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	<title>Les blogs d'Attac</title>
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	<description>Qui sommes-nous ? Fond&#233;e en 1998, suite &#224; la r&#233;daction d'un &#233;ditorial du Monde diplomatique : &#171; D&#233;sarmer les march&#233;s &#187; (d&#233;cembre 1997), Attac (Association pour la taxation des transactions financi&#232;res et pour l'action citoyenne) promeut et m&#232;ne des actions de tous ordres en vue de la reconqu&#234;te, par les citoyens, du pouvoir que la sph&#232;re financi&#232;re exerce sur tous les aspects de la vie politique, &#233;conomique, sociale et culturelle dans l'ensemble du monde.
Attac se revendique comme un mouvement d'&#233;ducation populaire tourn&#233; vers l'action, consid&#233;rant que le premier outil pour changer le monde est le savoir des citoyens. Attac produit analyses et expertises, organise des conf&#233;rences, des r&#233;unions publiques, participe &#224; des manifestations&#8230;
Fin 2010, Attac est pr&#233;sente dans une cinquantaine de pays, chaque organisation nationale &#233;tant autonome et devant simplement adh&#233;rer &#224; la plateforme internationale ; Attac France compte pr&#232;s de 10 000 membres et plus de 170 comit&#233;s locaux.
L'association est dirig&#233;e par un conseil d'administration de 42 membres &#233;lus par les adh&#233;rents, et dispose de l'expertise d'un conseil scientifique de 110 membres.
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		<title>Construire un &#171; p&#244;le d&#233;mocratique &#187; dans Attac ?</title>
		<link>https://blogs.attac.org/commission-democratie/outils-de-la-democratie/article/construire-un-pole-democratique-dans-attac</link>
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		<dc:date>2015-12-14T17:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Patrick Braibant</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Alors qu'Attac a fait de la d&#233;mocratie un de ses axes strat&#233;giques, force est de constater qu'il n'existe pas dans notre association un &#034;p&#244;le d&#233;mocratique&#034; &#233;quivalent au &#034;p&#244;le &#233;conomique&#034; (incarn&#233; notamment par D. Plihon) et un &#034;p&#244;le &#233;cologique&#034; (dont G. Azam est la figure de proue). J'appelle ici &#034;p&#244;le&#034; un groupe de militants qui soit en mesure d'alimenter le CA, les CL, et les adh&#233;rents en savoirs, en conceptions, en propositions, susceptibles d'aider l'association tout enti&#232;re &#224; d&#233;finir (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://blogs.attac.org/commission-democratie/outils-de-la-democratie/" rel="directory"&gt;Outils de la d&#233;mocratie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Alors qu'Attac a fait de la d&#233;mocratie un de ses axes strat&#233;giques, force est de constater qu'il n'existe pas dans notre association un &#034;p&#244;le d&#233;mocratique&#034; &#233;quivalent au &#034;p&#244;le &#233;conomique&#034; (incarn&#233; notamment par D. Plihon) et un &#034;p&#244;le &#233;cologique&#034; (dont G. Azam est la figure de proue). J'appelle ici &#034;p&#244;le&#034; un groupe de militants qui soit en mesure d'alimenter le CA, les CL, et les adh&#233;rents en savoirs, en conceptions, en propositions, susceptibles d'aider l'association tout enti&#232;re &#224; d&#233;finir son positionnement politique, ses orientations, ses actions, ses alliances etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les raisons de cette absence d'un &#034;p&#244;le d&#233;mocratique&#034; aux c&#244;t&#233;s des p&#244;les &#034;&#233;conomique&#034; et &#034;&#233;cologique&#034; sont nombreuses. Je ne souhaite aucunement aborder en d&#233;tails cette question aujourd'hui. Disons simplement que ces raisons tiennent &#224; l'histoire d'Attac, n&#233;e de la volont&#233; de donner une force politique &#224; une proposition &#233;conomique tr&#232;s pr&#233;cise (la taxation des transactions financi&#232;res) ; elles tiennent aussi au fait qu'il existe dans le monde universitaire un solide courant de chercheurs et d'enseignants (et donc de savoirs) &#034;alternatifs&#034; sur les questions &#233;conomiques et &#233;cologiques (et dont on retrouve un bon nombre dans le Conseil scientifique), alors qu'il en est beaucoup moins de m&#234;me sur les questions d&#233;mocratiques ; raisons qui tiennent encore au fait qu'il subsiste ind&#233;niablement des r&#233;sistances &#224; admettre le caract&#232;re central (ce qui ne veut cependant pas dire unique, bien s&#251;r) et urgentissime de la question d&#233;mocratique alors m&#234;me que tout concourt, dans cette France du d&#233;but du XXIe si&#232;cle, &#224; la n&#233;cessit&#233; de d&#233;cr&#233;ter l'&#233;tat d'urgence d&#233;mocratique ; des raisons qui tiennent enfin &#224; nos propres faiblesses &#224; nous qui tentons (certain-e-s depuis au moins 10 ans maintenant) de convaincre de ce caract&#232;re central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je propose d'essayer de r&#233;fl&#233;chir sur quelles bases pourraient se construire ce &#034;p&#244;le d&#233;mocratique&#034; d'Attac en tenant compte, d'une part, de ce qui semble &#034;objectivement&#034; n&#233;cessaire eu &#233;gard &#224; la situation que nous vivons et d'autre part, de la diversit&#233; des centres d'int&#233;r&#234;ts et des comp&#233;tences des ami-e-s qui sont les plus pr&#233;sents sur les listes d'Attac consacr&#233;es &#224; la question d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ma part, j'en viens &#224; l'id&#233;e que ce &#034;p&#244;le d&#233;mocratique&#034; pourrait se construire autour de quatre questions. Quatre questions entre lesquelles il n'y pas lieu d'&#233;tablir de hi&#233;rarchie (ce qui suppose, pour chacun-e d'entre nous, d'essayer de passer outre ses d&#233;mangeaisons &#224; vouloir faire pr&#233;valoir la ou les th&#233;matiques qui lui tiennent le plus &#224; c&#339;ur) :&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1) La question de la repr&#233;sentation &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir identifi&#233; clairement, au vu de l'exp&#233;rience des deux derniers si&#232;cles, les probl&#232;mes consid&#233;rables que pose la repr&#233;sentation &#233;lective &#224; l'exigence d&#233;mocratique, parvenir &#224; proposer et argumenter des &#171; rem&#232;des &#187; aux d&#233;fauts de cette forme de repr&#233;sentation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) rem&#232;des &#171; internes &#187; &#224; la repr&#233;sentations &#233;lective : comment les repr&#233;sent&#233;s pourraient-ils contr&#244;ler effectivement les repr&#233;sentants ? Contr&#244;le a priori (ant&#233;rieurement et pendant l'&#233;lection), contr&#244;le a posteriori (une fois les repr&#233;sentants &#233;lus) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) rem&#232;des &#171; externes &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; par l'introduction de proc&#233;dures de repr&#233;sentation ne relevant pas de la repr&#233;sentation &#233;lective : la question de la repr&#233;sentation par tirage au sort, de ses formes et domaines d'application.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; par l'introduction de proc&#233;dures et institutions de d&#233;mocratie directe, c'est &#224; dire de proc&#233;dures et institutions permettant l'intervention dans la d&#233;cision de l'ensemble des membres d'une collectivit&#233; donn&#233;e sans interm&#233;diaires quelconques (&#034;repr&#233;sentants&#034;, &#034;mandat&#233;s&#034;, &#034;d&#233;l&#233;gu&#233;s&#034; etc.)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2) La question de l'&#233;tendue du champ d'application de la d&#233;mocratie
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous vivons sur l'id&#233;e que la d&#233;mocratie est d'abord (voire exclusivement) une forme qui appartient au champ strictement politique (celui de l'exercice des &#034;pouvoirs publics&#034;). C'est la d&#233;finition &#034;orthodoxe&#034; de la d&#233;mocratie comme type de r&#233;gime politique. Cette conception remonte &#224; l'origine m&#234;me de la d&#233;mocratie c'est-&#224;-dire &#224; la Gr&#232;ce antique o&#249; les relations &#233;galitaires constitutives de la d&#233;mocratie n'existaient que dans la politeia (&#224; la fois r&#233;gime politique, constitution, action politique, action de l&#233;gif&#233;rer) r&#233;serv&#233;es aux seules hommes (les m&#226;les) libres. Tandis que tous les autres grands champs sociaux &#233;taient r&#233;gis par des rapports de domination : en particulier de l'homme sur la femme et des libres sur les esclaves au sein de l'oikos (la &#034;maison&#034; ou &#034;maisonn&#233;e&#034; qui outre les relations familiales, incluait une grande partie de ce que nous appelons aujourd'hui l'&#233;conomie, terme d'ailleurs forg&#233; &#224; partir de oikos). Champs o&#249; il &#233;tait impensable pour les Grecs que des rapports de type d&#233;mocratique puissent exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons h&#233;rit&#233;s de cette grande partition entre ce qui est ouvert &#224; la d&#233;mocratie et ce qui ne l'est pas. Dans les conceptions les plus couramment admises, la d&#233;mocratie demeure restreinte au seul domaine des pouvoirs publics. Ce qui signifie que se trouvent hors de l'emprise de l'exigence d&#233;mocratique les nombreuses autres formes de pouvoir que la grande majorit&#233; des membres de la soci&#233;t&#233; subissent dans la quasi totalit&#233; des aspects de leur existence sociale : lorsqu'ils travaillent, consomment, s'informent, &#233;pargnent, se distraient, se cultivent, communiquent etc. La premi&#232;re grande remise en cause de cette partition a &#233;t&#233; le socialisme, qu'on peut d&#233;finir comme une tentative d'appliquer la d&#233;mocratie au champ &#233;conomique. Malheureusement l'esp&#233;rance socialiste n'a pas donn&#233; les fruits esp&#233;r&#233;s et se trouve aujourd'hui bien mal en point, en particulier en Europe. Pourtant notre &#233;poque est marqu&#233;e par l'apparition d'une multitudes d'exp&#233;riences o&#249;, collectivement, des membres de la soci&#233;t&#233; s'organisent pour tenter de prendre la main sur les conditions r&#233;gissant telle ou telle composante de cette existence sociale. Je souvent donn&#233; ici ou sur d'autres listes des exemples de ces exp&#233;riences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble qu'un &#034;p&#244;le d&#233;mocratique&#034; qui se constituerait dans Attac ne saurait ignorer cette composante de l'exigence d&#233;mocratique d'aujourd'hui. D'autant plus que ces exp&#233;riences tr&#232;s vari&#233;es, voire disparates, commencent &#224; prendre conscience de ce qui leur est commun. Ce qui signifie qu'elles se politisent. Ce qui se traduit par des tentatives de rapprochement et de convergence. Par exemple au sein du mouvement Alternatiba (ici plut&#244;t sous l'angle de l'&#233;cologie) ou encore dans le mouvement des communs qui commence &#224; prendre forme et &#224; se structurer (surtout, pour l'instant, autour des &#034;communs de la connaissance&#034;), y compris dans le monde universitaire o&#249; des savoirs tr&#232;s &#233;labor&#233;s sont maintenant disponibles.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; 3) La question de &#171; l'inclusion &#187;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, ce qu'on pourrait appeler le versant sociologique de la question d&#233;mocratique : dans notre soci&#233;t&#233;, toutes et tous ne sont pas &#233;gaux devant l'acc&#232;s &#224; la d&#233;mocratie. Et l'on pourra d&#233;mocratiser autant qu'on voudra les proc&#233;dures, &#233;tendre autant qu'on voudra la r&#232;gle d&#233;mocratique &#224; de nouveaux champs sociaux, cela restera tr&#232;s insatisfaisant si, sous l'effet de processus sociaux vari&#233;s, des pans entiers de la soci&#233;t&#233; se trouvent de fait exclus ou fortement emp&#234;ch&#233;s de la possibilit&#233; de s'approprier cet outillage d&#233;mocratique. C'est la th&#233;matique port&#233;e notamment par Fran&#231;oise Cl&#233;ment et Martine Boudet autour des &#034;discrimin&#233;s&#034;, &#034;pr&#233;caris&#233;s&#034;, &#034;minor&#233;s&#034;. Nous deux amies voient m&#234;me la possibilit&#233; de faire de l'inclusion de ces exclus, le c&#339;ur du projet politique alternatif. C'est &#233;videmment &#224; discuter (je l'ai fait r&#233;cemment dans un &#233;change avec Fran&#231;oise sur &#034;d&#233;mocratie r&#233;elle&#034;), mais il n'en demeure pas moins vrai qu'un &#233;ventuel &#034;p&#244;le d&#233;mocratique&#034; d'Attac serait gravement d&#233;faillant s'il laissait cette th&#233;matique de l'inclusion/exclusion hors de son champ. Sauf &#224; accepter de reproduire, l&#224; encore (certes sous des modalit&#233;s diff&#233;rentes), une des caract&#233;ristiques fondamentales de la d&#233;mocratie grecque antique : le fait d'&#234;tre r&#233;serv&#233;e &#224; une partie seulement de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4) La question de &#034;l'ici et maintenant&#034;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;cessit&#233; de poser cette question tient &#224; la fois &#224; des raisons de fond (ou de principe) et &#224; des raisons de situation politique. Je ne traitera ici que les secondes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au vu de la d&#233;liquescence qui frappe la gauche partidaire en France, est-il encore r&#233;aliste de croire &#224; la possibilit&#233; de transformations d&#233;mocratiques men&#233;es depuis le pouvoir ? Peut-on encore raisonnablement penser qu'&#224; &#233;chelle de temps pr&#233;visible une accession au pouvoir de cette gauche est envisageable ? Peut-on encore croire qu'en la &#034;recomposant&#034; (Aaah ! la recomposition...), selon les formules les plus vari&#233;es, les &#233;l&#233;ments qui la constituent, le r&#233;sultat sera diff&#233;rent. Est-ce qu'en prenant toujours les m&#234;mes pour &#224; chaque fois &#034;re-commencer&#034;, &#034;re-fonder&#034; etc., on fera autre chose qu'entretenir l'illusion et l'impuissance ? Peut-&#234;tre faudrait-il admettre que l'hypoth&#232;se la plus probable est celle d'une situation o&#249;, pour faire progresser la cause d&#233;mocratique, il faudra durablement se passer de l'espoir de le faire &#224; partir du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous vivions dans l'id&#233;e qu'il existait n&#233;cessairement des forces politiques en capacit&#233; de donner force de loi, un jour ou l'autre, aux exigences d&#233;mocratiques (et &#224; d'autres) par leur accession au pouvoir (en premier lieu au pouvoir d'Etat, au pouvoir &#224; l'&#233;chelon national). Nous pensions donc qu'il existait &#034;naturellement&#034; un &#034;d&#233;bouch&#233; politique&#034; &#224; l'exigence d&#233;mocratique. Et nous pensions par l&#224;-m&#234;me que le pr&#233;alable aux transformations d&#233;mocratiques c'&#233;tait cette accession au pouvoir d'Etat. Avec pour double corolaire que le moment de la transformation d&#233;mocratique (ou av&#232;nement de la &#034;d&#233;mocratie r&#233;elle&#034;) se situait dans le futur et que son lieu d'impulsion se situait dans &#034;l'en haut&#034; de la soci&#233;t&#233; (le pouvoir). La priorit&#233; du pr&#233;sent &#233;tant de construire les conditions de l'accession au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pouvons-nous encore raisonner ainsi ? Ne devons-nous pas admettre que le &#034;d&#233;bouch&#233;&#034; principal de l'exigence d&#233;mocratique se situe d&#233;sormais dans le &#034;maintenant&#034; et &#034;l'en bas&#034; de la soci&#233;t&#233; ? Ceci n'est pas une question &#034;th&#233;orique&#034;. Elle a d&#233;j&#224; commenc&#233; &#224; recevoir des r&#233;ponses pratiques : en effet, c'est pr&#233;cis&#233;ment ce double d&#233;placement de temps et de lieu qu'op&#232;rent en actes les exp&#233;riences dont j'ai parl&#233; ci-dessus &#224; la fin de mon point 2. L&#224; encore je pense qu'un &#034;p&#244;le d&#233;mocratique&#034; se constituant dans Attac serait fautif s'il ignorait cette perspective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tr&#232;s important&lt;/i&gt; : selon moi, cette quatri&#232;me question de &#034;l'ici et maintenant&#034; ne doit pas &#234;tre &#224; trait&#233;e s&#233;par&#233;ment. Elle est une question transversale qui se pose &#224; chacune des trois autres th&#233;matiques. Autrement dit, tout travail qui se mettrait en route autour de ces trois th&#232;mes devrait imp&#233;rativement ins&#233;rer cette question de &#034;l'ici et maintenant&#034; &#224; sa r&#233;flexion et &#224; ses propositions.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;5) Donner &#224; ce &#034;p&#244;le d&#233;mocratique&#034; son &#034;cachet&#034; propre
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je pense, pour finir, que nous devrions aussi placer ce &#034;p&#244;le d&#233;mocratique&#034; &#224; construire sous les auspices d'une appellation un peu frappante qui r&#233;sumerait notre d&#233;marche et permettrait de l'identifier et de la distinguer, bref, de lui donner son &#034;cachet&#034; propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il me semble en effet de plus en plus difficile de se r&#233;clamer de la d&#233;mocratie &#034;tout court&#034;. D'une part, parce la r&#233;f&#233;rence (et la r&#233;v&#233;rence) &#224; la d&#233;mocratie est devenue la r&#232;gle (en France de Le Pen &#224; Besancenot tout le monde se r&#233;clame de la d&#233;mocratie) et d'autre part parce qu'il existe une grande diversit&#233; de conceptions de la d&#233;mocratie. Non pas seulement des diff&#233;rences autour de l'interpr&#233;tation &#224; donner d'une m&#234;me d&#233;finition (par exemple la d&#233;finition &#034;canonique&#034; de la d&#233;mocratie comme r&#233;gime politique) qui mais encore des diff&#233;rences portant sur la d&#233;finition m&#234;me du mot, sur son sens m&#234;me. On ne peut plus ignorer qu'un certain nombre de penseurs (et penseurs qu'on peut consid&#233;rer &#034;de notre bord&#034; : Ranci&#232;re, Abensour Colliot-Th&#233;l&#232;ne entre autres) ont propos&#233; des d&#233;finitions de la d&#233;mocratie qui remettent en cause, parfois radicalement, l'acception courante de cette notion. Tout cela obscurcit assur&#233;ment terme d&#233;mocratie qui, employ&#233; seul, perd de sa lisibilit&#233; et de son tranchant (Didier Brisebourg faisait r&#233;cemment la m&#234;me remarque &#224; propos du mot &#034;R&#233;publique&#034;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ma part, il me semble que les quatre questions que je viens de pr&#233;senter pourraient figurer sous le &#034;label&#034; suivant : &#034;d&#233;mocratie de transformation sociale&#034;. Dans les quatre cas, l'id&#233;e de d&#233;mocratie est indiscutablement associ&#233;e &#224; celle d'une transformation des rapports sociaux : &#224; travers la critique de la repr&#233;sentation &#233;lective s'exprime la volont&#233; de transformer le rapport gouvern&#233;s/gouvernants ; dans la th&#233;matique du champ d'application de la d&#233;mocratie il est &#233;vident que substituer en actes des rapports d&#233;mocratiques &#224; des rapports de domination dans un nombre grandissant de champ sociaux rel&#232;ve par d&#233;finition de la transformation sociale. De m&#234;me dans la th&#233;matique de l'inclusion : affirmer que la d&#233;mocratie doit &#234;tre &#034;inclusive&#034; c'est affirmer qu'elle doit se construire en rupture des logiques sociales dominantes. Quant &#224; la th&#233;matique de l' &#034;ici et maintenant&#034;, elle affirme la n&#233;cessit&#233; de conjuguer au pr&#233;sent toutes ces vis&#233;es transformatrices.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;6) Un pari
