par rapport &#224; la soumission de tous &#224; une monarchie ou &#224; une bureaucratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans un rapport de forces in&#233;gal, le consentement du plus faible est seulement la soumission &#224; ce rapport de forces, il n'est pas du tout une garantie d'&#233;galit&#233; des droits. C'est pourquoi les monopoles industriels et les grandes surfaces commerciales captent des surprofits sur le dos de leurs sous-traitants et de leurs clients. Mais c'est aussi pourquoi les accords d'entreprise et de branche ne doivent pas faire exception &#224; la loi d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, depuis le d&#233;but des ann&#233;es quatre-vingts, la politique n&#233;olib&#233;rale s'attaque, avec constance, &#224; tous les monopoles publics pour cr&#233;er des monopoles priv&#233;s qui peuvent imposer leur loi, la loi du plus fort, aux travailleurs salari&#233;s et ind&#233;pendants et aux entreprises plus faibles (TPE et PME).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;**Dans le secteur priv&#233;, les droits sont abandonn&#233;s aux contrats&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le contrat salarial est un contrat de subordination : les salari&#233;s vendent l'usufruit de leur force de travail, ils ne ma&#238;trisent donc pas l'usage de leur force de travail. Par contrat, ils doivent ex&#233;cuter le travail tel qu'il est command&#233; par le patron qui a achet&#233; leur force de travail (sauf la nue-propri&#233;t&#233;) et non tel qu'ils le d&#233;cideraient d&#233;mocratiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question essentielle, le total des salaires directs et mutualis&#233;s ne couvre pas la valeur ajout&#233;e par les salari&#233;s : une partie du fruit de leur force de travail est pr&#233;lev&#233;e par les patrons. Le principe &#233;galitaire &#171; &#224; chacun selon son travail &#187; n'est pas respect&#233; : les droits d&#233;pendent des contrats salariaux, bien que le statut salarial conquis au cours du XXe si&#232;cle garantisse une partie des droits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi, qui pourrait &#233;tendre le domaine des droits et garantir leur &#233;galit&#233;, s'efface donc devant le consentement des parties. Le Code du travail, qui d&#233;finit le statut salarial, n'intervient que pour limiter la subordination, pour emp&#234;cher les abus de pouvoir : par exemple, en r&#233;primant le harc&#232;lement ou en d&#233;finissant un horaire l&#233;gal, un horaire maximum, un salaire minimum&#8230; Il prot&#232;ge la valeur d'usage de la force de travail car le salari&#233; garde la propri&#233;t&#233; de sa force de travail qu'il ne fait que louer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, c'est trop pour les lib&#233;raux. Pour faire reculer les droits, ils font reculer la loi : ils r&#233;visent &#224; la baisse le Code du travail o&#249; 500 articles ont &#233;t&#233; d&#233;class&#233;s du domaine l&#233;gislatif en domaine r&#233;glementaire et, en cas de &#171; faisabilit&#233; politique risqu&#233;e &#187;, plut&#244;t que d'abolir brutalement la loi, ils renversent la hi&#233;rarchie d&#233;mocratique des normes. Par exemple, ils permettent &#224; des accords d'entreprise de faire exception &#224; la loi des 35 heures.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;**Dans l'&#233;conomie solidaire, les droits peuvent &#234;tre mieux respect&#233;s
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;tendre leurs droits, les salari&#233;s doivent notamment rester ma&#238;tres de l'usage de leur force de travail. C'est ce que facilite l'instauration de la d&#233;mocratie sociale dans l'entreprise, comme c'est le cas avec le statut juridique des SCOP et des SCIC. Celui-ci se distingue des autres statuts, tr&#232;s divers, qu'on trouve dans le secteur priv&#233; dit &#171; de l'&#233;conomie sociale et solidaire &#187; et qui restent des statuts capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la d&#233;mocratie sociale, ce sont les employ&#233;s qui adoptent les orientations de gestion et &#233;lisent la direction gestionnaire de leur entreprise selon le principe du suffrage universel : &#171; un employ&#233;, une voix &#187;. Ce ne sont pas les actionnaires (il n'y a pas d'actionnaires). Les parts sociales sont des pr&#234;ts de longue dur&#233;e qui sont r&#233;mun&#233;r&#233;s mais ne donnent aucun pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir dans une entreprise priv&#233;e soumise &#224; la d&#233;mocratie sociale appartient &#224; ses employ&#233;s : ils en sont les propri&#233;taires. Mais le pouvoir sur cette entreprise est exerc&#233; (de l'ext&#233;rieur) par l'Etat au travers de la loi, mais aussi par les autres entreprises dont elle d&#233;pend (ses concurrentes en situation de monopole et ses donneuses d'ordre) au travers du march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, dans le secteur priv&#233;, la politique &#233;conomique des entreprises n'est pas programm&#233;e par la loi, comme elle l'est pour le secteur public, mais elle d&#233;pend des contraintes qu'&#233;tablit le march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, gr&#226;ce &#224; la d&#233;mocratie sociale, les employ&#233;s sont partiellement ma&#238;tres de l'usage de leur force de travail, en raison des lois du march&#233; qui p&#232;sent sur leur entreprise, une partie du fruit de leur force de travail alimente les surprofits des autres dont elle d&#233;pend. Le b&#233;n&#233;fice conjoint du statut salarial et de la d&#233;mocratie sociale, facilite le respect des droits des employ&#233;s, mais ne le garantit pas.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;**Dans le secteur public, les droits peuvent s'imposer aux contrats
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le statut de fonctionnaire assure l'exclusivit&#233; de la loi et supprime le contrat. Dans la mesure o&#249; la loi ferait respecter les droits universels et &#233;gaux, elle les ferait primer sur le contrat et le march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, le salaire des fonctionnaires n'est pas directement fix&#233; par le march&#233; de la force de travail, mais par la loi&#8230; Mais celle-ci aligne g&#233;n&#233;ralement les salaires des fonctionnaires sur ceux du secteur priv&#233;. Elle pourrait pourtant rapprocher leur salaire de la valeur ajout&#233;e par leur travail. Elle tirerait alors tous les salaires vers le haut, sous la pression des luttes syndicales et du plein emploi, comme au cours des ann&#233;es 70, jusqu'en 1982, o&#249; la part des salaires atteignit 72 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les lib&#233;raux, cette possibilit&#233; est un risque qu'ils ne veulent pas courir. C'est pourquoi leur strat&#233;gie cherche &#224; d&#233;gager la voie pour les contrats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour &#233;tendre le domaine des contrats, les lib&#233;raux soumettent &#224; la concurrence des services publics payants qui jouissaient d'une situation de monopole&lt;/strong&gt; : PTT, EDF-GDF, SNCF&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette op&#233;ration, appel&#233;e &#171; lib&#233;ralisation &#187;, est une attaque contre les droits des usagers, droits qui constituaient l'objet du service public. C'est une attaque contre les droits des salari&#233;s du service, qui &#233;taient prot&#233;g&#233;s par un statut les lib&#233;rant des contraintes du march&#233; (march&#233; de la force de travail) et de la menace du ch&#244;mage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les services mis en concurrence s'affrontent &#224; de nouveaux op&#233;rateurs qui utilisent les infrastructures et les r&#233;seaux existants mais qui ne sont, pourtant pas, soumis aux exigences d'une mission de service public : s'ils l'&#233;taient, ils n'auraient pas d'avantage concurrentiel par rapport &#224; l'op&#233;rateur public et ne pourraient pas r&#233;mun&#233;rer leurs actionnaires. N'ayant pas de dividendes &#224; verser, l'op&#233;rateur public pourrait, en effet, &#234;tre moins cher que les op&#233;rateurs priv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi ce statut public est rapidement remis en cause &#224; l'occasion de nouveaux investissements : puisque le gouvernement a fait le choix du n&#233;olib&#233;ralisme, au lieu de couvrir les besoins de financement par des fonds publics (qui ne sont pas des capitaux, n'&#233;tant pas r&#233;mun&#233;r&#233;s), l'option prise est de faire appel &#224; des fonds priv&#233;s, donc &#224; des capitaux&#8230; que, par d&#233;finition, il faudra r&#233;mun&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette capitalisation, m&#234;me partielle, impose sa loi, celle du march&#233; : lors d'une prochaine augmentation de capital, les investisseurs regarderont le taux de profit et le cours de la bourse. Sans attendre que la capitalisation soit majoritaire, le service est g&#233;r&#233; comme une entreprise priv&#233;e : les actionnaires, notamment les fonds priv&#233;s d'investissement, demandent le profit imm&#233;diat maximum&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la repr&#233;sentation de l'Etat dans les conseils d'administration, elle devrait d&#233;fendre les droits dont le service public garantissait le respect. Mais non : d&#233;sign&#233;e pour repr&#233;senter une politique n&#233;olib&#233;rale, ses membres d&#233;fendent la &#171; capitalisation &#187; du service public, l'extorsion priv&#233;e de profits et de surprofits, et non la mission de service public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour organiser la privatisation des services publics gratuits, les n&#233;olib&#233;raux agissent par la d&#233;gradation volontaire de la mission de service public. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est conforme aux consignes que donne un certain Christian Morrison, auteur de &#171; La faisabilit&#233; politique de l'ajustement &#187;, dans le Cahier de politique &#233;conomique n&#176; 13, publi&#233; par l'OCDE en 1996 (&lt;a href=&#034;http://www.oecd.org/dataoecd/24/23/1919068.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.oecd.org/dataoecd/24/23/1919068.pdf&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les services publics gratuits ou partiellement gratuits ont un co&#251;t, qui est financ&#233; par les d&#233;penses publiques : cotisations sociales ou imp&#244;ts. C'est le cas du syst&#232;me de Protection sociale, de la Sant&#233; publique, de l'Education nationale, des Administrations publiques et de leurs services parfois sous-trait&#233;s au secteur priv&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce cahier de l'OCDE conseille donc aux gouvernements de r&#233;duire les subventions publiques, de r&#233;duire l'emploi, de r&#233;duire la qualit&#233; des services rendus, de fermer un service ici ou l&#224;, mais pas partout pour &#233;viter une riposte coordonn&#233;e, bref d'assurer la &#171; faisabilit&#233; politique de l'ajustement &#187; au point que des usagers puissent accepter ou souhaiter la privatisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; ces man&#339;uvres que sont confront&#233;s l'Ecole publique, l'H&#244;pital public, les retraites par r&#233;partition, l'assurance maladie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour faire reculer les droits, les n&#233;olib&#233;raux ont privatis&#233; les entreprises publiques o&#249; le syndicalisme avait obtenu des acquis importants et qui servaient de mod&#232;le social &lt;/strong&gt; : Renault, Elf, Thomson, Dassault, Snecma, les banques nationalis&#233;es, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La motivation avanc&#233;e &#233;tait une conception restrictive du secteur public, rompant avec le programme du Conseil national de la R&#233;sistance et s'appuyant sur le contre-exemple du stalinisme pour dire qu'&#171; une &#233;conomie administr&#233;e &#187; n'est pas efficace, sans se rendre compte que toute &#233;conomie est administr&#233;e et notamment les multinationales capitalistes qui se sont dot&#233;es d'administrations mondiales particuli&#232;rement efficaces pour d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts de leurs actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Que les droits constitutionnels soient garantis !
