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	<title>Les blogs d'Attac</title>
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	<description>Qui sommes-nous ? Fond&#233;e en 1998, suite &#224; la r&#233;daction d'un &#233;ditorial du Monde diplomatique : &#171; D&#233;sarmer les march&#233;s &#187; (d&#233;cembre 1997), Attac (Association pour la taxation des transactions financi&#232;res et pour l'action citoyenne) promeut et m&#232;ne des actions de tous ordres en vue de la reconqu&#234;te, par les citoyens, du pouvoir que la sph&#232;re financi&#232;re exerce sur tous les aspects de la vie politique, &#233;conomique, sociale et culturelle dans l'ensemble du monde.
Attac se revendique comme un mouvement d'&#233;ducation populaire tourn&#233; vers l'action, consid&#233;rant que le premier outil pour changer le monde est le savoir des citoyens. Attac produit analyses et expertises, organise des conf&#233;rences, des r&#233;unions publiques, participe &#224; des manifestations&#8230;
Fin 2010, Attac est pr&#233;sente dans une cinquantaine de pays, chaque organisation nationale &#233;tant autonome et devant simplement adh&#233;rer &#224; la plateforme internationale ; Attac France compte pr&#232;s de 10 000 membres et plus de 170 comit&#233;s locaux.
L'association est dirig&#233;e par un conseil d'administration de 42 membres &#233;lus par les adh&#233;rents, et dispose de l'expertise d'un conseil scientifique de 110 membres.
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	<language>fr</language>
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		<title>Le syst&#232;me politique de l'Union Europ&#233;enne, pilier de la domination n&#233;olib&#233;rale</title>
		<link>https://blogs.attac.org/commission-democratie/situations-non-democratiques/article/le-systeme-politique-de-l-union-europeenne-pilier-de-la-domination-neoliberale</link>
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		<dc:date>2008-05-13T16:53:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Joumard, Samuel Schweikert </dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir &#233;valu&#233; si l'UE est d&#233;mocratique, nous nous interrogeons sur sa nature : un instrument intergouvernemental qui n'&#233;dicte pas de lois, mais dont les directives font les lois, qui bafoue les Constitutions nationales, dont une grande partie des forces exer&#231;ant le pouvoir ne sont pas d&#233;finies. &lt;br class='autobr' /&gt; 1. Introduction &lt;br class='autobr' /&gt; Certains estiment que notre probl&#232;me n'est pas les institutions europ&#233;ennes, mais le n&#233;olib&#233;ralisme. Peut-on cependant croire que le n&#233;olib&#233;ralisme pourrait s'imposer (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://blogs.attac.org/commission-democratie/situations-non-democratiques/" rel="directory"&gt;Situations non d&#233;mocratiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir &#233;valu&#233; si l'UE est d&#233;mocratique, nous nous interrogeons sur sa nature : un instrument intergouvernemental qui n'&#233;dicte pas de lois, mais dont les directives font les lois, qui bafoue les Constitutions nationales, dont une grande partie des forces exer&#231;ant le pouvoir ne sont pas d&#233;finies.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1. Introduction
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Certains estiment que notre probl&#232;me n'est pas les institutions europ&#233;ennes, mais le n&#233;olib&#233;ralisme. Peut-on cependant croire que le n&#233;olib&#233;ralisme pourrait s'imposer fermement et durablement quelque soit le contexte institutionnel ?Une forme de domination sociale et &#233;conomique comme l'actuelle &#034;tyrannie&#034; marchande ne se traduit pas en domination r&#233;elle sans s'appuyer sur des pouvoirs publics. Quand on affirme que le n&#233;olib&#233;ralisme se d&#233;finit par le moins d'Etat, il s'agit surtout de limiter certaines de ses fonctions, par exemple dans le domaine social, mais jamais de retirer tout pouvoir &#224; l'Etat. En effet le n&#233;olib&#233;ralisme a toujours besoin pour se traduire dans les faits de la loi et de la puissance publique que seuls les pouvoirs publics peuvent produire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face au nouvel ordre institutionnel produit par l'id&#233;ologie n&#233;olib&#233;rale, il faut se demander dans quelle mesure la construction europ&#233;enne a jou&#233; un r&#244;le dans le recul de la d&#233;mocratie et par quels moyens ce r&#233;gime de domination &#233;conomique a pu ainsi trouver le relais de la puissance publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour tenter de r&#233;pondre &#224; cette question, nous rappelons tout d'abord notre h&#233;ritage politique d&#233;mocratique, avant d'analyser dans quelle mesure l'Union europ&#233;enne nous para&#238;t ou non d&#233;mocratique pour finalement en d&#233;duire qu'on a l&#224; un r&#233;gime politique d'une toute autre nature.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. Qu'est-ce que la d&#233;mocratie ?
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D&#233;finir la d&#233;mocratie est tr&#232;s d&#233;licat au vu de la vari&#233;t&#233; des d&#233;finitions. Le dynamisme qui est inclus dans l'id&#233;e d&#233;mocratique fait cependant d'elle l'un des facteurs les plus puissants d'&#233;volution des soci&#233;t&#233;s : on doit avant tout consid&#233;rer la d&#233;mocratie ou son absence non pas comme un &#233;tat binaire, mais comme une tendance, et ce au regard d'un crit&#232;re composite, et pr&#233;coniser de s'en tenir, sauf exception, &#224; invoquer &#171; plus de d&#233;mocratie &#187; ou &#224; d&#233;plorer l'&#233;tat &#171; peu d&#233;mocratique &#187; d'un r&#233;gime, et &#224; parler de la pr&#233;sence ou de l'absence de tel ou tel &#171; &#233;l&#233;ment d&#233;mocratique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon le dictionnaire Larousse en 10 volumes, la d&#233;mocratie est un syst&#232;me politique, une forme de gouvernement dans lequel la souverainet&#233; &#233;mane du peuple ; selon le Robert, c'est une doctrine politique d'apr&#232;s laquelle la souverainet&#233; doit appartenir &#224; l'ensemble des citoyens, ou une forme de gouvernement dans lequel le peuple exerce cette souverainet&#233;. La d&#233;mocratie place l'origine du pouvoir politique dans la volont&#233; collective des citoyens et repose sur le respect de la libert&#233; et de l'&#233;galit&#233; des citoyens. Pour l'Encyclopedia Universalis, ce n'est pas seulement une formule d'organisation politique ou une modalit&#233; d'am&#233;nagement des rapports sociaux ; mais une valeur : l'inali&#233;nable vocation des hommes &#224; prendre en charge leur destin, tant individuel que collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie est donc fondamentalement une valeur. C'est en m&#234;me temps une forme de gouvernement dans laquelle la souverainet&#233; est exerc&#233;e par le peuple, dont les citoyens sont &#233;gaux. Cette souverainet&#233; populaire implique la libert&#233; politique, la r&#233;versibilit&#233; des d&#233;cisions, la garantie des droits fondamentaux, la d&#233;finition et la s&#233;paration des pouvoirs publics (constitu&#233;s), la s&#233;paration des pouvoirs constitu&#233;s et constituants. Au vu de l'emploi souvent (tr&#232;s) abusif de la r&#233;f&#233;rence &#224; la d&#233;mocratie, il est important de noter que seule la coexistence de tous les &#233;l&#233;ments principaux formant la d&#233;mocratie devrait permettre d'employer le terme, tant l'absence d'un &#233;l&#233;ment suffit souvent &#224; annuler la force des autres. La d&#233;mocratie est donc un r&#233;gime dans lequel sont observ&#233;es simultan&#233;ment un certain nombre de conditions, que nous allons expliciter successivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Souverainet&#233; du peuple&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie est le pouvoir de ceux qui n'ont aucun titre particulier &#224; l'exercer, c'est-&#224;-dire de tous . La souverainet&#233; populaire en est le fondement incontournable. La souverainet&#233; appartient donc aux citoyens, qui ne font &#233;ventuellement que la d&#233;l&#233;guer aux instances politiques, qui n'exercent leur pouvoir que par d&#233;l&#233;gation provisoire soumise au consentement des citoyens. Les pouvoirs ne sont l&#233;gitimes que s'ils &#233;manent de la souverainet&#233; populaire, comme l'avait pos&#233; la D&#233;claration des Droits de l'homme et du citoyen du 26 ao&#251;t 1789 en son article 3 : &#171; Le principe de toute Souverainet&#233; r&#233;side essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorit&#233; qui n'en &#233;mane express&#233;ment &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La souverainet&#233; de l'ensemble des citoyens implique que les pouvoirs sont orient&#233;s, contr&#244;l&#233;s et sanctionn&#233;s par les seuls citoyens. Pour cela le peuple doit pouvoir conna&#238;tre les pr&#233;rogatives de ses repr&#233;sentants, les mandater sur des orientations, et suivre le processus de d&#233;cision. Il doit pouvoir