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de construire un &#034;p&#244;le d&#233;mocratique&#034; dans Attac tient largement du pari. Je ne sais pas si existent en nombre suffisant les (bonnes) volont&#233;s, les capacit&#233;s, les comp&#233;tences indispensables &#224; une telle entreprise. D'o&#249; le point d'interrogation dans l'intitul&#233; de ce courriel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble que ce qui permettra d'en avoir une id&#233;e, ce sera la capacit&#233; que nous aurons ou non de traiter la feuille de route que nous transmis le CA il y a un an et qui a donn&#233; naissance &#224; notre regroupement autour de la liste &#034;d&#233;mocratie-r&#233;elle&#034;. Feuille de route qui recoupe en bonne partie la premi&#232;re des quatre questions que j'ai formul&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte est un courriel envoy&#233; &#224; la liste &#171; d&#233;mocratie r&#233;elle &#187; d'Attac.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>La d&#233;mocratie comme agir et comme situation</title>
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		<dc:date>2015-04-20T17:46:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Patrick Braibant</dc:creator>



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&lt;p&gt;Le texte qui suit est la plus grande partie d'une contribution &#224; un d&#233;bat, sur une liste de discussion d'Attac, consacr&#233; &#224; la &#171; d&#233;finition &#187; de la d&#233;mocratie. Il interroge la formule de Lincoln datant de 1863 et souvent invoqu&#233;e comme d&#233;finition canonique : &#171; gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
En quoi, dans quelle mesure et jusqu'&#224; quel point pouvons-nous, de notre point de vue d'altermondialistes et de partisans de la transformation sociale, nous r&#233;f&#233;rer l&#233;gitimement (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://blogs.attac.org/commission-democratie/fondamentaux-de-la-democratie/" rel="directory"&gt;Fondamentaux de la d&#233;mocratie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le texte qui suit est la plus grande partie d'une contribution &#224; un d&#233;bat, sur une liste de discussion d'Attac, consacr&#233; &#224; la &#171; d&#233;finition &#187; de la d&#233;mocratie. Il interroge la formule de Lincoln datant de 1863 et souvent invoqu&#233;e comme d&#233;finition canonique : &#171; gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi, dans quelle mesure et jusqu'&#224; quel point pouvons-nous, de notre point de vue d'altermondialistes et de partisans de la transformation sociale, nous r&#233;f&#233;rer l&#233;gitimement &#224; la &#171; d&#233;finition &#187; de Lincoln ? Cette d&#233;finition est- elle acceptable en totalit&#233; ? Est-elle &#224; rejeter compl&#232;tement ? Certains de ses &#233;l&#233;ments sont-ils recevables &#224; condition de les reformuler dans notre sens, &#224; condition, si j'ose dire, de les &#171; altermondialiser &#187;. Ce qui passe par le rejet d'autres &#233;l&#233;ments. Ce sera la position que je vais d&#233;velopper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est &#224; mon sens recevable la mani&#232;re dont Lincoln d&#233;finit la nature de la d&#233;mocratie &#224; travers le terme de &#171; gouvernement &#187; dans ses deux (principaux) sens : &#171; action de gouverner &#187; et ensemble des institutions permettant de gouverner. Par contre, il me semble que nous ne pouvons nous rallier ni au &#171; sujet &#187; de la d&#233;mocratie qu'il retient : &#171; le peuple &#187; ; ni &#224; la finalit&#233; du &#171; gouvernement &#187; d&#233;mocratique qu'il propose : le &#171; gouverner pour le peuple &#187; qui cl&#244;t sa formule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour finir, je me lancerai &#224; mon tour dans un essai (provisoire ?) de &#171; d&#233;finition &#187;, &#224; partir de ce que j'aurai retenu de Lincoln et de ce que j'en aurai rejet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1) La nature de la d&#233;mocratie selon Lincoln : &#224; mes yeux, ce dernier d&#233;finit explicitement la d&#233;mocratie comme un agir. &#171; Gouvernement &#187; doit ici &#234;tre compris dans le sens d' &#171; action de gouverner &#187;. &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; gouvernement du peuple, par le peuple &#187; c'est le peuple se gouvernant lui-m&#234;me, s'auto- gouvernant. Ce caract&#232;re d'agir est d'ailleurs enti&#232;rement confirm&#233; et renforc&#233; par la mention finale, &#171; pour le peuple &#187; (m&#234;me si celle-ci est plus que probl&#233;matique), laquelle introduit en effet un &#233;l&#233;ment constitutif de tout agir : une intention, une finalit&#233;. La d&#233;mocratie lincolnienne serait donc le peuple se gouvernant lui-m&#234;me dans (en vue de) l'int&#233;r&#234;t du peuple (je ne vois pas d'autre mani&#232;re d'interpr&#233;ter le &#171; pour le peuple &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la formule de Lincoln contient aussi son implicite : le gouvernement comme &#171; action de gouverner &#187; n'est rien sans un gouvernement comme institution. &#171; Le peuple &#187; ne peut s'auto-gouverner que moyennant une multitude d'institutions : organes et proc&#233;dures de prises de d&#233;cision, de contre-pouvoir, de contr&#244;le ; proc&#233;dures de d&#233;signation diverses et vari&#233;es (&#233;lections, nominations, tirage au sort...), formes d'organisation de l'espace public de d&#233;bat et d'information, multiplicit&#233; de droits garantissant la possibilit&#233; effective pour chaque membre du &#171; peuple &#187; de participer &#224; l'auto- gouvernement populaire etc. Ce &#171; gouvernement &#187; comme ensemble d'institutions est &#171; l'outil &#187;, le moyen du gouvernement comme &#171; action de gouverner &#187;, lui permettant se faire le vecteur de la finalit&#233; poursuivie (l'int&#233;r&#234;t du peuple chez Lincoln).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;finissant la d&#233;mocratie comme agir, Lincoln en d&#233;signe la finalit&#233; ainsi que les moyens de l'atteindre. Il faut encore qu'il r&#233;ponde &#224; trois questions : qui agit ? A qui ou &#224; quoi (&#224; quelle &#171; mati&#232;re &#187;) cet agir s'applique-t-il ? Qui est de destinataire (ou b&#233;n&#233;ficiaire) de la finalit&#233; ? On le sait, trois fois Lincoln r&#233;pond par un seul et m&#234;me terme : &#171; peuple &#187;. La d&#233;mocratie lincolnienne c'est &#171; le peuple &#187; gouvernant &#171; le peuple &#187; dans l'int&#233;r&#234;t du &#171; peuple &#187; Le &#171; gouvernement &#187; d&#233;mocratique serait donc un auto-gouvernement n'ayant d'autre finalit&#233; que l'int&#233;r&#234;t de l'entit&#233; qui s'autogouverne. Il y aurait une circularit&#233; de la d&#233;mocratie : tout part du &#171; peuple &#187;, passe par le &#171; peuple &#187; et y revient. &#171; Le peuple &#187; est &#224; la fois l'acteur de l'agir (il est le gouvernant), sa &#171; mati&#232;re &#187; (il est le gouvern&#233;), sa finalit&#233; (il est ce dont il faut r&#233;aliser l'int&#233;r&#234;t)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sont donc ici rassembl&#233;s explicitement ou implicitement tous les &#233;l&#233;ments qui permettent de constituer la d&#233;mocratie comme un agir. Un agir est un ensemble d'actions, engag&#233;es par un certain type d'acteurs et orient&#233;es par une m&#234;me finalit&#233; et qui, pour la r&#233;aliser, recourent &#224; des &#171; outils &#187; et moyens appropri&#233;s &#224; cette finalit&#233;. &#171; Appropri&#233;s &#187; devant se comprendre selon deux sens qui me semblent incontestablement pr&#233;sents dans la d&#233;finition lincolnienne. D'une part, &#171; appropri&#233;s &#187; dans le sens de l'efficacit&#233; : ces moyens et &#171; outils &#187; doivent &#234;tre les plus aptes possibles &#224; atteindre la fin poursuivie (en termes lincolniens : &#171; le gouvernement du peuple par le peuple &#187; est le plus propre et le plus efficace &#224; r&#233;aliser l'int&#233;r&#234;t du peuple, &#224; gouverner &#171; pour le peuple &#187;). D'autre part, &#171; appropri&#233;s &#187; dans le sens de la conformit&#233; : les &#171; outils &#187; et moyens doivent &#234;tre de la m&#234;me nature que la finalit&#233; : &#224; ce titre, ils en sont eux-m&#234;mes une r&#233;alisation, selon le principe que la fin doit d&#233;j&#224; &#234;tre dans les moyens (en termes lincolniens : le &#171; gouvernement du peuple par le peuple &#187; est d&#233;j&#224; une mani&#232;re de r&#233;aliser l'int&#233;r&#234;t du peuple, le &#171; pour le peuple &#187; se r&#233;alise d&#233;j&#224; dans le &#171; par le peuple &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La maxime qui oriente la d&#233;mocratie lincolnienne comme agir serait donc la suivante : r&#233;aliser l'int&#233;r&#234;t du peuple (gouverner &#171; pour le peuple &#187;) exige que le peuple s'auto-gouverne moyennant des institutions appropri&#233;es &#224; cette fin. Mais elle doit se formuler tout autant par sa r&#233;ciproque : le gouvernement (comme acte de gouverner et comme institution) ne vaut comme d&#233;mocratie que pour autant qu'il poursuit l'int&#233;r&#234;t du peuple, que pour autant que le gouvernement &#171; du peuple, par le peuple &#187; est simultan&#233;ment et ins&#233;parablement gouvernement &#171; pour le peuple &#187;. L'effectivit&#233; de la d&#233;mocratie consisterait donc en ce tenir ensemble d'une finalit&#233; et des &#171; outils &#187; appropri&#233;s &#224; r&#233;aliser cette finalit&#233;. Si les &#171; outils &#187; manquent, si la finalit&#233; est r&#233;alis&#233;e &#224; l'aide de moyens et &#171; outils &#187; qui ne lui sont pas conformes (dans l'optique lincolnienne : si l'int&#233;r&#234;t du peuple &#233;tait r&#233;alis&#233; par des moyens dictatoriaux), il n'y a pas d&#233;mocratie. De m&#234;me, si la finalit&#233; manque, si ces &#171; outils &#187; servent &#224; une autre finalit&#233; (dans l'optique lincolnienne : si les institutions et proc&#233;dures d&#233;mocratiques sont d&#233;tourn&#233;es de la poursuite de l'int&#233;r&#234;t du peuple et sont mises au service de l'int&#233;r&#234;t de quelques-uns), il n'y a pas d&#233;mocratie. La d&#233;mocratie n'est elle-m&#234;me, n'est pleinement la d&#233;mocratie, que dans et par l'indissociabilit&#233; de ces &#171; outils &#187; et de cette finalit&#233;, elle-m&#234;me indissociable d'un certain &#171; sujet &#187; (acteur et b&#233;n&#233;ficiaire)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conception de la d&#233;mocratie comme agir rendant (devant rendre) ins&#233;parable une fin donn&#233;e et des moyens appropri&#233;s &#224; cette fin, me semble &#234;tre le fond de la d&#233;finition lincolnienne. Conception dont je pense qu'en tant qu'altermondialistes nous pouvons la faire n&#244;tre : dire que la d&#233;mocratie est un &#171; gouvernement &#187; anim&#233; d'une finalit&#233; et exigeant des &#171; outils &#187; appropri&#233;s &#224; cette finalit&#233;, c'est ipso facto dire qu'elle un agir sur la soci&#233;t&#233; dans une certaine direction, donc toujours, de quelque mani&#232;re, un agir transformateur. Cela consonne &#233;videmment avec la nature m&#234;me de l'altermondialisme : un agir sur le monde dans une certaine direction. Mais s'en tenir l&#224; est &#233;videmment tr&#232;s insuffisant. Il faut aussi examiner le contenu de chacun des termes de la d&#233;finition lincolnienne : l'agir , le sujet de cet agir, la finalit&#233; que d&#233;signe Lincoln (respectivement &#171; gouvernement &#187;, &#171; peuple &#187;, int&#233;r&#234;t du &#171; peuple &#187;) sont-ils pertinents de notre point de vue ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2) L'agir : le &#171; gouvernement &#187;, l'action de gouverner, moyennant un &#171; gouvernement &#187; comme institution, semble tout-&#224;-fait exploitable par nous altermondialistes. &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Notamment en ce que cette notion se pr&#234;te &#224; extension de son champ, au del&#224; de ce que Lincoln vise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Lincoln parle de &#171; gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple &#187;, il est &#224; peu pr&#232;s certain qu'il pense uniquement au gouvernement des &#171; pouvoirs publics &#187;. Il se r&#233;f&#232;re &#224; la seule sph&#232;re politique telle qu'on l'entend habituellement et o&#249; les membres (ou certains membres) de la soci&#233;t&#233; agissent comme &#171; citoyens &#187;. Mais comme il ne le dit pas explicitement, et qu'il invoque un auto-gouvernement du peuple &#171; en g&#233;n&#233;ral &#187;, rien n'emp&#234;che d'en &#233;tendre la port&#233;e et d'affirmer que &#171; le peuple &#187; doive &#171; gouverner &#187; non seulement les pouvoirs publics, gouverner la sph&#232;re politique stricto sensu, mais aussi &#171; gouverner &#187; les autres (ou d'autres) composantes de son existence/activit&#233; sociale : travailler, consommer, &#234;tre usager de services publics, &#233;pargner, se cultiver, s'informer, &#234;tre partie prenante d'un &#233;cosyst&#232;me gravement fragilis&#233; etc. Et, pour ce faire, l'on peut argumenter que non seulement l'existence/activit&#233; sociale du &#171; peuple &#187; ne se limite pas &#224; &#234;tre citoyen, que &#171; le peuple &#187; est aussi travailleur, consommateur, usager, &#233;pargnant etc., mais, encore et mieux, que dans le travail, la consommation, l'usage des services publics, l'&#233;pargne, dans son rapport &#224; l'&#233;co-syst&#232;me etc. il est aussi citoyen parce que, l&#224; aussi, il y a de la politique et donc que, l&#224; aussi, il y a mati&#232;re &#224; auto-gouvernement, &#224; &#171; gouvernement du peuple, par le peuple &#187;. D&#232;s lors, toujours en termes lincolniens, la d&#233;mocratie pourrait se d&#233;finir comme le &#171; gouvernement par le peuple, pour le peuple des diff&#233;rentes composantes de son existence/activit&#233; sociale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3) Le sujet de la d&#233;mocratie selon Lincoln : qu'en est-il du &#171; peuple &#187; ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pouvons-nous faire n&#244;tre cette cat&#233;gorie ? Qui est ce &#171; peuple &#187; qui revient &#224; trois reprises dans sa tr&#232;s courte d&#233;finition ? Ce triplement du terme en constitue une des difficult&#233;s majeures. D'abord en raison de la polys&#233;mie du mot &#171; peuple &#187; : peuple &#171; ethnique &#187; d&#233;fini par des caract&#232;res culturels voire biologiques ? Peuple-nation d&#233;fini par la possession de la nationalit&#233; d'un Etat ? Peuple politique d&#233;fini par la citoyennet&#233; et l'appartenance &#224; un corps politique ? Peuple sociologique : &#171; classes populaires &#187; par opposition aux classes &#171; sup&#233;rieures &#187; ou &#171; dominantes &#187; ?. Selon que l'on choisit l'une ou l'autre de ces acceptions la d&#233;finition change totalement de signification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout : la coh&#233;rence et la force de la d&#233;finition lincolnienne sont suspendues &#224; la condition expresse que les trois occurrences du mot &#171; peuple &#187; d&#233;signent bien &#224; chaque fois la m&#234;me r&#233;alit&#233;. Il faut que le peuple de &#171; gouvernement du peuple &#187; (le peuple gouvern&#233;), le peuple de &#171; gouvernement par le peuple &#187; (le peuple gouvernant), le peuple de &#171; gouvernement pour le peuple &#187; (le peuple dont la satisfaction des int&#233;r&#234;ts est la finalit&#233; du gouvernement d&#233;mocratique), soient tous trois le m&#234;me peuple. Il faut qu'il y ait identit&#233; de ces trois peuples. Sinon, la d&#233;finition de Lincoln n'a plus aucun sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, qui peut bien &#234;tre ce m&#234;me peuple cens&#233; &#234;tre pr&#233;sent dans trois positions diff&#233;rentes ? Quel est son p&#233;rim&#232;tre ? Parmi les trois occurrences, deux sont facilement identifiables : le peuple gouvern&#233; et le peuple gouvernant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le peuple gouvern&#233; c'est l'ensemble des personnes vivant sous la juridiction d'un &#171; gouvernement &#187; donn&#233;. Par exemple l'ensemble des habitants d'un Etat : les &#171; nationaux &#187; (hommes, femmes, enfants) et les &#233;trangers r&#233;sidents, toutes classes et cat&#233;gories confondues. Le peuple gouvernant c'est l'ensemble des membres de la soci&#233;t&#233; qui sont admissibles au corps politique cens&#233; s'auto-gouverner, c'est-&#224;-dire l'ensemble de ceux qui sont reconnus aptes au titre de citoyen. La d&#233;finition lincolnienne pose incontestablement l'identit&#233; de ces deux peuples. Or, jamais ils n'ont co&#239;ncid&#233;. Une partie du premier a toujours &#233;t&#233; exclue du second. Outre l'exclusion universelle de ceux qui sont consid&#233;r&#233;s comme &#171; mineurs &#187;, une partie des adultes &#171; gouvern&#233;s &#187; a toujours &#233;t&#233; &#233;cart&#233;e du peuple gouvernant (en fait de la citoyennet&#233;). Si la composition du peuple gouvern&#233; est facilement rep&#233;rable et reste toujours d&#233;finie de la m&#234;me mani&#232;re, celle du peuple gouvernant n'est nullement donn&#233;e. Elle est parfaitement contingente, c'est-&#224;-dire d&#233;termin&#233;e par les al&#233;as de l'histoire de la soci&#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e, des luttes qui s'y d&#233;roulent, des rapports de force qui s'y succ&#232;dent etc. Contrairement &#224; ce que laisse croire la d&#233;finition lincolnienne il ne va aucunement de soi que peuple gouvern&#233; et peuple gouvernant co&#239;ncident. Au moment o&#249; Lincoln proposait sa d&#233;finition (1863), on peut supposer qu'il consid&#233;rait les &#201;tats- Unis comme une d&#233;mocratie, comme &#171; un gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple &#187; et pourtant ni les femmes, ni les &#233;trangers r&#233;sidents, ni les esclaves (au total, la majorit&#233; des gouvern&#233;s) n'appartenaient au peuple gouvernant. De m&#234;me, beaucoup d'entre nous consid&#232;rent l'Ath&#232;nes du Ve si&#232;cle avant notre &#232;re comme une d&#233;mocratie et vont m&#234;me y puiser une inspiration pour le pr&#233;sent (tirage au sort, proc&#233;dures de contr&#244;le par l'Assembl&#233;e du peuple des magistrats &#233;lus ou tir&#233;s ou sort ). Or, le gouvernement d'Ath&#232;nes &#233;tait tout sauf un &#171; gouvernement du peuple, par le peuple &#187;. L&#224; aussi, bien moins de la moiti&#233; du peuple gouvern&#233; &#233;tait admis au peuple gouvernant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui encore, et partout, demeure discut&#233;e la question de l'int&#233;gration des &#233;trangers r&#233;sidents dans la citoyennet&#233;, sous quelles formes et jusqu'&#224; quel point. Peu nombreux, y compris parmi les progressistes, sont ceux qui sont pr&#234;ts &#224; leur accorder la totalit&#233; des droits de citoyen. Jusques et y compris notre &#233;poque, peuple gouvern&#233; et peuple gouvernant ne co&#239;ncident pas et la formule de Lincoln qui pr&#233;sente comme une &#233;vidence un auto- gouvernement o&#249; tous les gouvern&#233;s seraient admis &#224; prendre part est trompeuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette non-co&#239;ncidence entre le peuple gouvern&#233; et le peuple gouvernant rend plus que probl&#233;matique l'identification du troisi&#232;me &#171; peuple &#187;, celui du &#171; gouvernement pour le peuple &#187;, celui dont le &#171; gouvernement &#187; aurait pour obligation de satisfaire les int&#233;r&#234;ts. Est-ce le peuple gouvern&#233; ? Est-ce seulement le peuple gouvernant ? A moins que le peuple gouvernant soit consid&#233;r&#233; comme seul juge de l'int&#233;r&#234;t de tous, gouvernants et gouvern&#233;s...