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans une &#233;conomie mixte, o&#249; cohabitent secteur public et secteur priv&#233;, les droits constitutionnels et les contrats ont leur place. Mais, si la loi, qui s'impose aux contrats, se limitait &#224; ne pas contredire les droits constitutionnels, ceux-ci n'en seraient pas garantis pour autant : sans les contredire, le vide l&#233;gislatif priverait les ayants droit des moyens publics de leur exercice. C'est pourquoi, dans une &#233;conomie mixte, les droits constitutionnels doivent &#234;tre constitu&#233;s en un &#171; ordre constitutionnel &#187;, qui exige de combler les vides l&#233;gislatifs par des lois correspondantes pour garantir l'effectivit&#233; de ces droits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette fin, il est n&#233;cessaire de construire cet ordre constitutionnel pour que la loi garantisse les droits constitutionnels et pour que les contrats restent source de droits mais ne soient plus la porte d'entr&#233;e des in&#233;galit&#233;s : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; en instaurant une VIe R&#233;publique sociale, parlementaire et la&#239;que, &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; en d&#233;veloppant un secteur public qui tire la part des salaires vers le haut, &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; en instaurant la d&#233;mocratie sociale dans le secteur public pour en faire un mod&#232;le social, &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; en &#233;tendant la d&#233;mocratie sociale dans le secteur priv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;**Instaurer une VIe R&#233;publique sociale
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les lois seront d'autant mieux respectueuses des droits universalisables, donc &#233;gaux, qu'elles seront adopt&#233;es par des proc&#233;dures d&#233;mocratiques. Cette exigence condamne la Ve R&#233;publique. La VIe R&#233;publique doit &#234;tre parlementaire et non bonapartiste. Elle doit reposer sur une constitution d&#233;mocratiquement adopt&#233;e, qui &#233;rige les droits universels en ordre constitutionnel, &#233;tablissant ainsi une hi&#233;rarchie d&#233;mocratique des normes (les droits constitutionnels s'imposent aux lois et celles-ci aux contrats) fondatrice de la d&#233;mocratie sociale et &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La saisine des juridictions constitutionnelles ou administratives doit permettre de rappeler le l&#233;gislateur &#224; l'ordre constitutionnel. Le r&#233;f&#233;rendum d'initiative populaire peut permettre de compl&#233;ter le syst&#232;me l&#233;gislatif quand celui-ci ne garantit pas un droit constitutionnel et que, par exemple, le l&#233;gislateur institutionnel tarde &#224; respecter cet ordre constitutionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La VIe R&#233;publique doit &#234;tre une r&#233;publique sociale. Elle permettra alors de mettre en &#339;uvre une politique &#233;conomique qui soit tourn&#233;e vers la satisfaction des besoins sociaux par le secteur public et qui traite en biens publics, pour les &#233;conomiser ou les prot&#233;ger, les biens communs de l'humanit&#233; (l'air, l'eau, la mer, la biodiversit&#233;, la diversit&#233; linguistique et culturelle, les connaissances scientifiques, les ressources mini&#232;res, le patrimoine artistique historique, la monnaie, les droits, la citoyennet&#233;, la force de travail humaine&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle pourra et devra assurer la redistribution des richesses pour en finir avec des in&#233;galit&#233;s de revenu insupportables, notamment en fixant un revenu maximum pour faire obstacle &#224; la recherche du profit imm&#233;diat maximum. Elle devra restaurer et renforcer le Code du travail, notamment en compl&#233;tant la loi des 35 heures pour orienter les gains de productivit&#233; au profit des salari&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La VIe R&#233;publique devra r&#233;habiliter les d&#233;penses publiques qui, ainsi appel&#233;es (au lieu de &#171; pr&#233;l&#232;vements obligatoires &#187;), sont affirm&#233;es comme n&#233;cessaires &#224; la d&#233;mocratie. La r&#233;habilitation des &#171; contributions &#187; fiscales (qui sont des revenus mutualis&#233;s du travail ou de placement) accompagnera la restauration d'une tr&#232;s forte progressivit&#233; de l'imp&#244;t sur le revenu qui devra remplacer les taxes locales injustes, en m&#234;me temps que les taux de TVA devront &#234;tre divis&#233;s par 2. La r&#233;habilitation des &#171; cotisations &#187; sociales devra &#234;tre accompagn&#233;e du r&#233;tablissement des &#233;lections &#224; la S&#233;curit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle devra aussi r&#233;tablir les collectivit&#233;s territoriales dans une fonction d&#233;mocratique &#233;tendue en instaurant partout le scrutin &#224; la proportionnelle, en supprimant les pr&#233;fets et en garantissant l'&#233;galit&#233; territoriale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;**D&#233;velopper le secteur public
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La finalit&#233; des services publics est de garantir l'acc&#232;s aux droits universels l&#233;galement reconnus. Ils sont les moyens que la r&#233;publique doit fournir &#224; tous pour assurer la r&#233;alit&#233; de ces droits. La la&#239;cit&#233; de ces services est la condition qui en permet le libre acc&#232;s pour qu'aucune identification de l'institution ne vienne la rendre hostile &#224; quelque usager que ce soit. En priorit&#233;, ils doivent faciliter l'usage des biens communs de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque dans les march&#233;s, les rapports de forces in&#233;gaux faussent la concurrence, il faut renouer avec la position du Conseil national de la R&#233;sistance selon laquelle une entreprise qui acquiert une situation de monopole doit &#234;tre socialis&#233;e, c'est-&#224;-dire int&#233;gr&#233;e au secteur public. Les banques de d&#233;p&#244;ts doivent, de nouveau, &#234;tre s&#233;par&#233;es des banques d'affaires pour constituer un p&#244;le bancaire public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re public d'une entreprise soustrait partiellement au march&#233; de la force de travail celle qu'elle emploie. Il faut aller plus loin dans cette voie en unifiant progressivement le secteur public autour d'une grille publique des salaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique n&#233;olib&#233;rale conduite &#224; l'&#233;chelle europ&#233;enne a permis aux capitalistes de s'ouvrir de nouveaux march&#233;s gr&#226;ce aux privatisations. Le d&#233;mant&#232;lement des services publics des Etats-membres ne s'est &#233;videmment pas accompagn&#233; de la constitution de services publics &#233;quivalents &#224; l'&#233;chelle europ&#233;enne. C'est la t&#226;che qui concerne, &#224; moyen terme (?), la gauche europ&#233;enne : r&#233;aliser en Europe ce qui avait &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; dans chaque Etat europ&#233;en au cours du XXe si&#232;cle. Mais, sans attendre, c'est &#224; la restauration des services publics des Etats-membres que doivent s'attacher ensemble tous les partis de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;**Instaurer la d&#233;mocratie sociale dans le secteur public
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La socialisation de l'entreprise et l'instauration de la d&#233;mocratie sociale en son sein sont, chacune, des proc&#233;dures qui r&#233;duisent le caract&#232;re marchand de la force de travail. La premi&#232;re permet de soumettre la force de travail &#224; la loi (son usage et sa r&#233;mun&#233;ration) et de la d&#233;tacher du march&#233;. La seconde permet aux employ&#233;s qui vont en faire l'exp&#233;rience, de contr&#244;ler les lois qui concernent l'activit&#233; de l'entreprise, pour s'assurer du respect de leur caract&#232;re d&#233;mocratique et de leur application ou pour y r&#233;sister si, &#224; l'application, ces lois se r&#233;v&#232;lent porter atteinte aux droits qu'elles devraient servir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur conjonction permet de renforcer le primat de la loi sur le march&#233; et des droits constitutionnels sur les contrats marchands, mais aussi d'&#233;tendre l'ordre constitutionnel pour que soient garantis les droits constitutionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous tirons ainsi les le&#231;ons des exp&#233;riences d&#233;voy&#233;es et d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;es qui ont tent&#233; de d&#233;passer le capitalisme ou pr&#233;tendu le faire et qui ont prouv&#233; que, si la propri&#233;t&#233; publique &#233;tait n&#233;cessaire pour instaurer la d&#233;mocratie sociale, elle ne suffisait pas &#224; l'instaurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous tirons aussi ainsi les le&#231;ons de la d&#233;gradation du service rendu qui a pr&#233;par&#233; les privatisations r&#233;alis&#233;es depuis les ann&#233;es quatre-vingts. Nous avons pu mesurer les difficult&#233;s &#224; les combattre : il n'y a que les employ&#233;s des entreprises concern&#233;es qui se sont mobilis&#233;s parce qu'ils &#233;taient aux premi&#232;res loges. Croit-on que les directions gestionnaires des PTT auraient si ais&#233;ment accompagn&#233; et m&#234;me impuls&#233; la d&#233;gradation du service et les restructurations pr&#233;paratoires &#224; la privatisation, si elles avaient &#233;t&#233; &#233;lues, &#224; tous les niveaux, et savaient que leur r&#233;&#233;lection d&#233;pendait de leur gestion, au lieu de devoir leur poste &#224; la direction politique de tutelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie sociale cr&#233;era un meilleur rapport de forces pour le combat men&#233; par le mouvement syndical pour le respect des droits des employ&#233;s mais aussi des droits des usagers, que sont les citoyens, qui sont d&#233;tenteurs de la souverainet&#233; politique mais qui, &#224; la diff&#233;rence des employ&#233;s de l'entreprise, ne peuvent pas mesurer toutes les cons&#233;quences de la politique choisie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;**Etendre la d&#233;mocratie sociale au secteur priv&#233;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'instauration de la d&#233;mocratie sociale dans une entreprise priv&#233;e donne &#224; ses employ&#233;s la ma&#238;trise de l'usage de leur force de travail. Mais l'entreprise reste soumise aux rapports de forces qui se construisent dans les march&#233;s o&#249; elle est ins&#233;r&#233;e, tant qu'il n'existe pas de d&#233;mocratie &#233;conomique qui impose &#224; ces march&#233;s le respect des droits des consommateurs et des salari&#233;s des entreprises qui y interviennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, en l'absence de monopoles priv&#233;s qui viendraient fausser la concurrence dans la branche, l'existence d'un fort secteur public soumis &#224; la d&#233;mocratie sociale et &#224; une politique &#233;conomique respectueuse des sous-traitants impose &#224; ces entreprises un mod&#232;le social et &#233;conomique dans lequel les droits peuvent l'emporter sur les march&#233;s nationaux, tant en ce qui concerne la qualit&#233; de la production, les conditions de travail et les revenus des employ&#233;s et des porteurs de parts sociales.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Prendre les moyens n&#233;cessaires pour atteindre les fins
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une telle &#233;conomie mixte op&#232;re une premi&#232;re rupture avec le capitalisme parce que, &#224; l'&#233;chelle &#233;tatique, l'ordre constitutionnel doit avoir une traduction dans la loi, elle-m&#234;me respect&#233;e par le march&#233; et le contrat. La force de travail y reste partiellement une marchandise, dans la mesure o&#249; il n'existe d'ordre constitutionnel ni &#224; l'&#233;chelle du march&#233; mondial et ni &#224; celle du march&#233; europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rompre compl&#232;tement avec le capitalisme, c'est instaurer un ordre constitutionnel &#224; l'&#233;chelle mondiale ou au moins europ&#233;enne et donc supprimer le caract&#232;re marchand des biens communs de l'humanit&#233;, notamment la force de travail, la monnaie et notre environnement vital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, ce d&#233;veloppement de la d&#233;mocratie politique, de la d&#233;mocratie sociale et de la d&#233;mocratie &#233;conomique ne pourra pas &#233;chapper &#224; une crise politique de l'Europe lib&#233;rale car les lib&#233;raux refusent, en toute connaissance de cause, de faire le moindre pas vers une construction f&#233;d&#233;rale d&#233;mocratique qui permettrait d'imposer au march&#233; unique la loi et tout ordre constitutionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;veloppement territorial de la d&#233;mocratie, d'une part, et le march&#233; unique europ&#233;en affranchi de tout pouvoir d&#233;mocratique, d'autre part, sont deux logiques qui s'affrontent. L'incompatibilit&#233; entre l'ind&#233;pendance de la banque centrale europ&#233;enne et le choix de la d&#233;mocratie en rupture avec un pacte de stabilit&#233; d&#233;j&#224; bombard&#233; par la crise, cr&#233;era une crise politique dont l'issue devra &#234;tre d&#233;mocratique : l'&#233;lection d'une Constituante europ&#233;enne pour adopter une vraie constitution d&#233;mocratique pour l'Europe f&#233;d&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette issue ne sera probablement pas ouverte &#224; court terme. Mais la crise mondiale du capitalisme peut pr&#233;cipiter la crise politique de l'Europe lib&#233;rale. Les gauches europ&#233;ennes doivent s'y pr&#233;parer car avancer dans la voie du primat du droit en France c'est montrer la voie de la solution d&#233;mocratique dont le peuple europ&#233;en a besoin.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Que l'&#201;tat ne se m&#234;le pas de nos identit&#233;s mais que l'&#201;tat fasse respecter nos droits</title>
		<link>https://blogs.attac.org/commission-democratie/fondamentaux-de-la-democratie/article/que-l-etat-ne-se-mele-pas-de-nos-identites-mais-que-l-etat-fasse-respecter-nos-644</link>
		<guid isPermaLink="true">https://blogs.attac.org/commission-democratie/fondamentaux-de-la-democratie/article/que-l-etat-ne-se-mele-pas-de-nos-identites-mais-que-l-etat-fasse-respecter-nos-644</guid>