intervenir dans le d&#233;bat au bon moment et au bon endroit. Le processus de d&#233;cision institutionnel doit donc &#234;tre transparent : les citoyens doivent savoir quand et comment ont &#233;t&#233; prises les d&#233;cisions, qui en assume la responsabilit&#233; et &#224; qui ils peuvent demander des comptes &#224; leur sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Egalit&#233; des citoyens&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une seconde exigence de la d&#233;mocratie est d'assurer l'&#233;galit&#233; politique des citoyens, quels que soient leur sexe, leur richesse, leur position sociale ou leur origine. Chacun doit avoir a priori le m&#234;me poids politique, par exemple en contribuant de mani&#232;re &#233;gale &#224; la d&#233;signation des repr&#233;sentants. L'&#233;galit&#233; politique suppose en particulier un principe de similarit&#233; des gouvernants et des gouvern&#233;s, ce qui implique que le statut des premiers ne s'apparente pas &#224; un privil&#232;ge, et que les seconds puissent les contr&#244;ler et les sanctionner &#233;ventuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;galit&#233; politique suppose aussi l'&#233;gal pouvoir de tous de soumettre aux autres citoyens des opinions ou des questions, et donc en particulier l'&#233;galit&#233; dans l'initiative l&#233;gislative. L'&#233;galit&#233; politique suppose enfin un droit &#233;gal &#224; l'information, c'est-&#224;-dire le droit pour un citoyen que ses propositions soient port&#233;es &#224; la connaissance des autres citoyens et le droit d'&#234;tre inform&#233; des propositions des autres citoyens, et notamment des d&#233;cisions et des intentions de ses repr&#233;sentants. Cela exige un espace de discussion politique public, ouvert &#224; tous, qu'on appelle plus commun&#233;ment la sph&#232;re publique ou l'espace public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;galit&#233; politique comme la libert&#233; n'ont de fondement l&#233;gitime v&#233;ritable que sur la base du volontariat : nul ne peut &#234;tre contraint &#224; user de l'&#233;galit&#233; ou de la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Libert&#233; politique&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La souverainet&#233; et l'&#233;galit&#233; politique de l'ensemble des citoyens impliquent la libert&#233; politique ou d'opinion. Celle-ci implique &#224; son tour le droit de s'exprimer, la libert&#233; de culte, de croyance et de manifestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La libert&#233; d'opinion implique &#233;galement le droit d'acc&#233;der librement &#224; l'information. La libert&#233; reposant sur la connaissance, l'acc&#232;s &#224; l'information est un droit fondamental en d&#233;mocratie. Cela concerne en tout premier lieu la connaissance de ses droits et des devoirs des repr&#233;sentants, donc la transparence sur ce qui entoure la d&#233;cision politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;versibilit&#233; des d&#233;cisions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La souverainet&#233; du peuple implique une possible r&#233;versibilit&#233; des normes : si une majorit&#233; de citoyens promulguent aujourd'hui une loi, une nouvelle majorit&#233; de citoyens doit pouvoir annuler ou modifier demain cette m&#234;me loi. Le principe de r&#233;versibilit&#233; des lois implique en outre qu'une loi doit avoir un champ unique ou r&#233;duit et ne pas lier entre elles des d&#233;cisions ind&#233;pendantes, afin qu'on ne soit pas oblig&#233; d'annuler des d&#233;cisions ind&#233;pendantes quand on veut n'en annuler qu'une seule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Garantie des droits fondamentaux &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me condition d'une d&#233;mocratie est la garantie effective des droits fondamentaux qui doit &#234;tre v&#233;rifi&#233;e dans les faits : droits individuels et droits collectifs qui en sont indissociables. Ces droits doivent &#234;tre &#233;tablis et formul&#233;s clairement ; en cas contraire on s'en remettrait aux tribunaux pour l'interpr&#233;tation de ces droits, leur laissant ainsi le pouvoir d'usurper celui du l&#233;gislateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La garantie des droits fondamentaux vise essentiellement &#224; prot&#233;ger les droits des citoyens et des individus, notamment contre tout abus de pouvoir, qu'il soit le fait de puissances particuli&#232;res ou de la puissance publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pouvoirs publics d&#233;finis et s&#233;par&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie suppose ensuite un r&#233;gime o&#249; les conditions d'&#233;laboration et d'application des lois respectent un cadre stable et d&#233;fini. Les pouvoirs publics doivent donc &#234;tre d&#233;finis et organis&#233;s, ce qui est la base de toute constitution. Cette condition doit elle aussi &#234;tre v&#233;rifi&#233;e dans les faits. Si ce n'est pas le cas, l'effectivit&#233; des pouvoirs l&#233;gitimes et le p&#233;rim&#232;tre des pouvoirs r&#233;els deviennent incernables. Quand bien m&#234;me les pouvoirs l&#233;gitimes gouverneraient par le biais de lois, les lois menaceraient d'&#234;tre non pas l'expression de la volont&#233; g&#233;n&#233;rale, mais celle de puissances particuli&#232;res et occultes, les pouvoirs r&#233;els.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La protection contre l'abus de pouvoir se fait pr&#233;cis&#233;ment par l'&#233;tablissement de contre-pouvoirs, par le biais du m&#233;canisme de la s&#233;paration des pouvoirs. La s&#233;paration des pouvoirs l&#233;gislatif, ex&#233;cutif et judiciaire vise &#224; atteindre l'&#233;quilibre entre ces trois pouvoirs constitu&#233;s, &#224; circonscrire leurs responsabilit&#233;s r&#233;ciproques et a emp&#234;cher les abus de pouvoir par l'une ou l'autre des institutions . Les pouvoirs doivent donc &#234;tre d&#233;finis et s&#233;par&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S&#233;paration des pouvoirs constitu&#233;s et constituant&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;finition des pouvoirs implique en outre la s&#233;paration des pouvoirs constituants (ceux qui &#233;crivent les r&#232;gles fondamentales) et des pouvoirs constitu&#233;s (les pouvoirs publics qui appliquent ces r&#232;gles). En effet lorsque l'arbitre d'un match (le pouvoir constitu&#233;) change lui m&#234;me les r&#232;gles du jeu (c'est-&#224;-dire &#233;tablit la loi fondamentale du jeu ou sa constitution) au lieu de s'en tenir &#224; les appliquer, on ne peut pas dire que les r&#232;gles sont d&#233;finies. De m&#234;me, ni le juge ni le jury n'&#233;crivent les lois selon lesquels il jugent, ni ne d&#233;cident entre eux-m&#234;mes comment on organisera le proc&#232;s et qui d&#233;cidera du verdict. Il n'appartient pas au gouvernement, ni m&#234;me aux d&#233;put&#233;s, de distribuer et de d&#233;finir leurs propres fonctions ; sinon c'est le r&#233;gime de l'arbitraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'exercice de la souverainet&#233; s'applique en premier lieu &#224; la loi fondamentale, la constitution, le pouvoir constituant doit &#233;maner express&#233;ment des citoyens. On ne peut donc qualifier de d&#233;mocratique un r&#233;gime dans lequel la modification des r&#232;gles d'exercice des pouvoirs publics ou des droits fondamentaux peut se faire sans le consentement des citoyens. Le pouvoir constituant, c'est-&#224;-dire de d&#233;finir entre autres les pouvoirs constitu&#233;s (publics), doit &#234;tre ind&#233;pendant des pouvoirs constitu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;mocratie et Etat de droit &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La garantie des droits fondamentaux, la d&#233;finition et la s&#233;paration des pouvoirs d&#233;finissent ce qu'on appelle l'Etat de droit, ou r&#233;gime constitutionnel. Selon cette acception, une constitution n'est pas seulement le texte qui dit le droit du droit, qui dit comment et par qui doit &#234;tre &#233;crit, appliqu&#233; et jug&#233; le droit, au nom du souverain. C&#8216;est un r&#233;gime politique r&#233;el, qui soumet le pouvoir politique au droit et au devoir de faire respecter les droits fondamentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie suppose l'Etat de droit et deux autres conditions essentielles : la souverainet&#233; de l'ensemble des citoyens et leur &#233;galit&#233;. Une constitution ou un Etat de droit d&#233;mocratique l&#233;gitime donc le pouvoir par le peuple des citoyens. La souverainet&#233; des citoyens doit &#234;tre r&#233;elle, effective : elle peut se maintenir, mais aussi se perdre. Ce maintien repose sur la connaissance que les citoyens ont de leurs droits et des devoirs de leurs repr&#233;sentants. Aussi une constitution peut-elle ne pas &#234;tre &#233;crite, mais relever d'un socle de traditions, de normes de provenances diverses. C'est l'&#233;tat r&#233;el du r&#233;gime qui compte.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3. L'Union europ&#233;enne est-elle d&#233;mocratique ?