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;finition de Lincoln n'est recevable et donc op&#233;rationnelle qu'&#224; condition d'&#234;tre capable de pr&#233;senter une figure du &#171; peuple &#187; en laquelle puisse co&#239;ncider peuple gouvern&#233; (toute la population sans distinction), peuple gouvernant et peuple comme comme collectivit&#233; rattachable &#224; un ou des int&#233;r&#234;ts commun(s). Or, il n'y a pas trente six mille mani&#232;res de construire un telle figure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est certain c'est que cette figure Lincoln ne la voit certainement pas dans le peuple au sens sociologique (les &#171; classes populaires &#187;, distinctes des classes &#171; sup&#233;rieures &#187;). Le peuple lincolnien ne peut &#234;tre la co&#239;ncidence des trois &#171; peuples &#187; qu'&#224; condition d'ignorer les classes, c'est-&#224;-dire de les englober toutes. Aussi, en est-il de m&#234;me, ipso facto, pour la d&#233;mocratie. En ne connaissant que &#171; le peuple &#187; (les trois &#171; peuples &#187; pos&#233;s comme le m&#234;me peuple) la d&#233;mocratie lincolnienne, se veut le &#171; gouvernement &#187; de toutes les classes par toutes les classes, pour (les int&#233;r&#234;ts de) toutes les classes. Telle est, je pense, la signification profonde de la formule dans l'esprit de son auteur. C'est ici qu'il va falloir se s&#233;parer de Lincoln.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4) La finalit&#233; de la d&#233;mocratie lincolnienne : le &#171; gouvernement &#187; d&#233;mocratique se distinguerait par le fait qu'il agit &#171; pour le peuple &#187;. &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#202;tre &#171; gouvernement pour le peuple &#187; serait la seule vis&#233;e l&#233;gitime du &#171; gouvernement par le peuple &#187; et, r&#233;ciproquement, le &#171; gouvernement par le peuple &#187; serait le seul moyen, le seul &#171; outil &#187; pouvant assurer un &#171; gouvernement pour le peuple &#187;. Ainsi, la formule de Lincoln voudrait nous convaincre que la d&#233;lib&#233;ration de tous conduit n&#233;cessairement &#224; d&#233;gager un int&#233;r&#234;t de tous et r&#233;ciproquement que pour d&#233;gager un int&#233;r&#234;t de tous il faut la d&#233;lib&#233;ration de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans et par la d&#233;lib&#233;ration commune sur un pied d'&#233;galit&#233; (dans la sph&#232;re du &#171; gouvernement &#187; d&#233;mocratique chacun ne compte que pour un et un seul, une personne = une voix) soit se ferait reconna&#238;tre soit se construirait, n&#233;cessairement, un int&#233;r&#234;t commun. La formule lincolnienne suppose (ou plut&#244;t pose) soit qu'il existerait d'embl&#233;e un int&#233;r&#234;t discernable du peuple entier et qui devrait &#234;tre la boussole guidant l'auto- gouvernement du peuple, soit, plus probablement, qu'il existerait une pluralit&#233; d'int&#233;r&#234;ts au sein du peuple, tous l&#233;gitimes (sous condition de conformit&#233; ou, au moins, de non contradiction, aux lois en vigueur), mais qu'il serait toujours possible de concilier (ou de fondre), via les m&#233;canismes d&#233;mocratiques, en un int&#233;r&#234;t commun dans lequel tous pourraient se reconna&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie n'&#233;tant alors rien d'autre que l'ensemble des proc&#233;dures de cette conciliation pacifique des int&#233;r&#234;ts (c'est aujourd'hui la d&#233;finition de la d&#233;mocratie par la doxa dominante). Cette conciliation, qui est le sens profond du &#171; pour le peuple &#187;, serait &#224; la fois la finalit&#233; de la d&#233;mocratie comme &#171; gouvernement &#187; (action de gouverner) et la raison d'&#234;tre de ses institutions&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne crois pas qu'ici &#224; Attac nous puissions nous rallier &#224; une telle conception. Pour nous, tous les int&#233;r&#234;ts ne sont pas l&#233;gitimes au sein du &#171; peuple &#187; et tous les int&#233;r&#234;ts n'y sont pas conciliables. Pourquoi cela ? Parce que, pour nous, dans notre monde tel qu'il est, les soci&#233;t&#233;s et les relations entre soci&#233;t&#233;s sont travers&#233;es de multiples rapports structurels de domination, d'in&#233;galit&#233;s et d'asym&#233;tries qui rendent impossible (ou trompeuse) cette conciliation et qui excluent que l'on puisse reconna&#238;tre comme l&#233;gitimes les int&#233;r&#234;ts des dominants (reconnaissance qui reviendrait &#224; admettre la l&#233;gitimit&#233; de la domination elle-m&#234;me)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus encore : nous voyons justement dans la d&#233;mocratie ce qui vient mettre fin &#224; de tels rapports de domination, &#224; de telles asym&#233;tries et in&#233;galit&#233;s, et nous voyons dans le combat d&#233;mocratique ce qui vient d&#233;l&#233;gitimer les int&#233;r&#234;ts des dominants. Nous voyons la d&#233;mocratie comme &#171; outil &#187; de la sortie de la domination, des in&#233;galit&#233;s et des asym&#233;tries et comme alternative &#224; elles. Sortie et alternative qui ne peuvent advenir que contre certains int&#233;r&#234;ts. En d'autres termes, nous postulons de fait que tout le monde n'a pas int&#233;r&#234;t &#224; la d&#233;mocratie. N'ont int&#233;r&#234;t &#224; la d&#233;mocratie que ceux qui subissent telle ou telle forme de domination et souhaitent s'en extraire. Cela n'a rien d'une opinion, c'est une r&#233;alit&#233; historique : il n'y a eu d&#233;mocratie que parce qu'il y avait de la domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus exactement il n'y a eu de d&#233;mocratie (et il ne continuera d'y avoir de d&#233;mocratie) que pour autant que des domin&#233;s ont voulu (et voudront) s'extraire de telle(s) ou telle(s) forme(s) de domination pour lui (leur) substituer des rapports fond&#233;s sur l'&#233;galit&#233;, l'universalit&#233;, l'autonomie individuelle et collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'a jamais vu les dominants &#234;tre les initiateurs des luttes d&#233;mocratiques, lesquelles ont toujours eu, et par d&#233;finition, telle ou telle forme de domination dans leur viseur. On n' a jamais vu telle ou telle cat&#233;gorie de dominants prendre la t&#234;te du combat contre leur propre forme de domination ! L'initiative est toujours venue &#171; d'en bas &#187;, de ceux qui subissaient dominations, in&#233;galit&#233;s, asym&#233;tries.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Constater ce lien constitutif entre d&#233;mocratie et lutte contre les dominations c'est, par l&#224;-m&#234;me, sortir de la d&#233;finition de Lincoln sur deux points essentiels et indissociables : la finalit&#233; de la d&#233;mocratie et son &#171; sujet &#187;. En d'autres termes, &#171; le peuple &#187; comme masse socialement indiff&#233;renci&#233;e ne peut plus &#234;tre ni l'acteur de la d&#233;mocratie ni son b&#233;n&#233;ficiaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais avant de traiter ces ceux points, il faut dire quelques mots de la signification historique de la &#171; d&#233;finition &#187; lincolnienne. Bien que couramment pos&#233;e comme une formule &#224; validit&#233; universelle et intemporelle elle est en r&#233;alit&#233; non seulement ins&#233;parable de l'histoire des soci&#233;t&#233;s occidentales du XIXe si&#232;cle mais encore une prise de position visant &#224; infl&#233;chir cette histoire dans un certain sens&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;5) La formule de Lincoln t&#233;moigne en r&#233;alit&#233; de la base sur laquelle s'est effectu&#233; le ralliement tardif (il faudrait mieux parler de captation) des classes dominantes, et en premier lieu de la bourgeoisie, au mot &#171; d&#233;mocratie &#187; dans la seconde moiti&#233; du XIXe si&#232;cle &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(sur ce ralliement en g&#233;n&#233;ral lire ou relire le livre de F. Dupuis-D&#233;ry D&#233;mocratie. Histoire politique d'un mot). Ce ralliement/captation s'est r&#233;alis&#233; sur l'id&#233;e que la d&#233;mocratie pouvait concilier et servir tous les int&#233;r&#234;ts y compris ceux de la bourgeoisie et autres &#171; classes dirigeantes &#187; et qu'elle constituait le type de gouvernement le plus apte &#224; satisfaire &#171; le peuple &#187; (tel qu'il est) dans son entier et donc en conservant, pour l'essentiel, la soci&#233;t&#233; dans son &#233;tat actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, pendant des d&#233;cennies cette m&#234;me bourgeoisie s'&#233;tait acharn&#233;e &#224; d&#233;fendre l'id&#233;e exactement inverse et &#224; d&#233;noncer dans la d&#233;mocratie l'instrument des classes populaires (dans sa bouche : &#171; la populace &#187;, &#171; la pl&#232;be &#187;, &#171; les basses classes &#187;) leur permettant d'assouvir leurs &#171; instincts &#187; (parler d'int&#233;r&#234;ts aurait &#233;t&#233; leur faire trop d'honneur !) : la d&#233;mocratie, si elle devait triompher, serait la &#171; tyrannie des pauvres &#187; et, &#233;tant donn&#233;es les &#171; tares &#187; dont sont nativement affect&#233;s ces derniers, elle conduirait purement et simplement &#224; la ruine de la civilisation et au retour de la barbarie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais certains repr&#233;sentants de cette bourgeoisie avaient, &#224; cette &#233;poque, reconnu le sens profond de la d&#233;mocratie, lequel n'avait rien &#224; voir avec celui que lui attribueront ses repr&#233;sentants des g&#233;n&#233;rations suivantes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il suffit de comparer &#224; la formule de Lincoln cette d&#233;finition de la d&#233;mocratie propos&#233;e en 1830 par Guizot, &#233;minent repr&#233;sentant de la bourgeoisie fran&#231;aise de la Monarchie de Juillet : &#171; La d&#233;mocratie nous appara&#238;t partout dans l'histoire comme une classe nombreuse, r&#233;duite &#224; une condition diff&#233;rente de celle des autres citoyens, qui lutte contre une aristocratie ou contre une tyrannie, pour conqu&#233;rir les droits qui lui manquent. C'est l&#224; le sens qui a &#233;t&#233; partout attach&#233; au mot d&#233;mocratie. &#187; [Guizot, discours &#224; la chambre des d&#233;put&#233;s 29 d&#233;cembre 1830]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On mesure la distance &#233;norme qui s&#233;pare d'un c&#244;t&#233; l'id&#233;e d'une d&#233;mocratie comme agir conflictuel (&#171; lutte &#187;) d'une &#171; classe &#187;, celle r&#233;duite &#224; une &#171; condition diff&#233;rente &#187; (bel euph&#233;misme !), contre la domination d'autres classes (par exemple une &#171; aristocratie &#187;) et pour la conqu&#234;te de ses &#171; droits &#187;, et de l'autre c&#244;t&#233; la d&#233;finition de la d&#233;mocratie comme gouvernement dans l'int&#233;r&#234;t du peuple entier, sans distinction de classes. S'il faut choisir entre Guizot et Lincoln, je choisis Guizot...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tocqueville appara&#238;t comme un des initiateurs de la transition de Guizot &#224; Lincoln, en ce qu'il appelle les &#171; hautes classes &#187; &#224; faire de la captation de la d&#233;mocratie le c&#339;ur m&#234;me de leur programme politique. Tout en voyant tr&#232;s bien dans la d&#233;mocratie un mouvement de fond traversant les soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes et nord-am&#233;ricaines, dirig&#233; contre les dominations et pour l'&#233;galit&#233;, il pense que ce mouvement est r&#233;cup&#233;rable. Aussi, pr&#233;sente-t-il dans l'introduction de son c&#233;l&#232;bre &#171; De la d&#233;mocratie en Am&#233;rique &#187; ce qui lui appara&#238;t comme le &#171; premier des devoirs &#187; des &#171; classes les plus puissantes, les plus intelligentes et les plus morales de la nation &#187; : non pas chercher &#224; &#171; d&#233;truire &#187; la d&#233;mocratie, &#224; &#171; vouloir [l'] arr&#234;ter [ &#187;le mouvement, dit-il, est d&#233;j&#224; assez fort pour qu'on ne puisse le suspendre&#171; ], mais &#224; &#187;l'instruire et [...] la corriger&#171; , &#224; &#187;r&#233;gler ses mouvements&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, &#224; la &#171; diriger &#187;. [La d&#233;mocratie en Am&#233;rique&#171; , t. 1, Garnier-Flammarion, 1981, p. 61-62]. Cet intense effort de r&#233;cup&#233;ration/captation s'accompagna de (et se traduisit par) un travail de red&#233;finition dont la formule de Lincoln peut appara&#238;tre comme un des aboutissements et dont le noyau fut la transformation compl&#232;te du &#187;sujet&#171; (&#224; la fois acteur et b&#233;n&#233;ficiaire) de la d&#233;mocratie : &#224; la &#187;classe nombreuse r&#233;duite &#224; une condition diff&#233;rente&#171; de Guizot on substitua &#187;le peuple&#171; , comme entit&#233; au-del&#224; des classes, les englobant toutes, et au sein duquel, bien s&#251;r, les &#187;classes les plus puissantes, les plus intelligentes et les plus morales de la nation&#171; , du fait m&#234;me de leur &#187;puissance&#171; , de leur &#187;intelligence&#171; et de leur &#187;moralit&#233;&#171; , auraient un r&#244;le &#187;d'orientation&#034; pr&#233;pond&#233;rant. Un si&#232;cle et demi plus tard, je crois que nous y sommes toujours...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;6) Si l'on admet ce que j'ai propos&#233; au point 4, la finalit&#233; de la d&#233;mocratie ne peut plus r&#233;sider dans le &#171; pour le peuple &#187; de Lincoln. &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette finalit&#233; doit consister dans ce que nous, altermondialistes, reconnaissons comme l'&#339;uvre (le &#171; travail &#187;) de la d&#233;mocratie : sortir des dominations par la construction de logiques et rapports sociaux alternatifs. Or, sortir de la domination, cela s'exprime par un mot : &#233;mancipation. S'&#233;manciper c'est s'extraire des dominations, des suj&#233;tions, des soumissions qui maintiennent dans &#171; l'&#233;tat de minorit&#233; &#187; (comme disait le p&#232;re Kant) et parvenir &#224; l'auto-gouvernement de soi-m&#234;me. &#201;tablir ce lien constitutif entre d&#233;mocratie et &#233;mancipation c'est poser le caract&#232;re nativement conflictuel de la d&#233;mocratie : elle est toujours promotion en acte de certains &#171; int&#233;r&#234;ts &#187; (ceux de qui cherche &#224; s'&#233;manciper de telle ou telle forme de domination) contre d'autres (ceux des dominants). Nous ne pouvons pas reconna&#238;tre la finalit&#233; de la d&#233;mocratie l&#224; o&#249; Lincoln la voyait : dans la d&#233;couverte ou la construction d'un &#171; int&#233;r&#234;t &#187; de tout le peuple (&#171; gouverner pour le peuple &#187;), dominants et domin&#233;s confondus. Le &#171; gouvernement &#187; d&#233;mocratique (comme agir et comme institution), c'est celui qui, comme agir, vise &#224; organise telle(s) ou telle(s) composante(s) de l'existence sociale hors rapports de domination et qui, comme institution, cherche &#224; s'organiser lui-m&#234;me, autant qu'il est possible, hors de tels rapports.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;7) Le &#171; sujet &#187; de la d&#233;mocratie est ins&#233;parable de la finalit&#233; : si cette derni&#232;re est l'&#233;mancipation, il est n&#233;cessairement l'ensemble de ceux qui cherchent &#224; s'&#233;manciper et &#224; faire reculer ou dispara&#238;tre les logiques et rapports sociaux qui y font obstacle. &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ceux-l&#224;, je propose de les rassembler sous le nom de &#171; sans pouvoir(s) &#187; en ce qu'ils sont priv&#233;s ou faiblement pourvus des leviers leur permettant de d&#233;terminer les conditions r&#233;gissant leur existence/activit&#233; sociale. Ces leviers prenant la forme, dans les soci&#233;t&#233;s actuelles, de divers types de pouvoirs sociaux concentr&#233;s entre les mains de groupes le souvent tr&#232;s minoritaires (mais pas toujours). Pouvoirs sociaux ayant pour noms (entres autres) : richesse, propri&#233;t&#233;, naissance, capital, savoir, droits r&#233;serv&#233;s (privil&#232;ges), monopoles de fait ou de droit etc. Leur d&#233;tenteurs peuvent ou ont pu s'appeler (ou &#234;tre appel&#233;s) capitalistes, hommes (humains de genre masculin), apparatchiks, politiciens, m&#233;diacrates, 1%, oligarques, bureaucrates, mandarins, technocrates, &#171; Blancs &#187;, Occidentaux, colonisateurs...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux &#171; sans-pouvoir(s) &#187; luttant pour leur &#233;mancipation ils ont (et ont eu) des visages et appellations divers : ouvriers, salari&#233;s , prol&#233;taires, femmes, &#171; exclus &#187;, immigr&#233;s, &#171; Noirs &#187;, peuple (classes populaires), peuple (par opposition &#224; &#171; &#233;lites &#187; ou &#224; gouvernants), peuples colonis&#233;s, 99%, indig&#232;nes, post-colonis&#233;s...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;8) Alors, au bout du compte, quelle d&#233;finition ?