		<dc:date>2009-12-07T18:10:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Ruscassie</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Mes identit&#233;s me permettent de trouver une place dans la soci&#233;t&#233; et de jouer les r&#244;les sociaux qui me conviennent parce que je m'y sens &#224; l'aise, parce que je les crois conformes &#224; qui je suis. Elles sont des sentiments que j'&#233;prouve. Elles me situent comme &#233;tant &#171; de gauche &#187;, comme &#233;tant un &#171; homme &#187;, un &#171; Fran&#231;ais &#187;. Je me reconnais aussi dans d'autres identifications qui concernent mes croyances, ma sexualit&#233;, mon mode de vie, etc, mais que je ne souhaite peut-&#234;tre pas d&#233;voiler (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://blogs.attac.org/commission-democratie/fondamentaux-de-la-democratie/" rel="directory"&gt;Fondamentaux de la d&#233;mocratie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Mes identit&#233;s me permettent de trouver une place dans la soci&#233;t&#233; et de jouer les r&#244;les sociaux qui me conviennent parce que je m'y sens &#224; l'aise, parce que je les crois conformes &#224; qui je suis. Elles sont des sentiments que j'&#233;prouve. Elles me situent comme &#233;tant &#171; de gauche &#187;, comme &#233;tant un &#171; homme &#187;, un &#171; Fran&#231;ais &#187;. Je me reconnais aussi dans d'autres identifications qui concernent mes croyances, ma sexualit&#233;, mon mode de vie, etc, mais que je ne souhaite peut-&#234;tre pas d&#233;voiler publiquement. Les identit&#233;s de chacun sont multiples, sentimentales, subjectives, plus ou moins fortes, parfois compl&#233;mentaires, parfois contradictoires, parfois affich&#233;es, parfois priv&#233;es. Certaines restent non d&#233;finies : je peux me sentir apatride, agnostique, dans l'entre-deux. Je peux me tromper sur moi. Je peux me cacher aux autres ou tenter de les tromper. &#199;a me regarde. &#199;a ne regarde pas les pouvoirs publics.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Nos identit&#233;s sont des constructions sociales et personnelles&#8230; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous donnons un nom &#224; ces identit&#233;s (politiques, de genre, nationales, ath&#233;e ou religieuses, d'orientation sexuelle, etc.) pour indiquer les valeurs auxquelles elles se rapportent : les r&#233;f&#233;rences qui, consciemment ou inconsciemment, sont importantes pour chacun de nous, parfois fondatrices de chacun de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, parmi les valeurs attach&#233;es &#224; l'identit&#233; &#171; de gauche &#187;, on d&#233;cline g&#233;n&#233;ralement : d&#233;mocratie, libert&#233;, &#233;galit&#233;, solidarit&#233;, la&#239;cit&#233;, droits sociaux, f&#233;minisme, droits des peuples, internationalisme, altermondialisme, droits universels &#224; l'air, &#224; l'eau, au logement, &#224; la libert&#233; de circulation, d'installation, d'opinion, d'expression, d'organisation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais se sentir &#171; de gauche &#187; n'exige pas d'&#234;tre cons&#233;quents avec toutes ces valeurs : celui qui, dans cette liste, pioche quelques &#233;l&#233;ments seulement, peut arriver &#224; la conclusion qu'il se sent &#171; de gauche &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour aboutir &#224; cette identification subjective, l'&#233;tendue de la s&#233;lection pioch&#233;e varie avec les individus, elle &#233;volue dans le temps. Il en est de m&#234;me de toutes les identit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Soumettre notre subjectivit&#233; au moule d'une objectivit&#233; ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette identification se r&#233;alise sous influence sociale, mais elle est propre &#224; chaque individu et l'attachement &#224; certaines valeurs reste une r&#233;f&#233;rence g&#233;n&#233;rale dont la traduction concr&#232;te varie, elle aussi, avec les individus. Untel se sent fran&#231;ais, entre autres raisons parce qu'il est attach&#233; &#224; certaines habitudes alimentaires et, pourtant, il n'aime pas le camembert. Il appr&#233;cie les sushis et, pourtant, il ne se sent pas du tout japonais. Adh&#233;rer aux valeurs de gauche ne signifie pas qu'on sache le d&#233;cliner en un programme concret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, vouloir d&#233;finir l'identit&#233; de gauche ou l'identit&#233; fran&#231;aise par des crit&#232;res universels, serait mettre la subjectivit&#233; individuelle &#224; la torture. Ce serait la faire passer par le moule d'une objectivit&#233; en fixant, dans chaque cas, un degr&#233; d'attachement minimal &#224; une liste de valeurs exigibles sine qua non autant qu'&#224; une liste de pratiques pr&#233;-&#233;tablies. Cela proc&#233;derait d'une inquisition inacceptable. Ce proc&#233;d&#233;, acceptable pour des machines, ne l'est pas pour des humains qui ont droit au respect de leur intimit&#233; et m&#234;me au respect de leur ignorance, sans chantage ni culpabilisation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pas d'ing&#233;rence antid&#233;mocratique dans nos identit&#233;s ! &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quel est donc l'objectif vis&#233; par le gouvernement pour vouloir ouvrir un d&#233;bat national autour d'une centaine de questions o&#249; l'&#171; immigration &#187; appara&#238;t pr&#233;senter un danger pour l'&#171; identit&#233; fran&#231;aise &#187; ? Qu'on en juge : &#171; Comment &#233;viter l'arriv&#233;e sur notre territoire d'&#233;trangers en situation irr&#233;guli&#232;re, aux conditions de vie pr&#233;caires g&#233;n&#233;ratrices de d&#233;sordres divers (travail clandestin, d&#233;linquance) et entretenant, dans une partie de la population, la suspicion vis-&#224;-vis de l'ensemble des &#233;trangers ? &#187; (question programm&#233;e par la circulaire d'Eric Besson aux pr&#233;fets !). Autant de cynisme est stup&#233;fiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment &#171; &#233;viter &#187; l'arriv&#233;e d'&#233;trangers en situation irr&#233;guli&#232;re ? Comment ne conna&#238;tre que des &#233;trangers en situation r&#233;guli&#232;re ? Mais il suffit de respecter le droit de circulation et d'installation : la situation de tous deviendra r&#233;guli&#232;re ! Mettre une population en situation irr&#233;guli&#232;re ou, au contraire, lui garantir une situation r&#233;guli&#232;re, r&#233;sulte d'un choix politique : soit on adapte le droit &#224; l'&#233;conomie, soit on adapte l'&#233;conomie au droit. Soit la d&#233;mocratie est soumise au march&#233;, soit le march&#233; est soumis &#224; la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et qu'on ne nous dise pas que l'arriv&#233;e d'&#233;trangers augmente le ch&#244;mage, comme si l'accroissement de la population &#233;tait une cause de ch&#244;mage&#8230; Les nouveaux venus vont consommer et&#8230; travailler pour que la production s'adapte &#224; l'accroissement de la demande : comment les colonies de peuplement se sont-elles d&#233;velopp&#233;es ? Nous pouvons faire mieux : une &#233;conomie d&#233;mocratique, respectueuse des droits sociaux, permet de r&#233;guler et d'organiser l'arriv&#233;e des nouveaux venus pour qu'ils trouvent un logement, une &#233;cole et un emploi au lieu d'&#234;tre concentr&#233;s dans des camps. Pour qu'ils s'int&#232;grent au lieu d'&#234;tre expuls&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ce d&#233;bat sur l'identit&#233; fran&#231;aise est un leurre !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas d'un d&#233;bat sur l'identit&#233; fran&#231;aise dont nous avons besoin, mais d'un d&#233;bat sur la citoyennet&#233; politique et sur la citoyennet&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif de Sarkozy et Besson est de se montrer en d&#233;fenseurs d'une identit&#233; fran&#231;aise qui serait menac&#233;e par l'arriv&#233;e d'&#233;trangers, surtout d'&#233;trang&#232;res qui porteraient un foulard voire une burka (mais les religieuses qui porteraient une cornette sont souhait&#233;es). Ils comptent ainsi poursuivre le retour vers l'UMP des voix du Front National : unifier la droite autour des id&#233;es de l'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d&#233;j&#224; bien engag&#233; : expulsion des r&#233;sidents &#233;trangers, destruction des services publics, r&#233;duction de la Fonction publique, d&#233;mant&#232;lement du Code du travail&#8230; Bref, la droite veut abroger la citoyennet&#233; sociale construite, en France, au cours du XXe si&#232;cle, et veut revenir au XIXe. Elle construit sa communication sur la peur, la x&#233;nophobie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, abroger la citoyennet&#233; sociale fran&#231;aise au nom de l'enrichissement des actionnaires passerait mal aupr&#232;s des &#233;lecteurs et m&#234;me aupr&#232;s de ceux de droite (de quoi les faire basculer &#224; gauche). En revanche, abolir la s&#233;curit&#233; de l'emploi, maintenir un fort volant de ch&#244;mage, r&#233;duire la part des salaires dans la valeur ajout&#233;e, rejeter des salari&#233;s dans la clandestinit&#233; pour les exploiter davantage&#8230; toute cette politique qui s'attaque frontalement aux int&#233;r&#234;ts de 93 % de la population fran&#231;aise, ne peut r&#233;ussir que si elle est r&#233;alis&#233;e sous couvert de d&#233;fendre l'&#171; identit&#233; fran&#231;aise &#187; contre les &#233;trangers clandestins &#171; en situation irr&#233;guli&#232;re, aux conditions de vie pr&#233;caires g&#233;n&#233;ratrices de (&#8230;) d&#233;linquance &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Toutes les valeurs ne se valent pas. &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Toutes les valeurs identitaires ne se valent pas d'un point de vue d&#233;mocratique. Certaines valeurs, porteuses de pratiques non d&#233;mocratiques, doivent &#234;tre combattues par la bataille des id&#233;es. Tel est le cas des valeurs &#171; de droite &#187; : l'&#233;litisme lib&#233;ral ou bonapartiste, la pr&#233;f&#233;rence nationale, l'&#233;galit&#233; des chances et la charit&#233; pour les perdants. Elles s'opposent &#224; l'&#233;galit&#233; des droits individuels pour tous, &#224; la citoyennet&#233; et &#224; la justice sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines pratiques, d&#233;coulant de valeurs antid&#233;mocratiques (patriarcat, machisme), mais qui ne peuvent pas &#234;tre &#233;radiqu&#233;es dans la sph&#232;re priv&#233;e, doivent &#234;tre r&#233;glement&#233;es dans la sph&#232;re publique. D'autres, jug&#233;es d&#233;gradantes ou irr&#233;m&#233;diables, doivent &#234;tre interdites, y compris dans la sph&#232;re priv&#233;e (infibulation, excision&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'identit&#233; nationale n'est pas &#224; l'abri de telles d&#233;rives : les nationalistes s'attachent d'autant plus facilement &#224; leur identit&#233; nationale qu'ils y associent la pr&#233;f&#233;rence nationale (valeur &#233;minemment antid&#233;mocratique) qui sert leur int&#233;r&#234;t personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partisans de la pr&#233;f&#233;rence nationale (et de son corollaire la souverainet&#233; nationale) voudraient attribuer les droits (droits civiques et droits sociaux) &#224; ceuxl&#224; seuls qui partagent le m&#234;me sentiment national qu'eux : dans ce cas, la reconnaissance des droits n'ob&#233;irait pas &#224; des crit&#232;res objectifs. Il s'agirait donc d'attribuer des privil&#232;ges &#224; une communaut&#233; subjective en imposant une inquisition des consciences ou en prenant une d&#233;cision arbitraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, les partisans de la citoyennet&#233; (et de son corollaire la souverainet&#233; populaire) attribuent les droits au peuple : &#224; ceux qui peuplent le territoire o&#249; s'exerce la souverainet&#233;. L'attache au territoire est un crit&#232;re objectif...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Identit&#233;, &#233;tat et statut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[(L'identit&#233; nationale, c'est-&#224;-dire la nationalit&#233;, exprime l'attachement &#224; une culture qui se manifeste par des r&#233;f&#233;rences historiques (souvent mythifi&#233;es), par un mode de vie dans lequel la langue peut avoir un r&#244;le essentiel. Elle peut &#234;tre fond&#233;e sur des valeurs d&#233;mocratiques mais, comme toute identit&#233;, c'est une construction subjective. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il en est de m&#234;me pour l'identit&#233; de genre (f&#233;minine ou masculine) : &#171; On ne na&#238;t pas femme, on le devient &#187; disait Simone de Beauvoir. On ne na&#238;t pas h&#233;t&#233;rosexuel ou homosexuel, on le devient. On ne na&#238;t pas &#171; de gauche &#187;, on le devient : c'est cette construction qui d&#233;finit la &#171; gauche &#187; comme classe sociale subjective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tat salarial, comme tout &#233;tat, est l'insertion dans un rapport social objectif : on loue sa force de travail contre un salaire. C'est ce rapport social qui d&#233;finit le &#171; salariat &#187; comme classe sociale objective. &lt;br class='autobr' /&gt;
De m&#234;me, par exemple, &#224; l'inverse du genre, le sexe est un &#233;tat objectif : il est d&#233;fini par un chromosome, on na&#238;t ainsi. Quant &#224; la &#171; transition &#187; d'un sexe &#224; un autre, elle ne modifie pas la formule chromosomique, elle est une mise en conformit&#233; de l'apparence physique avec le genre subjectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le statut salarial est une conqu&#234;te sociale qui permet d'accompagner le contrat salarial (de subordination du salari&#233;) d'un ensemble de droits : sans atteindre les garanties apport&#233;es par le statut des fonctionnaires, le Code du travail introduit de la d&#233;mocratie dans le march&#233; de la force de travail. La citoyennet&#233; politique est aussi un statut juridique objectif, fondateur de la d&#233;mocratie politique. Le d&#233;bat que la gauche doit ouvrir publiquement est celui de la citoyennet&#233; (politique et sociale). &lt;br class='autobr' /&gt;
)]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le concept de gouvernance</title>
		<link>https://blogs.attac.org/commission-democratie/fondamentaux-de-la-democratie/article/le-concept-de-gouvernance</link>
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		<dc:date>2009-11-01T13:01:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Joumard</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Nous analysons le concept en apportant un soin particulier &#224; ses rapports &#224; la d&#233;mocratie. Le concept de d&#233;mocratie est donc tout d'abord explicit&#233;, puis on analyse les r&#244;les respectifs de la soci&#233;t&#233; civile et du citoyen, la place de la loi et du code de conduite, le r&#244;le des r&#233;seaux, leur in&#233;galit&#233;, etc. La gouvernance europ&#233;enne &#233;tant la plus construite, nous l'&#233;valuons &#224; l'&#233;preuve de la d&#233;mocratie &#224; travers le r&#244;le des r&#233;f&#233;rendums au sein de l'Union europ&#233;enne. La gouvernance appara&#238;t (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://blogs.attac.org/commission-democratie/fondamentaux-de-la-democratie/" rel="directory"&gt;Fondamentaux de la d&#233;mocratie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous analysons le concept en apportant un soin particulier &#224; ses rapports &#224; la d&#233;mocratie. Le concept de d&#233;mocratie est donc tout d'abord explicit&#233;, puis on analyse les r&#244;les respectifs de la soci&#233;t&#233; civile et du citoyen, la place de la loi et du code de conduite, le r&#244;le des r&#233;seaux, leur in&#233;galit&#233;, etc. La gouvernance europ&#233;enne &#233;tant la plus construite, nous l'&#233;valuons &#224; l'&#233;preuve de la d&#233;mocratie &#224; travers le r&#244;le des r&#233;f&#233;rendums au sein de l'Union europ&#233;enne. La gouvernance appara&#238;t alors comme une alternative &#224; la d&#233;mocratie, plus que comme un approfondissement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous tentons de clarifier le ou les sens du terme et du concept de gouvernance en tant que mode particulier de gouvernement, &#224; l'aide d'une synth&#232;se bibliographique. Apr&#232;s pr&#233;sentation de son &#233;tymologie et de son historique, de la gouvernance d'entreprise &#224; la gouvernance europ&#233;enne, on pr&#233;sente les principaux arguments de cette nouvelle mani&#232;re de g&#233;rer les affaires publiques : la complexit&#233; des soci&#233;t&#233;s actuelles, et la n&#233;cessit&#233; de rendre le pouvoir &#224; la soci&#233;t&#233; civile, ce qui au sein de l'Union europ&#233;enne est cens&#233; r&#233;pondre au d&#233;ficit d&#233;mocratique europ&#233;en. Ces diff&#233;rents aspects sont ensuite analys&#233;s en apportant un soin particulier aux rapports de la gouvernance &#224; la d&#233;mocratie, car ce sont deux modes de&lt;br class='autobr' /&gt;