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Afin de d&#233;finir le r&#233;gime politique de l'Union europ&#233;enne, &#233;valuons tout d'abord si les principales caract&#233;ristiques d'une d&#233;mocratie que nous venons de lister sont remplies au sein de l'Union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Souverainet&#233; du peuple&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On cherchera en vain, dans les textes fondateurs de l'Union, des formules telles que &#171; le peuple proclame &#187;, ou &#8220; le gouvernement du peuple, par le peuple &#8221;, ou &#171; les citoyens europ&#233;ens et les Etats membres arr&#234;tent la Constitution que voici &#187;, formulations que l'on trouve en bonne place dans les constitutions fran&#231;aise, allemande et suisse, entre autres. La souverainet&#233; du peuple ou des peuples n'y est nulle part mentionn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me non proclam&#233;e, la souverainet&#233; populaire pourrait n&#233;anmoins &#234;tre r&#233;alit&#233; et les pouvoirs au sein de l'Union &#234;tre l&#233;gitimes s'ils &#233;manent de la souverainet&#233; populaire. Or les r&#232;gles de fonctionnement et les politiques que d&#233;finissent les trait&#233;s europ&#233;ens nous ont &#233;t&#233; largement impos&#233;es. En France seul le trait&#233; de Maastricht a &#233;t&#233; approuv&#233; par r&#233;f&#233;rendum ; les autres trait&#233;s n'ont jamais &#233;t&#233; approuv&#233;s par le vote des citoyens. Le Trait&#233; de Lisbonne a m&#234;me &#233;t&#233; ratifi&#233; malgr&#233; le r&#233;sultat tr&#232;s nettement n&#233;gatif du r&#233;f&#233;rendum de 2005 sur son fr&#232;re jumeau, le Trait&#233; constitutionnel europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule institution susceptible d'incarner la souverainet&#233; populaire, c'est le parlement europ&#233;en, dont les membres sont &#233;lus au suffrage universel. Mais outre le fait que le parlement ne doit son existence qu'&#224; des trait&#233;s sign&#233;s par des Etats qui ont consenti &#224; son existence, ce dernier a un pouvoir l&#233;gislatif anormalement faible pour une institution &#233;lue au suffrage universel. Il est ainsi &#233;cart&#233; des d&#233;cisions dans nombre de mati&#232;res essentielles : la politique mon&#233;taire (TFUE 108), le r&#233;gime d'&#233;mission de la monnaie (TFUE 123-1 et 127-6) et le contr&#244;le des changes (TFUE 138-1 et 2) qui sont du ressort exclusif de la Banque centrale europ&#233;enne. Il ne prend pas non plus part aux d&#233;cisions quant &#224; la circulation des capitaux, sauf s'il s'agit de la rendre encore plus libre&#8230; (TFUE 63 &#224; 66) et aux tarifs douaniers (TFUE 26), au march&#233; int&#233;rieur et &#224; toutes les mati&#232;res relevant de l'OMC / AGCS ; l'essentiel de la politique agricole (TFUE 37-2 et 2bis) ; la protection sociale pour partie (TFUE 137-1, 2 et 5) ; la politique &#233;trang&#232;re et de s&#233;curit&#233; (TUE 13-1 et 17) qui sont du ressort exclusif du Conseil europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parlement ne d&#233;cide pas de la fiscalit&#233;, dont le monopole appartient au Conseil des ministres apr&#232;s approbation &#224; l'unanimit&#233; des &#201;tats membres (TCE I-54-3), ni des recettes de l'Union. Or le pouvoir de lever l'imp&#244;t est au fondement m&#234;me du syst&#232;me parlementaire : c'est par ce moyen vital que les Assembl&#233;es parlementaires ont pu exercer un contre pouvoir face aux monarques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A rebours de toute la tradition politique europ&#233;enne, l'ex&#233;cutif europ&#233;en n'est pas issu du Parlement ni m&#234;me choisi par lui. C'est le Conseil europ&#233;en qui choisit le pr&#233;sident et les autres membres de la Commission europ&#233;enne, avant que l'ensemble, comme coll&#232;ge, soit &#171; &#233;lu par le Parlement europ&#233;en &#187; (TUE 17). Le Parlement europ&#233;en a beau proc&#233;der &#224; de minutieuses auditions des candidats, un par un, il ne les choisit pas, et ne peut approuver ou rejeter la composition de la Commission qu'en bloc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le Parlement europ&#233;en ne peut censurer la Commission europ&#233;enne qu'&#224; la majorit&#233; des deux tiers, et cette censure ne peut sanctionner qu'une gestion de la Commission non conforme aux trait&#233;s, non une orientation politique. La Commission est donc un gouvernement europ&#233;en sans contr&#244;le d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Egalit&#233; des citoyens&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Trait&#233; de Lisbonne, comme les trait&#233;s ant&#233;rieurs, pr&#233;voit que &#171; l'Union respecte l'&#233;galit&#233; des Etats membres &#187;, ce qui se retrouve dans la composition de toutes les institutions europ&#233;ennes hors Parlement (Conseil europ&#233;en, Conseil des ministres, Commission, Cour de justice...), ainsi que dans la composition du collectif des parlements nationaux veillant au principe de subsidiarit&#233;. Dans toutes ces institutions, les membres issus des sept Etats repr&#233;sentant ensemble seulement 2% de la population europ&#233;enne sont plus nombreux que ceux issus des six Etats repr&#233;sentant &#224; eux six les trois quarts de la population. Cela peut para&#238;tre normal dans une structure de type multinational, f&#233;d&#233;ral ou conf&#233;d&#233;ral, car ce sont les souverainet&#233;s qui sont repr&#233;sent&#233;es. Mais il ne s'agit pas ici d'une simple chambre haute comme le S&#233;nat &#233;tasunien ou le Bundesrat allemand, mais des institutions europ&#233;ennes qui concentrent l'essentiel du pouvoir ex&#233;cutif, l&#233;gislatif et judiciaire, construites sur une in&#233;galit&#233; fondamentale et extr&#234;me entre citoyens europ&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parall&#232;le, la repr&#233;sentation des citoyens europ&#233;ens au Parlement est tr&#232;s in&#233;gale selon le pays membre dont ils sont originaires. Ainsi, si l'on se r&#233;f&#232;re au trait&#233; de Lisbonne, la Belgique, le Portugal, la R&#233;publique tch&#232;que, la Gr&#232;ce, qui ont entre 10 et 11 millions d'habitants, &#233;liront 24 d&#233;put&#233;s, mais les r&#233;gions fran&#231;aises du Sud-Est ou de l'&#206;le-de-France, aussi peupl&#233;es, en &#233;liront pr&#232;s de deux fois moins. Les 82,5 millions d'Allemands auront un d&#233;put&#233; europ&#233;en pour 860 000 habitants, tandis que les 453 000 Luxembourgeois auront un d&#233;put&#233; pour 76 000 habitants et les 394 000 Maltais un d&#233;put&#233; pour 66 000 habitants. Un citoyen de Malte p&#232;se donc politiquement douze fois plus qu'un citoyen fran&#231;ais. Certains citoyens sont plus &#233;gaux que d'autres !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Libert&#233; politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La libert&#233; d'opinion est garantie au sein de l'Union europ&#233;enne. Mais son corollaire, l'acc&#232;s &#224; l'information, n'est en rien respect&#233;. Il n'est de voir la place ultra-minoritaire accord&#233;e dans les m&#233;dias aux arguments des opposants au Trait&#233; constitutionnel europ&#233;en ou au Trait&#233; de Lisbonne, bien qu'ils soient majoritaires parmi les citoyens. De m&#234;me, le point de vue essentiellement national des m&#233;dias ne permet pas l'existence d'un espace public europ&#233;en, et s'oppose donc au d&#233;bat entre Europ&#233;ens. La libert&#233; politique est donc essentiellement formelle, en l'absence des conditions qui la rendent effective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;versibilit&#233; des d&#233;cisions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les directives europ&#233;ennes ne sont r&#233;visables que dans la mesure o&#249; la Commission, instance &#233;manant des ex&#233;cutifs nationaux, le d&#233;sire, puisqu'elle seule a l'initiative en mati&#232;re l&#233;gislative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est pratiquement exclu que les trait&#233;s, qui fondent l'Union europ&#233;enne et qui d&#233;finissent une grande partie de sa ligne politique, soient r&#233;vis&#233;s fondamentalement une fois ratifi&#233;s (TUE 33-1 et 2). En effet, les m&#233;canismes de r&#233;vision laissent enti&#232;rement la main aux ex&#233;cutifs qui ne peuvent modifier un trait&#233; qu'&#224; l'unanimit&#233;, le compromis &#233;tant n&#233;cessairement obtenu entre des gouvernements, et non au sein d'une assembl&#233;e &#233;manant de l'ensemble des citoyens europ&#233;ens. Il est donc exclu qu'une majorit&#233; de citoyens puisse modifier un trait&#233; europ&#233;en, &#233;tant donn&#233; l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; politique tout &#224; fait normale des 27 Etats membres. Pour m&#233;moire, dans l'article 28 de la D&#233;claration des droits de l'homme de la R&#233;publique fran&#231;aise de 1793, les fondateurs de la R&#233;publique avaient eu la sagesse et la modestie