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je pars de ce que j'ai retenu et de ce que j'ai rejet&#233; de la formule de Lincoln :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je reprends le caract&#232;re d'agir de la d&#233;mocratie tr&#232;s bien rendu par le terme de &#171; gouvernement &#187; (au sens d'action de gouverner).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je le reprends avec les deux composantes de tout agir : une finalit&#233; (l'&#233;mancipation) et des &#171; outils &#187; appropri&#233;s &#224; la finalit&#233; (en l'occurrence des institution et proc&#233;dures de &#171; gouvernement &#187; qui soient &#224; la fois des instruments et des r&#233;alisations de l'&#233;mancipation).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je le reprends en en &#233;tendant le champ d'action mot &#171; gouvernement &#187; &#224; toutes les composantes de l'existence/activit&#233; sociale, pas seulement &#224; celui des &#171; pouvoirs publics &#187; (voir le point 2 ci-dessus).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je d&#233;signe un &#171; sujet &#187; : les &#171; sans-pouvoir(s) &#187; qui conqui&#232;rent, organisent, exercent leur auto-&#233;mancipation au moyen du &#171; gouvernement &#187; (ou mieux de l'auto-gouvernement) de leur existence/activit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de ces &#233;l&#233;ments on pourrait b&#226;tir une &#171; d&#233;finition &#187; du genre de celle- ci : &#171; la d&#233;mocratie est la conqu&#234;te, l'organisation, l'exercice par les &#187;sans- pouvoirs&#171; de leur &#233;mancipation &#224; travers la conqu&#234;te, l'organisation, l'exercice de leur auto-gouvernement des diff&#233;rentes composantes de leur existence/activit&#233; sociale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ou, plus simplement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; La d&#233;mocratie est l'&#233;mancipation des &#187;sans pouvoir(s)&#171; dans et par leur auto-gouvernement des diff&#233;rentes composantes de leur existence/activit&#233; sociale &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans et par &#187; signifiant que cet auto-gouvernement est (doit &#234;tre) en lui- m&#234;me, par son organisation et ses institutions, une r&#233;alisation de l'&#233;mancipation et que, par les possibilit&#233;s et les moyens qu'il offre, par les d&#233;cisions qu'il permet de prendre, il est &#171; l'outil &#187; de cette &#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suivre l'inspiration lincolnienne contenue dans le terme &#171; gouvernement &#187; entendu comme &#171; action de gouverner &#187;, cela permet de d&#233;finir la d&#233;mocratie comme un agir et non pas comme une &#171; forme &#187; : une certaine &#171; forme &#187; de soci&#233;t&#233; ou une certaine &#171; forme &#187; de r&#233;gime politique. Toute d&#233;finition en termes de &#171; forme &#187; ayant l'inconv&#233;nient majeur, &#224; mon sens, de renvoyer la notion de d&#233;mocratie uniquement &#224; des institutions (&#224; de l'institu&#233;) sans r&#233;f&#233;rence &#224; une finalit&#233; (qui renvoie, elle, &#224; de l'instituant).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;finir la d&#233;mocratie par un agir c'est la d&#233;finir par ce qu'elle fait et comment elle le fait, c'est la d&#233;finir par le tenir ensemble d'une finalit&#233; et des &#171; outils &#187; et moyens appropri&#233;s &#224; l'atteindre (voir ci-dessus le point 1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, les deux propositions de d&#233;finition que je viens de pr&#233;senter (surtout la deuxi&#232;me) ne sont pas encore satisfaisantes. Elles pr&#233;sentent un grave d&#233;faut, qu'elles partagent d'ailleurs avec toutes les d&#233;finitions en termes de &#171; forme &#187; (forme de soci&#233;t&#233; ou de r&#233;gime politique) : elle d&#233;finissent la d&#233;mocratie comme r&#233;alit&#233; possiblement auto-suffisante, ind&#233;pendante de tout le reste, comme d&#233;gag&#233;e de tout environnement et tout contexte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme si la d&#233;mocratie pouvait un jour devenir la seule force structurante de la soci&#233;t&#233;. Dans les deux variantes de &#171; d&#233;finition &#187; que je viens de proposer, la d&#233;mocratie est pos&#233;e comme possiblement seule au monde, de m&#234;me que ses acteurs et sa finalit&#233;. Comme s'il pouvait arriver que les &#171; sans pouvoir(s) &#187; soient et demeurent seuls int&#233;ress&#233;s au &#171; gouvernement &#187; de la soci&#233;t&#233;, comme si l'&#233;mancipation des &#171; sans pouvoir(s) &#187; pouvaient &#234;tre et demeurer la seule finalit&#233; possible du &#171; gouvernement &#187; de telle ou telle sph&#232;re de la soci&#233;t&#233; ou de la soci&#233;t&#233; enti&#232;re. Comme si les logiques et rapports d&#233;mocratiques pouvaient devenir et demeurer les seuls &#224; pr&#233;tendre r&#233;gir les institutions du &#171; gouvernement &#187;. Elles laissent &#233;galement croire que la finalit&#233; de la d&#233;mocratie, les &#171; outils &#187; destin&#233;s &#224; la r&#233;aliser et son &#171; sujet &#187; marchent toujours et n&#233;cessairement de concert, que leur &#171; tenir ensemble &#187; est non probl&#233;matique et acquis une fois pout toutes. Comme si, par exemple, les proc&#233;dures et institutions d&#233;mocratiques ne pouvaient jamais &#234;tre &#171; arraisonn&#233;es &#187;, capt&#233;es, d&#233;tourn&#233;es, par des forces politiques et sociales dont l'&#233;mancipation des &#171; sans-pouvoir(s) &#187; n'est pas vraiment la vis&#233;e. Comme si du non ou de l'anti-d&#233;mocratique ne pouvait jamais venir s'immiscer dans le d&#233;mocratique. Ou comme si les &#171; sans pouvoir(s) &#187; demeuraient, dans leurs choix et attitudes politiques, partout et toujours m&#251;s par la vis&#233;e d'auto-&#233;mancipation. Bref, elles ignorent les conditions r&#233;elles dans lesquelles vit et &#233;volue la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est une chose que nous ont appris les deux derniers si&#232;cles de luttes et conqu&#234;tes d&#233;mocratiques et de tentatives de transformation sociale c'est qu'il n'existera jamais de soci&#233;t&#233; o&#249; la d&#233;mocratie demeurera seule en lice pour donner forme aux rapports sociaux. Le mode d'existence inh&#233;rent &#224; la d&#233;mocratie, c'est la conflictualit&#233;. La d&#233;mocratie, par ses logiques &#233;galitaires/universalistes, s'attaque n&#233;cessairement &#224; des int&#233;r&#234;ts, des positions, des privil&#232;ges, des monopoles etc. Elle est cens&#233;e y mettre fin et rendre impossible leur r&#233;apparition ou bien la constitution de nouvelles formes de domination. Mais, tout aussi n&#233;cessairement, cela lui vaut en retour d'&#234;tre constamment attaqu&#233;e de mille et mille mani&#232;res, sous mille et mille formes, &#224; visage d&#233;couvert ou, plus souvent, subrepticement. Le mode d'existence de la d&#233;mocratie c'est d'&#234;tre toujours mise en question, d'&#234;tre en permanence confront&#233;e &#224; ce qui la nie, &#224; ce qui cherche &#224; la travestir ou &#224; l'amoindrir ou &#224; la d&#233;tourner vers des fins autres que les siennes. Partout et toujours des formes de domination, d'in&#233;galit&#233;, d'asym&#233;trie non seulement sont susceptibles de na&#238;tre ou rena&#238;tre mais naissent et renaissent effectivement. La d&#233;mocratie vit et vivra toujours au milieu de son d&#233;ni, au milieu de ce qui la contredit et elle doit et devra toujours composer avec son (ses) contraire(s), est et sera toujours, de quelque mani&#232;re, contrainte, d'en &#171; accueillir &#187; certains &#233;l&#233;ments, certaines manifestations y compris dans les champs sociaux o&#249; ses propres logiques ont ou auront le plus gagn&#233; en intensit&#233;. Bref, elle est et sera toujours contest&#233;e, incompl&#232;te et &#171; impure &#187;. Aussi, la condition de son effectivit&#233;, &#224; savoir la co&#239;ncidence, le &#171; marcher ensemble &#187; de sa finalit&#233;, de ses moyens, de son (ses) sujet(s) appara&#238;t-elle toujours probl&#233;matique, fragile et susceptible de remise en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors qu'il semble impossible de concevoir la d&#233;mocratie comme une r&#233;alit&#233; solidement, clairement, d&#233;finitivement &#233;tablie, totalement isolable d'autres r&#233;alit&#233;s qu'elle conteste et qui la contestent, et encore moins comme une r&#233;alit&#233; capable de couvrir &#224; elle seule, et une fois pour toutes, la totalit&#233; du champ du social, on ne peut plus en donner une d&#233;finition du type : &#171; la d&#233;mocratie est ceci ou cela &#187;, une d&#233;finition qui en fasse une r&#233;alit&#233; en soi, ind&#233;pendante et stable. Si l'on admet que le mode d'existence &#171; normal &#187; de la d&#233;mocratie est la confrontation avec ce qui la nie, la cohabitation conflictuelle avec (et le risque permanent de colonisation par) ses contraires, je pense qu'il faut se ranger &#224; l'id&#233;e d'une &#171; d&#233;finition &#187; du type &#171; il y a d&#233;mocratie &#224; chaque fois que telles conditions sont r&#233;unies &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, il faut se rallier &#224; l'id&#233;e d'une &#171; d&#233;finition &#187; consid&#233;rant la d&#233;mocratie comme une situation. Comme une certaine configuration o&#249; la concordance (le &#171; tenir ensemble &#187;) de la finalit&#233;, des moyens, du sujet qui assure l'effectivit&#233; de la d&#233;mocratie est, sinon parfaitement r&#233;alis&#233;e, du moins nettement mieux &#233;tablie qu'en d'autres conjonctures. Mais configuration dont, d'une part, il n'est aucunement certain qu'elle puisse se produire simultan&#233;ment dans l'ensemble des sph&#232;res de la soci&#233;t&#233; et dont, d'autre part, la p&#233;rennit&#233; n'est nullement assur&#233;e, tant les rapports entre le nouveau (toujours fragile) et l'ancien (jamais d&#233;finitivement mort) sont toujours mouvants dans une soci&#233;t&#233; (ou un secteur de soci&#233;t&#233;) en transformation et tant l'ancien est toujours susceptible de se reconstituer sous des formes in&#233;dites au sein m&#234;me du nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; d&#233;finition &#187; de la d&#233;mocratie en termes de situation, je la formule ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a d&#233;mocratie &#224; chaque fois que les/des &#171; sans-pouvoir(s) &#187;r&#233;ussissent &#224; faire pr&#233;valoir leur vis&#233;e d'&#233;mancipation dans et par le gouvernement de telle(s) ou telle(s) composante(s) de leur existence/activit&#233; sociale : travailler, &#234;tre membre d'un corps politique local, national, supranational, &#234;tre usager de services publics, consommer, &#233;pargner, &#234;tre partie prenante d'un &#233;co- syst&#232;me gravement fragilis&#233;, informer/s'informer, se cultiver etc.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#192; l'origine des 12 th&#232;ses, retour sur les textes fondateurs d'Attac</title>
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		<dc:date>2009-10-24T12:29:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Patrick Braibant</dc:creator>



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&lt;p&gt;Les textes fondateurs &#233;rigent la reconqu&#234;te d&#233;mocratique en seule et unique raison d'&#234;tre d'Attac ; le lien est affirm&#233; entre l'anti-n&#233;olib&#233;ralisme et cette reconqu&#234;te ; analyse du sens &#224; donner &#224; cette notion centrale de reconqu&#234;te. &lt;br class='autobr' /&gt; http://amitie-entre-les-peuples.org/ATTAC-A-l-origine-des-12-theses-P &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme l'indique leur sous-titre, les 12 th&#232;ses se veulent une &#171; contribution &#224; la r&#233;flexion d'Attac &#187;. Ce qui inclut n&#233;cessairement l'auto-r&#233;flexion, la r&#233;flexion sur soi-m&#234;me. C'est &#224; ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://blogs.attac.org/commission-democratie/fondamentaux-de-la-democratie/" rel="directory"&gt;Fondamentaux de la d&#233;mocratie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les textes fondateurs &#233;rigent la reconqu&#234;te d&#233;mocratique en seule et unique raison d'&#234;tre d'Attac ; le lien est affirm&#233; entre l'anti-n&#233;olib&#233;ralisme et cette reconqu&#234;te ; analyse du sens &#224; donner &#224; cette notion centrale de reconqu&#234;te.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://amitie-entre-les-peuples.org/ATTAC-A-l-origine-des-12-theses-P&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://amitie-entre-les-peuples.org/ATTAC-A-l-origine-des-12-theses-P&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'indique leur sous-titre, les 12 th&#232;ses se veulent une &#171; contribution &#224; la r&#233;flexion d'Attac &#187;. Ce qui inclut n&#233;cessairement l'auto-r&#233;flexion, la r&#233;flexion sur soi-m&#234;me. C'est &#224; ce titre que je vous propose un exercice de relecture des formules par lesquelles deux textes fondateurs d'Attac d&#233;finissaient il y a une d&#233;cennie &#171; l'objet social &#187; de l'association : l'article 1 des statuts de 1998 et la &#171; plate-forme &#187; de 1997. &#171; Objet social &#187; tout entier centr&#233; sur l'id&#233;e de &#171; reconqu&#234;te d&#233;mocratique &#187;, c'est-&#224;-dire sur la th&#233;matique qui inspire directement les 12 th&#232;ses et dont celles-ci proposent une interpr&#233;tation possible. Aussi la relecture des textes fondateurs constitue-t-elle un bon moyen d'introduire les 12 th&#232;ses et de pr&#233;parer &#224; leur discussion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette relecture s'efforcera d'&#234;tre sans a priori. Elle essaiera donc de faire abstraction de ce qu'est devenue Attac dans la d&#233;cennie suivante. De m&#234;me, elle ne se pr&#233;occupera aucunement de mettre &#224; jour les intentions, r&#233;elles ou suppos&#233;es, des r&#233;dacteurs de ces textes fondateurs. Ce sera une relecture litt&#233;rale, qui prendra les mots comme ils viennent et s'efforcera d'en exprimer la logique. Laquelle n'est en rien une logique cach&#233;e, exigeant des tr&#233;sors d'ex&#233;g&#232;se, mais une logique assez clairement perceptible si, pr&#233;cis&#233;ment, on s'attache &#224; rester au plus pr&#232;s des mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je t&#226;cherai de montrer que ces formules fondatrices, en d&#233;pit de leur extr&#234;me concision, ouvrent sur une conception de la d&#233;mocratie qui tranche avec les conceptions dominantes (y compris au sein des forces progressistes). Une conception qui ne r&#233;duit pas la d&#233;mocratie &#224; des structures (ou superstructures) politiques, &#224; des institutions, mais qui la consid&#232;re aussi (et d'abord) comme un agir social, comme une mani&#232;re d'agir dans et sur la soci&#233;t&#233; (donc de la transformer). Permettant ainsi de la penser comme agir d'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici ces fameux &#233;nonc&#233;s d&#233;finissant &#171; l'objet social &#187; d'Attac. Selon les statuts de 1998, il s'agit de &#171; produire et communiquer de l'information, ainsi que de promouvoir et mener des actions de tous ordres en vue de la reconqu&#234;te par les citoyens du pouvoir qu'exerce la sph&#232;re financi&#232;re sur tous les aspects de la vie politique, &#233;conomique, sociale, et culturelle... &#187;. Tandis que selon la plate-forme de 1997 il s'agit de &#171; produire et de diffuser de l'information pour agir en commun [...] en vue [...] d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, de la reconqu&#234;te des espaces perdus par la d&#233;mocratie au profit de la sph&#232;re financi&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on les relit sans a priori, dans leur litt&#233;ralit&#233;, il semble possible de d&#233;duire de ces &#233;nonc&#233;s trois enseignements quant &#224; &#171; l'objet social &#187; d'Attac naissante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Le premier enseignement porte sur l'horizon g&#233;n&#233;ral : les textes fondateurs &#233;rigent la &#171; reconqu&#234;te &#187; d&#233;mocratique en seule et unique raison d'&#234;tre d'Attac. Attac sera une organisation de &#171; reconqu&#234;te &#187; d&#233;mocratique et rien d'autre. Une organisation dont toute la r&#233;flexion et toute l'action devront &#234;tre tendues vers (&#171; en vue de &#187;) la &#171; reconqu&#234;te