gouvernement, l'un, r&#233;cent, visant &#224; pallier aux insuffisances de l'autre, qui b&#233;n&#233;ficie d'une tradition politique ancienne. Le concept de d&#233;mocratie est donc tout d'abord explicit&#233;, puis on analyse les r&#244;les respectifs de la soci&#233;t&#233; civile et du citoyen, la place de la loi et du code de conduite, le r&#244;le des r&#233;seaux, leur in&#233;galit&#233;, avant d'analyser dans quelle mesure la gouvernance est &#233;litiste, en s'appuyant notamment sur les experts qui technicisent la chose politique. La gouvernance europ&#233;enne &#233;tant la plus construite, nous l'&#233;valuons &#224; l'&#233;preuve de la d&#233;mocratie &#224; travers le r&#244;le des r&#233;f&#233;rendums au sein de l'Union europ&#233;enne. La gouvernance appara&#238;t alors comme une alternative &#224; la d&#233;mocratie, plus que comme un approfondissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00489237&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte complet (52 pages)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#192; l'origine des 12 th&#232;ses, retour sur les textes fondateurs d'Attac</title>
		<link>https://blogs.attac.org/commission-democratie/fondamentaux-de-la-democratie/article/a-l-origine-des-12-theses-retour-sur-les-textes-fondateurs-d-attac-patrick</link>
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		<dc:date>2009-10-24T12:29:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Patrick Braibant</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Les textes fondateurs &#233;rigent la reconqu&#234;te d&#233;mocratique en seule et unique raison d'&#234;tre d'Attac ; le lien est affirm&#233; entre l'anti-n&#233;olib&#233;ralisme et cette reconqu&#234;te ; analyse du sens &#224; donner &#224; cette notion centrale de reconqu&#234;te. &lt;br class='autobr' /&gt; http://amitie-entre-les-peuples.org/ATTAC-A-l-origine-des-12-theses-P &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme l'indique leur sous-titre, les 12 th&#232;ses se veulent une &#171; contribution &#224; la r&#233;flexion d'Attac &#187;. Ce qui inclut n&#233;cessairement l'auto-r&#233;flexion, la r&#233;flexion sur soi-m&#234;me. C'est &#224; ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://blogs.attac.org/commission-democratie/fondamentaux-de-la-democratie/" rel="directory"&gt;Fondamentaux de la d&#233;mocratie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les textes fondateurs &#233;rigent la reconqu&#234;te d&#233;mocratique en seule et unique raison d'&#234;tre d'Attac ; le lien est affirm&#233; entre l'anti-n&#233;olib&#233;ralisme et cette reconqu&#234;te ; analyse du sens &#224; donner &#224; cette notion centrale de reconqu&#234;te.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://amitie-entre-les-peuples.org/ATTAC-A-l-origine-des-12-theses-P&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://amitie-entre-les-peuples.org/ATTAC-A-l-origine-des-12-theses-P&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'indique leur sous-titre, les 12 th&#232;ses se veulent une &#171; contribution &#224; la r&#233;flexion d'Attac &#187;. Ce qui inclut n&#233;cessairement l'auto-r&#233;flexion, la r&#233;flexion sur soi-m&#234;me. C'est &#224; ce titre que je vous propose un exercice de relecture des formules par lesquelles deux textes fondateurs d'Attac d&#233;finissaient il y a une d&#233;cennie &#171; l'objet social &#187; de l'association : l'article 1 des statuts de 1998 et la &#171; plate-forme &#187; de 1997. &#171; Objet social &#187; tout entier centr&#233; sur l'id&#233;e de &#171; reconqu&#234;te d&#233;mocratique &#187;, c'est-&#224;-dire sur la th&#233;matique qui inspire directement les 12 th&#232;ses et dont celles-ci proposent une interpr&#233;tation possible. Aussi la relecture des textes fondateurs constitue-t-elle un bon moyen d'introduire les 12 th&#232;ses et de pr&#233;parer &#224; leur discussion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette relecture s'efforcera d'&#234;tre sans a priori. Elle essaiera donc de faire abstraction de ce qu'est devenue Attac dans la d&#233;cennie suivante. De m&#234;me, elle ne se pr&#233;occupera aucunement de mettre &#224; jour les intentions, r&#233;elles ou suppos&#233;es, des r&#233;dacteurs de ces textes fondateurs. Ce sera une relecture litt&#233;rale, qui prendra les mots comme ils viennent et s'efforcera d'en exprimer la logique. Laquelle n'est en rien une logique cach&#233;e, exigeant des tr&#233;sors d'ex&#233;g&#232;se, mais une logique assez clairement perceptible si, pr&#233;cis&#233;ment, on s'attache &#224; rester au plus pr&#232;s des mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je t&#226;cherai de montrer que ces formules fondatrices, en d&#233;pit de leur extr&#234;me concision, ouvrent sur une conception de la d&#233;mocratie qui tranche avec les conceptions dominantes (y compris au sein des forces progressistes). Une conception qui ne r&#233;duit pas la d&#233;mocratie &#224; des structures (ou superstructures) politiques, &#224; des institutions, mais qui la consid&#232;re aussi (et d'abord) comme un agir social, comme une mani&#232;re d'agir dans et sur la soci&#233;t&#233; (donc de la transformer). Permettant ainsi de la penser comme agir d'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici ces fameux &#233;nonc&#233;s d&#233;finissant &#171; l'objet social &#187; d'Attac. Selon les statuts de 1998, il s'agit de &#171; produire et communiquer de l'information, ainsi que de promouvoir et mener des actions de tous ordres en vue de la reconqu&#234;te par les citoyens du pouvoir qu'exerce la sph&#232;re financi&#232;re sur tous les aspects de la vie politique, &#233;conomique, sociale, et culturelle... &#187;. Tandis que selon la plate-forme de 1997 il s'agit de &#171; produire et de diffuser de l'information pour agir en commun [...] en vue [...] d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, de la reconqu&#234;te des espaces perdus par la d&#233;mocratie au profit de la sph&#232;re financi&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on les relit sans a priori, dans leur litt&#233;ralit&#233;, il semble possible de d&#233;duire de ces &#233;nonc&#233;s trois enseignements quant &#224; &#171; l'objet social &#187; d'Attac naissante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Le premier enseignement porte sur l'horizon g&#233;n&#233;ral : les textes fondateurs &#233;rigent la &#171; reconqu&#234;te &#187; d&#233;mocratique en seule et unique raison d'&#234;tre d'Attac. Attac sera une organisation de &#171; reconqu&#234;te &#187; d&#233;mocratique et rien d'autre. Une organisation dont toute la r&#233;flexion et toute l'action devront &#234;tre tendues vers (&#171; en vue de &#187;) la &#171; reconqu&#234;te par les citoyens du pouvoir &#187; et uniquement vers (&#171; en vue de &#187;) cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Le deuxi&#232;me enseignement porte sur le lien entre l'anti-n&#233;olib&#233;ralisme et cette &#171; reconqu&#234;te &#187; d&#233;mocratique. Un lien qui n'est &#233;tabli que virtuellement. En effet, ni le substantif &#171; anti-n&#233;olib&#233;ralisme &#187; ni l'adjectif &#171; anti-n&#233;olib&#233;ral &#187; ne figurent dans les textes fondateurs. Cela peut para&#238;tre &#233;tonnant en 2009 tant nous sommes habitu&#233;s &#224; ce que ces deux termes viennent &#224; l'esprit d&#232;s qu'on parle d'Attac. Mais ce sont des mots dont la fortune a &#233;t&#233; post&#233;rieure &#224; la cr&#233;ation de l'association. Pourtant, si les mots sont absents, leur place est en quelque sorte d&#232;j&#224; r&#233;serv&#233;e. Les textes fondateurs posent en effet que l'exigence de &#171; reconqu&#234;te &#187; d&#233;mocratique ne surgit ni du vide ni sans raison. Elle est une n&#233;cessit&#233; parce qu'il existe une &#171; sph&#232;re financi&#232;re &#187; dont l'h&#233;g&#233;monie est en train de gagner &#171; tous les aspects de la vie &#187; sociale. Voil&#224; qui ouvre son espace &#224; ce que, en 1997-98, on n'appelle pas encore &#171; antin&#233;olib&#233;ralisme &#187;. Mais qui le fait dans un sens qui n'est pas forc&#233;ment celui qu'on attend et entend en 2009 : l'anti-n&#233;olib&#233;ralisme c'est la &#171; reconqu&#234;te &#187; d&#233;mocratique elle-m&#234;me en tant qu'elle est dirig&#233;e contre la &#171; sph&#232;re financi&#232;re &#187;. Dans la logique des textes fondateurs, &#171; anti-n&#233;olib&#233;ralisme &#187; n'est rien d'autre qu'une des mani&#232;res possibles de dire &#171; reconqu&#234;te &#187; d&#233;mocratique. La mani&#232;re conflictuelle, celle qui d&#233;signe l'adversaire : la &#171; reconqu&#234;te &#187; d&#233;mocratique devra &#234;tre &#171; anti-sph&#232;re financi&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les textes fondateurs &#233;tablissent donc par anticipation un lien de consubstantialit&#233; entre l'anti-n&#233;olib&#233;ral et le d&#233;mocratique. Mais sous la pr&#233;&#233;minence du second : on ne pourra &#234;tre valablement et l&#233;gitimement anti-n&#233;olib&#233;ral (anti-&#171; sph&#232;re financi&#232;re &#187;) que dans la stricte mesure o&#249; l'on inscrira l'anti-n&#233;olib&#233;ralisme dans l'horizon (ou dans l'&#233;l&#233;ment) de la &#171; reconqu&#234;te &#187; d&#233;mocratique . On ne pourra jamais &#234;tre anti-n&#233;olib&#233;ral (anti-&#171; sph&#232;re financi&#232;re &#187;) &#171; en soi &#187;, on devra l'&#234;tre n&#233;cessairement et uniquement &#171; en vue de &#187; la &#171; reconqu&#234;te par les citoyens du pouvoir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Le troisi&#232;me enseignement, le plus important, porte sur le sens &#224; donner &#224; cette notion centrale de &#171; reconqu&#234;te &#187; et cela en lien avec l'interpr&#233;tation du monde tr&#232;s originale que v&#233;hiculent implicitement les formules fondatrices. A savoir une interpr&#233;tation &#171; bipolaire &#187; et conflictuelle. Dans les textes fondateurs, il n'y a face &#224; face que &#171; les citoyens &#187; et la &#171; sph&#232;re financi&#232;re &#187; luttant pour le &#171; pouvoir &#187;, pour l'h&#233;g&#233;monie sociale. Il n'y a pas de troisi&#232;me terme. Pouvoir et h&#233;g&#233;monie qu'a accapar&#233; la &#171; sph&#232;re financi&#232;re &#187; et que &#171; les citoyens &#187; ont &#224; &#171; reconqu&#233;rir &#187;. Dans cette logique strictement bipolaire, toute avanc&#233;e de l'un des deux p&#244;les est n&#233;cessairement recul de l'autre p&#244;le. La seule antith&#232;se et la seule alternative &#224; l'actuelle h&#233;g&#233;monie de la &#171; sph&#232;re financi&#232;re &#187; c'est le &#171; pouvoir des citoyens &#187; (c'est-&#224;-dire la d&#233;mocratie). Mais un pouvoir des citoyens &#224; construire ou re-construire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; la th&#233;matique de la &#171; reconqu&#234;te &#187;. Or, c'est ici que cette th&#233;matique prend tout son sens et un sens qui rompt avec les conceptions standard de la d&#233;mocratie. Quelle est la logique qui conduit &#224; l'adoption du terme &#171; reconqu&#234;te &#187; ? En 1997-98, les textes fondateurs prennent acte du fait que depuis le d&#233;but des ann&#233;es 80, l'offensive de la &#171; sph&#232;re financi&#232;re &#187; a fait consid&#233;rablement reculer le &#171; pouvoir des citoyens &#187;, &#171; la d&#233;mocratie &#187;. Par l&#224; m&#234;me, ils affirment qu'avec un tel rapport de force d&#233;favorable aucune politique anti-&#171; sph&#232;re financi&#232;re &#187; n'a la moindre chance de triompher et d'&#234;tre appliqu&#233;e. La logique des textes fondateurs c'est ceci : la mise en oeuvre d'une politique anti-n&#233;olib&#233;rale suppose elle-m&#234;me la (re)constitution d'un &#171; pouvoir des citoyens &#187;. Autrement dit, la &#171; reconqu&#234;te &#187; d&#233;mocratique ne peut pas &#234;tre con&#231;ue comme un aboutissement, une cons&#233;quence, un r&#233;sultat du recul de la &#171; sph&#232;re financi&#232;re &#187; : elle en sera au contraire l'acte m&#234;me. Elle devra &#234;tre l&#224; d&#232;s le d&#233;but, elle est une condition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, l'horizon temporel ouvert par le &#171; en vue de &#187; des textes fondateurs c'est le pr&#233;sent et non pas le futur : &#171; promouvoir et mener des actions de tous ordres en vue de la reconqu&#234;te par les citoyens du pouvoir qu'exerce la sph&#232;re financi&#232;re sur tous les aspects de la vie &#187; sociale, cela signifie n&#233;cessairement que ces &#171; actions de tous ordres &#187; ont pour enjeu la constitution ici et maintenant d'un &#171; pouvoir des citoyens &#187;, qui ne peut &#234;tre con&#231;u d'abord que comme &#171; pouvoir de reconqu&#234;te &#187;, que comme puissance en actes des citoyens qui sera l'op&#233;ratrice de la mise sur le reculoir du &#171; pouvoir de la finance &#187;. Les citoyens ne pourront &#171; reconqu&#233;rir le pouvoir &#187; qu'&#224; condition de se constituer d'abord en &#171; pouvoir de reconqu&#234;te &#187;, en puissance sociale capable de surpasser la puissance sociale de la &#171; sph&#232;re financi&#232;re &#187;. D&#232;s lors, si la &#171; reconqu&#234;te du pouvoir &#187; ne peut advenir qu'&#224; travers la constitution d'un pouvoir des citoyens, cela signifie que cette &#171; reconqu&#234;te &#187; doit se penser et se constituer comme d&#233;mocratie et que, r&#233;ciproquement, la d&#233;mocratie doit se penser et se constituer comme &#171; reconqu&#234;te &#187; L'expression &#171; reconqu&#234;te des espaces perdus par la d&#233;mocratie au profit de la sph&#232;re financi&#232;re &#187;, utilis&#233;e par la plate-forme de 1997, serait alors &#224; comprendre ainsi : &#171; reconqu&#234;te par la d&#233;mocratie des espaces qu'elle a perdus au profit de la sph&#232;re financi&#232;re &#187;. La &#171; reconqu&#234;te &#187; des textes fondateurs c'est l'institution de la d&#233;mocratie elle-m&#234;me comme &#171; reconqu&#234;te &#187;, comme puissance agissante, comme la forme m&#234;me de la lutte des citoyens contre la &#171; sph&#232;re financi&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sultat : avec cette conception de la d&#233;mocratie comme &#171; reconqu&#234;te &#187; on se retrouve tr&#232;s loin des d&#233;finitions courantes et convenues de la d&#233;mocratie. La d&#233;mocratie- &#171; reconqu&#234;te &#187; ce n'est pas la d&#233;mocratie-r&#233;gime politique ou forme de gouvernement. Ce n'est pas la d&#233;mocratie-structure (ou superstructure) politique C'est la d&#233;mocratie comme puissance en acte des citoyens dirig&#233;e contre la domination sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette relecture des textes fondateurs d'Attac, qui s'est laiss&#233;e porter par ce qui semble &#234;tre leur logique implicite, il para&#238;t possible de faire &#233;merger une conception