d'inscrire une disposition qui fait d&#233;faut dans les trait&#233;s europ&#233;ens : &#8220; &lt;i&gt;un peuple a le droit de revoir, de r&#233;former et de changer sa Constitution. Une g&#233;n&#233;ration ne peut assujettir &#224; ses lois les g&#233;n&#233;rations futures &lt;/i&gt; &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le trait&#233; de Maastricht, approuv&#233; &#224; une tr&#232;s courte majorit&#233;, faisait des promesses v&#233;rifiables seulement dans l'avenir : on peut l&#233;gitimement consid&#233;rer que le rejet par les Fran&#231;ais et les Hollandais du Trait&#233; constitutionnel europ&#233;en qui, de l'avis de tous, ne marquait aucun recul par rapport au trait&#233; de Maastricht, constitue un rejet de ce dernier une fois ses cons&#233;quences exp&#233;riment&#233;es. Or ce Trait&#233; rejet&#233; a &#233;t&#233; approuv&#233; &#224; nouveau par tous les Etats membres et par le Parlement europ&#233;en sous le nom de Trait&#233; de Lisbonne et est en cours de ratification, sans demander leur avis aux peuples qui ne votent pas comme le voudraient les ex&#233;cutifs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Garantie des droits fondamentaux&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les droits &#233;nonc&#233;s par la Charte europ&#233;enne des droits fondamentaux sont tr&#232;s insuffisants au regard du socle constitutionnel de la plupart des &#201;tats membres comme de la D&#233;claration universelle des droits de l'homme de 1948 ou m&#234;me au regard de la Charte de Turin adopt&#233;e par les Etats de la Communaut&#233; europ&#233;enne en 1961 : le droit au travail transform&#233; en un droit de travailler ; absence des droits &#224; un revenu minimum, &#224; une pension de retraite, aux allocations ch&#244;mage, &#224; un logement d&#233;cent, &#224; l'acc&#232;s &#233;gal pour tous &#224; la sant&#233;, &#224; l'&#233;ducation et plus largement aux services publics... Cette Charte ne peut donc en aucune fa&#231;on nous satisfaire parce qu'elle ignore tr&#232;s largement les droits collectifs indissociables des droits individuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Charte dispose en outre que &#171; &lt;i&gt;les dispositions qui contiennent des principes peuvent [et non &#171; doivent&lt;/i&gt; &#187;] &#234;tre mises en &#339;uvre par des actes l&#233;gislatifs et ex&#233;cutifs pris par les institutions, organes et organismes de l'Union &#187; : alors que la Charte des droits fondamentaux devrait &#234;tre la norme supr&#234;me d'un Etat de droit, elle dit clairement que &#171; ses d&#233;clarations de principe &#187; n'engagent &#224; rien&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trait&#233;s europ&#233;ens affirment en revanche la libert&#233; de tirer profit de son argent en toutes conditions, y compris pour les non-r&#233;sidents. Cette libert&#233; est directement traduite par des restrictions impos&#233;es aux pouvoirs publics au plus haut niveau du droit europ&#233;en, tandis que la garantie des autres droits n'engage que des institutions subalternes : ces autres droits sont ainsi mis au conditionnel. La libert&#233; de profit devient un pouvoir l&#233;gal europ&#233;en (pour qui peut l'exercer) m&#234;me s'il an&#233;antit d'autres droits. Le droit de l'Union pr&#233;valant sur celui des &#201;tats membres, ce pouvoir est immense, &#224; moins que l'Union ne garantisse effectivement, &#224; son niveau, tous nos droits fondamentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, en plus des faibles droits qu'elle proclame, la Charte &#171; &lt;i&gt;r&#233;affirme &#187; les droits r&#233;sultant &#171; des traditions constitutionnelles [&#8230;] communes aux &#201;tats membres&lt;/i&gt; &#187;. Mais le Conseil constitutionnel (arr&#234;t Arcelor, 2007) s'abstient de juger de la conformit&#233; &#224; ces droits des lois transposant les directives europ&#233;ennes. Il consid&#232;re que puisque les directives europ&#233;ennes ont &#233;t&#233; jug&#233;es conformes &#224; ces droits par les instances europ&#233;ennes, il n'a pas &#224; juger de leur conformit&#233; aux droits affirm&#233;s dans la Constitution nationale. Le gardien supr&#234;me de la constitution se met ainsi sous la coupe d'une instance &#233;tablie par trait&#233;, et se d&#233;charge d'un devoir et d'un r&#244;le essentiels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons donc des droits dits fondamentaux, mais qui sont en fait secondaires par rapport au droit du profit dans l'architecture juridique europ&#233;enne, et qui ne sont plus garantis par les juridictions nationales. Il serait pr&#233;f&#233;rable que l'UE s'abstienne de proclamer certains droits si elle est incapable ou non tenue de les mettre en &#339;uvre et si les r&#232;gles de partage des pouvoirs entre ses institutions et celles des Etats membres excluent ou ne garantissent pas la mise en &#339;uvre effective de ces droits. Nous avons l&#224; un proc&#233;d&#233; qui, sous couvert de proclamer des droits, les an&#233;antit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pouvoirs publics d&#233;finis et s&#233;par&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les institutions europ&#233;ennes se sont d&#233;velopp&#233;es sans aucun respect du principe fondamental de la s&#233;paration des pouvoirs. Nous avons vu que le Parlement europ&#233;en n'exerce qu'une petite partie des fonctions l&#233;gislatives, qui sont donc exerc&#233;es par d'autres pouvoirs. Dans les domaines en cod&#233;cision entre le Conseil des ministres et le Parlement europ&#233;en (69 domaines sur 90), c'est le Conseil des ministres, compos&#233; des ex&#233;cutifs nationaux, qui exerce la fonction l&#233;gislative d&#233;cisive. La proc&#233;dure l&#233;gislative normale laisse le Parlement amender et m&#234;me trancher en dernier ressort, mais la Commission et le Conseil peuvent modifier ou rejeter ses amendements : le Parlement n'a en d&#233;finitive qu'un droit de veto, et n'a pas le pouvoir d'imposer ses choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le Parlement peut mettre son veto &#224; un accord commercial pour non-conformit&#233; aux trait&#233;s, ce droit de veto dispara&#238;t quant aux modifications ult&#233;rieures de l'accord &#171; &lt;i&gt;lorsque [l'accord] pr&#233;voit que [ses] modifications doivent &#234;tre adopt&#233;es selon une proc&#233;dure simplifi&#233;e ou par une instance cr&#233;&#233;e par ledit accord &lt;/i&gt; &#187; (TFUE 218-7).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, &#171; u&lt;i&gt;n acte l&#233;gislatif de l'Union ne peut &#234;tre adopt&#233; que sur proposition de la Commission, sauf dans les cas o&#249; les trait&#233;s en disposent autrement &lt;/i&gt; &#187; (TUE 17). On sera cependant bien en peine de trouver ces autres cas : il n'en existe presque aucun, et ils n'ont gu&#232;re de port&#233;e. Le Parlement a d&#233;j&#224; propos&#233; &#224; six reprises des directives sur les services publics : la Commission les a toutes rejet&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essentiel du pouvoir l&#233;gislatif n'appartient donc pas au Parlement europ&#233;en dont les pouvoirs sont scandaleusement faibles. Ces pouvoirs sont partag&#233;s avec le Conseil europ&#233;en, le Conseil des ministres, la Commission europ&#233;enne ou la Banque centrale europ&#233;enne. Or ces institutions sont toutes issues des ex&#233;cutifs des Etats membres. Les ex&#233;cutifs nationaux cumulent donc des pouvoirs ex&#233;cutifs et l&#233;gislatifs. La Commission m&#234;le des pouvoirs l&#233;gislatifs, ex&#233;cutifs et judiciaires (surveillance de l'application des lois : TUE 9D-1 et 2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Trait&#233; de Maastricht consacre, fait unique dans l'histoire, l'ind&#233;pendance absolue de la banque &#233;mettrice de la monnaie, la Banque centrale europ&#233;enne, &#224; l'&#233;gard du pouvoir issu de la volont&#233; populaire et par son article 104 interdit aux pouvoirs publics d'emprunter aupr&#232;s de cette banque &#233;mettrice, imposant ainsi le recours &#224; un endettement co&#251;teux qui r&#233;duit la capacit&#233; d'action de la puissance publique. Le statut de la Banque est le cas le plus flagrant de violation du principe de s&#233;paration des pouvoirs, qui est contraire au principe d'ind&#233;pendance, car &#171; &lt;i&gt;pour qu'on ne puisse pas abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arr&#234;te le pouvoir&lt;/i&gt; &#187;. La Banque m&#234;le des pouvoirs l&#233;gislatifs, ex&#233;cutifs et judiciaires dans son domaine de comp&#233;tence qui est fondamental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les membres de la Cour de justice europ&#233;enne sont nomm&#233;s &#8220;d'un commun accord pour 6 ans par les gouvernements des &#201;tats membres&#8221; (art. 253 TFUE). La jurisprudence de cette Cour forme une part des actes l&#233;gislatifs et &#171; constituants &#187; europ&#233;ens et s'impose aux juridictions des &#201;tats membres. Elle prot&#232;ge notamment les pouvoirs scandaleusement anti-d&#233;mocratiques attribu&#233;s &#224; la Commission europ&#233;enne. La Cour m&#234;le donc des pouvoirs l&#233;gislatifs et judiciaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S&#233;paration des pouvoirs constitu&#233;s et constituant&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le montre l'histoire des trait&#233;s europ&#233;ens, la modification des r&#232;gles d'exercice des pouvoirs publics et des droits fondamentaux se fait sans le consentement des citoyens et m&#234;me malgr&#233; leur opposition, comme le montre la ratification du Trait&#233; de Lisbonne par les d&#233;put&#233;s fran&#231;ais et hollandais contre l'avis de leurs citoyens exprim&#233; lors des r&#233;f&#233;rendums de 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, la Cour europ&#233;enne de justice joue un r&#244;le constituant en interpr&#233;tant tr&#232;s largement les trait&#233;s et les directives (cf. ci-dessus).