par les citoyens du pouvoir &#187; et uniquement vers (&#171; en vue de &#187;) cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Le deuxi&#232;me enseignement porte sur le lien entre l'anti-n&#233;olib&#233;ralisme et cette &#171; reconqu&#234;te &#187; d&#233;mocratique. Un lien qui n'est &#233;tabli que virtuellement. En effet, ni le substantif &#171; anti-n&#233;olib&#233;ralisme &#187; ni l'adjectif &#171; anti-n&#233;olib&#233;ral &#187; ne figurent dans les textes fondateurs. Cela peut para&#238;tre &#233;tonnant en 2009 tant nous sommes habitu&#233;s &#224; ce que ces deux termes viennent &#224; l'esprit d&#232;s qu'on parle d'Attac. Mais ce sont des mots dont la fortune a &#233;t&#233; post&#233;rieure &#224; la cr&#233;ation de l'association. Pourtant, si les mots sont absents, leur place est en quelque sorte d&#232;j&#224; r&#233;serv&#233;e. Les textes fondateurs posent en effet que l'exigence de &#171; reconqu&#234;te &#187; d&#233;mocratique ne surgit ni du vide ni sans raison. Elle est une n&#233;cessit&#233; parce qu'il existe une &#171; sph&#232;re financi&#232;re &#187; dont l'h&#233;g&#233;monie est en train de gagner &#171; tous les aspects de la vie &#187; sociale. Voil&#224; qui ouvre son espace &#224; ce que, en 1997-98, on n'appelle pas encore &#171; antin&#233;olib&#233;ralisme &#187;. Mais qui le fait dans un sens qui n'est pas forc&#233;ment celui qu'on attend et entend en 2009 : l'anti-n&#233;olib&#233;ralisme c'est la &#171; reconqu&#234;te &#187; d&#233;mocratique elle-m&#234;me en tant qu'elle est dirig&#233;e contre la &#171; sph&#232;re financi&#232;re &#187;. Dans la logique des textes fondateurs, &#171; anti-n&#233;olib&#233;ralisme &#187; n'est rien d'autre qu'une des mani&#232;res possibles de dire &#171; reconqu&#234;te &#187; d&#233;mocratique. La mani&#232;re conflictuelle, celle qui d&#233;signe l'adversaire : la &#171; reconqu&#234;te &#187; d&#233;mocratique devra &#234;tre &#171; anti-sph&#232;re financi&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les textes fondateurs &#233;tablissent donc par anticipation un lien de consubstantialit&#233; entre l'anti-n&#233;olib&#233;ral et le d&#233;mocratique. Mais sous la pr&#233;&#233;minence du second : on ne pourra &#234;tre valablement et l&#233;gitimement anti-n&#233;olib&#233;ral (anti-&#171; sph&#232;re financi&#232;re &#187;) que dans la stricte mesure o&#249; l'on inscrira l'anti-n&#233;olib&#233;ralisme dans l'horizon (ou dans l'&#233;l&#233;ment) de la &#171; reconqu&#234;te &#187; d&#233;mocratique . On ne pourra jamais &#234;tre anti-n&#233;olib&#233;ral (anti-&#171; sph&#232;re financi&#232;re &#187;) &#171; en soi &#187;, on devra l'&#234;tre n&#233;cessairement et uniquement &#171; en vue de &#187; la &#171; reconqu&#234;te par les citoyens du pouvoir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Le troisi&#232;me enseignement, le plus important, porte sur le sens &#224; donner &#224; cette notion centrale de &#171; reconqu&#234;te &#187; et cela en lien avec l'interpr&#233;tation du monde tr&#232;s originale que v&#233;hiculent implicitement les formules fondatrices. A savoir une interpr&#233;tation &#171; bipolaire &#187; et conflictuelle. Dans les textes fondateurs, il n'y a face &#224; face que &#171; les citoyens &#187; et la &#171; sph&#232;re financi&#232;re &#187; luttant pour le &#171; pouvoir &#187;, pour l'h&#233;g&#233;monie sociale. Il n'y a pas de troisi&#232;me terme. Pouvoir et h&#233;g&#233;monie qu'a accapar&#233; la &#171; sph&#232;re financi&#232;re &#187; et que &#171; les citoyens &#187; ont &#224; &#171; reconqu&#233;rir &#187;. Dans cette logique strictement bipolaire, toute avanc&#233;e de l'un des deux p&#244;les est n&#233;cessairement recul de l'autre p&#244;le. La seule antith&#232;se et la seule alternative &#224; l'actuelle h&#233;g&#233;monie de la &#171; sph&#232;re financi&#232;re &#187; c'est le &#171; pouvoir des citoyens &#187; (c'est-&#224;-dire la d&#233;mocratie). Mais un pouvoir des citoyens &#224; construire ou re-construire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; la th&#233;matique de la &#171; reconqu&#234;te &#187;. Or, c'est ici que cette th&#233;matique prend tout son sens et un sens qui rompt avec les conceptions standard de la d&#233;mocratie. Quelle est la logique qui conduit &#224; l'adoption du terme &#171; reconqu&#234;te &#187; ? En 1997-98, les textes fondateurs prennent acte du fait que depuis le d&#233;but des ann&#233;es 80, l'offensive de la &#171; sph&#232;re financi&#232;re &#187; a fait consid&#233;rablement reculer le &#171; pouvoir des citoyens &#187;, &#171; la d&#233;mocratie &#187;. Par l&#224; m&#234;me, ils affirment qu'avec un tel rapport de force d&#233;favorable aucune politique anti-&#171; sph&#232;re financi&#232;re &#187; n'a la moindre chance de triompher et d'&#234;tre appliqu&#233;e. La logique des textes fondateurs c'est ceci : la mise en oeuvre d'une politique anti-n&#233;olib&#233;rale suppose elle-m&#234;me la (re)constitution d'un &#171; pouvoir des citoyens &#187;. Autrement dit, la &#171; reconqu&#234;te &#187; d&#233;mocratique ne peut pas &#234;tre con&#231;ue comme un aboutissement, une cons&#233;quence, un r&#233;sultat du recul de la &#171; sph&#232;re financi&#232;re &#187; : elle en sera au contraire l'acte m&#234;me. Elle devra &#234;tre l&#224; d&#232;s le d&#233;but, elle est une condition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, l'horizon temporel ouvert par le &#171; en vue de &#187; des textes fondateurs c'est le pr&#233;sent et non pas le futur : &#171; promouvoir et mener des actions de tous ordres en vue de la reconqu&#234;te par les citoyens du pouvoir qu'exerce la sph&#232;re financi&#232;re sur tous les aspects de la vie &#187; sociale, cela signifie n&#233;cessairement que ces &#171; actions de tous ordres &#187; ont pour enjeu la constitution ici et maintenant d'un &#171; pouvoir des citoyens &#187;, qui ne peut &#234;tre con&#231;u d'abord que comme &#171; pouvoir de reconqu&#234;te &#187;, que comme puissance en actes des citoyens qui sera l'op&#233;ratrice de la mise sur le reculoir du &#171; pouvoir de la finance &#187;. Les citoyens ne pourront &#171; reconqu&#233;rir le pouvoir &#187; qu'&#224; condition de se constituer d'abord en &#171; pouvoir de reconqu&#234;te &#187;, en puissance sociale capable de surpasser la puissance sociale de la &#171; sph&#232;re financi&#232;re &#187;. D&#232;s lors, si la &#171; reconqu&#234;te du pouvoir &#187; ne peut advenir qu'&#224; travers la constitution d'un pouvoir des citoyens, cela signifie que cette &#171; reconqu&#234;te &#187; doit se penser et se constituer comme d&#233;mocratie et que, r&#233;ciproquement, la d&#233;mocratie doit se penser et se constituer comme &#171; reconqu&#234;te &#187; L'expression &#171; reconqu&#234;te des espaces perdus par la d&#233;mocratie au profit de la sph&#232;re financi&#232;re &#187;, utilis&#233;e par la plate-forme de 1997, serait alors &#224; comprendre ainsi : &#171; reconqu&#234;te par la d&#233;mocratie des espaces qu'elle a perdus au profit de la sph&#232;re financi&#232;re &#187;. La &#171; reconqu&#234;te &#187; des textes fondateurs c'est l'institution de la d&#233;mocratie elle-m&#234;me comme &#171; reconqu&#234;te &#187;, comme puissance agissante, comme la forme m&#234;me de la lutte des citoyens contre la &#171; sph&#232;re financi&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sultat : avec cette conception de la d&#233;mocratie comme &#171; reconqu&#234;te &#187; on se retrouve tr&#232;s loin des d&#233;finitions courantes et convenues de la d&#233;mocratie. La d&#233;mocratie- &#171; reconqu&#234;te &#187; ce n'est pas la d&#233;mocratie-r&#233;gime politique ou forme de gouvernement. Ce n'est pas la d&#233;mocratie-structure (ou superstructure) politique C'est la d&#233;mocratie comme puissance en acte des citoyens dirig&#233;e contre la domination sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette relecture des textes fondateurs d'Attac, qui s'est laiss&#233;e porter par ce qui semble &#234;tre leur logique implicite, il para&#238;t possible de faire &#233;merger une conception de la d&#233;mocratie qui serait celle-ci : le &#171; pouvoir des citoyens &#187;, avant de devenir (peut-&#234;tre) dans un futur plus ou moins lointain &#171; les citoyens au pouvoir &#187;, ce serait d'abord, d&#232;s ici et maintenant, les citoyens s'associant et s'organisant selon des formes et en se donnant des buts qui contredisent les formes et les buts impos&#233;s par la &#171; sph&#232;re financi&#232;re &#187;, de fa&#231;on &#224; en faire reculer l'emprise sur la soci&#233;t&#233;. La d&#233;mocratie-&#171; reconqu&#234;te &#187; ce serait tout &#224; la fois un agir social (une mani&#232;re d'agir sur la soci&#233;t&#233; pour la transformer) articul&#233; &#224; une mani&#232;re de faire soci&#233;t&#233; (une mani&#232;re de s'associer et de s'organiser) en vue de commencer &#224; donner corps et consistance &#224; ce qui est le propre de la d&#233;mocratie : l'appropriation par le plus grand nombre de la politique, de cette activit&#233; par laquelle tous d&#233;battent librement (= contradictoirement) et d&#233;cident dans l'&#233;galit&#233; de l'avenir commun. Sachant qu'instituer l'avenir commun en objet de d&#233;bat de tous avec tous et dans l'&#233;galit&#233;, c'est pr&#233;cis&#233;ment faire &#234;tre des significations sociales, des rapports sociaux qu'interdit l'h&#233;g&#233;monie de la &#171; sph&#232;re financi&#232;re &#187;, laquelle se pr&#233;sente comme seule forme possible du pr&#233;sent et de l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui vient d'&#234;tre dit ne signifie nullement que cette &#171; d&#233;mocratie-reconqu&#234;te &#187; &#233;puise &#224; elle seule le concept de d&#233;mocratie. La d&#233;mocratie-r&#233;gime politique, la d&#233;mocratie comme forme institu&#233;e du pouvoir populaire demeure assur&#233;ment un objectif essentiel. Ce que permettent les textes fondateurs, avec cette id&#233;e de &#171; reconqu&#234;te par les citoyens du pouvoir &#187;, c'est d'enrichir la notion de d&#233;mocratie en mettant &#224; l'ordre du jour son versant (ou son moment) instituant. A savoir que la d&#233;mocratie &#171; r&#233;elle &#187;, le pouvoir effectif des citoyens peuvent et doivent commencer &#224; prendre corps dans la lutte contre la domination sociale. A la fois comme mode et arme de lutte et comme anticipation de rapports sociaux alternatifs se constituant dans le processus m&#234;me de transformation sociale. Par exemple &#224; travers la discussion et la d&#233;termination collectives des formes et des buts de cette lutte, ou plus exactement de chacune des lutes dont la multiplicit&#233; constituent ce processus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'aident &#224; concevoir les textes fondateurs c'est donc le &#171; pouvoir des citoyens &#187; (ou du &#171; peuple &#187; ou des &#171; travailleurs &#187;, bref, la d&#233;mocratrie) non pas seulement comme couronnement, apoth&#232;ose, de la transformation sociale mais aussi et tout autant comme la forme m&#234;me de sa r&#233;alisation. A c&#244;t&#233; (et dans la perspective) d'une future &#171; d&#233;mocratie institutionnelle &#187;, d'une d&#233;mocratie-exercice du pouvoir populaire, les textes fondateurs invitent implicitement &#224; penser (et &#224; construire au pr&#233;sent) une &#171; d&#233;mocratie actionnelle &#187;, une d&#233;mocratie-conqu&#234;te de puissance sociale qui soit simultan&#233;ment une &#171; d&#233;mocratie de transformation sociale &#187;. Une &#171; d&#233;mocratie actionnelle &#187; qui reconfigurerait d'un m&#234;me mouvement les rapports de force et les rapports sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette perspective que les 12 th&#232;ses ambitionnent de porter &#224; la discussion d'Attac.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Faire de la d&#233;mocratie un objet d'&#233;ducation populaire</title>
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		<dc:date>2008-08-15T18:55:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Patrick Braibant</dc:creator>



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&lt;p&gt;Les deux mani&#232;res d'envisager la d&#233;mocratie en tant qu'objet d'&#233;ducation populaire ; la d&#233;mocratie et la politique comme pratiques et agirs sociaux ; remise en cause des formes institu&#233;es de la politique, y compris celles habituellement pratiqu&#233;es dans le camp progressiste ; la construction des &#171; structures subjectives &#187; de la d&#233;mocratie et de la &#171; disposition &#187; &#224; la politique ; &#233;ducation populaire dans des espaces publics politiques alternatifs ? &lt;br class='autobr' /&gt; Objet de cet atelier : pr&#233;senter quelques (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://blogs.attac.org/commission-democratie/fondamentaux-de-la-democratie/" rel="directory"&gt;Fondamentaux de la d&#233;mocratie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les deux mani&#232;res d'envisager la d&#233;mocratie en tant qu'objet d'&#233;ducation populaire ; la d&#233;mocratie et la politique comme pratiques et agirs sociaux ; remise en cause des formes institu&#233;es de la politique, y compris celles habituellement pratiqu&#233;es dans le camp progressiste ; la construction des &#171; structures subjectives &#187; de la d&#233;mocratie et de la &#171; disposition &#187; &#224; la politique ; &#233;ducation populaire dans des espaces publics politiques alternatifs ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Objet de cet atelier : pr&#233;senter quelques &#233;l&#233;ments de r&#233;flexion &#224; propos du 4&#232;me axe de l'appel &#224; fondation du groupe &#034;d&#233;mocratie&#034; d'Attac, &#034;comment faire de la d&#233;mocratie un objet d'&#233;ducation populaire ?&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agira seulement d'essayer de poser le probl&#232;me, de d&#233;fricher grossi&#232;rement quelques pistes et non pas du tout d'apporter des r&#233;ponses d&#233;taill&#233;es et achev&#233;es. D'o&#249; le c&#244;t&#233; trop g&#233;n&#233;ral, voire abstrait, que l'on pourra peut-&#234;tre reprocher &#224; ce qui va suivre. Mais il s'agit d'un sujet rarement abord&#233; que nous aimerions, au groupe &#171; d&#233;mocratie &#187;, qu'il entre dans les pr&#233;occupations d'Attac et qui, on le verra (et ceci explique sans doute cela), remet en question bien des mani&#232;res &#233;tablies de faire et penser la politique, y compris dans le camp de la transformation sociale, y compris &#224; Attac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y a-t-il n&#233;cessit&#233; de justifier la l&#233;gitimit&#233; de l'intitul&#233; de cet atelier, associant &#034;d&#233;mocratie&#034; et &#034;&#233;ducation populaire&#034; ? A premi&#232;re vue, il semble que non. D'une part, Attac s'auto-d&#233;finit comme &#034;mouvement d'&#233;ducation populaire tourn&#233; vers l'action&#034; et, d'autre part, il para&#238;t &#233;vident que la d&#233;mocratie (le &#034;pouvoir du peuple&#034;) doive constituer tout &#224; la fois un moyen et une fin de la transformation sociale, un moyen et une fin de la construction du (des) &#034;autre(s) monde(s) possible(s)&#034; dont se r&#233;clame le mouvement altermondialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, il n'est pas du tout certain qu'&#224; l'heure actuelle la question d&#233;mocratique, prise dans sa sp&#233;cificit&#233; et dans ses multiples dimensions, appartienne au tout premier cercle des pr&#233;occupations du mouvement altermondialiste en g&#233;n&#233;ral et d'Attac en particulier. Et, a fortiori, l'id&#233;e de placer la question d&#233;mocratique au c&#339;ur d'une d&#233;marche d'&#233;ducation populaire semble encore, pour l'instant, bel et bien hors-champ&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; le point d'interrogation qui termine l'intitul&#233; de cet atelier ! Et qui mat&#233;rialise les doutes (les choses &#233;tant ce qu'elles sont) quant &#224; l'&#233;cho que peut rencontrer la perspective qui va &#234;tre maintenant pr&#233;sent&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I Les deux mani&#232;res d'envisager la question de la d&#233;mocratie&lt;/strong&gt; en tant qu' &#034;objet d&#034;&#233;ducation populaire&#034;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1)&lt;/strong&gt; &#034;Faire de la d&#233;mocratie un objet d'&#233;ducation populaire&#034;,&lt;/strong&gt; cela peut tout d'abord, et simplement, consister &#224; populariser un certain nombre de r&#233;formes d&#233;mocratiques, en particulier d'ordre institutionnel/proc&#233;dural. Par exemple, au plan national, sensibiliser les citoyens aux bienfaits du r&#233;f&#233;rendum d'initiative populaire, aux conf&#233;rences de citoyens, ou bien, avec plus d'ambition proposer des pistes pour une nouvelle constitution qui mettrait fin &#224; l'actuelle &#034;monarchie &#233;lective&#034; (voir atelier de Didier Brisebourg). M&#234;me chose &#224; l'&#233;chelon de l'Union europ&#233;enne : donner visage &#224; ce que pourrait &#234;tre un processus constituant dans l'Union. Ou encore, &#224; l'&#233;chelle mondiale, explorer les voies d'une d&#233;mocratisation des grandes organisations internationales (atelier de Thierry Brugvin). Cela pour &#233;tendre le champ de la d&#233;mocratie dans des sociales dont elle est absente (&#034;les entreprises&#034; atelier de Th Coutrot et M. Fleurbaey).