de la d&#233;mocratie qui serait celle-ci : le &#171; pouvoir des citoyens &#187;, avant de devenir (peut-&#234;tre) dans un futur plus ou moins lointain &#171; les citoyens au pouvoir &#187;, ce serait d'abord, d&#232;s ici et maintenant, les citoyens s'associant et s'organisant selon des formes et en se donnant des buts qui contredisent les formes et les buts impos&#233;s par la &#171; sph&#232;re financi&#232;re &#187;, de fa&#231;on &#224; en faire reculer l'emprise sur la soci&#233;t&#233;. La d&#233;mocratie-&#171; reconqu&#234;te &#187; ce serait tout &#224; la fois un agir social (une mani&#232;re d'agir sur la soci&#233;t&#233; pour la transformer) articul&#233; &#224; une mani&#232;re de faire soci&#233;t&#233; (une mani&#232;re de s'associer et de s'organiser) en vue de commencer &#224; donner corps et consistance &#224; ce qui est le propre de la d&#233;mocratie : l'appropriation par le plus grand nombre de la politique, de cette activit&#233; par laquelle tous d&#233;battent librement (= contradictoirement) et d&#233;cident dans l'&#233;galit&#233; de l'avenir commun. Sachant qu'instituer l'avenir commun en objet de d&#233;bat de tous avec tous et dans l'&#233;galit&#233;, c'est pr&#233;cis&#233;ment faire &#234;tre des significations sociales, des rapports sociaux qu'interdit l'h&#233;g&#233;monie de la &#171; sph&#232;re financi&#232;re &#187;, laquelle se pr&#233;sente comme seule forme possible du pr&#233;sent et de l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui vient d'&#234;tre dit ne signifie nullement que cette &#171; d&#233;mocratie-reconqu&#234;te &#187; &#233;puise &#224; elle seule le concept de d&#233;mocratie. La d&#233;mocratie-r&#233;gime politique, la d&#233;mocratie comme forme institu&#233;e du pouvoir populaire demeure assur&#233;ment un objectif essentiel. Ce que permettent les textes fondateurs, avec cette id&#233;e de &#171; reconqu&#234;te par les citoyens du pouvoir &#187;, c'est d'enrichir la notion de d&#233;mocratie en mettant &#224; l'ordre du jour son versant (ou son moment) instituant. A savoir que la d&#233;mocratie &#171; r&#233;elle &#187;, le pouvoir effectif des citoyens peuvent et doivent commencer &#224; prendre corps dans la lutte contre la domination sociale. A la fois comme mode et arme de lutte et comme anticipation de rapports sociaux alternatifs se constituant dans le processus m&#234;me de transformation sociale. Par exemple &#224; travers la discussion et la d&#233;termination collectives des formes et des buts de cette lutte, ou plus exactement de chacune des lutes dont la multiplicit&#233; constituent ce processus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'aident &#224; concevoir les textes fondateurs c'est donc le &#171; pouvoir des citoyens &#187; (ou du &#171; peuple &#187; ou des &#171; travailleurs &#187;, bref, la d&#233;mocratrie) non pas seulement comme couronnement, apoth&#232;ose, de la transformation sociale mais aussi et tout autant comme la forme m&#234;me de sa r&#233;alisation. A c&#244;t&#233; (et dans la perspective) d'une future &#171; d&#233;mocratie institutionnelle &#187;, d'une d&#233;mocratie-exercice du pouvoir populaire, les textes fondateurs invitent implicitement &#224; penser (et &#224; construire au pr&#233;sent) une &#171; d&#233;mocratie actionnelle &#187;, une d&#233;mocratie-conqu&#234;te de puissance sociale qui soit simultan&#233;ment une &#171; d&#233;mocratie de transformation sociale &#187;. Une &#171; d&#233;mocratie actionnelle &#187; qui reconfigurerait d'un m&#234;me mouvement les rapports de force et les rapports sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette perspective que les 12 th&#232;ses ambitionnent de porter &#224; la discussion d'Attac.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>D&#233;mocratie et transformation sociale - douze th&#232;ses pour la r&#233;flexion d'Attac</title>
		<link>https://blogs.attac.org/commission-democratie/fondamentaux-de-la-democratie/article/democratie-et-transformation-sociale</link>
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		<dc:date>2009-05-08T17:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;D&#233;mocratisation et &#233;mancipation sont li&#233;s ; constituer la politique en bien commun ; d&#233;border la d&#233;mocratie repr&#233;sentative/d&#233;l&#233;gataire ; d&#232;s aujourd'hui des espaces publics alternatifs ... &lt;br class='autobr' /&gt;
23 premiers signataires : Mohand Acherar, Jean-Claude Bauduret, Martine Boudet, Denis Boutin, Patrick Braibant, Didier Brisebourg, Marc Brunet, Philippe Corcuff, Thomas Coutrot, Bernard Defaix, Christian Delarue, Luc Douillard, Julien Estrada, Fabrice Flipo, G&#233;rard Lerondeau, Yolande Onate, Patrick (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://blogs.attac.org/commission-democratie/fondamentaux-de-la-democratie/" rel="directory"&gt;Fondamentaux de la d&#233;mocratie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#233;mocratisation et &#233;mancipation sont li&#233;s ; constituer la politique en bien commun ; d&#233;border la d&#233;mocratie repr&#233;sentative/d&#233;l&#233;gataire ; d&#232;s aujourd'hui des espaces publics alternatifs ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23 premiers signataires : Mohand Acherar, Jean-Claude Bauduret, Martine Boudet, Denis Boutin, Patrick Braibant, Didier Brisebourg, Marc Brunet, Philippe Corcuff, Thomas Coutrot, Bernard Defaix, Christian Delarue, Luc Douillard, Julien Estrada, Fabrice Flipo, G&#233;rard Lerondeau, Yolande Onate, Patrick Ramonatxo, Niurka R&#232;gle, Albert Richez, Pierre Ruscassie, Fran&#231;ois Schalchli, R&#233;gine Tassi, Jacques Testart.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le combat altermondialiste d'Attac est, fondamentalement, un combat pour la d&#233;mocratisation des soci&#233;t&#233;s&#034; (Manifeste altermondialiste, 2007). Mani&#232;re de dire que pour nous &lt;strong&gt;&#233;mancipation et d&#233;mocratisation sont indissociables&lt;/strong&gt;. Il s'agit de transformer le monde pour le d&#233;mocratiser, de le d&#233;mocratiser pour le transformer.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratisation est avant tout un processus de &#034;socialisation de la politique&#034; (Y. Salesse). Il n'y aura pas d'&#233;mancipation effective sans action r&#233;solue, permanente, multiforme, constamment r&#233;activ&#233;e, pour &lt;strong&gt;constituer la politique en bien commun&lt;/strong&gt;, en chose de tous. Les forces se r&#233;clamant de la transformation sociale manquent leur vis&#233;e &#233;mancipatrice si elles ne font pas une priorit&#233; absolue de la recherche des conditions et des formes de l'appropriation de la politique par ceux et celles-l&#224; m&#234;mes dont elles disent vouloir l'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;mocratiser c'est &#233;manciper.&lt;/strong&gt; La d&#233;mocratie &#034;r&#233;elle&#034; ne doit pas &#234;tre envisag&#233;e comme une cons&#233;quence de la transformation sociale &#8211; au nom de l'id&#233;e que seul un monde plus &#233;galitaire permettra un exercice r&#233;el des droits d&#233;mocratiques. La d&#233;mocratie ne doit pas &#234;tre non plus consid&#233;r&#233;e comme un simple instrument, parmi d'autres, pour la conqu&#234;te de droits humains et sociaux. Il faut au contraire affirmer que le processus de d&#233;mocratisation est, en lui-m&#234;me et par lui-m&#234;me, l'acte par excellence de transformation sociale, par lequel les citoyens construisent et conqui&#232;rent des significations et des agencements sociaux qui contredisent frontalement ceux de tous les syst&#232;mes de domination, &#224; commencer par ceux du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;mocratiser c'est :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; constituer tous les membres de la soci&#233;t&#233; en sujets politiques, en rejetant la r&#233;duction &#233;conomiste du monde et des hommes sous la loi de l'accumulation du capital et du march&#233;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; mettre en oeuvre une vis&#233;e &#233;galitaire radicale faisant de la politique un &#034;droit universel&#034; (Etienne Balibar) en contradiction de tous les discriminants sociaux imm&#233;moriaux (naissance, savoir, richesse, genre, &#034;race&#034;) ou plus r&#233;cents (propri&#233;t&#233; du capital, appartenance &#224; une avant-garde auto-proclam&#233;e, mandat &#034;libre&#034;, expertise en tout genre ) qui pr&#233;tendent conf&#233;rer le monopole de la direction des affaires du monde &#224; une minorit&#233; qui entretient ses privil&#232;ges.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#233;tablir un principe de limitation r&#233;ciproque des puissances sociales : dans la collectivit&#233; politique d&#233;mocratique chacun ne compte que pour un et un seul (une personne = une voix), alors qu'&#224; l'inverse l'accumulation effr&#233;n&#233;e du capital et du pouvoir porte une logique (et un fantasme) d'illimitation de la puissance, de contr&#244;le sans cesse accru sur les autres.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; ouvrir &#224; tous les membres de la soci&#233;t&#233; la possibilit&#233; concr&#232;te de discuter et de d&#233;cider les r&#232;gles de l'organisation sociale, imposer la confrontation permanente entre ce qui est et ce qui pourrait ou devrait &#234;tre. C'est, l&#224; encore, contredire en acte le capitalisme o&#249; la soumission aux lois du march&#233; et du profit &#233;limine la possibilit&#233;-m&#234;me de r&#233;els choix politiques.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi le pari d&#233;mocratique &#8211; les citoyennes et les citoyens participent effectivement aux d&#233;cisions pour fixer les r&#232;gles et les buts de la vie en commun &#8211; peut et doit &#234;tre la boussole des forces sociales qui visent l'&#233;mancipation humaine.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D&#233;mocratiser c'est combattre r&#233;solument et faire reculer les discriminations de fait et de droit qui &#233;loignent de la culture et de l'activit&#233; politique, en particulier les femmes, les ouvriers et employ&#233;s, les personnes issues de l'immigration, notamment des anciennes colonies. Les bancs des assembl&#233;es &#233;lues refl&#232;tent, parfois jusqu'&#224; la caricature, cette situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les organisations du mouvement social, au-del&#224; des bonnes intentions f&#233;ministes, anti-racistes et anti-&#233;litistes, sont trop souvent aveugles &#224; leur propre fonctionnement discriminatoire. Pour y &#234;tre &#233;cout&#233; mieux vaut &#234;tre m&#226;le, &#034;blanc&#034; et bien dipl&#244;m&#233;. La virilit&#233; oratoire, le temps libre en abondance sont des facteurs d'acc&#232;s aux responsabilit&#233;s qui tendent de facto &#224; &#233;carter les femmes. La ma&#238;trise de la culture l&#233;gitime et du discours expert, l'assurance voire l'absence de doute qu'elle engendre fr&#233;quemment, sont trop souvent des conditions pour &#234;tre pris au s&#233;rieux. Il est alors tr&#232;s difficile &#224; ces organisations de se constituer en contre-mod&#232;le des rapports sociaux o&#249; le sexisme, le racisme et le pr&#233;jug&#233; de classe (parfois additionn&#233;s) participent &#224; la structuration in&#233;gale de la soci&#233;t&#233;, et notamment aux m&#233;canismes d'exclusion de l'activit&#233; politique. S'accommoder plus ou moins honteusement de cet &#233;tat de fait, refuser de prendre &#224; bras le corps la question des contraintes mat&#233;rielles et culturelles entravant l'appropriation de la politique, n'est pas acceptable dans une perspective de transformation d&#233;mocratique. Celle-ci exige que les forces qui luttent pour un autre monde trouvent les moyens de rompre dans leurs propres pratiques avec le partage des r&#244;les sociaux h&#233;rit&#233; de l'ancien monde.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;V&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D&#233;mocratiser c'est entreprendre de &lt;strong&gt;d&#233;border les limites du r&#233;gime repr&#233;sentatif/d&#233;l&#233;gataire&lt;/strong&gt; qui exclut m&#233;thodiquement chacun une fois les &#233;lections pass&#233;es, qui peut purement et simplement trahir la souverainet&#233; populaire, o&#249; l'&#171; aristocratie &#233;lective &#187;, gouverne en cultivant la passivit&#233; des citoyens. La repr&#233;sentation/d&#233;l&#233;gation, l&#224; o&#249; elle est jug&#233;e n&#233;cessaire, doit prendre la forme de mandats brefs, d&#233;limit&#233;s, v&#233;rifi&#233;s, ne devant ni donner lieu &#224; privil&#232;ges ni se transformer en sin&#233;cure . D&#233;mocratiser c'est travailler &#224; l'invention et &#224; la mise en oeuvre de nouvelles formes d'intervention directe du grand nombre sur la sc&#232;ne politique, en pla&#231;ant toujours au centre la question de l'initiative, de la d&#233;cision et du contr&#244;le populaires, aux niveaux local, r&#233;gional, national, europ&#233;en.... Sachant que dans ce dernier cas, o&#249; il s'agit de construire une d&#233;mocratie au-del&#224; du cadre de l'Etat-nation, tout est &#224; inventer : les &#034;&#233;lites&#034; europ&#233;ennes politiques, &#233;conomiques, m&#233;diatiques, &#224; commencer par le gouvernement et la majorit&#233; des parlementaires fran&#231;ais, ont montr&#233;, &#224; l'occasion des d&#233;bats sur le TCE, le trait&#233; de Lisbonne et les r&#233;f&#233;rendums fran&#231;ais, n&#233;erlandais et irlandais, le m&#233;pris dans lequel elles tiennent la volont&#233; populaire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VI&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D&#233;mocratiser c'est tout autant imposer l'intrusion de la vis&#233;e d&#233;mocratique l&#224; o&#249; elle est &#224; peu pr&#232;s totalement exclue : la &lt;strong&gt;sph&#232;re &#233;conomique&lt;/strong&gt; et ses institutions. Il s'agit d'inventer les moyens (lieux, proc&#233;dures), qualitativement diff&#233;rents des possibilit&#233;s actuelles, de poser politiquement et de traiter d&#233;mocratiquement des questions aussi d&#233;cisives que celles-ci : que produire(interrogation majeure, ins&#233;parable de notre lutte pour convaincre que la finitude de la plan&#232;te rend obsol&#232;te le mode de d&#233;veloppement existant) ? Comment produire (choix des techniques, des modes d'organisation de la production mais aussi des formes de propri&#233;t&#233; et de gestion) ? Comment r&#233;partir la richesse produite ? A quelles conditions, dans une perspective &#233;mancipatrice, le travail prend-il un sens positif pour ceux qui l'effectuent ? Dans les ann&#233;es &#224; venir, transformer la socialisation cynique des pertes en avanc&#233;es vers la socialisation d&#233;mocratique de la monnaie, du syst&#232;me bancaire et de l'&#233;conomie, constituera un enjeu essentiel des luttes sociales et politiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VII&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La concr&#233;tisation, la traduction en d&#233;cisions et en actes des perspectives pr&#233;sent&#233;es aux th&#232;ses V et VI exigent d'acc&#233;der au pouvoir. Toutefois, &lt;strong&gt;la vis&#233;e de d&#233;mocratisation ne saurait ni attendre la conqu&#234;te du pouvoir d'Etat ni tout attendre d'elle&lt;/strong&gt; comme nous l'enseignent les &#233;checs et les drames des &#034;exp&#233;riences&#034; de transformation sociale du XX&#232;me si&#232;cle. Il s'agissait de prendre le pouvoir pour (ensuite) transformer la soci&#233;t&#233; dans le sens de l'&#233;galit&#233;, de l'&#233;mancipation et de la d&#233;mocratie la plus large. La r&#233;alit&#233; fut toute autre : ceux qui prirent le pouvoir (une minorit&#233; &#034;&#233;clair&#233;e&#034;) le gard&#232;rent pour eux. Si bien que loin d'accoucher de l'&#233;mancipation, le renversement de l'ancien monde d&#233;boucha souvent, dans un premier temps sur des avanc&#233;es &#233;conomiques et sociales, mais aussi sur des formes de domination, in&#233;dites et implacables, qui amen&#232;rent des crimes de grande ampleur. La transformation sociale ne sera &#233;mancipatrice que si les forces qui la portent mettent d&#233;j&#224; en actes, au quotidien, la vis&#233;e d&#233;mocratique, en favorisant les capacit&#233;s d'auto-organisation et de participation populaire, y compris en leur sein. Tout ne d&#233;bute pas le jour de la prise du pouvoir !