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons donc les pouvoirs l&#233;gislatif et judicaire qui modifient les r&#232;gles d'exercice des pouvoirs publics et des droits fondamentaux : il n'y a donc pas s&#233;paration des pouvoirs constitu&#233;s et constituants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Union d&#233;mocratique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni droits fondamentaux clairement et durablement garantis (hors celui de faire des profits), ni s&#233;paration des pouvoirs l&#233;gislatif, ex&#233;cutif et judiciaire : l'Union est un r&#233;gime politique fort loin de l'Etat de droit. Si l'on ajoute l'absence de souverainet&#233; des citoyens, l'absence de contr&#244;le de l'ex&#233;cutif, l'in&#233;galit&#233; politique des citoyens, une libert&#233; politique formelle mais non effective, la non r&#233;versibilit&#233; des d&#233;cisions, le r&#244;le constituant des pouvoirs l&#233;gislatif et judiciaire, il est clair qu'aucun des &#233;l&#233;ments principaux fondant la d&#233;mocratie n'est respect&#233;. L'Union n'est donc s&#251;rement pas une d&#233;mocratie, ce que tous reconnaissent sous l'expression faible de &#171; d&#233;ficit d&#233;mocratique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons cependant vu que c'est plus la dynamique que la situation pr&#233;sente qui est importante : l'Union a-t-elle &#233;t&#233; un progr&#232;s vers plus de d&#233;mocratie, ou va-t-elle vers plus de d&#233;mocratie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Union fut d'abord, et reste, un instrument qui permet aux ex&#233;cutifs nationaux de s'&#233;manciper des Parlements. La cr&#233;ation de l'Union et sa mont&#233;e en puissance ont donc &#233;t&#233; des r&#233;gressions d&#233;mocratiques. La progression du nombre de domaines en cod&#233;cisions entre le Conseil des ministres et le Parlement europ&#233;en, s'il est positif, n'est pas de nature &#224; modifier l'analyse ci-dessus : les principales caract&#233;ristiques qui fondent un r&#233;gime d&#233;mocratique sont et resteront absentes. Chaque mati&#232;re pass&#233;e en cod&#233;cision apporte m&#234;me une r&#233;gression, car ce passage marque un transfert de souverainet&#233; vers un r&#233;gime non d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4. Nature de l'Union Europ&#233;enne
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La grande difficult&#233; que nous avons &#224; comprendre le fonctionnement de l'Union europ&#233;enne d&#233;coule de sa forme juridique originale, partiellement ind&#233;finie, et donc &#233;volutive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un instrument intergouvernemental&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Union europ&#233;enne est avant tout un instrument intergouvernemental. Les ex&#233;cutifs nationaux y exercent la quasi-totalit&#233; des fonctions parlementaires. Une fois ratifi&#233;s les accords qui fondent l'Union, les autres instances nationales n'ont plus, sauf rares cas de recours, de pouvoir de d&#233;cision sur les actes communautaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Union s'apparente d&#233;sormais &#224; une conf&#233;d&#233;ration. Elle n'est pas un &#201;tat f&#233;d&#233;ral : ce sont les gouvernements et les chefs d'&#201;tat, non les parlements nationaux, qui repr&#233;sentent les &#201;tats membres ; ses &#171; citoyens &#187; sont des &#201;tats et non des individus, m&#234;me si les derniers projets de trait&#233;s entendent instaurer une &#171; citoyennet&#233; europ&#233;enne &#187; et s'il existe un Parlement europ&#233;en &#233;lu au suffrage universel : il suffit de noter que lesdits citoyens ne sont ni &#233;gaux, ni souverains, et que le Parlement et ses pouvoirs, partiels et jamais d&#233;cisifs, doivent leur existence &#224; un trait&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un trait&#233;, comme ceux qui fondent l'Union europ&#233;enne ou l'Organisation mondiale du commerce (OMC), est &#224; la fois :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; - Une loi ext&#233;rieure mais sup&#233;rieure &#224; la loi nationale (constitutionnelle), et quelque chose qu'on ne peut pas changer apr&#232;s coup comme on peut changer une loi. Ainsi, si on veut revenir sur un engagement que le Commissaire europ&#233;en au commerce a pris dans le cadre de l'AGCS, par exemple pour renationaliser certains &#233;l&#233;ments du contr&#244;le financier ou en mati&#232;re culturelle, d'&#233;ducation ou de services publics, il faut soit se retirer compl&#232;tement de l'OMC, soit en respecter les r&#232;gles et donc payer des millions de dollars par an en d&#233;dommagement &#224; des multinationales, comme l'Union le fait depuis longtemps pour refuser le boeuf aux hormones.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; - L'instrument des seuls gouvernements : l'initiative appartient seulement aux ex&#233;cutifs, les r&#232;gles sont g&#233;n&#233;ralement pr&#233;par&#233;es sans aucune consultation des parlements, la proc&#233;dure ne leur laisse aucun droit d'amendement et est telle qu'au moment o&#249; le parlement ratifie, les d&#233;put&#233;s n'ont que le choix de tout bloquer ou de tout approuver. &#034;Quand on aime l'Europe&#034;, on est cens&#233; l'adopter en bloc et telle quelle !&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Union n'&#233;dicte pas de lois, mais ses directives font les lois&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Union &#233;manant de trait&#233;s, juridiquement parlant, elle ne fait pas de lois et ses actes n'ont de valeur l&#233;gale qu'une fois transpos&#233;s ou mis en &#339;uvre par les institutions nationales. En effet, suivant la lettre des trait&#233;s, une directive commande &#224; des institutions (de l'Union ou des &#201;tats membres) et non pas aux individus (r&#244;le de la loi), en fixant des &#171; objectifs &#187; qui lient les Etats membres &#171; quant aux r&#233;sultats &#224; atteindre &#187;. Mais nombre de directives &#233;tablissent d&#233;sormais des r&#232;gles en d&#233;tail, con&#231;ues pour &#234;tre directement transpos&#233;es dans la loi nationale. Que les directives se comportent d&#233;sormais comme des lois est une d&#233;rive juridique d&#233;cisive. Cette situation rend les institutions de l'Union extr&#234;mement puissantes tandis que leur personnel est politiquement irresponsable. Les juridictions nationales pourraient tr&#232;s bien invalider les directives europ&#233;ennes si elles le voulaient, du fait de leur forme comme de leur contenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or cette loi de l'Union europ&#233;enne, qui n'en est pas une et qui n'a de force contraignante que par le biais des moyens institutionnels des &#201;tats membres, veut primer sur le droit du travail, sur le droit de gr&#232;ve..., sur nombre de droits sacralis&#233;s par les constitutions nationales. Tout cela ne peut que signifier que l'ensemble Union-&#201;tats membres est despotique et donc ill&#233;gitime. En d'autres termes, le n&#233;olib&#233;ralisme europ&#233;en n'existe que parce que la tyrannie financi&#232;re s'appuie sur les pouvoirs publics, qui eux s'exercent par des lois issues directement des directives europ&#233;ennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Primaut&#233; du droit europ&#233;en&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature juridique de l'Union europ&#233;enne a chang&#233;, progressivement et de mani&#232;re insidieuse. Plusieurs facteurs ont converg&#233; pour affirmer la primaut&#233; du droit communautaire sur les constitutions des &#201;tats membres. Cette mutation, bien que r&#233;alis&#233;e par &#233;tapes, apporte un profond changement de r&#233;gime, et constitue un v&#233;ritable coup d'&#201;tat, car les citoyens n'en ont pas d&#233;cid&#233; (&#224; de tr&#232;s rares exceptions) et n'ont pas &#233;t&#233; inform&#233;s de sa port&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun juriste ne remettait en question la primaut&#233; des constitutions