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela est assur&#233;ment l&#233;gitime et indispensable et il est souhaitable qu'Attac devienne un force d'analyse, de critique et de proposition dans ces domaines. Cela rel&#232;verait de la mani&#232;re classique de faire de l'&#233;ducation populaire : Attac se poserait comme lieu de r&#233;flexion qui &#233;labore des &#034;solutions&#034;, ici des solutions d&#233;mocratiques, les lance dans le d&#233;bat public et tente de convaincre les citoyens de leur pertinence et de leur n&#233;cessit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut reconna&#238;tre la limite de cette premi&#232;re forme d'&#233;ducation populaire : elle n'envisage la question d&#233;mocratique que par un seul de ses versants, le versant proc&#233;dural/institutionnel et laisse hors-champ l'autre versant, pourtant d&#233;cisif : pour que la d&#233;mocratie vive, pour que la d&#233;mocratie progresse, pour que le &#034;pouvoir du peuple&#034; advienne&#034; il faut, bien s&#251;r, des institutions d&#233;mocratiques et &#233;tendre le territoire de la d&#233;mocratie, mais il faut tout autant des d&#233;mocrates, je veux dire des sujets d&#233;mocratiques. Or, cr&#233;er des institutions d&#233;mocratiques ne cr&#233;e pas automatiquement des sujets d&#233;mocratiques, des sujets en mesure de les investir, de les faire leurs. Croire le contraire c'est tomber dans l'illusion proc&#233;durale pour qui des institutions d&#233;mocratiques, puisqu'elles sont formellement d&#233;mocratiques, fonctionnent n&#233;cessairement d&#233;mocratiquement (&#034;par et pour le peuple&#034;). Illusion qui fait comme si l'usage, le m&#233;susage ou l'absence d'usage des institutions d&#233;mocratiques par les citoyens relevaient du seul bon ou mauvais vouloir des individus et &#233;taient totalement ind&#233;pendants des conditions et circonstances sociales qui pr&#233;sident &#224; l'existence desdits individus et qui influencent grandement leur rapport &#224; la politique et &#224; ses &#171; outils &#187; et ses &#171; lieux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2)&lt;/strong&gt; C'est pourquoi &#171; faire de la d&#233;mocratie un objet d'&#233;ducation populaire &#187;, cela doit s'entendre d'une deuxi&#232;me mani&#232;re, &#224; mon sens plus fondamentale, beaucoup plus ambitieuse et, en m&#234;me temps infiniment plus difficile : faire de la d&#233;mocratie en tant qu'ensemble de pratiques sociales sp&#233;cifiques un objet d'&#233;ducation populaire. Bref, faire de l'exercice de la d&#233;mocratie, faire de l'agir d&#233;mocratique un objet d'&#233;ducation populaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toutes formules qui d&#233;crivent la m&#234;me perspective : promouvoir une &#233;ducation populaire dont l'objet serait le processus d'appropriation de la d&#233;mocratie par le grand nombre. Ou, identiquement : dont l'objet serait le processus de constitution du grand nombre en sujet et acteur central de la politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette perspective ne n&#233;glige en rien la question proc&#233;durale, elle affirme simplement 1) que celle-ci doit &#234;tre imp&#233;rativement articul&#233;e &#224; une autre question , celles des conditions, pour la masse des citoyens, d'une appropriation effective, d'une appropriation r&#233;elle des institutions et espaces d&#233;mocratiques ; 2) qu'il y a dans cette seconde question un enjeu central d'&#233;ducation populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui vient d'&#234;tre dit repose &#233;videmment sur une conception particuli&#232;re de la d&#233;mocratie qui ne consid&#232;re pas celle-ci uniquement ni m&#234;me principalement comme un ensemble d'institutions formant un syst&#232;me de gouvernement ou un r&#233;gime politique mais d'abord comme une pratique, une activit&#233; ou, mieux, un agir social. Cela demande clarification. D'autant que le mot &#034;d&#233;mocratie&#034; est un des plus galvaud&#233;s qui soient&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II Clarification d'ordre terminologique : la d&#233;mocratie et la politique comme pratique et agir sociaux&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Notre d&#233;finition de la d&#233;mocratie est la suivante : la d&#233;mocratie est l'appropriation par tous d'un agir social sp&#233;cifique : la politique. Cet agir a certes besoin d'institutions pour pouvoir se d&#233;ployer et la question de l'&#233;tablissement d'un pouvoir institu&#233;, d'un syst&#232;me de gouvernement, d'un Etat, qui faciliterait et garantirait effectivement cette appropriation par tous de la politique, et qui en serait en m&#234;me temps l'un des lieux d'exercice, est &#233;videmment cruciale. Mais cela ne saurait occulter le fait premier que la d&#233;mocratie est d'abord une mani&#232;re sp&#233;cifique d'agir dans et d'agir sur la soci&#233;t&#233;, porteuse de logiques sociales propres, de rapports sociaux propres, et donnant des humains en tant qu'&#234;tres et acteurs sociaux une d&#233;finition propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux remarques : 1) cet agir n'est &#233;videmment pas un don de la nature, il n'appartient pas au patrimoine g&#233;n&#233;tique de l'humanit&#233;. Il est un produit de l'histoire de certaines soci&#233;t&#233;s et, comme toute activit&#233; sociale, il doit faire l'objet d'un processus d'acquisition par les membres des soci&#233;t&#233;s concern&#233;es ; 2) cet agir n'a pas de &#034;lieu&#034; assign&#233; a priori. Il peut surgir &#224; tous les niveaux et en toutes les &#034;sph&#232;res&#034; de la soci&#233;t&#233;, donc hors institutions politiques/&#233;tatiques institu&#233;es et y compris contre elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Cette &#034;mani&#232;re sp&#233;cifique d'agir dans et sur la soci&#233;t&#233; &#034; c'est donc la politique. &#034;Politique&#034; voil&#224; encore un terme &#034;bateau&#034;, une &#034;auberge espagnole&#034; s&#233;mantique. On d&#233;finira ici la politique comme l'agir social par lequel la soci&#233;t&#233; s'interroge sur elle-m&#234;me, interroge explicitement sa propre institution, sa propre organisation, ses propres fondements et le fait sur une &#171; sc&#232;ne &#187; (un ensemble de &#034;lieux&#034; sociaux formant un espace public politique) o&#249; elle formule et traite publiquement les questions que, &#224; un moment donn&#233;, elle pose justement comme &#171; affaires publiques &#187;, c'est-&#224;-dire passibles de d&#233;lib&#233;ration collective. Par et dans la politique la soci&#233;t&#233; pose des questions et apportent des r&#233;ponses (jamais d&#233;finitives) quant au sens et aux formes qu'elle veut se donner et en particulier au sens et aux formes qu'elle veut donner &#224; son avenir. L'interrogation qui est au coeur de la politique, et qui reste toujours publiquement ouverte tant qu'il y a de la politique, c'est : &#034;qu'est-ce que la bonne soci&#233;t&#233;, comment la construire et l'organiser&#034; ? Et pour y r&#233;pondre, la soci&#233;t&#233; se constitue en collectivit&#233; r&#233;flexive et d&#233;lib&#233;rative et donc en collectivit&#233; pluraliste (il n'y a de d&#233;lib&#233;ration possible qu'entre sujets porteurs d'options diff&#233;rentes). Collectivit&#233; qui s'approprie les cinq grands &#034;moments&#034; de l'agir politique : 1) l'&#233;laboration et la proposition de choix de soci&#233;t&#233;, 2) leur discussion et leur confrontation (le d&#233;bat politique), 3) l'arbitrage entre les diverses options (le pouvoir de d&#233;cision, 4) la v&#233;rification de la mise en &#339;uvre des choix effectu&#233;s et 5) l'&#233;valuation a posteriori de la pertinence de ces choix, ce qui inclut la possibilit&#233; inali&#233;nable de les remettre en cause et d'en changer. En d&#233;mocratie l'institu&#233; est toujours &#034;sous la menace&#034; de l'instituant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il n'y a de d&#233;mocratie que lorsque cet agir social sp&#233;cifique est effectivement appropri&#233; par tous. Lorsque tous disposent [je n'emploie pas ce verbe au hasard : voir infra &#167; IV] de la possibilit&#233; effective de proposer, de d&#233;battre, de d&#233;cider, de v&#233;rifier, d'&#233;valuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intitul&#233; de notre atelier devient donc le suivant : &#034;faire de l'appropriation de la politique par tous (son &#171; appropriation sociale&#034;, sa &#034;socialisation&#034; dirait Yves Salesse) un objet d'&#233;ducation populaire ?&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Raisonner ainsi, c'est consid&#233;rer la politique comme un &#034;bien commun&#034; et c'est affirmer que la question d&#233;mocratique premi&#232;re est celle de la cr&#233;ation et de la consolidation des conditions d'un acc&#232;s universel &#224; ce bien.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III-Vouloir faire du processus d'appropriation de la politique par le grand nombre un objet d'&#233;ducation populaire c'est remettre radicalement en cause les formes institu&#233;es de la politique, y compris celles habituellement pratiqu&#233;es dans le &#034;camp progressiste&#034;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cela remet totalement en question la d&#233;finition et la pratique &#224; peu pr&#232;s exclusivement d&#233;l&#233;gataires de la politique et de la d&#233;mocratie dans lesquelles nous baignons et agissons. D&#233;finition et pratique d&#233;l&#233;gataires selon lesquelles la politique est d'abord le fait d'organisations. Et d'organisations qui se substituent purement et simplement aux citoyens dans toute une s&#233;rie de composantes de l'agir d&#233;mocratique, notamment les cinq &#034;moments&#034; &#233;num&#233;r&#233;s ci-dessus. Cela vise en tout premier lieu pour les partis politiques en tant qu'ils postulent &#224; l'exercice du pouvoir et s'imposent &#224; ce titre comme le centre de cette politique d&#233;l&#233;gataire. Mais cela concerne d'autres types d'organisations (syndicats, associations...) dont l'activit&#233; s'inscrit pleinement dans ce sch&#233;ma d&#233;l&#233;gataire, en tous cas ne le remet pas fondamentalement en cause, et qui, au surplus, le reproduisent dans leur propre fonctionnement interne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la politique d&#233;l&#233;gataire ce qui se trouve sinon totalement annihil&#233;, du moins tr&#232;s largement contredit, c'est ce que le philosophe Etienne Balibar appelle le &#034;droit universel &#224; la politique&#034;, coeur m&#234;me de l'exigence d&#233;mocratique. Droit qui se trouve, de fait, privatis&#233;, accapar&#233;, monopolis&#233; par une minorit&#233;. Dans une de ses versions &#034;r&#233;volutionnaires&#034;, accapar&#233;, monopolis&#233; par une avant-garde autoproclam&#233;e qui pr&#233;tend d&#233;tenir le vrai et le bon en mati&#232;re politique. Ce qui explique d'ailleurs pourquoi certains de ses partisans se sont si facilement coul&#233;s dans les institutions de la V&#232;me R&#233;publique et, en particulier, se sont confortablement install&#233;s dans ce qui constitue leur moment cardinal : l'&#233;lection du monarque r&#233;publicain. En y obtenant assez souvent des r&#233;sultats flatteurs...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me Balibar &#233;claire parfaitement les termes du probl&#232;me pour qui veut rompre avec cette &#034;d&#233;mocratie&#034; d&#233;l&#233;gataire, en formulant le pr&#233;cepte suivant : &lt;i&gt;&#034;toujours [...] poser ensemble la question de savoir quelle politique on doit faire, et celle de savoir qui doit la faire&#034;&lt;/i&gt;. Balibar pose ici l'ins&#233;parabilit&#233; et l'implication r&#233;ciproque de deux questions : la question des contenus (quelle politique faire ?) et la question des producteurs de contenus (qui doit la faire ?).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En termes de transformation sociale on peut formuler la chose ainsi : l'alternative ne doit pas consister seulement en proposition de nouveaux contenus (&#171; D'autres politiques sont possibles ! &#187;), elle doit ins&#233;parablement se r&#233;aliser par et dans l'appropriation la plus large possible de l'activit&#233;-m&#234;me permettant de d&#233;finir des contenus. En d&#233;coule ce qui pourrait constituer l'axiome fondateur de toute &#233;ducation populaire &#224; vocation politique/d&#233;mocratique :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Aucune question politique, aucun enjeu de soci&#233;t&#233;, aucun projet transformateur, ne saurait &#234;tre r&#233;ellement appropri&#233;(e) par le grand nombre, si le grand nombre ne s'approprie pas la politique elle-m&#234;me &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une politique alternative, une politique de transformation ne peut &#234;tre reconnue r&#233;ellement alternative et transformatrice si ceux dont elle est cens&#233;e changer profond&#233;ment les conditions d'existence ne participent pas activement &#224; sa production. Ou encore : une politique &#233;mancipatrice ne l'est pas seulement par ses buts elle doit l'&#234;tre tout autant, et m&#234;me d'abord, par les conditions de sa production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans cette perspective, et seulement dans celle-ci, que, selon nous, prend vraiment sens la question de la d&#233;mocratie comme objet d'&#233;ducation populaire : faire en sorte que le &#034;droit universel &#224; la politique&#034; dont parle Balibar ne reste pas un droit formel ou une simple potentialit&#233; mais qu'il devienne un droit en acte, un droit effectivement exerc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV La vis&#233;e centrale d'une &#233;ducation populaire relative &#224; la d&#233;mocratie : la construction des &#034;structures subjectives&#034; de la d&#233;mocratie et de la &#034;disposition&#034; &#224; la politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Maintenant que nous avons un peu &#233;clairci les termes de notre r&#233;flexion, j'esp&#232;re que cette id&#233;e d'une &#233;ducation populaire qui contribuerait &#224; l'appropriation sociale de la politique commence &#224; &#234;tre moins floue et &#224; prendre un peu de consistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute appropriation suppose deux &#233;l&#233;ments : d'une part un &#034;objet&#034; &#224; approprier, un objet appropriable et, d'autre part, des &#034;appropriateurs&#034;, des acteurs sociaux qui soient en mesure de s'approprier l'objet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le premier versant, qu'on pourrait qualifier d'&#034;objectif&#034;, il s'agit de conqu&#233;rir de nouvelles &#034;structures&#034; d&#233;mocratiques, de nouvelles institutions d&#233;mocratiques, d'ouvrir de nouveaux espaces sociaux &#224; la d&#233;lib&#233;ration d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le second versant, qu'on pourrait qualifier de &#034;subjectif&#034;, il s'agit de faire en sorte que le grand nombre se mette en situation se s'approprier ces lieux. A ce propos, je recourrai dans un instant &#224; la cat&#233;gorie, utilis&#233;e par Bourdieu, de &#034;disposition&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit donc comment se pr&#233;sente le probl&#232;me : aux &#034;structures objectives&#034; de la d&#233;mocratie, &#224; la construction d'un champ politique d&#233;mocratique, doivent correspondre des &#034;structures subjectives&#034; de la d&#233;mocratie, &#034;incorpor&#233;es&#034; dans les acteurs sociaux et activ&#233;es par eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous arrivons l&#224; au coeur de notre propos. Nous tenons maintenant le lieu propre d'une &#233;ducation populaire visant le processus d'appropriation sociale de la politique : ce sont ces &#034;structures subjectives&#034; de la d&#233;mocratie, c'est la &#034;disposition&#034; &#224; la politique .