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VIII&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les organisations qui disent rechercher la transformation sociale ont devant elles une t&#226;che d&#233;cisive qui ne d&#233;pend que d'elles : &#234;tre elles-m&#234;mes le th&#233;&#226;tre de ce processus de d&#233;mocratisation ! S'appliquer &#224; elles-m&#234;mes la vis&#233;e d'appropriation de la politique par le grand nombre. Ce qui, de leur part, suppose une grande modestie, car &lt;strong&gt;elles sont elles-m&#234;mes une partie du probl&#232;me d&#233;mocratique&lt;/strong&gt;. Tout autant que les institutions &#233;tatiques, les partis, syndicats, associations qui se disent progressistes &#8211; Attac inclus - pratiquent trop souvent les formes d&#233;l&#233;gataires/substitutives de la politique, tant dans leur fonctionnement interne que dans leurs rapports aux groupes sociaux qu'ils pr&#233;tendent &#034;repr&#233;senter&#034;. Trop souvent aussi le langage des &#171; responsables &#187; est inadapt&#233; au projet de faire participer le plus grand nombre. Il en est de m&#234;me de leur r&#233;f&#233;rence fr&#233;quente, sans le minimum d'explications n&#233;cessaires, &#224; des th&#233;ories, conceptions, cat&#233;gories, notions mal connues, voire inconnues, de ce dernier (n&#233;olib&#233;ralisme, keyn&#233;sien, r&#233;gulation, altermondialisme etc. etc.). Aussi ces organisations n'&#233;chappent-elles pas &#224; la d&#233;fiance et &#224; la d&#233;saffection qui frappent les formes institu&#233;es de la politique, dans lesquelles elles se sont d'ailleurs souvent coul&#233;es. Pour rompre cet enfermement, les organisations et mouvements sociaux ont un devoir d'innovation d&#233;mocratique, notamment en ce qui concerne la question de la parit&#233;, dont ils doivent &#234;tre eux-m&#234;mes le terrain d'exp&#233;rimentation. Pour d&#233;mocratiser la soci&#233;t&#233; dans une perspective de transformation sociale, il faut commencer par faire entrer &#224; larges flots la d&#233;mocratie dans les pratiques des organisations du mouvement social. Une grande partie du sort de la d&#233;mocratisation de la soci&#233;t&#233;, et donc de sa transformation, se jouera dans leur volont&#233; et leur capacit&#233; &#224; se constituer en foyers de d&#233;mocratie en acte.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IX&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit de changer le rapport des gens &#224; la politique. De leur proposer les moyens d'&lt;strong&gt;acc&#233;der &#224; la politique non plus comme spectacle fait par d'autres, mais comme auto-activit&#233;&lt;/strong&gt;, comme moyen d'acqu&#233;rir soi-m&#234;me une prise r&#233;elle sur le cours des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette perspective, qu'est-ce qu'une mobilisation d&#233;mocratique ? Une gr&#232;ve d&#233;mocratique ? Une campagne &#233;lectorale d&#233;mocratique ? Qui est admis &#224; d&#233;cider (et comment) des objectifs ? Qui est admis &#224; d&#233;cider (et comment) des formes d'action ? Qui est admis &#224; d&#233;cider (et comment) de la conduite de l'action ? Sans r&#233;ponse th&#233;orique et pratique &#224; ces questions, sans faire en sorte que chacun se sente en mesure de peser sur l'action qui lui est propos&#233;e, il sera impossible de transformer la col&#232;re et la frustration de larges secteurs de la population en action collective efficace.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;X&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, une question cl&#233; est celle de la &lt;strong&gt;constitution d'espaces publics alternatifs&lt;/strong&gt;, o&#249; pourraient s'exprimer, se construire et se rendre visibles, les aspirations et les exigences des couches populaires face &#224; l'exp&#233;rience massive du d&#233;ni de droits et du m&#233;pris social auxquels elles sont de plus en plus confront&#233;es de la part des dirigeants &#233;conomiques et politiques. Dans ces espaces publics alternatifs les citoyens pourraient rompre avec la passivit&#233; &#224; laquelle ils sont condamn&#233;s par la r&#233;signation et l'atomisation sociale, et acc&#233;der &#224; l'activit&#233; politique d&#233;mocratique, seule susceptible de bousculer les rapports de force sociaux. C'est &#224; une obligation d'&lt;strong&gt;invention d&#233;mocratique&lt;/strong&gt; que sont ici convi&#233;es les forces de la transformation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;XI&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Attac, &#034;mouvement d'&#233;ducation populaire tourn&#233; vers l'action&#034;, a une responsabilit&#233; et une opportunit&#233; particuli&#232;res. N'&#233;tant pas une machine &#224; conqu&#233;rir pouvoirs ou avantages, elle est moins prisonni&#232;re des jeux institutionnels qui rendent plus difficile la prise en charge de la perspective ici trac&#233;e. Mais cela exige qu'Attac enrichisse sa conception de l'&#233;ducation populaire : non seulement &#233;laborer et populariser des contenus transformateurs, articulant critique de l'existant et propositions alternatives, &lt;strong&gt;mais aussi, et tout autant, travailler &#224; des formes politiques &#233;mancipatrices&lt;/strong&gt; qui soient appropri&#233;es par le plus grand nomble possible. Adopter cette perspective conf&#232;rerait &#224; la r&#233;flexion et &#224; l'action d'Attac une dimension v&#233;ritablement novatrice : faire de la d&#233;mocratie, faire du processus d'appropriation de la politique par le grand nombre, un objet d'&#233;ducation populaire et d'action.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;XII&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc essayer de penser ensemble contenus &#233;mancipateurs et formes politiques &#233;mancipatrices. Puisque la forme d'action privil&#233;gi&#233;e d'Attac est l'organisation de campagnes th&#233;matiques, pourquoi ne pas r&#233;fl&#233;chir &#224; ce que pourraient &#234;tre des &#034;&lt;strong&gt;campagnes participatives&lt;/strong&gt;&#034; o&#249; celles et ceux &#224; qui s'adresse la campagne (au moins une partie un peu significative d'entre eux) seraient mis en situation d'en devenir les acteurs ? La mobilisation victorieuse contre le CPE en a &#233;t&#233; un brillant exemple, spontan&#233; ou presque, gr&#226;ce aux capacit&#233;s d'auto-organisation de la jeunesse scolaris&#233;e, soutenue par le mouvement syndical et citoyen. L'actuelle mobilisation autour de la sauvegarde du service public de la Poste en est un autre exemple, certes moins imp&#233;tueux, mais qui tente de se construire, localement et nationalement, &#224; travers une convergence entre salari&#233;s, associations et usagers, avec une interpellation du politique et l'exigence d'un r&#233;f&#233;rendum. C'est un th&#232;me o&#249; les citoyens et les citoyennes, y compris (et peut-&#234;tre surtout) les plus modestes, ont des choses &#224; dire, des exigences &#224; exprimer en termes de qualit&#233;, d'accessibilit&#233;, d'efficacit&#233; sociale du service public. Exigences dont il y a fort &#224; parier &#8211; c'est le sens m&#234;me du pari d&#233;mocratique &#8211; qu'elles contrediront directement le projet de privatisation. Dans la p&#233;riode de crise sociale g&#233;n&#233;rale qui s'ouvre, Attac pourrait peser pour qu'&#233;mergent de mani&#232;re d&#233;centralis&#233;e des espaces publics d&#233;mocratiques accueillant une parole propre des citoyennes et des citoyens quant aux contenus et aux objectifs des mobilisations.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les causes psychosociologiques de l'addiction dans une soci&#233;t&#233; capitaliste </title>
		<link>https://blogs.attac.org/commission-democratie/fondamentaux-de-la-democratie/article/les-causes-psychosociologiques-de-l-addiction-dans-une-societe-capitaliste</link>
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		<dc:date>2008-11-12T19:16:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thierry Brugvin</dc:creator>



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&lt;p&gt;Pour expliquer les addictions, on observe une circularit&#233; entre la dimensions psychologique et les d&#233;terminismes &#233;conomiques et id&#233;ologiques ; mais capitalisme et carences d&#233;mocratiques restent les causes principales. Etude des addictions &#224; la consommation, au pouvoir, &#224; la reconnaissance sociale. L'autolimitation, &#171; la simplicit&#233; volontaire &#187; comme rem&#232;des ? &lt;br class='autobr' /&gt; 1 - Introduction &lt;br class='autobr' /&gt; Le grand m&#233;rite de certains auteurs tels Corn&#233;lius Castoriadis, des freudo- marxistes tels Marcuse et d'autres (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://blogs.attac.org/commission-democratie/fondamentaux-de-la-democratie/" rel="directory"&gt;Fondamentaux de la d&#233;mocratie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour expliquer les addictions, on observe une circularit&#233; entre la dimensions psychologique et les d&#233;terminismes &#233;conomiques et id&#233;ologiques ; mais capitalisme et carences d&#233;mocratiques restent les causes principales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Etude des addictions &#224; la consommation, au pouvoir, &#224; la reconnaissance sociale. L'autolimitation, &#171; la simplicit&#233; volontaire &#187; comme rem&#232;des ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1 - Introduction
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le grand m&#233;rite de certains auteurs tels Corn&#233;lius Castoriadis, des freudo- marxistes tels Marcuse et d'autres psychosociologues est d'avoir introduit l'approche individuelle et psychologique dans l'analyse &#233;conomique et politique, afin d'&#233;viter une dichotomie trop manich&#233;enne, entre le collectif et l'individu, le d&#233;terminisme et la libert&#233;, la sociologie et la psychologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; travers ce texte, nous allons chercher &#224; parcourir diff&#233;rentes analyses psychosociologiques des m&#233;canismes de l'addiction. Nous explorerons diff&#233;rentes dimensions. Tout d'abord, nous analyserons l'addiction &#224; la consommation comme compensation d'une ins&#233;curit&#233; et de carences psychiques, puis l'addiction psychologique au pouvoir comme obstacle &#224; la d&#233;mocratie dans les organisations. Nous verrons ensuite que le d&#233;tachement des addictions individuelles et collectives suppose aussi une mutation anthropologique, car la culture techno-capitaliste renforce notamment l'addiction &#224; la reconnaissance sociale, &#224; la croissance infinie. Enfin, nous verrons en quoi l'autolimitation, la &#171; simplicit&#233; volontaire &#187; peuvent &#234;tre des rem&#232;des contre l'addiction &#224; la consommation, &#224; la violence et &#224; la d&#233;mesure.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2 - L'addiction &#224; la consommation comme compensation d'une ins&#233;curit&#233; et de carences psychiques &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le sociologue Veblen Thorstein (1970) qualifie de &#171; consommation ostentatoire &#187;, l'acte de consommer pour para&#238;tre, pour se sentir exister par le regard qu'on imagine envieux et admiratif des autres. En effet, le besoin de consommer pour para&#238;tre vise souvent &#224; compenser nos carences identitaires. Plus les individus se sentent mal aim&#233;s, mal reconnus, plus ils ressentent un vide existentiel, un manque de sens profond, plus ils cherchent des b&#233;quilles pour r&#233;pondre &#224; leurs carences affectives et identitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le besoin de possession et d'accumulation est quasiment illimit&#233; chez certains milliardaires, qui accumulent plus qu'ils ne pourront jamais consommer ou d&#233;penser. Car le ressort profond de leurs besoins est fond&#233; sur un besoin de puissance. Cela devient un indicateur de r&#233;ussite : plus ils poss&#232;dent, plus ils se sentent puissants et plus leur classement dans le palmar&#232;s des personnalit&#233;s les plus riches du monde progresse ! Ce besoin de puissance est lui-m&#234;me le signe d'un complexe d'inf&#233;riorit&#233;, explique Adler (1918), d'une peur d'assumer sa part de fragilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour les moins riches, le besoin de possession repose d'abord sur la peur du manque. Le fait de poss&#233;der des richesses, des biens &#224; profusion, rassure les personnes qui se sentent &#233;ternellement en danger de tomber un jour dans la pr&#233;carit&#233; &#233;conomique, alors m&#234;me qu'elles d&#233;tiennent d&#233;j&#224; une propri&#233;t&#233;, une automobile, un m&#233;tier, ou plus g&#233;n&#233;ralement lorsqu'elles disposent d&#233;j&#224; d'une situation professionnelle assur&#233;e. Leur analyse n'est pas fond&#233;e sur les faits, mais sur une angoisse d'ins&#233;curit&#233; inconsciente, la crainte de sombrer un jour dans la pr&#233;carit&#233;. Pour s'en pr&#233;munir, elles ne cessent d'accumuler, m&#234;me quand leurs besoins minimaux sont atteints ; cependant, c'est peine perdue, puisque leur probl&#232;me n'est pas mat&#233;riel, mais psychique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour s'en d&#233;tacher, les membres du mouvement pour &#171; la simplicit&#233; volontaire &#187; (Burch, 2007) apprennent &#224; vivre heureux avec de faibles moyens, gr&#226;ce &#224; des joies et des activit&#233;s simples, afin de se lib&#233;rer de leur besoin de possessions mat&#233;rielles et d'autrui, de leur consommation de marchandises, de leurs addictions aux sucreries, &#224; la sexualit&#233;&#8230; Cela n'emp&#234;che pas une partie d'entre eux de militer en m&#234;me temps contre l'exploitation et la domination du capitalisme, ne se limitant pas &#224; la d&#233;nonciation mais tentant de r&#233;aliser concr&#232;tement une soci&#233;t&#233; alternative au capitalisme, fond&#233;e notamment sur l'accumulation illimit&#233;e de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, ce mouvement de la &#171; simplicit&#233; volontaire &#187; ne touche qu'une petite partie de la population mondiale solvable. La majorit&#233; des autres individus des pays riches est la cible des professionnels du marketing capitaliste qui s'appuie sur ces failles, qu'ils ont &#233;tudi&#233;es de tr&#232;s pr&#232;s. Dans le cadre de la &#171; soci&#233;t&#233; de consommation &#187;, ces professionnels cherchent &#224; accro&#238;tre les profits des entreprises en poussant la population &#224; la consommation, en particulier par la publicit&#233;. Le besoin psychosociologique de possession et de consommation est ainsi renforc&#233; par le marketing capitaliste. De plus, depuis l'Antiquit&#233; au moins, les pouvoirs en place ont bien compris l'utilit&#233; de r&#233;pondre &#224; ce besoin &#224; travers &#171; du pain et des jeux &#187;, comme disaient les Romains. Un peuple qui ne crie pas trop famine, qui a le ventre plein et qui s'amuse, devient alors plus facile &#224; diriger &#224; son insu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son livre Le Capital, Marx pr&#233;cise que ce processus illusoire rel&#232;ve du besoin de consommer et commercer, un besoin d'ordre psycho-sociologique. Il explique que, lorsque nous achetons une marchandise, nous oublions que celle-ci n'est qu'un objet mat&#233;riel et nous en faisons une idole, un f&#233;tiche : nous sommes victimes du m&#233;canisme de &#171; f&#233;tichisation de la marchandise &#187; (Marx, 1948 I,1,4, p. 57).