nationales sur les trait&#233;s&#8230; avant que la construction europ&#233;enne n'accouche d'un droit d'un type nouveau, en contournant les r&#232;gles constitutionnelles des &#201;tats membres avec la complicit&#233; des gouvernants. Ce furent tout d'abord deux arr&#234;ts de la Cour de Justice europ&#233;enne (Van Gend en Loos, 1963 ; Costa c/Enel, 1965) affirmant que les normes europ&#233;ennes cr&#233;ent &#171; un ordre juridique souverain &#187; s'imposant sur &#171; un texte interne quel qu'il soit &#187;. S'en est suivi une absence de r&#233;action des &#201;tats membres, dans un contexte europ&#233;en o&#249; la question avait encore peu de port&#233;e pratique. Puis en 1998 (arr&#234;t Sarran), le Conseil constitutionnel fran&#231;ais r&#233;affirma la primaut&#233; de la constitution nationale, mais il en place d&#233;sormais l'essentiel &#171; sous le chapeau de l'article 88-1 &#187; qui dispose que &#171; La R&#233;publique participe aux Communaut&#233;s europ&#233;ennes et &#224; l'Union europ&#233;enne, constitu&#233;es d'Etats qui ont choisi librement, en vertu des trait&#233;s qui les ont institu&#233;es, d'exercer en commun certaines de leurs comp&#233;tences &#187; ; le Conseil reconna&#238;t que les exceptions sont des &#171; cas rares &#187;, tels les articles 1er (la R&#233;publique est la&#239;que) et 3 (d&#233;finition du corps &#233;lectoral), qui sont donc les seuls &#224; ne pas &#234;tre plac&#233;s sous le chapeau de cet article 88-1 .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sormais, le droit europ&#233;en prime donc sur la plupart des articles de la Constitution fran&#231;aise. Ainsi, en janvier 2003, le Parlement fran&#231;ais fut-il contraint de modifier un article d'une loi qu'il avait auparavant adopt&#233;e &#224; l'unanimit&#233;, stipulant qu'&#171; un &#233;l&#233;ment isol&#233; du corps humain ou, autrement produit par un proc&#233;d&#233; technique, y compris la s&#233;quence ou la s&#233;quence partielle d'un g&#232;ne, ne peut constituer une entit&#233; brevetable &#187;, sur injonction de la Cour europ&#233;enne de justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Constitutions nationales bafou&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;cembre 2007, le Conseil constitutionnel a jug&#233; le trait&#233; de Lisbonne &#171; partiellement non conforme &#187; &#224; la Constitution, en raison des transferts de souverainet&#233; qu'il &#233;tablit. Ces transferts s'op&#232;rent non par attribution de nouvelles mati&#232;res &#224; l'Union, mais par modification des modes de d&#233;cision pour certaines mati&#232;res : passage &#224; la majorit&#233; qualifi&#233;e au Conseil, qui &#244;te leur droit de veto aux &#201;tats ; passage &#224; la &#171; proc&#233;dure l&#233;gislative normale &#187; (dite cod&#233;cision), qui donne un pouvoir au Parlement europ&#233;en, lequel n'&#233;mane pas &#171; de la Nation &#187; (mais de plusieurs nations) et donc &#171; ne peut exercer d'autorit&#233; &#187; en droit fran&#231;ais. Comment r&#232;gle-t-on cette affaire ? C'est tr&#232;s simple : on inscrit ces quelques lignes de plus dans la Constitution, sans rien changer au reste : &#171; (La R&#233;publique) peut participer &#224; l'Union europ&#233;enne dans les conditions pr&#233;vues par le trait&#233; de Lisbonne modifiant le trait&#233; sur l'Union europ&#233;enne et le trait&#233; instituant la Communaut&#233; europ&#233;enne, sign&#233; le 13 d&#233;cembre 2007 &#187;. Et voil&#224; le Trait&#233; conforme &#224; la Constitution ! Le probl&#232;me est que c'est la constitution qui est ainsi vid&#233;e de son contenu et soumise &#224; un Trait&#233; entre Etats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Conseil constitutionnel consid&#232;re en effet les engagements europ&#233;ens de la France comme une disposition constitutionnelle ayant valeur sup&#233;rieure &#224; toutes les autres, car il admet que nombre des clauses de la constitution n'aient plus aucune port&#233;e pratique. Si les dispositions du trait&#233; rendent caduques certaines de ces clauses, celles-ci ne devraient-elles pas &#234;tre supprim&#233;es ou modifi&#233;es en cons&#233;quence ? Non, car l'Union, pour imposer la l&#233;galit&#233; de ses actes, doit absolument recourir aux moyens institutionnels des &#201;tats membres qui transforment les d&#233;cisions europ&#233;ennes en lois nationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, si le l&#233;gislateur est oblig&#233; de transposer des directives, il n'en est plus un, c'est un scribe. Tant pis si, en vertu de la seule constitution qu'on ait, &#034;&lt;i&gt;le droit de vote des parlementaires est personnel&lt;/i&gt;&#034;, si &#034;&lt;i&gt;tout mandat imp&#233;ratif est nul&lt;/i&gt;&#034;, si &#034;&lt;i&gt;la loi est l'expression de la volont&#233; g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt;&#034;, et si &#034;nul corps&#034; ne peut s'attribuer l'exercice de la souverainet&#233; &#034;qui n'&#233;mane express&#233;ment [de la Nation]&#034;... S'ils s'opposent, ils violent l'article 81 de cette constitution qui reconna&#238;t en force les engagements de la France dans les trait&#233;s europ&#233;ens. Il y a forc&#233;ment une de ces r&#232;gles qui est ill&#233;gitime et qui constitue un mensonge officiel...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons voir &#224; partir de quelques exemples, parmi beaucoup d'autres, comment la lecture que fait le Conseil constitutionnel de l'article 88-1 rend caduques les autres articles de la Constitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, l'article 34 de la Constitution fran&#231;aise stipule que la loi, vot&#233;e par le parlement, d&#233;finit le r&#233;gime d'&#233;mission de la monnaie. Ainsi par la loi du 3 janvier 1973, le Parlement avait-il &#244;t&#233; &#224; l'&#201;tat l'acc&#232;s &#224; la planche &#224; billets en le laissant aux banques priv&#233;es. Or, en 1992, la privatisation int&#233;grale de la planche &#224; billet &#233;tait &#233;tablie au plan europ&#233;en par l'article 104 du Trait&#233; de Maastricht, transpos&#233; depuis dans le trait&#233; de Lisbonne. Le Conseil constitutionnel, saisi en 1993 &#224; propos de la loi transposant cet article 104, a d&#233;clar&#233; cette loi conforme &#224; la constitution, consid&#233;rant qu' &#171; &lt;i&gt;il &#233;tait loisible au l&#233;gislateur [d'en] d&#233;cider&lt;/i&gt; &#187;. Alors que la d&#233;cision purement fran&#231;aise de 1973 &#233;tait r&#233;versible car du ressort d'un parlement &#233;lu (il suffisait de changer la loi pour revenir en arri&#232;re), c'est d&#233;sormais une d&#233;cision europ&#233;enne quasiment irr&#233;versible. Et l'article 34 de la Constitution est un mensonge officiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La constitution fran&#231;aise stipule : &#171; &lt;i&gt;La forme r&#233;publicaine du Gouvernement ne peut faire l'objet d'une r&#233;vision &lt;/i&gt; [de la constitution] &#187; (art. 89-5). A quoi donc tient cette &#171; forme r&#233;publicaine &#187; ? Si on se r&#233;f&#232;re &#224; l'article 16 de la D&#233;claration de 1789 qui fait partie int&#233;grante de la Constitution, sont notamment concern&#233;es les clauses du titre III qui &#233;tablissent des r&#232;gles de s&#233;paration des pouvoirs. Parmi celles-ci : &#171; l&lt;i&gt;es fonctions de membre du Gouvernement sont incompatibles avec l'exercice de tout mandat parlementaire &lt;/i&gt; &#187; (art. 23.1). Or l'article 16 du TUE indique que le Conseil des ministres (europ&#233;en) est &#171; &lt;i&gt;compos&#233; d'un repr&#233;sentant de chaque &#201;tat membre au niveau minist&#233;riel, habilit&#233; &#224; engager le gouvernement de l'&#201;tat membre qu'il repr&#233;sente et &#224; exercer le droit de vote&lt;/i&gt; &#187; et qu'il &#171; &lt;i&gt;exerce, conjointement avec le Parlement europ&#233;en, les fonctions l&#233;gislative et budg&#233;taire&lt;/i&gt; &#187;. Litt&#233;ralement, il s'agit d'un mandat parlementaire. Seulement, la forfaiture est maquill&#233;e : il faut passer par l'analyse int&#233;grale du montage institutionnel europ&#233;en pour d&#233;montrer que le terme de &#171; loi &#187; ou de &#171; comp&#233;tence l&#233;gislative &#187; est employ&#233; de mani&#232;re abusive, puisque ceux qui font les directives au niveau europ&#233;en n'ont aucun mandat pour faire des lois et que ces directives n'ont pas en elles-m&#234;mes force de loi. Et pourtant, ces directives, transpos&#233;es obligatoirement par chaque Etat en vertu de la constitution elle-m&#234;me et de la jurisprudence du Conseil constitutionnel, se transforment en lois au niveau national : dans les faits, elles sont donc identiques &#224; des lois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le Pr&#233;sident de la R&#233;publique qui repr&#233;sente la France au Conseil europ&#233;en, qui exerce un pouvoir parlementaire d&#233;cisif au plan europ&#233;en. Or le Pr&#233;sident de la R&#233;publique exerce une grande part du gouvernement