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous tenons, par-l&#224;-m&#234;me, la &#034;cible&#034; &#224; laquelle doit s'attaquer cette &#233;ducation populaire : l'&#233;cart (parfois &#233;norme), si caract&#233;ristique des soci&#233;t&#233;s dans lesquelles nous vivons, qui s&#233;pare la d&#233;mocratie comme universel proclam&#233; (dans les D&#233;clarations des droits, dans les constitutions) et la d&#233;mocratie r&#233;ellement existante, d&#233;mocratie &#233;troitement limit&#233;e, born&#233;e, restreinte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#034;cible&#034; c'est la distance entre le fait que l'acc&#232;s &#224; la politique est reconnu &#224; tous et le fait que la politique n'est, pour l'immense majorit&#233; des membres des &#034;d&#233;mocraties r&#233;ellement existantes&#034;, qu'une activit&#233; tr&#232;s secondaire voire marginale, au surplus fr&#233;quemment d&#233;consid&#233;r&#233;e, se limitant le plus souvent au d&#233;p&#244;t, de loin en loin, d'un bulletin de vote dans une urne. A quoi s'ajoute le fait d'assister plus ou moins r&#233;guli&#232;rement et, avec une attention et un int&#233;r&#234;t plus ou moins soutenus, au spectacle de la politique faite par d'autres. Autrement dit, les citoyens, dans leur tr&#232;s grande majorit&#233;, regardent (et parfois d'un regard plus que distrait) la politique infiniment plus qu'ils ne la font.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;ducation populaire qui cible le foss&#233; entre le proclam&#233; et le r&#233;ellement existant, c'est une &#233;ducation populaire dont l'objet propre est le processus de transformation de la masse des citoyens de spectateurs en acteurs de la politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#226;che dont la difficult&#233; est consid&#233;rable car cette exclusion de la politique est tr&#232;s souvent int&#233;gr&#233;e et avalis&#233;e par les exclus de la politique eux-m&#234;mes. &#034;La politique ce n'est pas pour nous&#034;, &#034;Cela exige des capacit&#233;s que nous n'avons pas&#034;. Ou bien, pire : &#034;La politique, &#231;a ne nous int&#233;resse pas&#034;. L'int&#233;r&#234;t ou le d&#233;sint&#233;r&#234;t pour la politique sont &#233;videmment tout sauf &#034;naturels&#034;. Ils sont un produit social, un produit de l'histoire des individus et des groupes sociaux auxquels ils appartiennent. C'est ici qu'il faut recourir &#224; la cat&#233;gorie de &#034;disposition&#034; utilis&#233;e par Bourdieu. En l'occurrence : &#034;disposition &#224; l'agir d&#233;mocratique&#034;, &#034;disposition &#224; la politique&#034;. Cette cat&#233;gorie englobe &#224; la fois l'inclination (le go&#251;t, l'envie) et les comp&#233;tences (les savoir-faire) des acteurs sociaux (individus et groupes). Et c'est sur ces deux tableaux que doit jouer l'&#233;ducation populaire dont nous parlons : contribuer &#224; susciter et entretenir le &#034;d&#233;sir de politique et de d&#233;mocratie&#034; et contribuer &#224; la ma&#238;trise des outils et proc&#233;dures de la politique, &#224; la maitrise des &#034;moyens de production de la d&#233;mocratie&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Globalement, et au del&#224; de diff&#233;rences sensibles entre groupes sociaux et entre individus, la &#034;disposition &#224; la politique&#034; est, dans nos soci&#233;t&#233;s, tr&#232;s &#233;loign&#233;e de ce que sugg&#232;re l'id&#233;al d&#233;mocratique. A d&#233;mocratie &#034;restreinte&#034;, dispositions &#034;restreintes&#034; &#224; la d&#233;mocratie et &#224; la politique. Le caract&#232;re restreint de la d&#233;mocratie s'incorpore dans les individus. La d&#233;mocratie restreinte produit des citoyens &#034;restreints&#034; qui &#224; leur tour p&#233;rennisent la d&#233;mocratie restreinte. Briser ce cercle vicieux voil&#224; tout l'enjeu d'une &#233;ducation populaire qui s'efforcerait de prendre &#224; bras le corps la question d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;V Une &#233;ducation populaire qui aurait pour th&#233;&#226;tre des espaces publics politiques &#034;alternatifs&#034; ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le dernier point que je voudrais traiter est le suivant : celui des lieux, des espaces publics dans lesquels ce travail d'&#233;ducation populaire pourrait &#234;tre entrepris. Question incontournable puisque ce travail ne peut se d&#233;ployer qu'&#034;en situation&#034;. Il a besoin d'un cadre qui rende possible l'appropriation de la politique par le grand nombre. Puisque qu'il s'agit de contribuer &#224; constituer le grand nombre en &#034;apppropriateur de la politique&#034;, Il faut que celle-ci soit rendue appropriable. Ce qui nous renvoie &#224; la question proc&#233;durale/institutionnelle. Je le r&#233;p&#232;te, la question proc&#233;durale n'est pas du tout oubli&#233;e ici. Il s'agit bien d'articuler conqu&#234;te d'un v&#233;ritable espace public d&#233;mocratique &#224; tout un travail sur les moyens de renforcer la &#034;disposition &#224; la d&#233;mocratie&#034;. Les deux aspects sont ins&#233;parables : cr&#233;er un cadre d&#233;mocratique dans une soci&#233;t&#233; o&#249; la &#034;disposition &#224; la d&#233;mocratie&#034; de la majorit&#233; de la population est faible, c'est s'exposer &#224; ce que les proc&#233;dures d&#233;mocratiques soient d&#233;laiss&#233;es par ceux-l&#224; m&#234;mes &#224; qui elles sont cens&#233;ment destin&#233;es et c'est s'exposer &#224; leur manipulation/r&#233;cup&#233;ration par les dominants. Inversement vouloir renforcer la &#034;disposition &#224; la d&#233;mocratie&#034; sans lui fournir un cadre d'application est tout simplement priv&#233; de sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La solution qui semble s'imposer d'elle-m&#234;me est la suivante : l'espace public institu&#233;, l'espace public &#034;officiel&#034;, &#233;tant &#224; peu pr&#232;s totalement d&#233;di&#233; &#224; la politique d&#233;l&#233;gataire, celle qui, pr&#233;cis&#233;ment, exclut la masse des citoyens de l'agir d&#233;mocratique tout en entretenant leurs faible &#171; disposition &#224; la politique &#187;, il importe de le transformer radicalement par de profondes r&#233;formes institutionnelles. Et c'est dans la perspective de cette transformation et aussi une fois cette transformation r&#233;alis&#233;e que le travail sur la &#034;disposition &#224; la politique&#034;, sur les &#034;structures subjectives de la d&#233;mocratie&#034; se d&#233;ploierait&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette solution est assortie d'une condition sine qua non qui n'est pas mince : elle exige d'acc&#233;der au pouvoir ! Or, en en l'&#233;tat actuel de la gauche et de l'extr&#234;me gauche (je reste dans le cadre fran&#231;ais et europ&#233;en), et sauf &#224; prendre ses d&#233;sirs pour des r&#233;alit&#233;s, on ne voit pas bien quel bloc de forces politiques est susceptible, d'une part, d'acc&#233;der au pouvoir &#224; &#233;ch&#233;ance pr&#233;visible et, d'autre part, de le faire avec l'intention r&#233;solue d'enclencher une transformation/d&#233;mocratisation en profondeur de l'espace public. En d'autres termes, celui-ci, &#224; quelques toilettages pr&#232;s, risque fort de rester encore longtemps ce qu'il est actuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi semble-t-il n&#233;cessaire, sans pour autant d&#233;laisser la possibilit&#233; pr&#233;c&#233;dente, de s'engager dans une autre direction, tout aussi difficile, tout aussi incertaine : cr&#233;er des lieux &#034;non-officiels&#034;, &#034;alternatifs&#034;, d'appropriation effective de la politique, des &#171; espaces publics politiques autonomes [&#8230;] oppositionnels, ind&#233;pendants des espaces publics domin&#233;s par les &#233;lites du pouvoir &#187;. Je reprends cette formulation d'un ouvrage &#233;crit il y a quelques ann&#233;es &#224; trois voix (Pierre Zarka, Michel Vakaloulis, Jean-Marie Vincent :&lt;i&gt; Vers un nouvel anticapitalisme. Pour une politique d'&#233;mancipation &lt;/i&gt; ). Ces auteurs empruntent eux-m&#234;mes ce concept d'&#034;espace public oppositionnel&#034; &#224; Oskar Negt, th&#233;oricien allemand qui l'a formul&#233; dans les ann&#233;es 70 en critique aux th&#232;ses d'Habermas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#224; quoi appellent Zarka, Vincent, Vakaloulis c'est &#224; la cr&#233;ation d'espaces publics dont la fonction premi&#232;re serait l'apprentissage et l'expression d'une parole politique populaire autonome d&#233;gag&#233;e de l'emprise des &#034;r&#233;cits m&#233;diatiques&#034; dominants, et dont les participants pourraient dire, par eux-m&#234;mes, leur exp&#233;rience du social, d&#233;crire la r&#233;alit&#233; de leur conditions d'existence et exprimer leurs aspirations. Ces espaces seraient aussi des lieux d'&#233;change sur une base &#233;galitaire et r&#233;flexive entre ses membres qui &#034;refoulerai[en]t les s&#233;parations et divisions qui les traversent et impos&#233;es par les formes de vie et de travail propres au syst&#232;me capitaliste, rompraient avec les repr&#233;sentations du monde qui instituent l'h&#233;t&#233;ronomie comme mode d'existence &#171; normal &#187; du plus grand nombre ; bref, d&#233;naturaliseraient la domination et pourraient ainsi commencer &#224; se constituer (au sens fort) en force et composante majeures de la transformation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tels espaces politiques alternatifs ne pouvant na&#238;tre par g&#233;n&#233;ration spontan&#233;e, tout le probl&#232;me (immense) est de savoir quelles forces partidaires, syndicales, associatives, par exemple dans la France actuelle, seraient en mesure, ou m&#234;me auraient simplement la volont&#233;, de s'engager dans une voie qui brise si fortement avec la pratique politique institu&#233;e. Le tableau s&#233;v&#232;re que Zarka, Vakaloulis, Vincent dressent de &#171; l'anticapitalisme ordinaire &#187; ne laisse gu&#232;re d'espoir de ce c&#244;t&#233; : &#171; un PCF sans projet &#187;, pire, un PCF qui &#171; laisse hors champ ce qu'&#233;tait le concept m&#234;me de projet &#187;, une extr&#234;me gauche toujours engonc&#233;e dans &#171; l'&#233;litisme r&#233;volutionnaire &#187; conduisant &#224; la &#171; substitution du parti au peuple &#187;, et &#224; ce que &#171; l'empreinte des rapports entre dominants et domin&#233;s se retrouve int&#233;gr&#233;e au combat &#233;mancipateur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les auteurs, qui &#233;crivent en 2002-2003, voient par contre des raisons d'esp&#233;rer dans la forme &#171; mouvement social &#187; qui s'est d&#233;velopp&#233;e au cours des vingt derni&#232;res ann&#233;es et qui malgr&#233; toutes ses faiblesses, son caract&#232;re fragment&#233;, disparate, &#233;clat&#233; dans le temps et l'espace social comme dans ses formes et ses contenus, semble pourtant pr&#233;figurer &#034;d'autres pratiques politiques susceptibles &#224; la fois de red&#233;finir l'espace public et de conduire &#224; l'engagement de nouveaux entrants &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cet &#233;gard, les trois auteurs on vu s'esquisser &#233;bauche de v&#233;ritable espace public autonome/oppositionnel lors des grandes gr&#232;ves de l'automne 1995, notamment dans la mani&#232;re dont se sont d&#233;roul&#233;e les AG quotidiennes, lieux v&#233;ritables de &#171; d&#233;mocratie et de d&#233;lib&#233;ration &#187; &#224; la base, &#171; une avanc&#233;e d&#233;mocratique &#224; grande &#233;chelle &#187; en ce que &#171; forme et contenu [y furent] indissociables &#187; et que &#171; revendication et participation [y constitu&#232;rent] deux aspects de la m&#234;me entit&#233; &#187;. On retrouve ici le pr&#233;cepte de Balibar sur la n&#233;cessit&#233; de lier la question des contenus (&#034;quelle politique faut-il faire ?&#034;) et celle de l'identit&#233; sociale des producteurs de contenus (&#034;qui doit doit la faire ?&#034;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait aussi imaginer, dans une perspective moins ambitieuse, la possibilit&#233; que de tels espaces publics d'un nouveau genre se constituent &#224; l'initiative de pouvoirs locaux dot&#233;s d'une volont&#233; politique particuli&#232;rement forte. G&#233;rard Perreau-Bezouille, maire adjoint de Nanterre et l'un des cinq &#034;p&#232;res fondateurs&#034; du groupe d&#233;mocratie d'Attac, a anim&#233; plusieurs ateliers lors des UE pr&#233;c&#233;dentes ou lors de CNCL sur le th&#232;me d'une &#034;d&#233;mocratie participative&#034; qui n'usurperait pas son nom &#224; l'&#233;chelle des m&#233;tropoles urbaines et en particulier de leurs banlieues et p&#233;riph&#233;ries populaires. Il s'agirait de faire de leurs habitants des &#034;citoyens authentiquement co-constructeurs [avec les &#233;lus] de la politique, par opposition &#224; &#171; faire de la politique avec les gens &#187;&#034;. Une d&#233;mocratie participative o&#249; les citoyens ne seraient pas seulement l&#224; pour, au mieux, &#234;tre consult&#233;s et, le plus souvent, faire de la figuration, mais pour proposer, &#233;laborer des solutions et participer &#224; la d&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De telles exp&#233;riences m&#233;riteraient d'&#234;tre suivies l&#224; o&#249; elle sont men&#233;es en essayant de tenir ensemble sympathie et distance critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et les forums sociaux ? Il s'agit sans le moindre doute d'espaces publics politiques alternatifs et oppositionnels. Mais ce sont des regroupements d'organisations, o&#249; l'on tente d'&#233;laborer en commun, de mutualiser, des contenus (critique de l'existant et solutions alternatives) entre organisations, avec un public constitu&#233;s essentiellement de militants. Pour le dire vite : ce sont des espaces publics alternatifs sans citoyens. Et o&#249; la question du processus d'appropriation de la politique par ces derniers n'est pas, semble-t-il, reconnue comme centrale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui vient d'&#234;tre dit s'applique probablement moins au forums sociaux locaux dont est peut-&#234;tre plus large. Et c'est peut &#234;tre dans leur re que le cadre s'un processus d'appropriation de la politique par des un peu significatifs de &#171; simples citoyens &#187; pourraient &#234;tre envisag&#233;s. Encore faudrait-il que les organisations qui initient ces forums locaux acceptent de le faire dans cette perspective. Ce qui, en l'actuel des choses, nest pas acquis.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion : Et Attac dans tout cela ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au cours de ses dix premi&#232;res ann&#233;es d'existence, l'association en d&#233;pit de son label de mouvement d'&#233;ducation populaire a largement laiss&#233; hors de son champ de r&#233;flexion et d'action cette question cruciale du processus d'appropriation de la politique par le grand nombre, en tant que condition et outil centraux de la transformation sociale. Elle s'est presque exclusivement consacr&#233;e &#224; la production de contenus : principalement &#224; la critique ac&#233;r&#233;e des politiques n&#233;olib&#233;rales puis plus r&#233;cemment &#224; l'&#233;bauche de solutions alternatives. Pourtant, on ne peut manquer d'&#234;tre frapp&#233; par le fait suivant : le projet de faire de la d&#233;mocratie un objet d'&#233;ducation populaire semble directement appel&#233; par &#171; l'objet social &#187; qu'Attac s'est donn&#233;e d&#232;s ses d&#233;buts : &#171; reconqu&#233;rir les espaces perdus par la d&#233;mocratie &#187;, &#171; la reconqu&#234;te par les citoyens du pouvoir que la sph&#232;re financi&#232;re exerce sur tous les aspects de la vie politique, &#233;conomique, sociale et culturelle dans l'ensemble du monde &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Reconqu&#233;rir [en acte] les espaces perdus par la d&#233;mocratie au profit de la sph&#232;re financi&#232;re &#187; cela ne doit-il pas justement consister &#224; cr&#233;er de nouveaux &#171; espaces de d&#233;mocratie &#187;, d&#233;gag&#233;s de l'emprise de la &#171; sph&#232;re financi&#232;re &#187;, laquelle p&#232;se d'un poids consid&#233;rable sur les espaces publics &#171; officiels &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, Attac n'&#233;tant pas un parti et n'ayant pas vocation &#224; exercer le pouvoir et donc pas vocation &#224; r&#233;aliser la d&#233;mocratisation des espaces publics &#171; officiels &#187; (elle peut cependant, et se doit de, donner des id&#233;es...) [d&#233;mocratisation dont on a vu, en outre, qu'elle &#233;tait tr&#232;s largement hypoth&#233;tique], sa &#171; vocation d&#233;mocratique &#187; d'association d'&#233;ducation populaire ne se trouve-t-elle pas plut&#244;t dans la participation (avec d'autres) &#224; la cr&#233;ation et &#224; l'animation d'espaces publics alternatifs qui seraient autant de lieux de &#034;production de la d&#233;mocratie&#034; face &#224; l'espace public &#034;officiel&#034; qui, &#224; l'inverse, a tout d'un lieu de &#034;restriction de la d&#233;mocratie&#034; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son travail d'&#233;ducation populaire s'enrichirait ainsi d'une seconde dimension : un travail qui continuerait &#233;videmment de porter sur la production et la diffusion de contenus critiques (anti-n&#233;olib&#233;raux) et de solutions alternatives mais qui s'articulerait &#224; un autre qui ambitionnerait de participer concr&#232;tement, l&#224; o&#249; ils sont, &#224; la constitution progressive des citoyens qu'elle approcherait en v&#233;ritables acteurs (et non plus spectateurs) de la politique, en citoyens capables de participer &#224; la production des contenus et des solutions et &#224; leur mise en &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce r&#234;ver que de voir Attac se lancer dans cette voie ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Anticapitalisme et impens&#233; du fait d&#233;mocratique</title>
