L’appel « Le 10 novembre, à Paris, nous dirons STOP à l’islamophobie ! »

Lettre ouverte à Aurélie Trouvé et au CA d’Attac

mardi 3 décembre 2019

Le 1er novembre 2019, un appel à manifester contre l’islamophobie a été publié par Libération (*1). Parmi les signataires de cet appel, on trouve Aurélie Trouvé, en tant que porte-parole d’Attac.

Cet appel dénonce à juste titre les discours et les violences à l’encontre des musulmans. Il suit de peu l’attentat contre la mosquée de Bayonne le 28 octobre, commis par un ancien candidat sur une liste du Front national.
Mais cet appel ne se contente pas de dénoncer le racisme à l’égard des musulmans, les violences physiques, les attaques contre les mosquées, les discriminations … il dénonce aussi des « lois liberticides ».
Bien qu’elles ne soient pas citées, nous savons quelles lois sont ici visées pour leurs soi-disant atteintes à la liberté. D’ailleurs, interrogé par BFMTV, l’un des rédacteurs de l’appel a bel et bien confirmé quelles lois étaient visées. (*6)
Il s’agit de la loi de 2004 contre les signes religieux ostensibles à l’école, de celle de 2010 contre le visage entièrement dissimulé dans la rue, ainsi que la proposition de loi récente au Sénat pour interdire les signes religieux pour les accompagnants de sorties scolaires.
Pour la 1re et la 3éme, il s’agit de protéger l’école (dans les murs ou hors les murs, c’est toujours l’école ) et la liberté de conscience des élèves contre les tentatives d’intrusion de la société civile en matière religieuse. La croyance et les dogmes religieux ou politiques n’ont rien à faire à l’école publique et laïque, ils ne sont d’aucune utilité, ils sont même nuisibles.
L’interdiction des signes religieux à l’école de 2004 n’est pas une première. En 1936 et 1937, les circulaires Jean Zay avaient interdit les signes politiques et religieux à l’école. Ces circulaires ont été supprimées, de fait sinon de droit, par le régime de Vichy.
Quant à la 2e loi, elle est motivée, entre autres arguments, par l’idée selon laquelle le « vivre-ensemble » et un minimum de civilité interdisent de se soustraire volontairement à la vue et à la reconnaissance d’autrui dans l’espace public.
Cette accusation d’atteintes à la liberté religieuse est le fait de militants de la cause islamiste pour lesquels la laïcité est un ennemi, surtout la laïcité scolaire. Ils n’hésitent pas à affirmer que la laïcité est « islamophobe », c’est à dire, pour eux, raciste. De fait, le terme « islamophobie » n’est pas univoque : tantôt il désigne une hostilité systématique envers les musulmans, ce qui est clairement un racisme qu’il faut condamner, tantôt il désigne une hostilité envers l’islam, ce qui est l’expression d’une liberté de critique qui n’a rien à voir avec le racisme (*2).
Grâce à ce manque de rigueur de la définition du mot, la laïcité est accusée de racisme alors qu’elle ne fait que tenir à distance le religieux. Pourtant, c’est la laïcité qui garantit la liberté de conscience, et les religions qui sont liberticides.
Plusieurs signataires de cet appel se sont rétractés à cause de ces ambiguïtés.

En conséquence, nous demandons :

- A Aurélie, de retirer sa signature en tant que porte-parole d’Attac pour ne pas engager l’association.
- Au CA, de diffuser un communiqué de presse affirmant le soutien d’Attac aux musulmanes laïques qui ont signé un appel contre le voile (*3) et qui se trouve dorénavant menacées (*4), aux Tunisiennes musulmanes et laïques qui demandent l’égalité en matière d’héritage, son attachement à la lutte contre le racisme, y compris le racisme contre les musulmans, et son attachement aux principes laïques.

Combattre le racisme, oui. Mais combattre aussi le théologico-politique, à moins de dire clairement renoncer à la démocratie. « La laïcité doit aller de pair avec un antiracisme radical, ainsi qu’avec une lutte sans faiblesse contre l’antisémitisme », comme l’affirme l’appel de « Combat laïque, combat social » (*5)
La clarté s’impose.

Le 10 novembre 2019

Premiers signataires :
Raymond Bonomo, Didier Brisebourg, Monique Demare, Robert Joumard, Daniel Rome, Jean-Yves Sage
Signataires :
Michèle Bailet, André Bellon, Colette Cossard, Sylvie Gandon, Marie-Jeanne Gaxie, Nadine Milhaud, Alain Mouetaux, Henri Paraton, Dominique POMMIER, Niurka Règle, Jacques Testart, Jean-Michel Toulouse, Mirella Ugolini, Jean-François Wolff, CA d’Attac -Pays d’Aubagne

Notes :
1 : https://www.liberation.fr/debats/2019/11/01/le-10-novembre-a-paris-nous-dirons-stop-a-l-islamophobie_1760768
2 : Voir la définition de l’islamophobie dans le rapport de 2015 de la CNCDH sur https://www.cncdh.fr/sites/default/files/les_essentiels_-_rapport_racisme_2015_page_a_page.pdf
3 : https://www.marianne.net/debattons/tribunes/le-voile-est-sexiste-et-obscurantiste-l-appel-de-100-musulmanes-de-france
4 : https://www.marianne.net/societe/insultees-harcelees-le-calvaire-des-musulmanes-qui-ont-signe-la-tribune-contre-le-voile?_ope=eyJndWlkIjoiYzRkMjNhM2JiMmVkYWQwZDY1MTkzZTA4OGFjZmM4MzEifQ%3D%3D
5 : https://www.combatlaiquecombatsocial.net/appel-lier-combat-laique-combat-social-federer-peuple-2/
6 : https://www.bfmtv.com/politique/pourquoi-la-manifestation-contre-l-islamophobie-du-10-novembre-divise-au-sein-de-la-gauche-1800559.html

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