depuis 1962. Certes (finesse que le constituant de 1958 n'avait pas pr&#233;vu), il n'est pas &#171; membre du Gouvernement &#187; d&#233;sign&#233; avec la majuscule, c'est &#224; dire ministre, et il est habilit&#233; par le suffrage &#224; exercer, au plan national, des pouvoirs l&#233;gislatifs attribu&#233;s par la Constitution. Mais rien ne l'autorise &#224; exercer des fonctions parlementaires hors de ce cadre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien d'autres dispositions de la Constitution sont mises sous tutelle et contradictoires avec la norme de l'Union : par exemple &#171; &lt;i&gt;la loi fixe &#233;galement les r&#232;gles concernant [&#8230;] l'assiette, le taux et les modalit&#233;s de recouvrement des impositions de toutes natures&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;tout bien, toute entreprise, dont l'exploitation a ou acquiert les caract&#232;res d'un service public national ou d'un monopole de fait, doit devenir la propri&#233;t&#233; de la collectivit&#233; &lt;/i&gt; &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ces exemples, on mesure bien l'incompatibilit&#233; entre le fondement de l'Union europ&#233;enne sur des trait&#233;s et la sup&#233;riorit&#233; de son Droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trait&#233; et Constitution&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une constitution est un accord entre citoyens qui d&#233;finit d'une part le droit du droit, c'est-&#224;-dire la mani&#232;re dont les d&#233;cisions sont prises, et d'autre part et surtout garantit aux individus et aux citoyens un ensemble de libert&#233;s et de droits, civils et politiques, reconnus comme fondamentaux (dont la capacit&#233; &#224; d&#233;finir collectivement une ligne politique, qui ne doit donc pas &#234;tre impos&#233;e par la constitution). Les obligations et les restrictions qu'elle impose aux pouvoirs publics d&#233;coulent de ce principe unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Classiquement un trait&#233; est un accord entre Etats &#233;tablissant une r&#232;gle commune issue d'une d&#233;cision commune. Il adresse souvent des obligations aux pouvoirs publics qui n'ont pas en elles-m&#234;mes de valeur contraignante pour les institutions nationales, et ne l'acqui&#232;rent qu'une fois transpos&#233;es en droit national. Mais les institutions nationales &#233;tant soumises &#224; la constitution, tout engagement pris par trait&#233; est nul et non avenu si sa mise en &#339;uvre contredit les principes d'organisation des pouvoirs publics nationaux ou porte atteinte &#224; certains droits fondamentaux. Un trait&#233; classique ne peut donc en aucune mani&#232;re primer sur une constitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Formellement, les trait&#233;s europ&#233;ens depuis Maastricht sont pour partie des constitutions : ils ne d&#233;finissent pas simplement des politiques, mais la mani&#232;re dont elles seront d&#233;cid&#233;es. En m&#234;me temps, les trait&#233;s imposent des orientations politiques, comme c'est le cas des principales clauses n&#233;o-lib&#233;rales list&#233;es plus loin. Ces clauses ont en commun une double caract&#233;ristique remarquable : elles sont toutes formul&#233;es comme des interdictions ou des obligations adress&#233;es aux pouvoirs publics (ce qui rel&#232;ve d'une constitution ou d'un trait&#233;) et non aux individus (ce qui est le r&#244;le de la loi) ; cependant, aucune d'entre elles n'a pour but manifeste de prot&#233;ger les droits fondamentaux des individus (ce qui est le r&#244;le d'une constitution). Au regard du comportement des pouvoirs publics &#224; leur &#233;gard, ces trait&#233;s ne correspondent plus au r&#233;gime normal des trait&#233;s, car le droit europ&#233;en qui en est directement issu prime sur l'essentiel des constitutions nationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trait&#233;s europ&#233;ens ont donc la caract&#233;ristique des trait&#233;s classiques d'imposer des politiques, mais sans &#234;tre comme eux soumis aux constitutions nationales. Aussi sont-ils &#171; constitutionnels &#187;, au sens o&#249; ils imposent la primaut&#233; du droit europ&#233;en sur le droit national, y compris les constitutions. Mais ils sont aussi contraires au fondement d'une constitution dans la mesure o&#249; ils induisent un r&#233;gime qui ne satisfait pas le principe de s&#233;paration des pouvoirs et ne garantit pas les droits fondamentaux. Les trait&#233;s europ&#233;ens ont donc la force d'une constitution sans en avoir les caract&#233;ristiques au fondement de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me analyse peut &#234;tre faite &#224; propos de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) dont le droit ne vise aucunement &#224; &#233;tablir une r&#233;glementation sur les entreprises, mais s'en tient &#224; adresser des obligations aux &#201;tats membres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;N&#233;olib&#233;rale&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fondements du n&#233;olib&#233;ralisme sont grav&#233;s dans les trait&#233;s europ&#233;ens :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; les restrictions aux mouvements de capitaux, y compris entre &#201;tats membres et pays tiers, et les restrictions aux investissements &#233;trangers directs, sont interdites ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; toute &#171; r&#233;gression &#187; en mati&#232;re de lib&#233;ralisation des services est interdite ; la cr&#233;ation, la p&#233;rennisation de services publics, et toute forme de subvention aux entreprises sont interdites&#8230; d&#232;s lors que leur domaine est investi par le secteur marchand ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; la politique mon&#233;taire est sortie du contr&#244;le politique ; elle n'est cadr&#233;e que par la lutte contre l'inflation ; l'acc&#232;s au cr&#233;dit public est interdit aux institutions (TFUE 123-1). &lt;br class='autobr' /&gt;
Les trait&#233;s d&#233;finissent en outre une ligne politique dans plusieurs domaines :&lt;/li&gt;&lt;li&gt; politique agricole : l'augmentation de la productivit&#233; de l'agriculture est le premier objectif de la politique agricole commune,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; politique militaire : reconnaissance quasi constitutionnelle de l'OTAN, en lui faisant all&#233;geance.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lobbies, pouvoirs non d&#233;finis&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un certain type de &#171; citoyens actifs &#187; a la facult&#233; de passer son temps &#224; Bruxelles, de s'y organiser en corporations, d'y d&#233;velopper des m&#233;thodes dignes du renseignement, ou d'apporter assistance aux fonctionnaires et d&#233;put&#233;s europ&#233;ens. Ces &#171; conseillers &#187; travaillent avec les services consultatifs, r&#233;glementaires et autres comit&#233;s ex&#233;cutifs ou ad hoc de la Commission, avec les experts nationaux d&#233;tach&#233;s, mais aussi avec les d&#233;put&#233;s qui ont souvent besoin d'eux pour affronter la technicit&#233; des projets de directives. Les groupes de pression emploient une grande partie des assistants parlementaires, avant, apr&#232;s, et m&#234;me parfois pendant qu'ils exercent cette fonction, ce qu'autorise l'absence de statut de ces assistants. Apr&#232;s quelques ann&#233;es en tant qu'assistants parlementaires, ceux-ci privil&#233;gient l'acc&#232;s &#224; la Commission ou l'entr&#233;e dans des groupes d'int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce jour, environ 3 500 groupes d'int&#233;r&#234;t exerceraient une activit&#233; de lobbying au niveau de l'Union. 2 600 ont des bureaux &#224; Bruxelles. Entre 10 000 et 15 000 lobbyistes sont pr&#233;sents aupr&#232;s des institutions europ&#233;ennes ou en appui logistique, repr&#233;sentant, pour plus de la moiti&#233; d'entre eux, des groupes d'int&#233;r&#234;t &#224; caract&#232;re commercial, directement, par le biais de cabinets de conseil ou en tant qu'avocats ; environ 11 % repr&#233;sentent des associations d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral et &#224; but non lucratif. En comparaison, l'Union ne compte que 25 000 fonctionnaires, dont 12 000 li&#233;s &#224; la Commission (hors traducteurs), 785 d&#233;put&#233;s, un millier d'experts nationaux d&#233;tach&#233;s et environ 1 500 assistants parlementaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne compte plus dans l'acquis communautaire les textes issus directement des lobbies, y compris dans les trait&#233;s de l'Union. Il ne faut donc pas s'&#233;tonner qu'une proportion &#233;norme des directives europ&#233;ennes &#233;mane de ces groupes de pression : parmi les propositions de directives pr&#233;sent&#233;es par la Commission en 1996, seulement 3 % correspondaient &#224; des initiatives spontan&#233;es de ses services.