		<link>https://blogs.attac.org/commission-democratie/fondamentaux-de-la-democratie/article/anticapitalisme-et-impense-du-fait-democratique-patrick-braibant</link>
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		<dc:date>2005-06-15T17:53:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Patrick Braibant</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Premier chapitre de &#171; Lettres aux &#034;anticapitalistes&#034; (et aux autres) sur la d&#233;mocratie &#187;, Paris, l'Harmattan, 2005, 180 p. &lt;br class='autobr' /&gt;
Extrait de texte qui justifie le combat pour la d&#233;mocratie, la &#171; raison d&#233;mocratique &#187; &#233;tant seule &#224; m&#234;me de s'opposer v&#233;ritablement &#224; la &#171; raison capitaliste &#187;, selon la formulation de l'auteur. Il s'agirait en cons&#233;quence de se d&#233;faire de toute tentation de r&#233;duire la d&#233;mocratie &#224; un simple &#171; accompagnement &#187; d'un combat d'une autre nature. . &lt;br class='autobr' /&gt; Cher(e)s camarades, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://blogs.attac.org/commission-democratie/fondamentaux-de-la-democratie/" rel="directory"&gt;Fondamentaux de la d&#233;mocratie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Premier chapitre de &#171; Lettres aux &#034;anticapitalistes&#034; (et aux autres) sur la d&#233;mocratie &#187;, Paris, l'Harmattan, 2005, 180 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extrait de texte qui justifie le combat pour la d&#233;mocratie, la &#171; raison d&#233;mocratique &#187; &#233;tant seule &#224; m&#234;me de s'opposer v&#233;ritablement &#224; la &#171; raison capitaliste &#187;, selon la formulation de l'auteur. Il s'agirait en cons&#233;quence de se d&#233;faire de toute tentation de r&#233;duire la d&#233;mocratie &#224; un simple &#171; accompagnement &#187; d'un combat d'une autre nature. .&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cher(e)s camarades,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette lettre, comme les suivantes, est une invitation &#224; vous interroger sur la perception de la soci&#233;t&#233; existante, sur les conceptions de l'action politique et de la transformation sociale qui pr&#233;valent parmi vous. Vous ? Je m'adresse &#224; celles et ceux qui, militant(e)s, adh&#233;rent(e)s, sympathisant(e)s d'une multitude d'organisations tr&#232;s diverses, pensent que le monde dans lequel nous vivons ne dit pas le fin mot de l'Histoire, que l'horizon du change-ment n'a pas disparu et qui, de ce fait, ne se reconnaissent ni dans les vis&#233;es ni dans les actes de la gauche de gouvernement ou, au minimum, &#233;mettent de s&#233;rieux doutes &#224; leur sujet. La p&#233;riode que nous vivons, dont le moins que l'on puisse dire est qu'elle n'a rien d'une &#034;&#233;poque formidable&#034;, exige, me semble-t-il, la mise en question de bien des certitudes et habitudes de pens&#233;e qui confinent parfois au r&#233;flexe pavlovien tant elles paraissent aller de soi, alors m&#234;me qu'elles brouillent bien plus qu'elles n'&#233;clairent aussi bien la perception du monde pr&#233;sent que la recherche des voies du changement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La substance de mon propos tient en peu de mots : montrer que la construction de l'h&#233;g&#233;monie de la raison d&#233;mocratique est l'alternative, la seule l&#233;gitimement concevable, &#224; l'actuelle domination de la raison capitaliste. Cela parce que le fait d&#233;mocratique n'est en rien cette &#034;superstructure&#034; politique qui, au choix, accompagnerait, att&#233;nuerait, voire dissimulerait, la domination capitaliste. Il est au contraire un type &#224; part enti&#232;re d'institution des humains sociaux modernes, une forme constitutive de leur socialit&#233; qui contredisent radicalement ceux qu'impose l'actuelle primaut&#233; de la raison capitaliste. Type et forme dont rend compte, mais incompl&#232;tement et imparfaitement, le sens grec originel du mot d&#233;mocratie : &#034;pouvoir du peuple&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sens d&#233;j&#224; pointer votre irritation et votre impatience : &lt;i&gt;&#034;De quoi se m&#234;le-t-il ce donneur de le&#231;ons ? Nous aussi nous voulons que le grand nombre prenne en main ses propres affaires. Nous aussi nous voulons le &#8216;pouvoir du peuple'. C'est m&#234;me la raison d'&#234;tre de notre engagement. C'est pr&#233;cis&#233;ment pour cela que nous sommes militants, sympathisants, &#233;lecteurs communistes, trotskystes, &#233;cologistes, altermondialistes, et m&#234;me parfois&#8230; socialistes ! C'est pour cela que nous sommes &#8216;anticapitalistes'&#034;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dont acte ! Mais laissez-moi vous dire, pourtant, que les organisations auxquelles vous appartenez ou que vous soutenez, les voix intellectuelles que vous &#233;coutez le plus volontiers, ont un r&#233;el probl&#232;me avec la d&#233;mocratie dont t&#233;moigne pr&#233;cis&#233;ment cette tr&#232;s &#233;trange auto-appellation n&#233;gative d'&#034;anticapitalistes&#034; (ou d'&#034;antilib&#233;raux&#034;) que vous brandissez avec autant d'imp&#233;tuosit&#233; que de conviction. Auto-appellation qui est devenue au cours des dix derni&#232;res ann&#233;es le signe de ralliement, le mot-f&#233;tiche, de tous ceux qui, &#224; gauche, entendent changer r&#233;ellement le cours des choses et marquer leurs distances d'avec le &#034;social-lib&#233;ralisme&#034;. Non pas du tout que ces organisations et ces voix soient suspectes de vis&#233;es anti-d&#233;mocratiques : je veux dire qu'il y a chez elles un r&#233;el impens&#233; de la d&#233;mocratie. Une difficult&#233; &#224; rendre correctement compte du fait d&#233;mocratique moderne comme tel, &#224; l'envisager dans toute sa pl&#233;nitude, &#224; l'appr&#233;hender dans sa dimension tout &#224; la fois subversive et constructive. Une r&#233;ticence, parfois profonde, &#224; le reconna&#238;tre autrement que sous la forme d&#233;valoris&#233;e de la &#034;superstructure&#034;, voire de l'id&#233;ologie trompeuse. Soyons clair : toute pens&#233;e qui assimile d'une mani&#232;re ou d'une autre le fait d&#233;mocratique, tel qu'il est aujourd'hui, &#224; une &#034;superstructure&#034; et/ou une id&#233;ologie accompagnant et/ou masquant l'h&#233;g&#233;monie du capitalisme, reproduit en n&#233;gatif le discours (authentiquement id&#233;ologique celui-l&#224;) de l'orthodoxie lib&#233;rale la plus pure pour qui la d&#233;mocratie serait consubstantielle au capitalisme, celui-ci &#233;tant pr&#233;tendument la base, le fondement, &#034;l'infrastructure&#034;, de celle-l&#224;. Or, l'une des t&#226;ches prioritaires de l'&#233;poque, sans laquelle rien ne sera possible, consiste pr&#233;cis&#233;ment &#224; arracher le discours de la d&#233;mocratie des mains des tenants de l'ordre actuel du monde de fa&#231;on &#224; le reformuler dans une perspective de transformation sociale. Mais cela n'est r&#233;alisable qu'&#224; condition de voir (puis de penser et d'exploiter) la contradiction permanente, structurelle, d&#233;j&#224; effective ou potentielle, qu'oppose le fait d&#233;mocratique au fait capitaliste dans la soci&#233;t&#233; actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une manifestation majeure de la difficult&#233; dont je traite ici est la persistance implicite d'une figure ancienne qui hante encore bien des discours &#034;anticapitalistes&#034; contemporains : l'opposition entre d&#233;mocratie &#034;formelle&#034; (celle d'aujourd'hui) et d&#233;mocratie &#034;r&#233;elle&#034; (celle de demain, apr&#232;s, et seulement apr&#232;s, qu'aura &#233;t&#233; accompli l'acte pr&#233;alable du renversement du capitalisme). Nagu&#232;re, la perspective &#233;tait simple : exproprions les capitalistes et la d&#233;mocratie la plus large en d&#233;coulera n&#233;cessairement. L'histoire du dernier si&#232;cle s'est charg&#233;e de d&#233;montrer qu'&#224; l'expropriation des capitalistes pouvaient succ&#233;der les pires formes d'oppression et de domination. Mais cela n'a pas pour autant modifi&#233; fondamentalement la vision &#034;anti-capitaliste&#034; courante du fait d&#233;mocratique : celui-ci reste toujours con&#231;u comme relevant de l'ordre de la cons&#233;quence, du d&#233;riv&#233;, du &#034;d&#233;termin&#233; par&#8230;&#034;, cela aussi bien &#224; propos de la soci&#233;t&#233; actuelle que de la soci&#233;t&#233; future. Il s'agit au contraire d'en reconna&#238;tre l'autonomie ainsi que toute la puissance critique et instituante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je pointe c'est une r&#233;sistance &#224; comprendre et admettre que la raison d&#233;mocratique est, &#224; l'int&#233;rieur de l'existant, au sein de notre pr&#233;sent, non pas ce qui accompagne (th&#232;se de la d&#233;mocratie comme superstructure) ou masque (th&#232;se de la d&#233;mocratie comme id&#233;ologie) l'h&#233;g&#233;monie de la raison capitaliste, mais au contraire ce qui la contredit frontalement. Il n'y a pas de &#034;d&#233;mocratie formelle&#034; du pr&#233;sent opposable &#224; une &#034;d&#233;mocratie r&#233;elle&#034; de l'avenir post-capitaliste. Le fait d&#233;mocratique est, ici et maintenant, aussi &#034;r&#233;el&#034; que le fait capitaliste. Comme lui, il est un horizon de sens, une logique sociale, un ensemble d'agir et de rapports sociaux constitutifs des soci&#233;t&#233;s modernes. Il appartient totalement &#224; leur d&#233;finition. La seule question qui importe, la question politico-sociale centrale des temps modernes, est la suivante : &#034;Qui, du fait d&#233;mocratique ou du fait capitaliste, d&#233;tient l'h&#233;g&#233;monie ?&#034;. Question qui fonde et guide tout le combat d&#233;mocratique depuis deux si&#232;cles, m&#234;me si ses acteurs n'en n'ont pas toujours la claire conscience. Or, c'est bien de la compr&#233;hension et de l'exploitation de cette bipolarit&#233; antagonique structurant les soci&#233;t&#233;s modernes que peut na&#238;tre et cro&#238;tre un projet de transformation cons&#233;quent. D'o&#249; mon refus de consid&#233;rer la d&#233;mocratie (dite &#034;r&#233;elle&#034;) comme r&#233;sultat ou &#034;effet&#034; de cette transformation puisque qu'elle en est au contraire le facteur d&#233;cisif, l'acte et le contenu m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Croire que la mise &#224; bas du capitalisme est le pr&#233;alable absolu &#224; l'av&#232;nement d'une d&#233;mocratie &#034;r&#233;elle&#034;, c'est tout &#224; la fois se tromper sur la nature du fait d&#233;mocratique, sur celle du combat &#224; mener contre l'h&#233;g&#233;monie de la raison capitaliste et repousser la lutte pour la d&#233;mocratisation effective &#224; un futur ind&#233;termin&#233;. Il faut renverser la perspective : ce sont les avanc&#233;es des formes d&#233;mocratiques d'organisation et d'agir sociaux et rien d'autre, leur inscription dans la r&#233;alit&#233; et rien d'autre, qui mettent sur le reculoir la logique capitaliste. La &#034;radicalisation&#034; de la d&#233;mocratie, terme d'ailleurs peu appropri&#233;, on le verra, n'est pas la cons&#233;quence &#224; venir de la discontinuit&#233; brusque, de la rupture subite que constituerait le renversement du capitalisme. Elle est au contraire l'acte m&#234;me de la mise en crise des logiques capitalistes. C'est en faisant pr&#233;valoir les pr&#233;tentions de la raison d&#233;mocratique, en les inscrivant dans l'effectivit&#233;, c'est-&#224;-dire en se faisant de plus en plus d&#233;mocratique, que la soci&#233;t&#233; se fait de moins en moins capitaliste. Ce sont la succession et l'articulation des conqu&#234;tes d&#233;mocratiques qui &#233;branlent l'actuelle primaut&#233; de la raison capitaliste, rendent possible et r&#233;alisent le changement d'h&#233;g&#233;monie. Et cela parce que cette succession et cette articulation font soci&#233;t&#233;, bref, sont instituantes. La r&#233;alisation (terme que je pr&#233;f&#232;re &#224; &#034;radicalisation&#034;) de la d&#233;mocratie est le processus m&#234;me de la mise &#224; bas de l'h&#233;g&#233;monie de la raison capitaliste. On peut lui appliquer la formule fameuse de Marx sur &#034;le mouvement r&#233;el qui abolit l'&#233;tat actuel&#034;. Le combat d&#233;mocratique est, fondamentalement, un agir de la transition (1) .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me situe donc en rupture de toutes les pens&#233;es pour qui le bris du verrou capitaliste conditionne la lib&#233;ration de la d&#233;mocratie de sa soi-disant prison &#034;formelle&#034;. Pour le dire plaisamment dans les termes de la rh&#233;torique gauchiste, la conqu&#234;te, toujours &#224; poursuivre, de la d&#233;mocratie est l'effectuation m&#234;me de la r&#233;volution, pas sa cons&#233;quence. La d&#233;mocratie n'est pas la cerise sur le g&#226;teau de la transformation sociale, elle est le g&#226;teau lui-m&#234;me. Et non pas tant le g&#226;teau achev&#233; que ses ingr&#233;dients, le tour de main du p&#226;tissier, le moule et le four de cuisson. Elle est la production m&#234;me de la transformation sociale. La d&#233;mocratie n'est jamais ni &#233;tat ni un r&#233;sultat, elle est un mouvement et une conqu&#234;te permanente.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt; (1) Micha&#235;l L&#244;wy affirme, semble-t-il, quelque chose de similaire lorsqu'il souhaite voir l'actuel mouvement altermondialiste, diff&#233;rant en cela du &#034;mouvement ouvrier traditionnel&#034;, se constituer en &#034;dyna-mique &#8216;transitoire'&#034; o&#249; &#034;&lt;i&gt;toute victoire partielle, toute conqu&#234;te, toute avanc&#233;e, permet de passer &#224; l'&#233;tape suivante, &#224; l'&#233;tape sup&#233;rieure, &#224; une revendication plus radicale&#034; et ainsi &#034; conduit, &#224; terme, &#224; mettre en question le syst&#232;me lui-m&#234;me.&lt;/i&gt;&#034; Micha&#235;l L&#244;wy, N&#233;gativit&#233; et utopie du mouvement altermondialiste, revue Contretemps n&#176; 11, &#233;ditions Textuel, septembre 2004, p. 48.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;sum&#233; de l'essai&lt;/strong&gt; : La &#034;radicalisation&#034; de la d&#233;mocratie est devenue le pivot de nombreux projets de transformation sociale souhaitant tirer les le&#231;ons des &#233;checs et des drames de la grande ambition socialiste et communiste du dernier si&#232;cle. Parmi ses promoteurs beaucoup se r&#233;clament de l'appellation &#034;anticapitaliste&#034;. Ces lettres s'attachent &#224; montrer que l'anticapitalisme ne peut se constituer en politique et invitent &#224; un profond renouvellement de la r&#233;flexion.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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