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ali&#233;nation, terme juridique &#224; l'origine, est aussi un concept transversal utilis&#233; &#224; la fois en philosophie, en &#233;conomie et en psychologie. On le trouve chez Hegel (1982), puis repris par Marx (1962) qui la d&#233;crit comme l'&#233;tat dans lequel l'&#234;tre humain est d&#233;tourn&#233; de sa conscience v&#233;ritable, par les conditions &#233;conomiques dans lesquelles il vit. Lorsqu'un individu est ali&#233;n&#233;, il n'a m&#234;me pas conscience d'&#234;tre exploit&#233;, d'&#234;tre domin&#233;, ni m&#234;me d'appartenir &#224; une classe sociale particuli&#232;re au sein de laquelle il pourrait d&#233;fendre ses int&#233;r&#234;ts (la classe en soi). Cependant, l'ali&#233;nation peut prendre diff&#233;rentes formes, religieuse avec Ludwig&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Feuerbach (1804-1872), familiale, sexuelle ou socio-&#233;conomique chez Marx. La phrase c&#233;l&#232;bre de ce dernier, &#171; la religion est l'opium du peuple &#187;, pourrait d&#232;s lors &#234;tre d&#233;tourn&#233;e de la mani&#232;re suivante : &#171; la consommation est l'opium du peuple &#187;, la consommation &#233;tant effectivement susceptible d'ali&#233;ner les individus.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3 - L'addiction psychologique au pouvoir contre la d&#233;mocratie dans les organisations (gouvernements, entreprises, associations)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On ne peut donc pas consid&#233;rer que les probl&#232;mes politiques ne rel&#232;vent que de d&#233;ficiences de nature sociale ; ils rel&#232;vent aussi de faiblesses psychologiques, de nature individuelle. Plus les individus s'&#233;l&#232;vent dans les structures du pouvoir &#233;conomique ou politique, plus le besoin psychologique du pouvoir est susceptible d'&#234;tre stimul&#233;. Certains y succombent, d'autres non, d'autres encore pr&#233;f&#232;rent s'en &#233;carter pour &#233;viter ce type de difficult&#233;s. Il s'en trouve aussi qui restent pendant un temps &#224; des postes de pouvoir sans succomber &#224; ces vicissitudes. En effet, les probl&#232;mes d'ego et de pouvoir, d'agressivit&#233;, d'intol&#233;rance, etc., sont les premiers pas vers les pratiques antid&#233;mocratiques, aussi bien au sein de la gouvernance globale non d&#233;mocratique qu'au c&#339;ur des mouvements sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. Castoriadis (2001), dans la lign&#233;e de Freud, affirme l'existence d'une instance originaire psychique qui se repr&#233;sente comme &#233;tant toute-puissante, dans l'enfance. &#192; l'&#226;ge adulte, les individus cherchent inconsciemment &#224; retrouver ce sentiment de toute-puissance. C'est pourquoi l'on dit commun&#233;ment que le &#171; pouvoir total rend totalement fou &#187;, car il favorise une r&#233;gression psychologique vers ce besoin de toute-puissance. D'un point de vue sociologique, Montesquieu (1748) avait aussi montr&#233; qu'un pouvoir, s'il n'est pas limit&#233;, tend &#224; devenir omnipotent et illimit&#233;, d'o&#249; sa doctrine de la s&#233;paration des pouvoirs entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alfred Adler (1870-1937) est un des trois p&#232;res fondateurs de la psychanalyse avec Freud (1856-1939) et Karl Abraham (1877-1925). Freud avait fait de la libido et des pulsions sexuelles la cause premi&#232;re du fonctionnement psychique humain. Dans son ouvrage Th&#233;orie et pratique de la psychologie individuelle (1918), Adler va &#233;laborer une th&#233;orie de la psychologie individuelle, fond&#233;e sur le besoin de puissance visant &#224; compenser un sentiment d'inf&#233;riorit&#233; inh&#233;rent &#224; tout &#234;tre humain n&#233;vros&#233;. Et comme, selon la psychanalyse, la quasi-totalit&#233; des &#234;tres humains sont n&#233;vros&#233;s, personne n'y &#233;chappe. Cette tendance sera toutefois plus ou moins d&#233;velopp&#233;e selon la structure psychique de chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, Adler tend &#224; exag&#233;rer quelque peu la dimension pathologique du besoin de puissance. Pour Nietzsche, ce besoin est plut&#244;t un &#233;l&#233;ment naturel, sain, non pathologique, n&#233;cessaire au d&#233;veloppement de l'individu. Par contre, Nietzsche ne pr&#233;cise pas que ce besoin devient pathologique dans son exc&#232;s, en particulier dans le besoin exag&#233;r&#233; et souvent inconscient de compensation du sentiment d'inf&#233;riorit&#233;. Le besoin de pouvoir, le d&#233;sir de puissance est, selon Nietzsche, une pulsion &#224; d&#233;velopper, qui suppose l'&#233;dification d'une &#171; morale du surhomme &#187; fond&#233;e sur la volont&#233; de puissance plut&#244;t que sur l'humilit&#233; chr&#233;tienne, qui manifeste une morale des faibles. &#171; La vie est, &#224; mes yeux, instinct de croissance, de dur&#233;e, d'accumulation de force, de puissance : l&#224; o&#249; la volont&#233; de puissance fait d&#233;faut, il y a d&#233;clin &#187;, &#233;crit Nietzsche (1976).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re le discours du service &#224; autrui se cache souvent un besoin de reconnaissance, d'amour, de gloire, le besoin finalement de se servir soi. De m&#234;me, derri&#232;re le discours de l'efficacit&#233; se cachent souvent des besoins de puissance, voire des addictions &#224; la domination. Une telle analyse ne se limite d'ailleurs pas aux &#233;lites &#233;conomiques et politiques, elle concerne aussi les leaders et les dirigeants associatifs, ou autres bons samaritains d&#233;fendant une &#171; noble cause &#187;, telle la justice, l'&#233;galit&#233;, les droits de l'homme ou la d&#233;mocratie, et ce, jusqu'aux individus les plus simples. En mettant en avant le discours du sacrifice de soi pour une noble cause, ceux-ci cherchent en fait bien souvent &#224; se servir eux-m&#234;mes en priorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pression sociale et l'imitation viennent renforcer les diff&#233;rentes addictions. Beaucoup de citoyens ordinaires, s'ils &#233;taient plac&#233;s du jour au lendemain aux commandes d'une transnationale exer&#231;ant des pratiques ill&#233;gales ou d'une dictature, deviendraient probablement des dirigeants corrompus ou des tyrans. D'une part, pour des raisons psychologiques, li&#233;es au besoin de pouvoir (plus ou moins refoul&#233;), tel que l'analyse Adler (1918). D'autre part, du fait de la pression sociale de leurs coll&#232;gues et de l'imitation, par l'isomorphisme (Powell et DiMaggio, 1983, p. 152), afin de rester conforme aux pratiques de son milieu, de sa culture et de ses codes. L'individu tend &#224; reproduire les pratiques de sa classe sociale. C'est le ph&#233;nom&#232;ne de &#171; reproduction &#187; d&#233;crit par Bourdieu (1972). Comme l'explique Braudel, lorsqu'un dirigeant exerce au &#171; troisi&#232;me &#233;tage de la soci&#233;t&#233; &#187;, au sommet des responsabilit&#233;s nationales et internationales, il reproduit les r&#232;gles sociales, les pratiques de ses pairs qui se sentent au-dessus des lois cr&#233;&#233;es pour la masse des citoyens. Il se consid&#232;re &#234;tre membre de l'&#233;lite, donc au-dessus de cette masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les abus du pouvoir ne sont donc ni uniquement de nature psychologique, ni uniquement li&#233;s aux structures sociales, comme l'explique Braudel. C'est une erreur de penser que tous les grands dictateurs sont des psychotiques (m&#234;me si cela a pu &#234;tre le cas parfois). Il existe en r&#233;alit&#233; une relation dialectique entre le besoin psychologique du pouvoir et les structures de domination politique et &#233;conomique qui nuisent &#224; la d&#233;mocratie. On observe ainsi que les probl&#232;mes politiques rel&#232;vent aussi bien de d&#233;ficiences de nature sociale, donc collectives, que de faiblesses psychologiques, donc individuelles.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4 - L'addiction &#224; la reconnaissance sociale : la &#171; personnalit&#233; culturelle &#187; narcissique et pr&#233;datrice dans la culture capitaliste &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me capitaliste exerce un impact sur notre psychisme, explique Christopher Lasch dans &lt;i&gt;La culture du narcissisme&lt;/i&gt; (1979). Dans la mesure o&#249; le capitalisme lib&#233;ral valorise la r&#233;ussite individuelle, le m&#233;rite, la comp&#233;tition entre les individus, cela renforce le culte de l'ego, la recherche de pouvoir, le besoin de reconnaissance, l'oubli de soi dans l'activisme, le fait de consommer plus qu'autrui ou de pouvoir acheter des biens et des services tr&#232;s on&#233;reux, afin d'afficher de mani&#232;re ostentatoire sa r&#233;ussite sociale, par exemple par l'achat d'une voiture haut de gamme ou d'une magnifique maison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous r&#233;f&#233;rant ici &#224; l'id&#233;e de &#171; personnalit&#233; culturelle &#187; ch&#232;re &#224; l'anthropologue Abraham Kardiner (1969), le capitalisme forgerait ainsi une personnalit&#233; narcissique, individualiste et pr&#233;datrice. Cependant, si le capitalisme renforce effectivement cette tendance, elle existait d&#233;j&#224; chez les humains avant l'av&#232;nement de ce dernier. Cette orientation tend ainsi &#224; s'opposer &#224; la recherche d'une maturit&#233; int&#233;rieure fond&#233;e sur la connaissance de soi, le d&#233;tachement vis &#224;-vis de ses d&#233;pendances (possession, orgueil, besoin de pouvoir, de reconnaissance sociale&#8230;). Il s'agit du processus d'individuation, selon les termes du psychanalyste Carl G. Jung (1995, p. 280), contemporain de Freud. &#192; la diff&#233;rence de l'individualisation qui tend vers l'&#233;go&#239;sme, le narcissisme et la solitude, l'individuation contribue &#224; nous diff&#233;rencier, &#224; d&#233;velopper notre sp&#233;cificit&#233;, non pas pour nous hisser au dessus de la masse, mais pour apporter &#224; la collectivit&#233; une couleur diff&#233;rente, des qualit&#233;s personnelles. Il s'agit des bienfaits de la coop&#233;ration sociale par la diversit&#233;, qui se rapproche de l'utilit&#233; de la &#171; biodiversit&#233; &#187;, au plan biologique. Ainsi, le changement de soi, la transformation individuelle contribue &#224; changer le monde, &#224; la fois par l'action concr&#232;te et par la force de la diffusion de l'exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi un tel besoin d'&#234;tre aim&#233; et reconnu ? Une des causes rel&#232;ve certes de l'analyse sociologique (Lasch, 2000), mais d'autres aspects r&#233;pondent &#224; des crit&#232;res plus psychologiques. L'apport principal de Freud et de la psychanalyse a &#233;t&#233; de montrer qu'il existait un inconscient et un subconscient qui dirigeaient nos comportements &#224; notre insu, de mani&#232;re plus ou moins forte, selon les moments, les situations et les personnes. Selon certains courants de la psychologie, le besoin d'&#234;tre aim&#233; et reconnu r&#233;side principalement dans un manque d'amour et d'estime de soi, qui peut venir de l'enfance et qui est entretenu &#224; l'&#226;ge adulte. Les deux peurs les plus fondamentales sont la peur du manque d'amour et du manque de puissance, qui pouss&#233;es &#224; l'extr&#234;me conduisent &#224; l'angoisse de la mort en situation de total abandon ou d'ins&#233;curit&#233; absolue. C'est pourquoi, en derni&#232;re analyse, la peur fondamentale qui r&#233;git toutes les autres est la peur de la mort, du vide absolu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc moins par la fuite de la r&#233;alit&#233; &#224; travers des actions relevant de la chirurgie esth&#233;tique ou par l'illusoire compensation qu'offre l'acc&#232;s &#224; des situations sociales valorisantes, que par un retour sur soi, que les &#234;tres humains peuvent se lib&#233;rer de la tyrannie de la qu&#234;te de reconnaissance et d'amour, de la peur du vide et de la mort. Une psychoth&#233;rapie ou simplement une autoanalyse consiste &#224; prendre conscience de ses peurs, &#224; &#234;tre &#224; l'&#233;coute de ses manques, puis &#224; les accepter, &#224; chercher &#224; y r&#233;pondre en les reconnaissant d'abord, puis en essayant de s'en d&#233;tacher, ou &#224; y r&#233;pondre par des actions concr&#232;tes. Le d&#233;passement de ses peurs inconscientes constitue alors une &#233;tape fondamentale vers le mieux-&#234;tre, vers l'acc&#232;s au bonheur de vivre et finalement &#224; l'autonomie v&#233;ritable de l'&#234;tre humain, fondement d'une soci&#233;t&#233; &#233;mancip&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;5 - L'addiction &#224; la croissance infinie et &#224; la vitesse ext&#233;rieure&lt;/strong&gt; contre la qu&#234;te de la lenteur et de la simplicit&#233; int&#233;rieure &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; Occidentaux &#187; sont pouss&#233;s culturellement vers la suractivit&#233;, ce qui cr&#233;e une civilisation de la croissance et de la vitesse infinie, constate Virillo (1976). Une des raisons de cette &#233;ternelle course en avant et de l'hyperactivit&#233; des Occidentaux en particulier est le besoin de compenser la peur du manque, du vide et finalement la peur de la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la culture moderne, notamment celle du capitalisme occidental techno- industriel, une des valeurs dominantes repose sur la recherche du rendement, de la productivit&#233;, de la croissance &#233;conomique sans limite. Dans la culture postmoderne, par contre, la priorit&#233; est donn&#233;e au temps int&#233;rieur, &#224; la qu&#234;te de la lenteur, comme opportunit&#233; de la &#171; simplicit&#233; heureuse &#187;, ce qui conduit &#224; d&#233;velopper davantage les qualit&#233;s int&#233;rieures de l'&#234;tre humain. Dans cette m&#234;me veine, Paul Lafargue, gendre de Karl Marx, avait &#233;crit en 1881 d&#233;j&#224; un ouvrage intitul&#233; Le droit &#224; la paresse (Lafargue, 2007).