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;glementation des lobbies n'a jamais fait le moindre pas. En 2005, la Commission a lanc&#233; un projet de Livre vert sur l'activit&#233; des lobbies, cens&#233; &#233;mettre des propositions visant &#224; combattre les &#171; arrangements &#187; que prendraient nombre de fonctionnaires et d'&#233;lus. Le livre vert, pr&#233;sent&#233; le 3 mai 2006, fit seulement &#233;tat des v&#339;ux de l'Union pour une autor&#233;gulation des groupes de pression&#8230; Il ne fut pas m&#234;me question d'un recensement obligatoire. Il aura suffi &#224; quelques officines de menacer d'ouvrir leurs archives. Non pas que les r&#233;sultats de leurs activit&#233;s soient inconnus ; ce qui l'est, ce sont les d&#233;tails obscurs qui s&#233;parent la &#171; p&#233;tition &#187; et le &#171; conseil &#187; de l'influence et de la corruption.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le &#171; droit de p&#233;tition &#187; introduit par le Trait&#233; de Lisbonne est ridicule et insultant au regard de ce qu'est le r&#233;f&#233;rendum d'initiative citoyenne, on aurait tort cependant de le voir comme une disposition sans port&#233;e pratique. Parce qu'une clause similaire, inscrite dans le premier amendement de la constitution des Etats-Unis, servit de fondement au Lobbying Act, consacrant outre Atlantique le droit des groupes de pression de faire valoir leurs int&#233;r&#234;ts particuliers aupr&#232;s du personnel politique. Le droit de p&#233;tition europ&#233;en pourrait &#224; l'avenir servir de base juridique au lobbying&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Union europ&#233;enne, &#224; l'instar des institutions financi&#232;res mondiales n&#233;es &#224; la m&#234;me &#233;poque, trouve &#224; son origine un fondement dangereux : c'est un instrument (inter)gouvernemental, dot&#233; d'une &#8220;mission&#8221; &#8211; la cr&#233;ation et la gestion d'un march&#233; &#8211; non li&#233;e &#224; des lois et aux droits fondamentaux de l'individu. La machine est donc enti&#232;rement au service d'un march&#233; consid&#233;r&#233; comme une fin en soi. Ses forces en viennent &#224; consid&#233;rer le seul point de vue du march&#233;, et &#224; raisonner comme si le march&#233; pr&#233;existait aux institutions politiques. Elle est naturellement sensible au verbe des financiers et des managers d'entreprises, mais elle est insensible &#224; tout langage &#233;tranger &#224; l'id&#233;ologie de march&#233;. La Commission, ne serait-ce que pour &#234;tre &#034;efficace&#034; tant son personnel et celui de l'Union en g&#233;n&#233;ral sont peu nombreux, d&#233;pend tellement du &#034;conseil&#034; des industriels que l'Union en est &#224; faire l'amalgame entre soci&#233;t&#233; civile, d'une part, et groupes de pression, &#034;r&#233;servoirs &#224; pens&#233;es&#034; et associations tri&#233;es sur le volet, d'autre part. On peut penser s&#233;rieusement que les eurocrates en sont venus &#224; prendre l'assembl&#233;e informelle des marchands pour la soci&#233;t&#233; civile, une &#171; soci&#233;t&#233; de march&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La connexion entre pouvoirs l&#233;gitimes et pouvoirs priv&#233;s (si pr&#233;sents que depuis longtemps nul ne songerait &#224; cacher cette r&#233;alit&#233;) est si flagrante qu'on ne peut plus savoir o&#249; est la limite des institutions. Un rideau pouvant abriter un autre rideau, on ne sait pas combien de pouvoirs priv&#233;s, ceux dont la volont&#233; fait de plus en plus int&#233;gralement la &#171; loi &#187;, se meuvent derri&#232;re les institutions. La dynamique du capitalisme financier est telle que les pouvoirs sup&#233;rieurs sont en mouvement permanent, leur expansion &#233;tant pilot&#233;e, selon comment on voit les choses, depuis des sommets l&#233;galement prot&#233;g&#233;s par le secret, ou, pire, quasi m&#233;caniquement par la &#171; loi &#187; diffuse mais implacable du march&#233;. Une cons&#233;quence majeure de ce d&#233;ploiement constant des structures de pouvoir sous le contr&#244;le de c&#339;urs de d&#233;cision tr&#232;s centralis&#233;s et peu nombreux est qu'il op&#232;re une s&#233;lection d'&#233;lites ob&#233;issant essentiellement &#224; la m&#234;me id&#233;ologie qui le conditionne. Ce sont l&#224; des m&#233;canismes typiquement totalitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi s'&#233;tonner, en retour, que seuls les &#034;industriels&#034; et dans une moindre mesure les purs &#034;pragmatiques&#034; sachent se faire entendre de la Commission ? Leurs propositions sont compatibles avec ses pouvoirs. L'ennui, c'est qu'&#233;tant l'expression de l'int&#233;r&#234;t de personnes morales sans but autre que lucratif, elles consistent tr&#232;s g&#233;n&#233;ralement &#224; mettre en place, non pas des lois, &#224; savoir des normes prot&#233;geant les individus contre l'action d'autres et donnant des obligations aux institutions, mais des normes sup&#233;rieures aux lois (nationales) permettant de contourner les lois ou de les d&#233;faire, et de retirer leur pouvoirs ou leurs obligations aux institutions soumises aux lois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir politique est donc d&#233;sormais sous la tutelle de pouvoirs &#233;conomiques et financiers. Les pouvoir financiers se sont non seulement &#233;mancip&#233;s du politique mais ont d&#233;velopp&#233;, au niveau international, nombre d' &#171; institutions &#187;, tandis que les institutions l&#233;gitimes n'ont cess&#233; d'&#234;tre rendues impuissantes &#224; garantir et p&#233;renniser les droits, notamment socio-&#233;conomiques. De pseudo instances constitutionnelles se sont mises en place au plan supranational, comme les trait&#233;s europ&#233;ens. Ces instances sont &#224; l'&#233;vidence domin&#233;es par une logique financi&#232;re et sont hostiles &#224; toute intervention des pouvoirs publics dans un domaine sans limite : l'id&#233;ologie n&#233;olib&#233;rale consid&#232;re toute chose comme marchandise, du min&#233;ral &#224; l'intelligence humaine, en passant par les g&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme mondialis&#233; &#233;tend donc son emprise &#224; travers des institutions a-d&#233;mocratiques qui imposent directement leurs d&#233;cisions aux Etats : Banque mondiale, Fonds mon&#233;taire international, OMC, et Union europ&#233;enne. Les d&#233;cisions qui affectent nos vies sont prises dans ces enceintes sur instruction des lobbies et avec la participation active des gouvernements des Etats membres ; ce qui signifie que l'essentiel des choix faits par nos gouvernements se r&#233;duisent &#224; la transposition dans l'ordre national de d&#233;cisions prises ailleurs avec leur complicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;5. Conclusion
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si la culture et le lien social nourrissent et se nourrissent de l'Etat de droit, leurs pertes surviennent ensemble. Comme cela se produisit d&#233;j&#224; en Europe durant la premi&#232;re mondialisation (1880-1930), l'expansion effr&#233;n&#233;e et globale du &#171; march&#233; &#187; atomise la soci&#233;t&#233; en Europe comme ailleurs, et y apporte peu &#224; peu technocratie, impuissance politique, cynisme et irresponsabilit&#233; politique dont se nourrissent en retour les id&#233;ologies totalitaires. En discr&#233;ditant la d&#233;mocratie, en la vidant de son contenu, les institutions europ&#233;ennes pr&#233;parent les soubresauts politiques de demain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes :&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; (1)&lt;strong&gt; La Haine de la d&#233;mocratie.&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Jacques Ranci&#232;re, &#233;d. La Fabrique, 2005, 110 p.&lt;br class='autobr' /&gt; (2) &lt;strong&gt;Un Parlement trop sensible aux pressions,&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; F. Castex, le Monde Diplomatique, janvier 2007&lt;br class='autobr' /&gt; (3) &lt;strong&gt;Nous, peuples d'Europe,&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Susan George, Fayard, 2005, 252 p.&lt;br class='autobr' /&gt; (4) (Marie-Fran&#231;oise Bechtel, &lt;strong&gt;Sup&#233;riorit&#233; de la norme europ&#233;enne et protection de la Constitution : &#233;tat des lieux&lt;/strong&gt;, colloque &#034;Peut-on se rapprocher d'un r&#233;gime pr&#233;sidentiel ?&#034;, 5 nov. 2007, &lt;a href=&#034;http://www.fondation-res-publica.org/Superiorite-de-la-norme-europeenne-et-protection-de-la-Constitution-etat-des-lieux_a254.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.fondation-res-publica.org/Superiorite-de-la-norme-europeenne-et-protection-de-la-Constitution-etat-des-lieux_a254.html&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Source&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://local.attac.org/rhone/spip.php?article1245&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://local.attac.org/rhone/spip.php?article1245&lt;/a&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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