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La culture capitaliste moderne pousse ainsi ses membres vers la qu&#234;te du pouvoir, de la pr&#233;dation de l'homme sur ses semblables et sur la nature (dont il est coup&#233;). D'autres cultures traditionnelles, celle des Indiens Kogis par exemple, privil&#233;gient la recherche de l'harmonie entre l'&#234;tre humain, la nature et la terre, qui est consid&#233;r&#233;e comme une &#171; m&#232;re symbolique &#187; (Julien, 2008). Cette recherche implique naturellement, dans ces cultures comme chez les tenants de l'&#233;cologie post-moderniste, le respect de la nature, afin de pr&#233;server sa propre sant&#233; et de partager des richesses &#233;conomiques et naturelles, en particulier lorsqu'elles sont limit&#233;es et non renouvelables (p&#233;trole, uranium, m&#233;taux&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;servation des biens ne peut se limiter &#224; des lois relevant de l'h&#233;t&#233;ronomie, c'est-&#224;-dire des lois ext&#233;rieures &#224; l'&#234;tre humain, elle suppose une &#233;thique de l'autolimitation individuelle, ainsi que l'exprime Castoriadis (1996), une auto-limitation fond&#233;e sur le principe de la &#171; sobri&#233;t&#233; heureuse &#187; (Pierre Rabi) ou de la &#171; simplicit&#233; volontaire &#187; (Burch, 2003) s'inscrivant dans le registre de l'autonomie. Cette d&#233;marche d'autolimitation peut ainsi &#234;tre qualifi&#233;e de &#171; simplicit&#233; heureuse &#187;. Elle vise aussi &#224; d&#233;velopper les qualit&#233;s psychologiques de l'&#234;tre humain (se d&#233;tacher du besoin de poss&#233;der, de consommer, du besoin de pouvoir, de l'oubli dans l'activisme&#8230;), des qualit&#233;s qu'il est n&#233;cessaire d'acqu&#233;rir afin de pouvoir mettre en &#339;uvre une r&#233;elle auto-limitation en vue d'un partage &#233;quitable, entre tous les &#234;tres vivants, des ressources non renouvelables notamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'approche exclusivement m&#233;canique et mat&#233;rialiste du corps appuy&#233;e sur une m&#233;decine fond&#233;e sur la chimie, omet de prendre en compte le fait que la sant&#233; physique et la sant&#233; mentale d&#233;pendent de l'harmonie entre l'&#234;tre humain, les autres et la nature. Elle tend &#224; nier le fait que la sant&#233; physique est en relation avec la sant&#233; psychique. La d&#233;fense de l'&#233;cologie suppose souvent plus qu'une prise de conscience de nature seulement politique et intellectuelle. Elle n&#233;cessite parfois le d&#233;veloppement d'une &#171; culture de la nature &#187; soucieuse d'une coexistence harmonieuse et attentive aux espaces occup&#233;s par les autres habitants (Flipo, 2009). Le philosophe Arne Naess avance que la pr&#233;servation de la nature suppose une exp&#233;rience v&#233;cue de la nature, comme source de plaisir, de bien-&#234;tre, de sant&#233; mentale et physique. Sans cela, il est difficile de r&#233;ussir &#224; se motiver pour la d&#233;fendre. Si notre &#171; moi &#187; est &#233;largi et approfondi, alors la protection de la nature nous permet de nous sentir libres et est alors per&#231;ue comme la protection de nous-m&#234;mes&#8230; De m&#234;me que nous n'avons pas &#224; nous faire la morale pour respirer&#8230; si notre &#171; moi &#187; au sens large englobe un autre &#234;tre, nous n'avons besoin d'aucune exhortation morale pour le prot&#233;ger&#8230; ni d'une pression ext&#233;rieure, telle que la loi, pour prot&#233;ger la nature et les animaux qui y vivent (Naess, 2008).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un raisonnement purement intellectualiste qui tendrait &#224; dire, &#224; propos de l'&#233;cologie et plus largement du monde, que seul ce qui est scientifiquement v&#233;rifi&#233; existe, conduit &#224; un r&#233;ductionnisme scientiste. Ce type de raisonnement se coupe de l'approche sensitive et v&#233;cue, symbolique et mythologique, de la r&#233;alit&#233;, excluant une relation &#233;quilibr&#233;e entre l'intellect et l'intuition. Or une large part de la compr&#233;hension de la vie passe par l'exp&#233;rimentation personnelle, le ressenti, avant de passer par le crible de la &#171; raison raisonnante &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;6 - L'autolimitation individuelle contre l'addiction &#224; la d&#233;mesure individuelle et collective
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avant d'aborder les questions plus sp&#233;cifiquement psychosociologiques, interrogeons nous sur les questions de l'autonomie individuelle et collective dans la d&#233;mocratie. Dans cette derni&#232;re, explique Castoriadis, &#171; le peuple peut faire n'importe quoi et doit savoir qu'il ne doit pas faire n'importe quoi &#187; (Castoriadis, 1996). C'est pourquoi, le peuple est confront&#233; &#224; la n&#233;cessit&#233; de l'autolimitation, &#224; la n&#233;cessit&#233; de poser des limites &#224; ses actes, de lutter contre l'hubris, c'est-&#224;-dire la d&#233;mesure li&#233;e &#224; la perte de limite, le chaos. &#171; Le projet d'autonomie est litt&#233;ralement aussi un projet d'autolimitation &#187;, nous dit Corn&#233;lius Castoriadis (1996, IV, p. 137). Selon lui, il s'agit de se donner &#224; soi-m&#234;me ses propres lois et limites. Il ne faut pas attendre cela de l'&#201;tat, de la police. Qui posera des limites &#224; la libert&#233; humaine, qui emp&#234;chera les humains de faire des d&#233;lits, d'attenter &#224; autrui ? Rien ni personne d'autre que leur propre conscience, leur propre &#233;thique, leur propre r&#233;flexion. Car aucune institution ne suffira jamais &#224; garantir les principes d'autonomie et d'autolimitation. Ces principes doivent &#234;tre int&#233;rioris&#233;s par les &#234;tres humains, estime Castoriadis, leur &#233;ducation doit leur transmettre des valeurs fortes, un souci de la chose publique, un int&#233;r&#234;t pour la conscience et la responsabilit&#233; (David, 2000, p. 176).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'explique Castoriadis, &#224; travers son projet d'autonomie, les meilleures lois, r&#232;glements et proc&#233;dures promulgu&#233;s par les organisations internationales, les &#201;tats, les entreprises et m&#234;me les associations ne suffiront pas &#224; lutter contre l'addiction au pouvoir, ni &#224; faire respecter la d&#233;mocratie ni en leur sein ni &#224; l'ext&#233;rieur. En effet, un comportement d&#233;mocratique ne rel&#232;ve pas seulement d'un savoir-faire. Le dialogue d&#233;mocratique suppose aussi le dialogue et l'&#233;coute sinc&#232;re entre les personnes, une certaine &#233;thique de la discussion, une volont&#233; de dialogue de chaque individu, une ouverture &#224; l'autre dans le respect de ses limites, de ses diff&#233;rences&#8230; En un mot, un savoir-&#234;tre ne se limitant pas &#224; un savoir-faire. Il y a peu d'espoir de &#171; faire de la politique autrement &#187; sans cette prise en main du premier niveau politique : la conduite de chacun par lui-m&#234;me. N'oublions pas ce vieil adage : &#171; la fin ne peut justifier les moyens &#187;. Pour cette raison, l'autre pan de l'action politique rel&#232;ve de l'action de soi sur soi.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;7 - Le d&#233;tachement des addictions individuelles et collectives suppose une mutation anthropologique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, face au besoin de possession, de consommation, de domination, la condition du changement &#233;conomique et politique suppose un changement anthropologique, c'est-&#224;-dire une mutation dans la vision de l'homme, ses besoins et ses valeurs fondamentales. Castoriadis relativise l'importance de r&#233;fl&#233;chir aux institutions d'une soci&#233;t&#233; autonome. Il rappelle constamment que, pour construire une soci&#233;t&#233; autonome, il ne suffit pas d'empiler les am&#233;nagements techniques, les changements de structure, d'&#233;conomie, d'institutions. Tous ces changements n'ont aucun sens si les attitudes, les motivations profondes des &#234;tres humains ne changent pas. Ainsi, construire une soci&#233;t&#233; r&#233;volutionnaire ne signifie pas simplement changer les structures administratives, changer les institutions, changer l'appareil de production&#8230; Cela signifie changer de valeurs, changer de m&#339;urs, de morale, de mentalit&#233;, op&#233;rer ce que Castoriadis appelle &#171; une mutation anthropologique &#187;. &#171; C'est seulement au niveau culturel qu'une politique de la libert&#233; peut s'ancrer profond&#233;ment et durablement, et par cons&#233;quent &#234;tre investie par les individus &#187; (David, 2000, p. 78).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi l'ancienne analyse des marxistes, fond&#233;e sur le primat des changements &#233;conomiques, n'&#233;tait pas suffisante pour Castoriadis. Un changement anthropologique est aussi la condition indispensable d'un changement d&#233;mocratique et d'une r&#233;volution soci&#233;tale. Chaque culture, chaque r&#233;gime politique cr&#233;e ce que Castoriadis appelle un &#171; type anthropologique &#187; qui lui correspond et que les individus int&#233;riorisent. Cela se rapproche du concept de &#171; personnalit&#233; culturelle &#187; (Kardiner, 1969). C'est dire que chaque soci&#233;t&#233; inculque &#224; ses membres ses valeurs et ses normes, ce qui induit de mani&#232;re involontaire et inconsciente un type de personnalit&#233; sp&#233;cifique dans chaque culture. On peut ainsi parler de la personnalit&#233; du Fran&#231;ais, du Chinois, de l'Alg&#233;rien, du Britannique&#8230; L'anthropologue Linton (1893-1953) exprime une opinion plus nuanc&#233;e, estimant que chaque individu contribue &#224; transformer partiellement cette &#171; personnalit&#233; de base &#187; en fonction de son &#233;ducation, de son statut, de ses r&#244;les sociaux, de son histoire personnelle (Linton, 1945). Margaret Mead va plus loin en montrant que non seulement l'individu est construit par sa culture, mais qu'en s'appropriant celle-ci, chaque individu contribue aussi &#224; la transformer (Mead, 1963).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, on observe une circularit&#233; du collectif et de l'individuel, du social et du psychologique. &#171; Pourquoi la situation contemporaine est-elle tellement incertaine ? &#187;. Dans ses recherches de philosophe et de psychanalyste, Castoriadis a abord&#233; les niveaux individuels et sociaux du changement social. Selon lui, les institutions aussi bien que les psych&#233;s s'auto-&#233;laborent dans le temps. &#192; l'instar de la socialisation individuelle, le psychisme individuel est le r&#233;sultat d'interactions avec les autres, et le d&#233;veloppement d'une civilisation est le fruit des rencontres et des conflits avec les autres civilisations. Selon les cultures et les milieux sociaux, certains consid&#232;rent que l'individu n'a, &#224; sa naissance, aucune tendance psychologique et mentale inn&#233;e, tandis que d'autres estiment qu'une part minime ou importante existe d&#232;s la naissance. &#192; la diff&#233;rence de la culture occidentale, les traditions bouddhistes, par exemple, croient aux vies ant&#233;rieures et consid&#232;rent donc qu'une partie de notre caract&#232;re et de nos capacit&#233;s intellectuelles est l'h&#233;ritage de vies pr&#233;c&#233;dentes et constitue donc une part inn&#233;e de notre personnalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la conception occidentale, c'est d'abord l'&#233;ducation qui nous fa&#231;onne, puis les conduites d'autres adultes (familles, amis, coll&#232;gues&#8230;) mod&#232;lent nos modes de comportements et nos conduites. On observe ainsi une circularit&#233; entre la dimension psychique et les contraintes, la pression sociale, c'est-&#224;-dire les pressions &#233;ducative, professionnelle, sociale qui orientent un dirigeant dans ses d&#233;cisions. Lorsqu'un &#234;tre humain normal, moyen, se situe dans une situation sociale qui ne limite plus son besoin d'omnipotence (l'enfant roi), son besoin de pouvoir (Adler, 1918), sa volont&#233; de puissance (Nietzsche, 1976), alors il tend &#224; se laisser aller &#224; des actions et &#224; prendre des d&#233;cisions non d&#233;mocratiques et parfois ill&#233;gales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est par un changement int&#233;rieur personnel (psychologique, pratique, voire spirituel&#8230;), par le renoncement &#224; son besoin de pouvoir sur l'autre, pour se consacrer &#224; un v&#233;ritable service des autres, que la soci&#233;t&#233; peut &#233;voluer plus rapidement. En effet, lorsqu'une grande masse d'individus op&#232;re un changement de conscience, alors les r&#232;gles soci&#233;tales, les lois internationales, les pouvoirs mondiaux se transforment vers plus d'&#233;quit&#233;. Ces changements de conscience et les nouvelles r&#232;gles soci&#233;tales, emp&#234;chent alors certains individus plac&#233;s au sommet des organisations (&#233;conomique, politique, sociale, religieuse&#8230;) de se laisser d&#233;river vers leurs faiblesses (par exemple, le besoin de pouvoir sans limite), qui les conduisent &#224; reproduire les pratiques antid&#233;mocratiques et parfois ill&#233;gales des dirigeants pr&#233;c&#233;dents. C'est donc la transformation int&#233;rieure des individus qui agit sur la r&#233;gulation globale de la soci&#233;t&#233;, qui elle-m&#234;me fa&#231;onne de nouveaux individus via les diverses formes de l'&#233;ducation des masses (&#233;cole, m&#233;dias, discours politiques&#8230;). Car une &#233;ducation des masses, fa&#231;onn&#233;es par des &#233;lites ou des peuples empreints du besoin de pouvoir, ne fait que se reproduire elle-m&#234;me, cr&#233;ant une soci&#233;t&#233; ad&#233;mocratique, voire une dictature.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;8 - Conclusion &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Essayons &#224; pr&#233;sent d'hi&#233;rarchiser les diff&#233;rentes formes de pouvoir qui sont responsables de la situation actuelle des addictions des individus et finalement de la soci&#233;t&#233;. Nous avons vu qu'il existe une circularit&#233; incessante entre les actions individuelles et collectives, entre la psychologie et le social, entre l'&#233;ducation des enfants et le mim&#233;tisme entre adultes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue chronologique, la premi&#232;re cause rel&#232;ve sans doute de la dimension psychologique li&#233;e &#224; l'&#233;ducation dans l'enfance. En effet, durant cette p&#233;riode, les &#234;tres humains int&#232;grent tous les comportements d&#233;viants d'une soci&#233;t&#233;, tels que les besoins de domination, de possession, de reconnaissance, de narcissisme&#8230; et les peurs qui en sont la cause. Une fois adultes, ils mettent en pratique, font exister et &#233;duquent leurs enfants de cette mani&#232;re &#224; travers les m&#233;canismes de &#171; reproduction sociale &#187;, tels que les analyse Bourdieu (1970).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde cause qui explique les comportements des individus rel&#232;ve des d&#233;terminismes &#233;conomiques et id&#233;ologiques. Comme l'a montr&#233; Marx, les in&#233;galit&#233;s sont le r&#233;sultat d'une lutte des classes, de l'exploitation, de la domination et de l'ali&#233;nation. Gramsci (1975) a lui aussi soulign&#233; l'interaction entre les superstructures et les infrastructures, entre les forces productives et l'id&#233;ologie (de l'&#201;tat, de la soci&#233;t&#233; civile&#8230;). Avec la dimension psychosociologique, le capitalisme, mais aussi les carences d&#233;mocratiques, restent donc les causes principales des addictions diverses et vari&#233;es.&lt;/p&gt;
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		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Thierry Brugvin est Docteur en sociologie, enseignant en psychosociologie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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